Société

03 septembre 2016 - Rimbaud et le burkini

Ecrit par Sabine Aussenac le 03 septembre 2016. dans La une, Actualité, Société

03 septembre 2016 - Rimbaud et le burkini

Elle est retrouvée.

Quoi ? – L’Éternité.

C’est la mer allée

Avec le soleil…

 

Ils sont tous là, au cénacle des bien-pensants ou des libres penseurs. Je viens de croiser Edwy Plenel et Jaurès sur Mediapart, et puis Enthoven ailleurs, dans une direction contraire, bientôt BHL et Finky donneront de leurs voix, et à la rentrée tout le monde mettra son grain de sel chez Ruquier ou même chez Hanouna…

Je ne suis rien, je ne suis personne, mais je souhaiterais élever ma petite voix au nom de la FEMME, justement, car des femmes, nous entendons certes beaucoup parler depuis 48 heures, mais sans qu’elles aient réellement voix au chapitre…

J’aimerais simplement rappeler à ces messieurs de gauche et libertaires que le burkini, surgeon de la burqa, n’est rien d’autre qu’une pratique mutilatoire, au même titre que l’excision, que les lèvres à plateau ou que les pieds bandés des petites chinoises…

Le burkini en effet, n’en déplaise à ses adorateurs, tend à empêcher l’éternité rimbaldienne qu’est « la mer alliée avec le soleil », cette éternité estivale dans laquelle chaque femme offrant son corps à Râ se fait un peu origine du monde, lorsque son corps paulinien devient « le temple de l’âme », comme le dit mon Saint préféré…

Le burkini prétend, puisque c’est son rôle, permettre à la femme musulmane – et fière de le démonter publiquement – de profiter des bains de mer, mais un peu comme en ces temps victoriens où nos consœurs se baignaient en crinoline, ou presque… Il vise surtout, comme la burqa, et comme le voile, à mutiler l’intégrité du corps charnel féminin, en couvrant chastement tout ce que les yeux avides du Mâle contempteur de formes et de plaisir pourraient en déguster au passage, entre parasols et beignets aux pommes.

Car la femme musulmane, que depuis quelques décennies, les intégristes de tout poil – auxquels s’associent aujourd’hui, et j’en vomis, cher Edwy Plenel, les pseudos défenseurs des libertés, en appelant à la loi de la séparation de l’Église et de l’État et à moults autres combats… – et de divers pays ou se prétendant tels, veulent vêtir, si possible entièrement, de ces horribles oripeaux que sont le voile, la burqa et le burkini, des plages de Corse aux déserts de l’Afghanistan, des routes saoudiennes sur lesquelles aucune femme ne conduit aux Champs-Elysées arpentés par des épouses des milliardaires du Qatar, n’a de femme que la charge ancestrale de la reproduction et de la soumission !

Burkini : que dit le droit ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 septembre 2016. dans La une, Actualité, Société

Burkini : que dit le droit ?

Le feuilleton – piteux et clochemerlesque – de l’été a suscité sur les réseaux sociaux des commentaires qui manifestent une ignorance dommageable du droit. Pour combler cette regrettable lacune, je me propose de faire ici une mise au point.

Il convient de garder en mémoire plusieurs points importants :

1) La loi de 1905 n’interdit le port de signes religieux qu’à l’état lui-même, aux collectivités publiques et à leurs agents. Pas au simple citoyen.

2) La loi de 2004 interdisant lesdits signes à l’école (et seulement à l’école), ainsi que celle de 2010 prohibant le niqab sur tout l’espace public sont des exceptions à la loi de 1905 et non la règle.

3) Un principe fondamental du droit, notamment du droit pénal, est l’adage selon lequel « tout ce qui n’est pas interdit est permis ».

