Ecce Eco !!

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, La une, Société, Littérature

Ecce Eco !!


A propos du livre d'Umberto Eco, "le Cimetière de Prague"


Il professore serait-il schizophrène ? Nombreuses, en effet, sont les ressemblances qui l’unissent à son héros : polyglotte, piémontais, érudit, amateur de bonne chère….Hypothèse : et si Simonini était le double d’Eco, politiquement incorrect parce qu’ignoble ? L’ensemble du roman serait ainsi un immense exutoire où Eco donnerait libre cours à des détestations qu’un distingué sémiologue ne saurait, en toute bienséance, étaler en public. Dès la page 29, Simonini nous livre sa devise : « odi ergo sum », « je hais donc je suis ! ». Les haines, Simonini les accumulent, en fait une sorte de florilège des plus impressionnants, qu’on en juge : il est germanophobe, francophobe, italophobe, misogyne, anticlérical, anti-maçons et – last but not least – antisémite.

Les allemands ?

« Ils se remplissent la bouche de leur Geist, qui veut dire esprit, mais c’est l’esprit de la cervoise qui les rend idiots dès leur jeunesse et explique pourquoi, au-delà du Rhin, il ne se soit rien produit d’intéressant en art, sauf quelques tableaux aux trognes repoussantes, et des poèmes d’un mortel ennuis. »

Les français ?

« J’ai compris combien mes nouveaux compatriotes (Simonini vient de s’établir en France) étaient paresseux, arnaqueurs, rancuniers, jaloux, orgueilleux sans bornes au point de penser que celui qui n’est pas français est un sauvage incapable d’accepter des reproches. »

Les italiens ?

« L’italien est peu sûr, menteur, vil, traître. »

Les femmes ?

« Je hais les femmes, pour le peu que je sais d’elles (…) On a dit que les femmes ne sont qu’un succédané au vice solitaire, sauf qu’il y faut plus d’imagination. »

Le clergé ?

« Les prêtres ?... Comment les ai-je connus ? Chez mon grand-père, me semble-t-il, j’ai le souvenir obscur de regards fuyants, de dentitions gâtées, d’haleine lourdes, de mains moites qui essayaient de me caresser la nuque. Pouah ! Oisifs, ils appartiennent aux classes dangereuses, comme les voleurs et les vagabonds. »

Les francs maçons ?

« Avec les juifs, ils ont coupé la tête au roi. Et ils ont engendré les carbonari, maçons un peu plus idiots que les autres parce qu’ils se faisaient fusiller, dans un premier temps, et après ils se sont fait couper la tête pour s’être trompé dans la fabrication d’une bombe, ou bien ils sont devenus socialistes, communistes et communards. Tous au mur. Parfait, Thiers. » Sic !

Et, bien sûr, les juifs … Ah ! Les juifs ! Point n’est besoin d’attendre les – trop – longues citations extraites du Protocole des sages de Sion, pour savoir ce qu’il en pense.

Page 16 : « le juif, outre qu’il est vaniteux comme un espagnol, ignorant comme un croate, cupide comme un levantin, ingrat comme un maltais, insolent comme un gitan sale comme un anglais, graisseux comme un kalmouk, impérieux comme un prussien et médisant comme un asti, il est adultère par irréfrénable rut – dû à la circoncision, qui les rend plus érectiles. »

Page 56 : « je n’ai pas d’amis juifs (Dieu m’en garde), dans ma vie, j’ai toujours évité les juifs. Peut-être les ai-je évités d’instinct, car le juif (comme par hasard comme l’allemand) on le sent à sa puanteur (Victor Hugo l’a dit, lui aussi, fetor judaica), qui les aide à se reconnaître, comme ce qui se passe avec les pédérastes.

Umberto Eco est un homme aux multiples facettes. Quand l’intellectuel des Lumières, facétieux et plein d’humour, referme derrière lui la porte de son cabinet des curiosités pour contempler ses objets d’exécration et ses chimères baroques, se dévoile le sombre visage d’un homo melancholicus, de l’ange saturnien de la Melancolia de Dürer : il pensieroso, le méditatif atrabilaire, que son humeur noire pousse inéluctablement à la misanthropie et à une triste déréliction.

Ecce Eco !!

