Société

Décliner le populisme : populus, ethnos, demos

Ecrit par Jean-François Vincent le 11 février 2017. dans La une, Politique, Société

Recension/commentaire du livre de Patrick Buisson, La cause du peuple, éditions Perrin, septembre 2016, 464 pages, 21,90 €

Décliner le populisme : populus, ethnos, demos

Décliner dans les deux sens : refuser et faire la déclinaison de. Cette seconde acception décrit très exactement ce qu’entreprend Patrick Buisson, l’ex-père Joseph de Nicolas Sarkozy dans son ouvrage : il « décline » un populisme assumé et revendiqué qu’il entend ici théoriser.

Populus

« Il est vrai qu’il n’y a pas loin de la stigmatisation du populisme et l’expression plus ou moins camouflée d’une certaine populophobie » écrit Buisson. Le peuple, bien sûr. Mais quel peuple ? A l’instar de la plebs que défendaient les populares de la fin de la république romaine, il s’agit de ce que le démographe Christophe Guilluy, dans son Atlas des fractures françaises, nomme « la France périphérique », celle des ruraux déclassés, des suburbains fuyant les banlieues et exilés à la lisière des champs, bref la France qui vote FN. Symptôme, nous dit Buisson, d’un mal bien plus largement répandu : la « déliaison », le délitement du lien social, de cette affectio societatis, dont parlent à la fois Spinoza et Frédéric Lordon… signe d’ailleurs dudit délitement pour Buisson : la disparition des bistros ! « La spirale de la solitude extrême s’achève avec la disparition de ces derniers lieux de vie qu’étaient les bistros – 600.000 dans les années 60, moins de 35.000 aujourd’hui ».

Mais au-delà de la socialisation bistrotière, qu’est-ce donc qui définissait le « vivre ensemble » et par conséquent soudait le « peuple » ? Réponse : l’identité ! « Un capital immatériel que l’économie ne sait ni créer, ni produire, mais auquel les Français tiennent comme à la prunelle de leurs yeux », plus précisément ajoute-il en citant Renan « le souvenir des grandes choses faites ensemble », autrement dit l’histoire, entendue comme un « roman national ». Problème, l’immigration aboutit « immanquablement » à la « destruction de l’identité nationale »… d’où la question de l’ethnos.

Ethnos

Oui, la France forme une « communauté », une ethnie (Buisson ne va pas jusqu’à dire une « race »), un « capital d’autochtonie ». Vieille thématique nationaliste : comme dans la Grèce antique, les hommes « sortent » du sol de leur terre natale pour y retourner à leur mort : la patrie – patria, Vaterland – s’enracine dans la terre des pères, celle où les ancêtres sont enterrés. On n’est pas loin d’un Barrès et de sa célèbre conférence de 1899, La terre et les morts, sur quelles réalités fonder la conscience française.

Il existe ainsi une « France centrale », au sens historique du terme, par opposition à celle « des marges » : celle des « identités ethniques et culturelles minoritaires ». Il convient donc de rétablir les choses et de privilégier le proche par rapport au lointain. « Seul l’amour du prochain, du proximus, assume la totalité du réel (…), le crime de Caïn fut de se délier de l’exigence politique suprême qu’est l’amour du proche, en refusant d’être d’abord et avant tout le gardien de son frère ». Préférence nationale ? Buisson ne l’énonce pas, mais il la suggère… au total, il souscrirait indubitablement au propos de De Gaulle, tel que rapporté par Alain Peyrefitte, dans sa biographie, C’était De gaulle (tome I) : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ».

Au sujet du bonheur de Lady Chatterley

Ecrit par Mélisande le 11 février 2017. dans La une, France, Politique, Société

Au sujet du bonheur de Lady Chatterley

Comment ne pas songer au film de Sofia Coppola Marie-Antoinette lorsqu’on écoute certains hommes politiques, et que l’on mesure avec effroi leur coupure absolue d’avec la base : le quotidien des gens, la paupérisation qui gagne toutes les couches de la société ? L’humiliation et les accusations dont « le peuple » fait l’objet dans les discours de certains, comme s’il n’était qu’une grande putain naïve, manipulable, sollicitée et corvéable à merci, que l’on peut flatter, culpabiliser, humilier, au gré de ses stratégies ?