En conséquence de quoi, le conseil d’état a très logiquement censuré l’arrêt municipal interdisant le burkini. Ce n’est d’ailleurs pas une nouveauté, la jurisprudence en la matière est d’une grande constance : le 19 février 1909, dans l’arrêt abbé Olivier, la plus haute juridiction de l’ordre administratif (il convient de rappeler ici la double hiérarchie juridictionnelle, l’ordre judiciaire pour les litiges entre particuliers et l’ordre administratif pour les litiges entre les particuliers et l’état) annulait l’arrêté d’un maire cherchant à empêcher un curé de mener, en soutane, une procession dans sa commune.

Le seul argument juridique qui pouvait valablement être invoqué, dans cette affaire, était celui de l’ordre public : le spectacle de burkinis sur une plage peut-il entraîner des violences et des affrontements, comme cela s’est produit en Corse ? La réponse, bien sûr, comme tout ce qui concerne des notions floues – les « bonnes mœurs » en sont une autre – ne saurait échapper à l’appréciation, nécessairement subjective, du juge. En l’état, le moins que l’on puisse dire est que les preuves de la réalité d’une telle menace faisaient défaut.

En conclusion, aux citoyens et à l’état de prendre ses responsabilités : si l’on veut ajouter un codicille à la loi de 1905, proscrivant les signes religieux sur tout l’espace public, alors il convient de légiférer. Mais il s’agirait, dans une telle hypothèse, d’un ajout, de quelque chose qui n’existe pas encore dans notre droit.

Le burkini n’étant toujours pas interdit, il ne peut qu’être autorisé.

L’été meurtrier et le fait religieux

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 août 2016. dans La une, France, Politique, Société

L’été meurtrier et le fait religieux

Étrange période que cet été 2016. Traverser des Événements de première importance – et quels évènements ! – alors que le magazine est calé dans la langueur de son été propre – thème des vacances ! qui plus est, cette année. Le réel qui échappe à l’écriture-sur ; des Reflets qui s’estompent sur le temps qui incendie…

Nice ; Fête Nationale, en regard avec un État d’Urgence, dont notre président avait le jour même annoncé la suspension. Attentat opportuniste par un loup solitaire, malade mental ? Revendiqué, après peut-être temps de réflexion, par Daesch, de longues heures après… massacre de masse à haute valeur ajoutée médiatique, dont on a senti l’onde de choc, à cette impression, qu’alors, avec ça, tout peut arriver, que tout le monde peut y passer. Perception que la menace est partout, avant hier, ceux de Charlie – un semblant de terrible « logique » ciblée – hier, terrasses et Bataclan, tirage au sort de n’importe qui ; aujourd’hui, grande ville et mouvements de foule, puis après, dans le silence matinal de cette petite banlieue de Rouen, dans une église, où si peu de gens assistaient à l’office banal, et encore sur ces trottoirs quotidiens de Belgique où l’arme blanche frappa 2 policières qui passent. La menace est partout, imminente. Demain, dans mon jardin, au fond de ma campagne… La grande peur, forcément. Des hommes ; n’importe lequel (ce fou ? mais franco-tunisien ?), des femmes, des gamines comme celle, arrêtée hier, à peine 16 ans, déterminée à n’y pas croire… Comme – nos cauchemars d’enfants – une noire tache mortelle qui avance et rampe, silencieuse, vers moi ! Mais d’où vient-elle ? Quels chemins ? Comprendre au moins car c’est de cette incompréhension que viennent les peurs. Peur. Notre domicile, maintenant ?

