Société

Jacqueline Sauvage… Face à face à « l’injurieux »…

Ecrit par Ahmed Khettaoui le 07 janvier 2017. dans La une, Société

Jacqueline Sauvage… Face à face à « l’injurieux »…

Je ne sais comment j’ai soulevé ce cas de « Jacqueline Sauvage » alors qu’il fallait que je me mêle autrement. Le suicide de son fils Pascal par pendaison reflète tout un drame…

Bref, son histoire de meurtre le 9 septembre 2012 a fait couler beaucoup d’encre à travers les medias et de multiples bruits, si j’ose dire… chez ses partisans (associations et autres).

Et voilà Jacqueline « triomphe ». Sa grâce présidentielle peut être constitutionnelle après toute cette controverse et peine de 10 ans. Le drame n’est pas là, il est ailleurs : dans la souveraineté de l’acte en lui-même : Amnistie présidentielle.

En somme, sa liberté soulève ma curiosité en tant qu’humain avant tout et bien sûr dans son sens positif. C’est dans ce contexte que je me mêle humainement dans cette polémique, tragique, mais tout à fait humaine ; légitime à l’égard de cet être opprimé, terrorisé par la violence conjugale, et qui est le héros actuel de ce phénomène boueux qui prend en « otage » en « gage » notre société purifiée… Soit à l’Occident ou à l’Orient.

Simple préoccupation qui m’habite…

Point à la ligne.

« Le ciel attendra »

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 janvier 2017. dans La une, Cinéma, Société

film de Marie Castille Mention-Schaar, France, 2016

« Le ciel attendra »

Deux filles, l’une part en Syrie, et l’autre, pas. Deux mères au bord de cet enfer de notre temps, ici et maintenant. Plus quelques pères, fratries, copains. Le ciel du 93 et celui – si paradisiaque – du Midi. Des burqas si sombres, du Facebook à volonté – le son particulier de l’arrivée des Messages Privés résonnant sinistrement, en guise de bande-son – des prières embrumées qui se cachent au fond des chambres, des visages qui se démaquillent, un appétit de jeune qui meurt – nourriture, loisirs… Et puis, l’adolescence, le homard qui pleure en amorçant sa mue, de toutes façons. « Un film de salubrité publique » a dit Najat V. Belkacem. Elle a raison, à condition de ne pas attendre tout et le reste d’un film, très réussi, mais qui ne peut que jouer son rôle et non l’intégralité d’un arsenal thérapeutique.

Film magnifique en soi,  sa facture, la photo,  le scénario, et le jeu – épatant – d’acteurs chevronnés, ou plus novices. Le réel, orchestré par le professionnalisme qui n’est plus à saluer de Marie-Castille Mention-Schaar, celle des Héritiers. Dire qu’on est pris, depuis notre fauteuil, est largement insuffisant. On est carrément dedans (je ne vous dis pas les regards échangés quand on sort de la séance) et plus d’une nuit après, on continue d’être hanté par ces destins, là, juste à côté de nous, dans nos quartiers, chez  nos voisins. Notre destin, aujourd’hui dans l’heure. A tous.