Comment ne pas avoir en tête notre feue-reine, dégustant avec sa cour petits fours et champagnes, essayant chapeaux et toilettes, dans une bulle psychotique qui lui coûta la vie, alors qu’aux portes de Versailles arrivait en saccades le peuple affamé…

Cette méconnaissance absolue du quotidien et de la réalité économique difficile de la majorité des gens, tout âge et classe sociale confondus, nous arrive en pleine face avec le « Pénélopegate », où de façon pathétique et dérisoire, devant les regards médusés et sidérés par un tel affront du mensonge, le peuple, comme on dit, se tait mais n’en pense pas moins…

Un dieu facétieux est aux commandes aujourd’hui, il descend tout droit du principe de vérité ; vérité, étymologiquement « ce qui est », et provoque le retour en pleine face des accusations pour celui qui se sert de la Parole, instance sacrée, pour mentir… Aujourd’hui, il y a un retour de bâton, mais pour combien de jours et combien d’années d’impunité ???

Voir François Fillon, qui a accepté en tant que premier Ministre l’humiliation que lui infligeait Sarkozy, défendre sa cantine, son petit moi, en le confondant derechef avec l’universel, tient de la pathologie schizophrénique.

Le putsch dont il clame être la victime n’est en réalité que le rappel douloureux d’une forme de justice immanente qui finit par tomber, un jour ou un autre, quand le mensonge s’est construit son propre édifice bancal et qu’il monte toujours plus haut, sorte de monstre qui n’a d’assise que la folie narcissique de ses auteurs…

Un jour cela s’effondre, un peu comme la tour de Babel. Mais le mensonge semble ici s’être construit un tel paysage, de tels quartiers, qu’il y a fort à faire pour revenir au principe de réalité. Fort à faire dans le ciel pour faire réfléchir ces petits ambitieux qui ne songent qu’à leur statut terrestre, sans autre programme que régler un compte au rival, se présenter au suffrage universel pour résoudre une problématique personnelle d’aliénation, c’est de l’infantilisme dangereux.

Citer ceux des hommes politiques qui avaient un projet de transcendance et de service vis à vis de leur pays, alors qu’ils sont silencieux pour toujours, pour cause de disparition terrestre, c’est encore plus criminel !

Accuser le Canard enchaîné qui ne perd jamais (ou rarement) les procès dont il est l’objet depuis un siècle, l’accuser de façon péremptoire, notamment de misogynie et le faire en guise de discours politique devant des milliers de personnes prises en otage, relève de la pathologie mentale !

Il serait bon que François Fillon ne se serve pas du peuple et ne confonde pas la conduite sérieuse et grave d’un pays pour répandre sa névrose narcissique. Lui qui ne laisse pas parler sa femme… D’ailleurs que dit Pénélope ? Au service de son grand homme ? Ne devine-t-on pas dans son regard triste qu’elle a loupé un rendez-vous décisif ? A Sablé, loin des rillettes et des notaires, un rendez-vous avec un garde-chasse. Il l’aurait menée benoitement, tout droit au paradis… Loin de la clique des menteurs professionnels que sont devenus certains élus installés dans leurs pantoufles de l’Ancien Régime… Tout droit au paradis des femmes amoureuses, avec des étoiles dans les yeux et dans la voix…

Ah ! La vie, ça tient à si peu de choses !

Qui défend le féminisme et la démocratie ?

Ecrit par Jean Gabard le 11 février 2017. dans La une, Société

Qui défend le féminisme et la démocratie ?

Alors qu’il y a encore tant à faire pour que l’égalité en droits soit respectée, critiquer à la fois l’idéologie de la société patriarcale et une idéologie féministe égalitariste est une position qui n’est pas facile à défendre. Dans Le féminisme et ses dérives, Rendre un père à l’enfant-roi (1) et Materner ou éduquer, Refonder l’école, elle est cependant expliquée avec des arguments qui présentent une certaine logique. Alors que les détracteurs ne peuvent apporter de preuves de ce qu’ils appellent le « masculinisme » de l’auteur, il existe des preuves que le postulat fondant leur égalitarisme, qu’ils prennent, eux, pour une théorie scientifique, est totalement faux.