« Tout ça n’a rien à voir avec l’Islam ! » ont martelé tout au long de l’année passée nos politiques, notre exécutif en tête (fallait-il entendre : cela n’a rien à voir avec la religion ?). Nous avons relayé – évidemment – dans nos chroniques ce message : pas d’amalgame ! Haut le front, les Musulmans. Heureusement ! Protéger coûte que coûte le précieux du tissu social ainsi malmené, ce qui reste possible (et pas négociable) du Vivre Ensemble de demain. La confusion entre être musulman, vivre sa religion à l’abri de notre laïcité française, qui – rappelons-le, protège tous les cultes et l’athéisme qui va avec – et la dérive vers une religion musulmane totalitaire, qui se veut politique, dont les valeurs de la république sont la cible principale ; qui oserait aujourd’hui faire un seul ballot de tout ça ? (mis à part le FN qui est dans nos contextes dramatiques la seule force politique qui fasse franche ripaille). Tout un chacun a – en gros – enregistré le danger de ces diatribes salafistes, fondamentalistes, qui, mixées avec une bonne dose de Net difficile à surveiller, quelques palabres notamment au fond de prisons surpeuplées, accouchent, même pas dans la douleur, du poison djihadiste et du passage à l’acte du terrorisme. Chacun d’entre nous a fait son marché dans l’info et a compris qu’il faut trier. Un autre corollaire au mot citoyenneté. Mais ce n’est pas aussi simple, et de moins en moins.

La franchise du terrorisme ou la transfiguration du paumé

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 août 2016. dans France, La une, Société

La franchise du terrorisme ou la transfiguration du paumé

Franchise du terrorisme, « Prolaterisierung des Jihad », selon le politologue allemand Peter Neumann, une nouvelle facette de la terreur est apparue. A côté du militant, en réseau, instruit et façonné par le groupe dont il dépend, est venu s’adjoindre le paumé, le mal dans sa peau, l’indépendant, dont le « martyr » se voit immédiatement récupéré par Daech, qui saisit cette aubaine pour enrôler comme « soldat », à titre posthume, un inconnu dont personne n’avait jamais entendu parler…

Mohamed Lahouaiei Bouhel n’était pas, jusqu’à une date récente, pratiquant ; mari violent, bisexuel débauché, alcoolique, il ignorait le ramadan et la plupart des préceptes de l’Islam. En décembre dernier, Yassin Sahli s’est suicidé dans sa prison. Dans le cadre d’un banal conflit du travail, il avait décapité son patron, puis accroché la tête de celui-ci au grillage de l’entreprise. Ces « franchisés » ne coûtent rien, ne demandent rien et sont tout bénéfice pour l’internationale terroriste.

Al-Quaïda, en son temps, avait théorisé ces « électrons libres » de la terreur. Abou Mousab al Souri, concepteur attitré du Djihad, avait proposé, dans son Appel à la résistance islamique, paru en 1991, une inversion de la structure de l’organisation : non plus du haut vers le bas, mais du bas vers le haut, une sorte de « basisme » interventionnel. Anwar al Awlaki, prédicateur djihadiste s’exprimant dans le magazine en ligne d’Al Quaïda, Inspire, avait, quant à lui, à la fin des années 2000, esquissé un vade-mecum à l’intention des débutants ou « comment fabriquer une bombe dans la cuisine de maman ».

Déséquilibrés ? Forcenés ? L’analyse la plus pertinente me paraît être celle de Daniel Zagury, expert psychiatre près la Cour d’Appel de Paris : « vous avez le choix entre crever comme un chien dans l’anonymat de votre petite vie ratée ou commettre un “acte grandiose” pour les siècles des siècles « 

Transfiguration du paumé, apothéose du raté, les caves se rebiffent en réussissant, pour la première fois de leur existence, quelque chose : terroriser. Victoire dérisoire lourde de menaces ; il est à craindre que demain les crises ordinaires de tout un chacun, licenciements, ruptures sentimentales, deuils, etc. ne finissent dans un bain de sang.

Terrere, en latin, signifie à la fois terroriser et trembler de peur, c’est-à-dire se cacher, comme l’autruche, sous la terre, terra.

Les tremblants, les apeurés, les désespérés, en réalité, ce sont eux… les franchisés !