Pour autant – comme toute œuvre – le film a un angle, loin de toute exhaustivité : c’est le tracé depuis la France, chez les deux filles, progressif parfois heurté comme poison en corps, de l’idée, de l’envie irrépressible de partir en Syrie – pays où l’humanitaire urge, disent les images de propagande hélas remarquable de Daech ; pays où l’on attend l’épouse et demain la mère des combattants, ces « princes » doux comme des histoires des Mille et une nuits. On connaît ; le voir à l’œuvre est autre chose, bouleversant et parfaitement efficace, ici. Alors, forcément – quelques assez rares critiques ont insisté sur ce point – rien n’est jamais montré sur après le grand saut ; ni les déceptions abyssales, ni les violences, ni l’esclavage, ni l’enfer du quotidien dans le Califat, sous les bombes et dans le dénuement. Sauf à dire : aucune mineure n’en est jamais revenue. Cela pourrait être un obstacle de poids pour frapper l’imaginaire des candidates au Djihad. Et puis, il y a le point de vue : celui des centres de déradicalisation initiés par Dounia Bouzar, sociologue très médiatisée, qui joue ici son propre rôle. Elle est musulmane, a des km à son compteur dans la politique de la ville et des quartiers ; son franc-parler, ses compétences ne sont plus à présenter. Elle sait toucher ces jeunes, mieux que d’autres, et même et pourquoi pas par l’émotionnel – quand on les a attrapés, quand on a pu faire un début de travail avec eux… Des chiffres, pour quels  résultats ? glapissent les opposants de tous poils, comme si en ce domaine on pouvait être simple comptable… Elle « traite », et c’est le choix du film, ce qu’elle considère comme une déviance, à la façon des captations par les sectes. On nous montre à merveille ces procédés d’embrigadement, de lents mais sûrs empoisonnements, cet enfermement « à côté » du reste du monde – école, famille, copains… comme sur une autre rive ; « je hais la France » dit à un moment une des filles en SMS à son « prince ».

Nos enfants, l’autorité, la famille et l’école

Ecrit par Jean Gabard le 07 janvier 2017. dans La une, Société

Nos enfants, l’autorité, la famille et l’école

Ayant enseigné pendant 30 ans en collège et lycée, j’ai pu constater à la fois les manques et la formidable amélioration de l’école (locaux, matériel scolaire, programmes, formation des enseignants, méthodes pédagogiques, relations enseignants élèves, parents-élèves…) et la non moins impressionnante dégradation de la motivation et du travail des élèves. La motivation de ces derniers paraît même inversement proportionnelle aux efforts faits pour les motiver.

Alors ne se trompe-t-on pas de voie en n’insistant encore que sur des énièmes réformes ?

La constatation de l’échec de certains élèves à l’école m’a poussé, après avoir fait de multiples stages pédagogiques, à chercher ailleurs : je me suis lancé dans l’étude de la psychologie de l’enfant, des rapports élèves-enseignants, enfants-parents, pères-mères…

Ce que j’ai trouvé m’a amené à écrire deux essais qui refusent la pensée binaire (consistant à rendre responsables soit les parents, soit les enseignants et l’école) mais analysent les effets délétères, sur l’éducation des enfants, de l’idéologie dominante actuelle, que nous suivons presque tous depuis une cinquantaine d’années, sans trop nous en rendre compte (ce qui est le propre d’une idéologie dominante).

Dans mon dernier essai et dans les conférences que j’anime, je demande si à force de lutter contre un modèle d’éducation qui pouvait être traumatisant, on n’a pas trop favorisé le maternage et la bienveillance et oublié ce qui est nécessaire pour faire intégrer les limites aux enfants.

J’invite à partager des points de vue différents sur l’éducation et donc à réfléchir… et peut-être à se libérer de nos certitudes « politiquement correctes ».

Cette réflexion est absolument nécessaire aujourd’hui si nous ne voulons pas que certains utilisent la « crise » actuelle pour justifier des retours en arrière ni possibles ni souhaitables.

 

Materner ou éduquer, Refonder l’école,Collection Actuels, Les Editions de Paris Max Chaleil,  rue des Saints-Pères, 75007, Paris, mai 2016, 80 pages, 9 €

SOCIAL - Comment croire encore au Père Noël ?

Ecrit par Christelle Angano le 17 décembre 2016. dans La une, Société

SOCIAL - Comment croire encore au Père Noël ?

Croire encore au Père Noël dans un monde, qui, hélas,

Ne fait plus de cadeau ?

Le froid revient, blanc et menaçant…

Couleur de fête et de Noces,

Couleur de deuil, Paradis blanc.

Un clown meurt à Alep, ami des enfants blessés,

Orphelins,

Apeurés.