Si des personnes, cédant à la facilité et sans avoir lu les écrits, se contentent de répéter des impressions que peut laisser le titre du premier essai Le féminisme et ses dérives, d’autres, des militants et même des universitaires, passionnés par le sujet, persuadés de détenir « La Vérité », classent toute personne critiquant leur idéologie dans le camp des sexistes et des réactionnaires. Ceci leur donne bonne conscience de ne pas se poser de questions et d’interpréter des propos en leur faisant dire ce qui leur convient pour justifier leur condamnation.

C’est ainsi que Éric Debarbieux (2) se permet de parler de « brûlot » à propos d’un livre qu’il n’a sans doute jamais lu. Mais si Éric Debarbieux imagine le livre, il cite au moins une présentation de conférence (qui n’a rien de polémique !) écrite par l’auteur (3).

Ce n’est pas le cas de Jean-Raphaël Bourge (4), chercheur à l’Université Paris 8, qui écrit (5) : « Jean Gabard (professeur d’histoire-géographie), dans son ouvrage Le féminisme et ses dérives, Du mâle dominant au père contesté, au chapitre 7, titré “Quand la non-violence engendre la violence” (11), écrit que “les théories féministes non violentes (sic) engendrent des garçons violents, le féminisme produit de la violence masculine”… Gabard pense que “Les stéréotypes desservent d’abord l’homme : son image de force devient sa faiblesse et l’image de faiblesse de la femme devient sa force” (12) »

(11) GABARD Jean, Le féminisme et ses dérives, Du mâle dominant au père contesté, Paris, Les Éditions de Paris, p.117-119

(12) Ibid. p.67

 

Ici Jean-Raphaël Bourge – un chercheur prétendant lutter contre les interprétations fantaisistes et « l’imposture intellectuelle » (6) –, qui n’a pas trouvé d’arguments pour justifier ses accusations, ne fait pas qu’interpréter des idées, mieux, il invente les phrases qu’il dit citer. Nulle part, en effet, ne se trouvent de telles phrases ni même des propos semblables dans Le féminisme et ses dérives, Du mâle dominant au père contesté, dans l’ensemble de mes écrits, dans mes conférences, dans mes interviews !

Une personne dont des écrits sont malhonnêtes et diffamatoires ne nuit-elle pas à l’ensemble des féministes même si elle prétend les défendre ? Peut-on, en effet, défendre les droits des femmes en ne respectant pas Les Droits de l’Homme ?

Le riche, le plus fort !

Ecrit par Michel Tagne Foko le 04 février 2017. dans La une, Société

Le riche, le plus fort !

On parle d’immigration.

On parle d’immigration.

On parle d’immigration.

Au fond des choses, si on veut bien se pencher sur la question, si on veut bien regarder, observer minutieusement, on finit par comprendre que l’on ne parle pas de l’immigration, à proprement parler.

À proprement parler, ce n’est pas de l’immigration que les gens parlent. Que les politiques scandent. Non, ça serait trop facile sinon. Il suffirait de fermer de manière hermétique les frontières et le tout est réglé, ce qui, en passant, est impossible, mais ce n’est pas le sujet ici.

Il s’agit des pauvres. De la manière qu’il faut s’occuper des pauvres. On cache « pauvre », avec « immigration », de peur de choquer et de paraître inhumain. Oui, la vraie appellation c’est « pauvre » et non pas « immigration ». On parle surtout des pauvres. Oui, des pauvres. Il s’agit tout le temps des pauvres. Aucun pays ne veut les pauvres des autres, certains pays prennent des mesures drastiques en le cachant derrière la phrase « combattre l’immigration illégale ».

Fort heureusement, il existe encore certains pays dans le monde où les pauvres des autres viennent se mêler harmonieusement avec les pauvres du pays et cela ne crée aucun scandale… Je me souviens des paroles de ma grand-mère. Elle disait : « durant les périodes de grande immigration au Cameroun, en pays bamiléké, dès que l’on arrivait dans un endroit, on allait toujours demander refuge chez le pauvre, car il a eu froid dans sa vie, il sait de quoi il s’agit, alors il lui serait difficile de rester insensible en nous refusant refuge ». Oui, il y avait une certaine solidarité entre pauvres à cette époque-là, en pays bamiléké.