Après l’horreur : oser être patriote

Ecrit par Alexis Brunet le 20 août 2016. dans La une, France, Politique, Société

Patriotisme ne rime pas avec ethnocentrisme

Après l’horreur : oser être patriote

Je n’ai pas tant voyagé mais ce qui m’a toujours frappé, où que je sois allé, c’est que l’attachement des citoyens à leur pays était beaucoup plus fort que chez nous. En Israël, au Mexique ou simplement de l’autre côté de la Manche, j’ai souvent causé avec des gens qui, tout en sachant être critiques sur leur politique nationale, disaient « aimer » leur pays ou même en être « fiers ». Considérant qu’il est difficile d’être fier de son pays de naissance, car on ne l’a jusqu’à preuve du contraire pas choisi, cette « fierté » m’a d’abord parue un peu absurde mais elle prend corps si elle est examinée à la lumière d’un autre sentiment : le patriotisme.

Le Petit Robert définit la patrie comme la « nation, communauté politique à laquelle on appartient ou on a le sentiment d’appartenir », et le patriotisme comme « l’amour de la patrie ». Ça n’a donc rien de grossier. Après la boucherie du Bataclan, un sursaut patriotique avait vu le jour. Une très grande majorité de Français, de souche ou immigrée, se sentant attaquée en qualité de citoyen, avait semblé réaliser qu’un choix de civilisation était en jeu et s’était brusquement sentie française. Une partie d’entre eux avait arboré sur le rebord de leur fenêtre le drapeau national, geste qu’on fait sans complexes dans tant d’autres pays (où l’on a souvent le drapeau national chez soi) mais qui curieusement chez nous est resté longtemps associé, et reste encore trop associé à un nationalisme aux relents nauséabonds d’extrême droite raciste et xénophobe, ce qui nous enfermerait sur nous-même alors que c’est plutôt l’éclatement d’une société en fragments d’individus réunis autour d’une origine ethnique ou culturelle commune réelle ou supposée – ou autour d’une croyance partagée – qui engendre le repli sur soi de ce que l’on nomme dorénavant les « communautés », terme qui stipule implicitement que la France serait un pays multiculturel et que ceux qui restent encore attachés à la notion d’intégration – sans même parler de ceux qui prônent l’assimilation – ne seraient que des ringards aigris nostalgiques de la France de Charles Trenet.

Aimer la France

Il y a quelque chose de pathétique à constater qu’il a fallu en arriver à cette guerre contre l’islamisme – l’ennemi a enfin commencé à être nommé – pour se rendre compte que la France, malgré tous ses défauts, restait un pays agréable à vivre qui n’avait certainement pas besoin d’une guerre sur son sol – ceci notamment parce que les esprits n’y étaient pas préparés – et que l’on n’avait pas envie de voir disparaître si tôt. Ce sursaut de rattachement à l’identité française fut salutaire. Mais après nous avoir vanté pendant des années les mérites de la sacro-sainte diversité, du vivre-ensemble et du multiculturalisme à la française qui finiraient par avoir raison des affreux jojos racistes, on s’est aperçu que le FN ne disparaissait pas mais pire, que la progression de Marine Le Pen ne cessait de progresser.

Les fractures de la société française

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 août 2016. dans La une, Société

Les fractures de la société française

Depuis déjà un certain nombre d’années (au moins à partir de 2008), nous pouvons observer un phénomène global très inquiétant (et qui ne concerne d’ailleurs pas uniquement la France, mais l’Occident, voire au-delà). En fait, il s’agit de notre société qui se délite, se fragmente, se segmente dans un contexte de « crise systémique », multiforme, c’est-à-dire à la fois économique, sociale, morale, politique et identitaire. Et c’est dans ce délitement, qui altère considérablement notre démocratie (à refonder entièrement), que se développent de plus en plus les deux fléaux qui déstabilisent notre équilibre politique et social : à savoir la tentation pro-djihadiste (auprès de certains de nos compatriotes de confession musulmane) et l’essor du populisme d’extrême-droite (qui se nourrissent l’un l’autre, même si, bien sûr, ils n’emploient pas les mêmes méthodes). Je vais donc analyser les différentes fractures, qui traversent plus particulièrement notre société, et tenter en fin de chronique de donner quelques pistes générales qui pourraient permettre de sortir par le haut de cette situation extrêmement dangereuse.