Nos arbres de Noël se couvrent d’écharpes

Offertes aux plus démunis.

Une petite fille aux allumettes quelque part dans le monde se réchauffe les doigts.

La coccinelle

Pleure son Marcel.

Quelque part en Bretagne, entre Fougères et Rennes, une famille tremble d’être expulsée.

Retour en Albanie.

Quel statut pour l’embryon ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 décembre 2016. dans La une, Société

Quel statut pour l’embryon ?

La polémique au sujet des « intimes convictions » du candidat Fillon m’ont amené à faire pour moi-même une sorte d’examen de conscience… et j’ai découvert mes propres contradictions ! Après quatre FIV (Fécondations in Vitro) infructueuses – et comme cela arrive plus souvent qu’on ne le croit – nous avons conçu, ma femme et moi, mon fils « naturellement ». Miracle, émerveillement face à ce que nous n’attendions plus… aussi avons-nous, d’un commun accord, refusé l’amniocentèse visant un éventuel diagnostic prénatal de la trisomie 21, au prix d’une possible fausse-couche : examen inutile, puisque nous étions déterminés à ne pas faire « avorter » notre enfant, même mongolien. Seulement voilà ! Au cours des différentes fivs, des embryons surnuméraires avaient été « produits », pour être finalement détruits. Quelle différence donc entre un embryon « naturel » et un embryon « artificiel » ? Le premier serait-il une personne ? Et le second seulement une chose ? En droit, seule la « personne » jouit d’une totale indisponibilité : l’on ne peut ni l’acheter, ni la vendre, ni la donner, ni, bien sûr, la tuer. La « chose » au contraire – qu’elle soit vivante (les animaux) ou pas – est disponible : simple bien, elle demeure la propriété de la personne qui la possède. Celle-ci peut en user (usus), jouir de ses fruits (fructus), voire en abuser (abusus), c’est-à-dire l’aliéner ou la détruire. Une question à la fois de théorie et très pratique.
Mais avant de l’aborder, il faut répondre préalablement à une autre question : quel corps est celui de l’embryon ? Celui de la « mère », ainsi que le sous-entend la revendication féministe des années 70, « disposer de son corps » ? Ou celui de « quelqu’un » d’autre ?
Aucune réponse ne va de soi. Certes, la génétique distingue formellement l’ADN de la mère de celui de l’embryon (qui n’a que 50% des gènes de cette dernière !) ; mais cela ne suffit pas.
En philologie germanique, un unique vocable désigne à la fois la matrice et l’embryon (ou l’enfant) : vieux gotique kilthei (l’utérus, le sein de la femme), qui a donné l’anglo-saxon cild (anglais moderne child) et l’allemand Kind.
Le droit de l’antiquité fournit d’ailleurs des vues complètement opposées. Le jurisconsulte Papinien (IIème siècle) affirme, dans une compilation célèbre nommée Digeste, que l’infans constitue une mulieris portio, une partie de la femme. De fait, à Rome, l’avortement n’était pas punissable. Mais, il y a un mais : l’embryon ou le fœtus pouvait hériter ! C’est la maxime, que certains font remonter à la loi des XII tables, infans conceptus pro nato habetur quoties de commodis eius agitur : l’enfant conçu est tenu pour né toutes les fois qu’il y va de son avantage. Fiction juridique qui fait du futur enfant un sujet, jouissant de droits de la personnalité, à une condition cependant : qu’il naisse et qu’il naisse viable. « Sancimus si vivus perfecte natus est », précise une constitution de Justinien : nous décrétons si il est vivant et parfaitement né, « parfaitement », autrement dit, capable de vivre.