Si on prend la phrase « combattre l’immigration illégale », et que l’on se met à la décortiquer, on comprend tout simplement, et tout de suite, qu’il ne s’agit pas de l’immigration en général, mais de ceux qui sont là alors qu’ils ne devraient pas être là c’est-à-dire « les pauvres »… je m’explique :

– On parle de durcir les conditions d’admission des candidats à l’immigration, mais ce que l’on ne dit pas aux gens, c’est que dans les ambassades, ce sont les pauvres qui se font refuser les visas et jamais les riches. Le riche demande un visa d’une semaine, pour les États-Unis, on lui donne un visa de 10 ans, pour un séjour valable six mois par an, alors qu’il ne demandait qu’une semaine. Le pauvre, quant à lui, demande le visa de trois jours pour la France, on le lui refuse. Et après, on parle de lutter contre l’immigration illégale ! La réalité c’est ça ; c’est ça la réalité ! Il suffit de regarder les pièces qui constituent une demande de visa pour comprendre que tout a été mis en place pour que seul le riche puisse avoir le droit de voyager partout dans le monde.

– On dit qu’il faut rapatrier les sans-papiers, mais le vrai message derrière cela c’est qu’il faut renvoyer le pauvre chez lui, puisque les politiques de régularisation qui sont mises en place par plusieurs pays se basent généralement sur les revenus de subsistance ; on ne dit jamais ouvertement aux gens qu’il suffit d’être riche pour avoir facilement sa carte de séjour. Oui, on ne dit jamais cela aux gens. Un riche vient dans un pays, il crée une entreprise et embauche les gens, que ça soit en France, au Portugal, aux États-Unis, etc., il est régularisé sans problème. Dans certains pays, lorsque le riche crée des emplois, on lui envoie son titre de séjour par courrier postal, pour le remercier.

Alors, pourquoi  cache-t-on derrière le mot « immigration », alors que ce n’est pas de cela qu’il s’agit ? Pourquoi ne pas nommer les choses ? Le riche, le plus fort !

Psychanalyse du djihadisme

Ecrit par Jean-François Vincent le 14 janvier 2017. dans La une, Société

Psychanalyse du djihadisme

Je ne sais si une telle tentative a déjà été faite. Olivier Roy n’est pas allé jusque-là, il parle de vide de valeurs, de rupture avec la famille…

Les catégories lacaniennes, dans un pareil domaine, peuvent servir. Lacan, en effet, distingue trois types de paternité : le père réel (le géniteur), le père imaginaire (celui qui incarne la Loi, rompt la relation fusionnelle avec la mère et prohibe l’inceste) et le père « symbolique ». Ce dernier (qui ne coïncide pas forcément avec le père réel) a une importance capitale : il fonde l’appartenance et construit l’identité de l’enfant ; il introduit celui-ci dans son genre sexué (masculinité ou féminité) ainsi que dans le monde extérieur à la famille (pays, religion, classe sociale, opinions politiques, sport, etc.). Grâce à cette symbolique héritée, l’on « appartient » à quelque chose, un quelque chose auquel l’on s’identifie : « je » suis ceci ou cela.

Or de toute évidence, le point de commun entre les djihadistes d’origine musulmane et ceux qui se sont convertis à l’Islam se situe dans ce manque, cette absence. Les descendants d’immigrés, à cheval sur deux cultures – celle du pays d’origine des parents ou des grands-parents et celle de celui où ils sont nés – n’« appartiennent » véritablement ni l’une à ni à l’autre : perçus comme étrangers ici, ils sont discriminés comme « français » là-bas. Personne n’a joué, à leur égard, le rôle de père symbolique, personne ne les a enracinés quelque part.

Symétriquement les djihadistes convertis sont le plus souvent issus de la génération de 68, ou post 68, génération qui – globalement, car il y a, bien sûr, des exceptions – a renoncé à « transmettre », donc à construire la personnalité de leur progéniture.

Condamnés donc à s’auto-construire, les apprentis djihadistes prennent alors des pères symboliques de substitution : « émirs », « grands frères », voire tout bonnement… internet ! Grâce à eux, ils « sont » – enfin ! – quelque chose, ils se « sentent » partie d’un tout plus grand qu’eux, voire même transcendant.

Point d’aboutissement d’un long processus occidental : de renaissances en révolutions (politiques ou autres), de la monade leibnizienne à la déconstruction post-moderne du sujet, la montée en puissance de l’individualisme, du « je », impérial et impérieux, a créé autant d’« hommes nouveaux », faisant table rase de ce qui les précédait. 68 a juste poussé la chose à un point paroxystique.

