ISF ; Emmanuel et le yacht

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 octobre 2017. dans France, La une, Politique, Actualité, Société

ISF ; Emmanuel et le yacht

Serions-nous des gauchistes excités, mieux des Guevaristes bavant de haine, ceux qui n’ont pas avalé il y a une pincée d’heures le discours des Macroniens de Bercy, dévoilant – prière de chausser de bonnes lunettes – le comment du début d’assassinat de l’Impôt sur la Fortune ; le nôtre, puisqu’il paraît que nous, français, étions une peuplade sentant encore les coupeurs de tête de l’An II avec cet outil, fiscal et bien plus politique.

De quoi s’agissait-il ? D’attaquer l’ISF (ce que nous savions, notons-le, en votant pour le président Macron), de lui rogner ce qui lui restait d’ailes, à cet oiseau – majestueux quand même et peint des trois couleurs plus quarante-huitardes que tout le reste des républiques – né dans l’ombre non moins politiquement épique du premier François Mitterrand, en 1982. Et certains d’ores et déjà de glapir, que cet impôt n’eut de cesse, depuis, d’être épluché voire vidé par diverses lois, hélas pas toutes de Droite sonnante et trébuchante… Vrai, et que je te tricote des exemptés plus vite que des assujettis, des passe-droit fleurissant en parfois aussi grand nombre que ce que notre fisc républicain faisait rentrer dans ses caisses. Vrai, car qui dit impôt, dit, chez nous, astuce pour y échapper, dans ce peuple qui décidément ne s’est jamais vraiment amouraché de ses institutions fiscales…

Mais… il s’agirait là de bien autre chose, non de baisser tel taux ou de rehausser tel seuil, mais bien d’isoler cet impôt, en l'amoindrissant. La  taxe nommée à présent, en affichant haut sa casquette, « impôt sur la fortune immobilière », permettrait de sortir du dispositif des pans considérables d’anciens assujettis. Une flopée ? non, carrément une foule. Tous ceux qui collent leurs « éconocrocs » (comme dit mon fils, né pile avec l’ISF, qui ignorait visiblement qu’il y ait eu un avant, et qu’un après soit, comme il dit joliment, « légitime ») dans les outils bancaires type placements, assurance-vie et le toutim ; ça fait du chiffre. Plus spectaculaire, et sujets des agitations actuelles un peu partout ; sujet de conversation on ne peut plus consensuel, à « droite et à gauche », « points de détail » de l’inénarrable député LREM Barbara Pompili aux dents longues, les signes extérieurs de richesse, ce haut symbole de la justice quelque part en nous tous irait nager dans d’autres eaux beaucoup moins froides que celles de l’impôt sur la fortune. Voyez, ainsi une voiture de luxe, un jet privé, un cheval de course, et bien sûr un yacht (je ne dis « un » que par facilité). Hors jeu, tout ça, hors prélèvement. L’autre soir, dans le journal de la « gauchiste » Anne-Sophie Lapix, une petite addition-soustraction au tableau noir jouait avec quelques chiffres : le prix d’un yacht, son ISF avant la réforme Macron ; en face, ce qui serait demandé à son propriétaire (0 ct d’euro) dorénavant. Bouche bée des spectateurs, vaguement écœurés au point d’en poser la fourchette ! Quelqu’un, soutenant il est vrai fortement notre gouvernement, de me rétorquer : encore un bashing des médias !… Car le motif invoqué de ces prouesses réformatrices échappant à grands coups d’ailes à la morale la plus élémentaire, tient en un credo vieux comme la Droite libérale : on peut ainsi espérer (j’aime ce mot qui sent sa rationalisation économique) le retour des fonds planqués à l’étranger, mieux, l’arrivée en terre de France de tous les exilés de la City londonienne sous le vent aigre des suites de son Brexit. Bref, on peut aussi se demander si quelques bricoles type république bananière n’auraient pas un succès plus rapide et en rien moins sûr...

Ce jour d’hui, alors que j’amorçais cette chronique de froide colère, au titre d’une citoyenneté fiscaliste et d’une philosophie politique plus que basique, nous tombe sur nos divers moyens de se tenir informés du monde tel qu’il cahote, l’annonce d’un recul possible du gouvernement sur le coup du yacht, et, ce, après remuement dans les brancards de pas mal de membres de la majorité présidentielle. Motif invoqué : un malaise conséquent d’anciens de Gauche, et notamment du PS, père fondateur, n’oublions pas, de l’outil dans le collimateur. États d’âme d’autres En Marche, qu’on peut supposer, eux, avoir, même si la mode s’en perd, des soucis avec la morale et l’éthique, sachant que tous les moyens ne sont pas forcément bons pour arriver au but… Car, et nous en sommes tous bien aise, le symbole en politique est bon an, mal an, difficile à cacher dans les placards, reste, « à droite, à gauche », important. Or, le yacht serait, dit-on, un syndrome, pas loin, dirait ce bon Lacan, de devenir un symptôme. Gaffe ! a dû, je veux le croire, murmurer Emmanuel.