Commençons par la double fracture sociale et humaine, dans la mesure où elles ont souvent l’une par rapport à l’autre des liens directs ou indirects. C’est le démographe Emmanuel Todd, mais surtout – malgré ce que l’on pense généralement – le philosophe et historien Marcel Gauchet, qui évoquèrent les premiers la « fracture sociale » pour notre pays, afin de caractériser l’opposition, voire le gouffre, entre ceux qui sont intégrés et ceux qui – plus ou moins – ne le sont pas : les « élites » face aux « exclus ». Jacques Chirac avait d’ailleurs récupéré ce concept par l’intermédiaire de son conseiller Henri Guaino (se présentant comme « gaulliste social ») en tant que principal slogan de sa campagne pour les élections présidentielles de 1995 – qu’il remporta face au socialiste Lionel Jospin, mais qui ne fut traduite ultérieurement par aucune mesure précise jusqu’en 2002. Quant à la fracture humaine, elle correspond toujours, bien sûr, par le biais de la montée de l’hyper-individualisme (ce que les sociologues anglo-saxons appelèrent il y a longtemps la « Me generation » ou « Génération du Moi ») à une nette rupture des solidarités et, par voie de conséquence, à l’affaiblissement de tout ce qui peut apparaître comme collectif ; d’où – en liaison avec la crise économique – le refuge dans les valeurs de la « famille ». Cela dit, s’il y a bien une fracture entre les élites et le peuple (soit de « haut » en « bas »), force est de constater aussi l’existence d’une fracture du civisme (soit de « bas » en « haut ») ; n’importe quel maire d’une petite, moyenne, ou plus grande commune, vous le dira – avant tout en liaison directe avec la judiciarisation de la société.

Pourquoi notre société « fabrique »-t-elle des djihadistes, des réactionnaires de toutes sortes ?

Ecrit par Jean Gabard le 20 août 2016. dans La une, Société

Pourquoi notre société « fabrique »-t-elle des djihadistes, des réactionnaires de toutes sortes ?

Nous ne sommes jamais allés aussi loin dans la lutte contre les conservatismes pour défendre la liberté et l’égalité, et en même temps nous constatons un regain du sexisme et du racisme qui profite aux mouvements réactionnaires, populistes, nationalistes, intégristes.

Il y a certes une réaction des uns contre les autres : plus la mouvance libertaire remporte des succès, plus les conservateurs s’inquiètent ; plus ils essaient de résister et plus ils s’opposent à ce qui est considéré comme la marche vers le progrès, plus les dits progressistes redoublent de vigilance et de combativité.

Il se pourrait aussi qu’à ces extrémistes par réaction s’ajoutent des extrémistes par éducation ou, il serait plus juste de dire, par manque d’éducation !

Notre société occidentale s’est attaquée à l’idéologie de la société patriarcale dans l’autoritarisme et le sexisme. La révolution culturelle des années 60 lui a porté les derniers coups et depuis, l’idéal libertaire et égalitariste s’applique dans tous les domaines même si les résistances persistent et parce que les résistances persistent. Pour éliminer rapidement les traces d’un passé devenant de plus en plus insupportables, la révolution a parfois été radicale. C’est ainsi que dans la famille, la place que l’homme occupait souvent en dictateur violent et sexiste a été totalement rejetée. « La Révolte contre le père » ne s’est cependant pas contentée de corriger sa fonction. Aujourd’hui il ne peut plus la jouer et il l’a remplacée par un rôle « maternant » beaucoup plus plaisant qu’il ne jouait pas du tout ou très peu avant. De même, tout ce qui était considéré comme masculin et qui était autrefois la référence est maintenant considéré presque comme une « maladie » quand le féminin autrefois dénigré apparaît comme l’idéal à suivre.