Si je prends ma propre famille, le processus apparaît clairement. Ma grand-mère paternelle, née à la fin du XIXème siècle, eut deux enfants, mon père et ma tante. Elle était catholique, patriote et profondément gaulliste, à partir de la seconde guerre mondiale. Elle joua – ou tenta de jouer – le rôle de « père » symbolique, en « transmettant » ses appartenances. Réussite dans le cas de ma tante : elle faillit se faire religieuse et vibrait pour l’équipe de France, lors de la coupe du monde de football de 1998 ! Mais échec dans le cas de mon père : individualiste forcené, il ne se « sentait » pas grand-chose…

Il fut un très bon père imaginaire, m’instruisant et me cultivant intellectuellement, mais il ne m’a pas éduqué ou transmis ou fait pénétrer dans un monde auquel j’appartiendrais. Je me sens autant anglais, autrichien ou belge que français, je me suis converti à l’Eglise orthodoxe russe et je ne vibre à aucune compétition sportive. Oui, abstraction faite de mon milieu (la bourgeoisie aisée) et de mes longues études, j’avais tout le profil d’un possible djihadiste !

« Appartenance » constitue, en l’occurrence, le mot-clé. C’est par identification à ce à quoi l’on appartient que se forge la fameuse « identité » : elle n’est pas forcément nationale mais elle est indispensable à la construction d’une personne. Le malheur du temps s’enracine dans ce déracinement : la disparition ou la raréfaction des pères symboliques.

Terrible déshérence laissant des hommes sans qualités, cherchant désespérément – et parfois à n’importe quel prix – à en acquérir une…

Jacqueline Sauvage… Face à face à « l’injurieux »…

Ecrit par Ahmed Khettaoui le 07 janvier 2017. dans La une, Société

Jacqueline Sauvage… Face à face à « l’injurieux »…

Je ne sais comment j’ai soulevé ce cas de « Jacqueline Sauvage » alors qu’il fallait que je me mêle autrement. Le suicide de son fils Pascal par pendaison reflète tout un drame…

Bref, son histoire de meurtre le 9 septembre 2012 a fait couler beaucoup d’encre à travers les medias et de multiples bruits, si j’ose dire… chez ses partisans (associations et autres).

Et voilà Jacqueline « triomphe ». Sa grâce présidentielle peut être constitutionnelle après toute cette controverse et peine de 10 ans. Le drame n’est pas là, il est ailleurs : dans la souveraineté de l’acte en lui-même : Amnistie présidentielle.

En somme, sa liberté soulève ma curiosité en tant qu’humain avant tout et bien sûr dans son sens positif. C’est dans ce contexte que je me mêle humainement dans cette polémique, tragique, mais tout à fait humaine ; légitime à l’égard de cet être opprimé, terrorisé par la violence conjugale, et qui est le héros actuel de ce phénomène boueux qui prend en « otage » en « gage » notre société purifiée… Soit à l’Occident ou à l’Orient.

Simple préoccupation qui m’habite…

Point à la ligne.

« Le ciel attendra »

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 janvier 2017. dans La une, Cinéma, Société

film de Marie Castille Mention-Schaar, France, 2016

« Le ciel attendra »

Deux filles, l’une part en Syrie, et l’autre, pas. Deux mères au bord de cet enfer de notre temps, ici et maintenant. Plus quelques pères, fratries, copains. Le ciel du 93 et celui – si paradisiaque – du Midi. Des burqas si sombres, du Facebook à volonté – le son particulier de l’arrivée des Messages Privés résonnant sinistrement, en guise de bande-son – des prières embrumées qui se cachent au fond des chambres, des visages qui se démaquillent, un appétit de jeune qui meurt – nourriture, loisirs… Et puis, l’adolescence, le homard qui pleure en amorçant sa mue, de toutes façons. « Un film de salubrité publique » a dit Najat V. Belkacem. Elle a raison, à condition de ne pas attendre tout et le reste d’un film, très réussi, mais qui ne peut que jouer son rôle et non l’intégralité d’un arsenal thérapeutique.