Il reste à souhaiter, et vivement, de surcroît, que le recul annoncé possible du gouvernement dans cette affaire soit rapidement probable. Cela honorerait Bercy et les siens, et redonnerait un début d’équilibre à ce « à Droite et à Gauche », qui, ces temps-ci, semble avoir du gîte, ou je ne m’y connais pas.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (4)

  • Martine L

    Martine L

    04 octobre 2017 à 21:00 |
    Dans notre affaire - et cette chronique, le sujet est la balance ; comment elle penche et ce qu'elle pèse ; or dans le yatcht ( toujours pas tranché aux dernières nouvelles, contrairement à mes espérances) ya pas photo ! comme disent les gamins, et c'est consternant

    Répondre

  • bernard pechon pignero

    bernard pechon pignero

    04 octobre 2017 à 20:22 |
    Qui est de droite ? Qui est de gauche ? Qu’on se pose la question à propos de Mélenchon ne mange pas de pain. La vraie question concernant l’éternel insoumis étant de savoir quelle part revient, dans son aura parmi les jeunes électeurs,1) à son pouvoir de nuisance à mon avis assez limité vu la concurrence de la blonde au sourire carnassier ? et 2) à l’intelligence de sa prospective politique fondée sur son expérience ? Mais qu’on glose sur l’appartenance à la droite ou à la gauche d’un gouvernement ou de celui qui l’a réuni autour de lui, me semble aussi vain que la spéculation sur le sexe des anges. Depuis que j’ai une conscience politique (certes celle d’un pigeon suggèrent certains) - je viens de commander mes prothèses auditives pour ne pas rester sourd aux rumeurs du temps, sachant que j’en admire parfois(mais hélas pas toujours)les reflets ici même -, depuis longtemps donc, disais-je, j’ai vu des gouvernements de gauche faire partiellement des politiques de droite (mais pas que, comme on dit maintenant) et des gouvernements de droite prendre des mesures préconisées par la gauche mais jamais imposées par les gouvernements qui s’en réclamaient. Alors, dire que Macron est de droite, cher Jean François, est simplement indigne de vous. Non que ce soit faux ou vrai mais que cela n’ait aucun intérêt. Or vos chroniques et vos commentaires nous ont habitués à plus de profondeur. Monsieur Emmanuel Macron est le président de la République française, élu avec beaucoup de chance et peu de voix contre la susdite blonde, confirmé de façon nette sinon pléthorique aux législatives, et qui exécute avec beaucoup de finesse sous les dehors d’une détermination olympienne, un programme social et donc fiscal pour lequel on ne l’aurait probablement pas élu s’il n’avait eu la chance de se trouver là au bon moment. Au demeurant il se montre vraisemblablement habile dans les négociations internationales, il est jeune, il a de beaux yeux, un bon sourire et une voix plutôt douce, et, c’est incontestable du point de vue de la simple physiologie mais également au sens figuré, des dents curieusement pointues. Peut-on en dire bien davantage ?
    Hier, il était à Amiens, sa ville qui est aussi, depuis moins longtemps, la mienne. Autant dire que la circulation fut passablement perturbée ce qui entraina un retard considérable et suprêmement agaçant à mes rendez-vous. Je me suis surpris à penser que si ce président prenait l’habitude de venir embouteiller les boulevards qui porteront peut-être son nom dans un demi-siècle, je ne voterais plus pour lui qu’il soit de droite ou de gauche. A quoi tient la pensée politique d’un pigeon ! Mais d’ici la, j’aurai troqué le pigeonnier pour le columbarium.

    Répondre

    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      04 octobre 2017 à 21:06 |
      Nous parlions, cher Bernard, de la suppression (ou demi suppression) de l'impôt sur la fortune. Un seul gouvernement l'a fait dans l'histoire politique : celui de Jacques Chirac lors de la première cohabitation. Alors, dans quel camp se situe ce symbole? Celui de la droite? Ou celui del la gauche? Je vous laisse répondre...

      Répondre

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    04 octobre 2017 à 13:18 |
    Tout cela n’a rien d’étonnant. Macron marche sur les pas de Chirac. Non pas le Chirac rad-soc de la « fracture sociale », en 1995 ; mais le Chirac thatchero-reaganien de 1986, celui qu’on appelait « reaganou ». Il supprima l’ISF à l’immense satisfation d’une droite revancharde…Macron, lui, le supprime à moitié. Mais nulle surprise là-dedans – combien de fois faudra-t-il le répéter ? – économiquement au moins (pour le reste, nous verrons) Macron est de DROITE !!...

    Répondre

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.