Comprendre le djihadisme : les deux approches

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 décembre 2016. dans La une, Religions, Société, Littérature

Recension des livres Comprendre l’Islam politique, François Burgat, éd. La Découverte, 2016 ; et Le djihad et la mort, Olivier Roy, Seuil, 2016

Comprendre le djihadisme : les deux approches

Deux approches, deux regards, en effet, deux directeurs de recherche au CNRS. Mais une constante : disculper l’Islam en tant que religion. A la différence d’autres – Alain Finkielkraut en particulier – ni François Burgat, ni Olivier Roy ne voient, dans la vague terroriste, le symptôme d’un choc des cultures ou des civilisations.

Burgat s’inscrit dans la lignée de Gilles Kepel et du « ressac rétro-colonial » : la violence actuelle est un legs de la colonisation « à défaut d’en représenter l’aboutissement, l’islamisme, troisième étage de la fusée de la décolonisation, manifeste l’accélération du processus de repositionnement du Sud dominé à l’égard du Nord ». Au fait, quels étaient les deux étages précédents ? Le premier rime avec occidentalisation, synonyme de modernisation, faire comme l’ex-métropole. Ce fut l’attitude d’un Bourguiba ou d’un Ben Ali. Le deuxième étage étant celui de la marxisation : occident toujours, mais un occident dissident, le rêve nassérien du nationalisme pan-arabe laïc, rêve qui se fracassa sur la cuisante défaite de la guerre des six jours ; « l’islamisme de l’imam de Qom, nous dit Burgat, détrônait l’arabisme des émules de Nasser ». Si l’on ajoute à cela la mémoire des exactions du colonisateur – des canonnades de 1925 au Liban ou des massacres du Nord-Constantinois de 1945 – aggravée par l’identification aux palestiniens dans leur lutte antisioniste, ainsi que, dernièrement, par les expéditions néocoloniales des Bush père et fils, l’on comprend, dès lors, que l’Islam politique se veuille radicalement autre, radicalement non occidental.

Cette altérité est d’abord culturelle. Il s’agit de « parler musulman », « c’est par ce biais, écrit Burgat, que la société dominée prend conscience que son univers symbolique est discrédité, périphérisé, marginalisé et qu’elle est en train de “s’indigénéiser” ». Une démarche similaire – quoique laïque – s’observe pareillement chez le PIR, le Parti des Indigènes de la République. A l’extrême, certains vrais-faux Chrétiens d’Orient changent de nom, « j’ai toujours préféré dire, avoue l’un d’eux, que je m’appelais Georges. Aujourd’hui je vais oser dire mon vrai nom. Je vais oser dire que je m’appelle Mohamed ». Bref, une sorte de « muslim pride ».

Les conséquences ? Une espèce d’« allophobie », une hantise de l’Autre, chez les non musulmans : « l’Autre, on l’a dit, avant d’être musulman, a d’abord été arabe. Avant que l’alchimie de l’affirmation islamiste nous fasse quitter l’ère des “fellagas” pour entrer dans celle des “intégristes”, l’altérité ethnique et linguistique avait largement suffi à nourrir, à son égard, de puissants réflexes de rejet ». L’islamophobie n’a jamais été que le paravent d’un racisme anti-arabe. « A gauche, comme à droite, continue Burgat, la surenchère électoraliste s’est organisée pour capitaliser les dividendes d’une mobilisation contre l’extrémisme des “djihadistes” français. Mais tous ceux qui font leur miel électoral de la peur que suscite ce nouveau fléau contribuent, consciemment ou non, à le fabriquer ».

François Fillon et l’Histoire

Ecrit par Gilles Legroux le 03 décembre 2016. dans La une, Education, Actualité, Société

François Fillon et l’Histoire

Les contre-vérités proférées par M. Fillon sur les programmes d’histoire et les attaques frontales contre son enseignement suscitent dans la communauté des professeurs d’histoire-géographie de vives réactions. D’autant plus qu’elles ont été clairement exprimées devant des millions de téléspectateurs. Nous sommes nombreux à considérer cela comme des propos offensants qui dénaturent ce qu’est notre métier. Cet aspect constitue la face « culturelle » du programme d’essence réactionnaire de M. Fillon. Le programme économique et social est l’autre face d’un projet politique qui a somme toute une cohérence idéologique forte.