Film magnifique en soi,  sa facture, la photo,  le scénario, et le jeu – épatant – d’acteurs chevronnés, ou plus novices. Le réel, orchestré par le professionnalisme qui n’est plus à saluer de Marie-Castille Mention-Schaar, celle des Héritiers. Dire qu’on est pris, depuis notre fauteuil, est largement insuffisant. On est carrément dedans (je ne vous dis pas les regards échangés quand on sort de la séance) et plus d’une nuit après, on continue d’être hanté par ces destins, là, juste à côté de nous, dans nos quartiers, chez  nos voisins. Notre destin, aujourd’hui dans l’heure. A tous.

Pour autant – comme toute œuvre – le film a un angle, loin de toute exhaustivité : c’est le tracé depuis la France, chez les deux filles, progressif parfois heurté comme poison en corps, de l’idée, de l’envie irrépressible de partir en Syrie – pays où l’humanitaire urge, disent les images de propagande hélas remarquable de Daech ; pays où l’on attend l’épouse et demain la mère des combattants, ces « princes » doux comme des histoires des Mille et une nuits. On connaît ; le voir à l’œuvre est autre chose, bouleversant et parfaitement efficace, ici. Alors, forcément – quelques assez rares critiques ont insisté sur ce point – rien n’est jamais montré sur après le grand saut ; ni les déceptions abyssales, ni les violences, ni l’esclavage, ni l’enfer du quotidien dans le Califat, sous les bombes et dans le dénuement. Sauf à dire : aucune mineure n’en est jamais revenue. Cela pourrait être un obstacle de poids pour frapper l’imaginaire des candidates au Djihad. Et puis, il y a le point de vue : celui des centres de déradicalisation initiés par Dounia Bouzar, sociologue très médiatisée, qui joue ici son propre rôle. Elle est musulmane, a des km à son compteur dans la politique de la ville et des quartiers ; son franc-parler, ses compétences ne sont plus à présenter. Elle sait toucher ces jeunes, mieux que d’autres, et même et pourquoi pas par l’émotionnel – quand on les a attrapés, quand on a pu faire un début de travail avec eux… Des chiffres, pour quels  résultats ? glapissent les opposants de tous poils, comme si en ce domaine on pouvait être simple comptable… Elle « traite », et c’est le choix du film, ce qu’elle considère comme une déviance, à la façon des captations par les sectes. On nous montre à merveille ces procédés d’embrigadement, de lents mais sûrs empoisonnements, cet enfermement « à côté » du reste du monde – école, famille, copains… comme sur une autre rive ; « je hais la France » dit à un moment une des filles en SMS à son « prince ».

Nos enfants, l’autorité, la famille et l’école

Ecrit par Jean Gabard le 07 janvier 2017. dans La une, Société

Nos enfants, l’autorité, la famille et l’école

Ayant enseigné pendant 30 ans en collège et lycée, j’ai pu constater à la fois les manques et la formidable amélioration de l’école (locaux, matériel scolaire, programmes, formation des enseignants, méthodes pédagogiques, relations enseignants élèves, parents-élèves…) et la non moins impressionnante dégradation de la motivation et du travail des élèves. La motivation de ces derniers paraît même inversement proportionnelle aux efforts faits pour les motiver.

Alors ne se trompe-t-on pas de voie en n’insistant encore que sur des énièmes réformes ?

La constatation de l’échec de certains élèves à l’école m’a poussé, après avoir fait de multiples stages pédagogiques, à chercher ailleurs : je me suis lancé dans l’étude de la psychologie de l’enfant, des rapports élèves-enseignants, enfants-parents, pères-mères…

Ce que j’ai trouvé m’a amené à écrire deux essais qui refusent la pensée binaire (consistant à rendre responsables soit les parents, soit les enseignants et l’école) mais analysent les effets délétères, sur l’éducation des enfants, de l’idéologie dominante actuelle, que nous suivons presque tous depuis une cinquantaine d’années, sans trop nous en rendre compte (ce qui est le propre d’une idéologie dominante).

Dans mon dernier essai et dans les conférences que j’anime, je demande si à force de lutter contre un modèle d’éducation qui pouvait être traumatisant, on n’a pas trop favorisé le maternage et la bienveillance et oublié ce qui est nécessaire pour faire intégrer les limites aux enfants.

J’invite à partager des points de vue différents sur l’éducation et donc à réfléchir… et peut-être à se libérer de nos certitudes « politiquement correctes ».

Cette réflexion est absolument nécessaire aujourd’hui si nous ne voulons pas que certains utilisent la « crise » actuelle pour justifier des retours en arrière ni possibles ni souhaitables.