Parce que la différence des sexes a été utilisée pour inférioriser la femme, l’égalitarisme ne permet plus à la fonction de père de se jouer et ainsi à l’homme de véritablement exister face à la toute-puissance fantasmatique de la femme.

De nombreux hommes ne voulant plus de cette fonction forcément répressive qu’ils perçoivent fasciste ne s’en plaignent pas. Leurs enfants risquent, par contre, d’avoir des difficultés à intégrer les limites et à trouver des repères. Cela donne souvent comme résultat des enfants-rois, restés dans la toute-puissance, qui ne trouvent plus, en face d’eux, des hommes qui résistent et pouvant servir de modèle. Les garçons qui en ont particulièrement besoin, sont alors obligés, à un âge où ils devraient être capables de « tuer le père », d’en inventer un et, à partir de rien, n’imaginent malheureusement que des caricatures. Comme une partie des Allemands sans père dans les années 1930 ont adoré le nazi, des jeunes d’aujourd’hui se rangent derrière le chef de gang, le chef nationaliste, le gourou, l’intégriste, le djihadiste…

Comme le dit si bien Daniel Sibony : « Au nom du refus de la violence, on produit des violences plus extrêmes » !

 

Jean Gabard est l’auteur de :Le féminisme et ses dérives - Rendre un père à l’enfant-roi,Les Editions de Paris, novembre 2011.

Jean GABARD auteur conférencier, relations hommes / femmes, éducation des enfants, Thorée 42520 Maclas Fr. tél : 04 74 87 34 56 - 06 45 28 66 81

http://blogdejeangabard.hautetfort.com

http://www.jeangabard.com

La Nuit Debout s’est couchée !

Ecrit par Jean-François Vincent le 02 juillet 2016. dans La une, France, Politique, Société

La Nuit Debout s’est couchée !

Oui, exit Nuit Debout ! la Place de la République, le soir, est déserte. Les « nuideboutistes » se sont évaporés. François Ruffin, l’un des « parrains », qui tançait, il y a peu, ses troupes pour leur passivité, à l’embarrassante question « qu’est Nuit Debout devenu ? » botte en touche : « euh… la lutte a pris d’autres formes… ».

Soit, que lui soit embarrassé, ça se comprend ; mais pourquoi ce silence des médias, cette omerta sur le fiasco final de l’expérience ? Que ne disait-on pas sur l’ébauche d’une démocratie directe en acte ? D’un nouveau rapport aux autres ? Voire d’une « nouvelle société », un peu ce que promettait… Chaban ! à l’ère pompidolienne…

Cet embarras traduit une connivence, une complicité, un espoir déçu. Une majorité de gens, en effet, a sans doute approuvé Nuit Debout, et pas seulement des bobos gogos en mal de révolution.

Ce soutien est le symptôme d’un malaise : la défiance à l’égard non seulement des élites, de l’« establishment » comme diraient les Le Pen, mais plus largement à l’égard de toute représentation. « Take control ! », « Yes we can », « Podemos », autant de slogans signant un désir de réappropriation du pouvoir.

Pouvoir. Désormais, beaucoup – pas tous mais beaucoup – ne veulent plus le déléguer. Autonomie totale, assomption d’un sujet tout puissant. « Je » décide, « je suis maître de moi-même, comme de l’univers » proclamait déjà le Cid de Corneille. Hubris narcissique, potentiellement destructeur du lien social. Les « nuitdeboutistes » acceptaient encore de coopérer entre eux, mais l’étape suivante n’est autre qu’un autisme sociétal : le citoyen devenant une sorte de monade à la Leibnitz, claquemuré dans son individualité souveraine…

La représentation – au-delà de tout problème d’opportunité ou de faisabilité politique – repose sur la confiance : je fais confiance à tel homme/femme ou à tel parti/syndicat pour parler en mon nom. Le refus de la représentation témoigne d’une défiance généralisée, allant de pair avec un complotisme rampant : l’autre, forcément pourri, ne peut que trahir mes intérêts, au profit des puissants qui le manipulent.