Parcourons les mesures-phares, dont chacun d’entre nous est libre de penser ce qu’il veut : abolition des 35 heures, abolition de l’ISF, hausse de la TVA de 2 points, baisse massive du nombre de fonctionnaires, réduction du droit des chômeurs, simplification du droit du travail, recul de l’âge de la retraite à 65 ans etc… Tout homme politique qui vise les sommets de l’Etat est animé d’un puissant imaginaire. M. Fillon se voit sans doute déjà en nouveau Reagan ou en fils spirituel de Margaret Thatcher, version 2016. Mais M. Fillon n’étant ni américain, ni britannique, son imaginaire a bien dû puiser quelque chose dans notre bonne vieille terre de France. D’autant que dans notre pays, avec l’empreinte du gaullisme, le libéralisme économique « à l’anglo-saxonne » n’a jamais été un courant de pensée dominant à droite. Mes réflexes professionnels et mon (mauvais) esprit historien me poussant à mettre les choses en perspective, je me suis posé la question suivante : qu’y a-t-il derrière le libéralisme « moderne et adapté aux réalités de la mondialisation » de M. Fillon ? Autrement dit, j’ai essayé de voir quelles peuvent être les valeurs culturelles des droites françaises qui constituent le socle de ce programme ?

D’abord l’expression d’un remords qui taraude une bonne partie de la droite depuis l’élection de Jacques Chirac en 1995 puis 2002 : celle de pas avoir « su faire les réformes nécessaires » et surtout de ne pas avoir été capable de crever l’abcès des 35 heures. Dans l’esprit de nombreux électeurs de droite, peut-être, seul un vrai chef ayant le sens de l’Etat, celui de l’Histoire, l’autorité et le courage nécessaires, peut conduire le navire dans la tempête jusqu’au port du « Renouveau » et résister aux lames puissantes de la contestation sociale que ne manquerait pas de déclencher l’application d’un tel programme… C’est l’image que F. Fillon cherche à donner de lui-même. Il y a là de quoi séduire un électorat à la recherche d’un « homme providentiel » et orphelin du lointain (?) général de Gaulle.

Ma première matraque m’a frappée rue du Taur

Ecrit par Sabine Aussenac le 22 octobre 2016. dans La une, Politique, Société

Ma première matraque m’a frappée rue du Taur

« Ma première matraque m’a frappée rue du Taur ». Bon, d’ordinaire, je ne me cite pas – d’ailleurs je ne connais aucun vers de mes propres poèmes… – mais cette phrase, extraite de ma « Lettre à Toulouse » que Carole Bouquet avait lue lors d’un Marathon des Mots, je la trouve chouette.

C’est que j’ai été jeune, comme tout le monde, et de gauche avant de virer à droite, car, comme le dit un dicton célèbre, « Qui n’est pas de gauche à 20 ans est fou. Qui n’est pas de droite à 40 ans l’est aussi » – je plaisante.

Mais bon, avec un père Conseiller Général RPR qui monnayait les WE entre copains à notre maison de campagne en échange des timbres collés sur ses enveloppes de vœux à ses administrés, comme me l’a rappelé hier un ami d’adolescence croisé par hasard, je n’avais d’autre choix qu’une belle rébellion, orchestrée par quelques saines lectures, de Marx à Krishnamurti, en passant par Neruda et Allen Ginsberg, au son de « El pueblo, unido, jamas sera vencido » – mais oui, chers Zadistes, vous n’avez pas l’apanage des sarouels et du cœur ! Les seventies aussi furent flamboyantes…

Bref, les flics, les keufs, la maison poulaga, les poulets, je les ai conspués, comme tout le monde, ou presque… Mélangeant dans un joyeux tintamarre insultes et autres « CRS-SS, étudiants-diants diants » (mon plus grand regret a longtemps été de n’avoir eu que sept ans en Mai 68…), photo de cette fleur tendue à un Police Man américain et tous les autres poncifs, bien avant que les cailleras des Cités et les grosses chaînes des rappeurs aux pantalons baissés ne niquent les mères de tous les Français, et la police aussi… J’ai donc couru gaillardement devant quelques bataillons, et arpenté les pavés en tenant des banderoles à bouts d’idéaux. Bref : j’ai eu 20 ans.