 

Materner ou éduquer, Refonder l’école,Collection Actuels, Les Editions de Paris Max Chaleil,  rue des Saints-Pères, 75007, Paris, mai 2016, 80 pages, 9 €

SOCIAL - Comment croire encore au Père Noël ?

Ecrit par Christelle Angano le 17 décembre 2016. dans La une, Société

SOCIAL - Comment croire encore au Père Noël ?

Croire encore au Père Noël dans un monde, qui, hélas,

Ne fait plus de cadeau ?

Le froid revient, blanc et menaçant…

Couleur de fête et de Noces,

Couleur de deuil, Paradis blanc.

Un clown meurt à Alep, ami des enfants blessés,

Orphelins,

Apeurés.

Nos arbres de Noël se couvrent d’écharpes

Offertes aux plus démunis.

Une petite fille aux allumettes quelque part dans le monde se réchauffe les doigts.

La coccinelle

Pleure son Marcel.

Quelque part en Bretagne, entre Fougères et Rennes, une famille tremble d’être expulsée.

Retour en Albanie.

Quel statut pour l’embryon ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 décembre 2016. dans La une, Société

Quel statut pour l’embryon ?

La polémique au sujet des « intimes convictions » du candidat Fillon m’ont amené à faire pour moi-même une sorte d’examen de conscience… et j’ai découvert mes propres contradictions ! Après quatre FIV (Fécondations in Vitro) infructueuses – et comme cela arrive plus souvent qu’on ne le croit – nous avons conçu, ma femme et moi, mon fils « naturellement ». Miracle, émerveillement face à ce que nous n’attendions plus… aussi avons-nous, d’un commun accord, refusé l’amniocentèse visant un éventuel diagnostic prénatal de la trisomie 21, au prix d’une possible fausse-couche : examen inutile, puisque nous étions déterminés à ne pas faire « avorter » notre enfant, même mongolien. Seulement voilà ! Au cours des différentes fivs, des embryons surnuméraires avaient été « produits », pour être finalement détruits. Quelle différence donc entre un embryon « naturel » et un embryon « artificiel » ? Le premier serait-il une personne ? Et le second seulement une chose ? En droit, seule la « personne » jouit d’une totale indisponibilité : l’on ne peut ni l’acheter, ni la vendre, ni la donner, ni, bien sûr, la tuer. La « chose » au contraire – qu’elle soit vivante (les animaux) ou pas – est disponible : simple bien, elle demeure la propriété de la personne qui la possède. Celle-ci peut en user (usus), jouir de ses fruits (fructus), voire en abuser (abusus), c’est-à-dire l’aliéner ou la détruire. Une question à la fois de théorie et très pratique.
Mais avant de l’aborder, il faut répondre préalablement à une autre question : quel corps est celui de l’embryon ? Celui de la « mère », ainsi que le sous-entend la revendication féministe des années 70, « disposer de son corps » ? Ou celui de « quelqu’un » d’autre ?
Aucune réponse ne va de soi. Certes, la génétique distingue formellement l’ADN de la mère de celui de l’embryon (qui n’a que 50% des gènes de cette dernière !) ; mais cela ne suffit pas.
En philologie germanique, un unique vocable désigne à la fois la matrice et l’embryon (ou l’enfant) : vieux gotique kilthei (l’utérus, le sein de la femme), qui a donné l’anglo-saxon cild (anglais moderne child) et l’allemand Kind.
Le droit de l’antiquité fournit d’ailleurs des vues complètement opposées. Le jurisconsulte Papinien (IIème siècle) affirme, dans une compilation célèbre nommée Digeste, que l’infans constitue une mulieris portio, une partie de la femme. De fait, à Rome, l’avortement n’était pas punissable. Mais, il y a un mais : l’embryon ou le fœtus pouvait hériter ! C’est la maxime, que certains font remonter à la loi des XII tables, infans conceptus pro nato habetur quoties de commodis eius agitur : l’enfant conçu est tenu pour né toutes les fois qu’il y va de son avantage. Fiction juridique qui fait du futur enfant un sujet, jouissant de droits de la personnalité, à une condition cependant : qu’il naisse et qu’il naisse viable. « Sancimus si vivus perfecte natus est », précise une constitution de Justinien : nous décrétons si il est vivant et parfaitement né, « parfaitement », autrement dit, capable de vivre.

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