La logique ultime de la Nuit Debout c’était cette « guerre de tous contre tous » – bellum omnium contra omnes – qu’évoque Hobbes dans le Léviathan.

Tant mieux donc qu’elle se soit couchée.

Gauche / Police ; état des lieux

Ecrit par Martine L. Petauton le 18 juin 2016. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Gauche / Police ; état des lieux

A l’autre bout de l’Histoire, de la nôtre, à nous, les anciens, il y a eu ces « CRS, SS » venus de 68. Raccourci difficile à justifier – historiquement, justement – même si l’on se souvient de la dureté des affrontements dans ces années gaulliennes de la fin, qui étaient, disons, une forme de démocratie pour le moins musclée. L’état était de droit, mais, souvent sur les bords. Depuis, de manif hard en défilé hargneux, de l’eau – plutôt pas trop salée – est passée sous les ponts. Mitterrand, en particulier a installé dans ce domaine comme dans d’autres des masses de granite aux angles peu coupants et fixé cet État de droit qui, si l’on réfléchit bien, est un de ses héritages les plus nobles…

En vieillissant, la Gauche aux affaires ou devant la porte s’est approprié ce versant répressif-passage obligé, qui, dans la tête du Janus policier, voisine avec la protection avenante. On a fini, bon an, mal an par convenir que la police, au fond, sans elle pas d’État de droit, de démocratie pas davantage ; elle en protège les membres, et, pour ce, réprime et chasse le déviant. Les « forces de l’ordre » font partie du bagage, et il n’est pas question que seul le camp droitier revendique comme appartenance naturelle ses images et son fonctionnement. Les gens de gauche ont  longuement marché dans la « Cité », vous et moi en faisons partie, probablement. Nos enfants, au fait, aussi, qui ne se planquent pas direct sous la couette quand sonne un gars de la police. Autre temps, semble-t-il ; autres peurs. Il y a, du reste, des syndiqués policiers qui portent avec panache la République et ses valeurs, pas moins que l’enseignante que j’étais, tentait de les faire vivre à chaque heure de cours (et de récré). On se souvient aussi des jours de Charlie, des nuits de Novembre, de populations gratifiantes auprès d’une police largement humanisée, choquée, à hauteur du citoyen, risquant sa vie dans la guerre nouvelle qui s’annonçait.

Alors ? Que dire ces jours-ci, dans les queues de manifs, de ces slogans haineux, ces pancartes brandies : « tout le monde déteste la police », « une balle, un policier »

Et ce, face à des policiers, dont les protocoles actuels sont avant tout d’éviter évidemment tout dérapage ou bavure, mieux, de porter haut ce « tenir ses nerfs d’abord » qui les honore. J’en veux pour souvenir ce jeune policier de base, dans l’affaire de la voiture de police incendiée, il y a peu, qui – les images le prouvent – ne sortit pas son arme, ni même ses répliques verbales. Chapeau. C’est ce genre de police responsable, compétente et mesurant chaque conséquence de geste, de décision, qu’il faut à la société d’aujourd’hui malmenée, déchirée, confite dans les peurs.

Pour un autre 18 juin

Ecrit par Lilou le 18 juin 2016. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Pour un autre 18 juin