Et puis un jour, j’ai grandi. Et réfléchi, un peu. Et puis j’ai eu plein d’enfants, avec plein de nuits blanches au moment de la naissance de « la Cinq », et entre deux tétées, hagarde, j’avoue avoir regardé moult séries et blockbusters qui me détendaient un peu… Cruchot, Maigret et Julie Lescaut sont devenus mes amis, et puis Derrick, aussi – je plaisante encore, là ! –, j’ai succombé à la voix si douce et à la poigne de fer d’une « Femme d’honneur », et surtout à l’humour irrésistible de mon Bruce adoré (sa photo est punaisée dans mon armoire, si si…) et aux frasques flamboyantes de Mel…

Bind Torture Kill : une répétition

Ecrit par Didier Bazy le 01 octobre 2016. dans Ecrits, La une, Société, Musique

Bind Torture Kill : une répétition

Il lui fut donné d’assister à une répétition. Un soir de Juillet 2016. Le pote souriait, claquant la portière de sa bagnole devant la vieille grange perdue dans un village coincé entre une centrale nucléaire, un tourteau en cours de démantèlement depuis des décennies déjà et une autre centrale nucléaire en activité, elle, active. Lui, il avait l’avait déjà claquée, sa portière. Malgré les deux centrales, le soleil déclinait imperceptiblement. Il avait apporté sa bouteille de vin bio. Le musicien ouvrit la vieille porte du local. Un cube sans fenêtre. De gros sacs poubelle en plastique souple gris brillant, des cadavres de canettes de bière en tas, des cadavres plus vivants que jamais, tardigrades de verre et de métal prêts à s’éveiller au son, du métal attendu.

Il n’avait entendu que de loin ce type de musique, le Métal. Le pote musicien l’avait invité à une répétition de son groupe Bind Torture Kill. Allait-il ligoter l’invité ? Le torturer ? Le dézinguer ? Non, ils n’oseraient pas. Il était trop vieux, sans intérêt. Il l’avait prévenu. Le Métal exige des boules quies enfoncées au fond des oreilles par précaution d’Hygiène, Sécurité et Conditions de Torture. Indispensables, le pote musicos avait dit. Oublie pas tes bouchons. Ok. Il avait délesté ses fonds de poche chez l’apothicaire du coin en échange de préservatifs auriculaires.

Le pote goûta le vin bio mais pas trop. Déjà il se concentrait sur la répète. Pas question de se murger tout de suite. Apparemment on boit que de la bière. Enfin, l’invité y sait pas… Affaire de se désaltérer, de s’hydrater, de rafraîchir les idées et la gorge ? Un peu tout ça sans doute. Le batteur débarqua, costaud et jovial, prêt à mouiller la chemise qu’il ôta avant de la tremper tout à fait, exhibant un torse tatoué grave. Le trio fut bientôt au complet à l’arrivée du chanteur dont il remarqua une main façonnée Django Reinhardt mais ça n’avait pas grand-chose à voir. Le trio s’enfila trois cervoises, prémisses du ciment du groupe métallique.