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (6)

  • Fabrice Grossi

    Fabrice Grossi

    11 juin 2011 à 09:26 |
    Je commence à peine le roman. Jusque là, j'y vois un travail énorme et très juste sur ce qui constitue la haine ordinaire des sociétés humaines peut-être à un temps donné. Je changerai peut-être d'avis au cours de ma lecture, au vu de vos commentaires, mais je ne comprends pas quand on considère la littérature à une haute valeur qu'ont puisse quasiment interdire à un auteur d'aborder des sujets difficiles et dangereux sous prétexte d'actualité. Reprochez donc tant qu'à y être à son auteur les Versets sataniques, au caricaturiste ses dessins sur Mahomet, à Galilée de faire tourner la terre autour du soleil... Umberto éco ne serait l'homme que d'un seul livre... Il faut, je pense n'avoir jamais écrit de livres pour juger un auteur de façon si lapidaire. Réduire à si peu l’œuvre d'un écrivain ? Mais pourquoi lisez-vous donc des romans ? Lisez plutôt les journaux, la légèreté y est plus a propos.

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  • yossi Malka

    yossi Malka

    26 avril 2011 à 15:55 |
    Bravo Monsieur Vincent , permettez moi de briser le sérieux du site RDT et vous dire que j'ai ri aux larmes en lisant votre rremarque chargée d'humour sur Eco et Simonini... merci

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    26 avril 2011 à 10:54 |
    @Martine et M.Malka. Un élément de réponse à votre question sur la dissociation ou l'osmose entre Eco et Simonini se trouve à la deuxième page du livre, dans une sorte de préface qui précède le chapitre 1 ("Qui suis-je?"). Eco - et non Simonini - parle alors à la première personne. Et de quoi parle-t-il? Entre autres, de "la cupidité légendaire des auvergnats"!!Si Eco n'est pas Simonini, le moins qu'on puisse dire est qu'ils se ressemblent beaucoup...

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  • Martine L

    Martine L

    26 avril 2011 à 10:06 |
    Passionnante recension qui, visiblement, va nous faire faire des économies . De toutes façons, Eco est, selon moi, l'auteur d'un seul livre ! Cependant, j'aimerais savoir, si, à la lecture, on voit ( ou, non ) la dissociation / auteur - personnage ? Question à se poser quand même : écrire ce livre sur ce sujet là, maintenant, n'est absolument pas innocent ! Projet de son auteur ??

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  • yossi Malka

    yossi Malka

    25 avril 2011 à 23:38 |
    Monsieur Vincent
    Umberto Eco se défendra en disant qu'il a essayé d'expliquer pourquoi cette haine , tant de haine chez ce personnage repoussant qu'est Simonini.
    Une question s'impose cependant: quelle est la limite de la connaissance du personnage d'un Roman par le Romancier?
    Mettre en scène un personnage dans un Roman , nécessite une parfaite connaissance de ce personnage! Si ce personnage a vécu dans la Grèce antique ,ou pendant les invasions de l'Europe par les Huns , la moindre des choses , c'est que notre Romancier se doit de connaître , la civilisation de son personnage au moment où il parle de lui.
    J'en déduis que Umberto Eco connaît certainement sur le bout des doigts les Protocoles des sages de Sion , et non pas que pour les besoins de son Roman , mais , c'est un document qui fait partie de sa lecture depuis des années.
    Au lieu de mettre en scène un personnage qui détruit cette théorie antisémite odieuse , il fait le contraire .
    Il a choisi , à 80 ans , de descendre dans abîme profond

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  • Léon-Marc Levy

    Léon-Marc Levy

    25 avril 2011 à 20:28 |
    J'ai eu ici l'occasion de dire ce que je pense de cet étrange ouvrage. Pas du bien. Et j'apprécie beaucoup votre chronique M. Vincent, qui va à l'essentiel.
    Je reprends juste une réflexion qui me trouble au-delà de tout concernant l'entreprise (je crois que le mot ne saurait être plus exact !) d'Eco : pourquoi Eco écrit-il ce (médiocre) livre aujourd’hui, alors que la planète bruisse plus que jamais de la rumeur antisémite (quel que soit son déguisement) ? 600 pages sur le « complotisme » juif qui gangrène le monde. Si Eco est au deuxième (troisième, quatrième ?) degré peut-il se permettre le luxe par les temps qui courent, en Europe et dans l’Italie de la Ligue du Nord et de Berlusconi, de manier ainsi une ambiguité aussi dangereuse ?

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