Nous ne récoltons dans nos rues que ce que nous avons semé en laissant les loups rentrer dans nos villes, nos idéologies et nos âmes. Le problème idéologique que connaît la gauche est ancien. En 1933 déjà, Léon Blum prévenait la SFIO de ce qu’il adviendrait en cas de fracture au sein de la SFIO par ces mots célèbres « je suis épouvanté » prolongés par un dernier murmure « c’est du fascisme ». On sait ce qu’il se passa ensuite dans ces dogmatiques des gauches devenus après 1936 nationaux et autoritaires (Déat, Doriot, Bergery sortez de vos tombes avec vos uniformes de la Wehrmacht et vos silences d’aout 1939). Manu, tu passeras dans l’histoire comme Blum, ton procès se déroulera comme les loups de 2016 le prévoient. Toi, moi et beaucoup d’autres ripaillerons toute une nuit attendant comme les Girondins que l’aube se lève, à la manière de celle du 30 octobre 1793. Comme en 1793 ou en 1933, ce qui est en question aujourd’hui n’est pas le cœur de la pensée mais plutôt la traduction de leurs quêtes du pouvoir avec tout son cortège habillé des fantasmes virils du parrain en fin de route.

Il ne faut pas se tromper sur ce qui se déroule en ce moment même si le sentiment qui domine est qu’il est trop tard parce que le fruit est méchamment corrompu ! Je n’aurais pas dû voyager dans le monde entier et ainsi pouvoir comparer les systèmes sociaux des autres pays avec le nôtre. Je ne me serais ainsi pas insurgé avec autant de force aujourd’hui contre vos faux semblants et vos mensonges permanents dont vous nous abreuvez sur la grande misère sociale française. La grande misère de mon si beau pays, c’est vous et votre quête permanente du pouvoir, c’est ce personnel politique de plus en plus fascisant et nourrissant les haines et les peurs, c’est votre silence assourdissant quand justement il faudrait faire preuve de la parole fondée sur le respect d’autrui et la justice sociale mesurée non pas à l’aune de son minuscule avenir d’élu politique ou syndical mais à l’échelle d’un monde qui rigole de vos privilèges de riches et qui crève de la vraie faim des misères les plus noires.

La CGT et Sud agitent en ce moment le bocal du grand soir. Comme toutes les officines de l’autre extrême du reste… Toutes les ficelles y passent à commencer par une propagande des plus nauséabondes comme aux meilleures heures d’un Thorez rentrant de Moscou et fonçant vers Boulogne Billancourt donner à ceux qui travaillent un peu du gros rouge qui tache pour leur apprendre à se révolter. Ce qui est en question pour les joyeux drilles aux drapeaux rouges (et noirs) n’est pas l’article 2 de la loi. Surtout pas ! Chacun convient en effet qu’il est préférable de taper à la porte de son entreprise pour agir et négocier, à la manière d’un syndicalisme allemand s’étant enfin débarrassé de sa paternité avec l’inénarrable Marx, plutôt que de taper aux portes dorées (n’est-ce pas Monsieur Lepaon) d’une centrale aux 14 mots de vocabulaire et qui semble ne pas comprendre les urgences humaines et humanistes du 21ème siècle. Non, ce qui est en question ce sont les élections syndicales de l’année prochaine et votre gestion prévisible des dégâts à la fois d’une abstention record (nous, gens de France, on vous emmerde à vouloir nous faire dire que vous êtes notre force de pensée et d’action, regardez vos taux de syndiqués), et d’une tannée historique car à nous, ceux qui travaillent pour de vrai et qui ne passons pas nos journées emmurés dans les cellules syndicales ou avachis sur les feuilles jaunies des pamphlets racistes de l’action française et du Manifeste de 1848, vous nous broutez menu. Vous rappelez-vous que toutes vos expériences de pouvoir se sont terminées dans le sang (toujours celui des autres du reste) ? Vous alimentez des bataillons exsangues chargés d’interdire aux autres de travailler avec des peurs et des haines et en utilisant des réflexes idéologiques que le grand soleil débile de Corée du Nord vous envie. Vous manipulez ces travailleurs qui ne comprennent pas que leur combat n’est pas le vôtre, vilement électoraliste. Vous utilisez les différences entre les uns et les autres pour construire des murs que d’autres nomment aussi des communautarismes. Agissant de la sorte, vous comptez et fixez vos troupes…

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