Le vieil invité eut droit à un spectacle pour lui tout seul. Et à une bouteille de vin bio pour lui tout seul aussi. Tout ça se présentait donc plutôt bien. Deux parties coupées d’une pause bière rapide mais détendue. On prend place. Au fond du cube, les tatouages du percussionniste l’impressionnent. Ils forcent l’admiration. Une douce torture, le tatouage. Derrière un pilier de soutènement, le pote guitariste, souriant hôte malicieux, règle ses machines, tourne des boutons, teste les premiers sons. Le batteur jongle avec ses baguettes, habile et déterminé. Le chanteur chauffe ses cordes dans un micro, sort des papiers, manuscrits griffonnés. Sans doute les paroles, se dit le vieux spectateur tandis qu’il malaxe les gommes quies et les pousse – un peu mais pas trop – à l’orée des tubes auditifs : il ne veut pas louper ce show pour lui inouï.

Benji étire ses bras en arrière vers le haut. C’est physique le show. Yann, le pote compositeur guitariste, vérifie une dernière fois ses cordes et les branchements du matos. Olivier, le chanteur se concentre, arpente l’espace et cherche le temps.

Conservatismes et corporatismes français ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 septembre 2016. dans La une, France, Politique, Société

Conservatismes et corporatismes français ?

Pour autant que cette formule ait vraiment un sens, pour un pays qui s’est construit au pluriel depuis la proto-histoire, la France a toujours eu la réputation d’être irréformable et ingouvernable, et ceci sous tous les gouvernements. Or, avec la montée de l’hyper-individualisme depuis environ une trentaine d’années (l’équivalent de la « me generation » américaine mais sans les aspects positifs du comportement d’une partie des citoyens étasuniens), ce phénomène s’est considérablement aggravé. Cela aboutit à de véritables blocages de notre société, qui lui donnent – à certains égards – des caractères relativement sclérosés rappelant ce qu’était notre pays en 1788, avec la multiplication des « privilèges », qui correspondaient alors à des statuts particuliers (de « privus-lex » en latin), et qui enclenchèrent le processus de la Révolution de 1789-1795 (avec sa phase libérale, puis radicale). Aujourd’hui, ceux qui font une comparaison avec cette France d’avant 1789 sont – à mon avis – dans l’erreur sur le plan des comparaisons d’analyse historique, et je vais tenter d’expliquer en quoi.

D’abord, la France est devenu le pays des conservatismes, grands, moyens et petits. Prenons quelques exemples. Au niveau des « élites », si l’on se penche sur le cas du cumul des mandats, les « politiques » – de droite comme de gauche – restent très majoritairement hostiles à une mesure démocratique de ce type. De même, des élus (dans les collectivités territoriales) sont souvent très réticents à l’égard de la « démocratie participative » – même si son harmonisation avec la « démocratie représentative » n’est pas simple, en raison des problèmes de légitimité conférés ou non par le suffrage universel. J’ajoute aussi que le fait d’être un élu est progressivement devenu un véritable métier (et il est vrai que la gestion, cela ne s’invente pas, et doit donc s’apprendre) ; d’où l’accusation envers les « politiques », de la part de nos compatriotes – largement fondée –, d’être devenus des politiciens professionnels. N’oublions pas également les conservatismes des élites technocratiques sorties de sciences-po et qui croient tout savoir tout le temps et pour toujours ! Quant aux élites « économiques », que dire de leurs stock-options, des scandaleuses retraites-chapeaux, ou des pratiques d’optimisation fiscale et de fraude fiscale (qui atteignent, pour ces dernières, au moins le chiffre de 100 milliards d’euros par an…) ? Pour autant, au niveau du « peuple », tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Certainement pas lorsqu’on voit par exemple la montée de la dénonciation (parfois justifiée) de « l’assistance », sauf lorsqu’une personne est directement concernée par la défense de ses privilèges appelés le plus souvent par elle acquis sociaux ! Le privilège devient ainsi le droit qu’a l’Autre, et le droit, le privilège dont on dispose… Qu’on aille ainsi se renseigner un peu par exemple en ce qui concerne les avantages inadmissibles des familles de ceux qui travaillent à EDF-GDF, ou (à certains égards) à la SNCF, etc.

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