La police est-elle dangereuse ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 février 2017. dans La une, Actualité, Société

La police est-elle dangereuse ?

Oui, doit-on avoir peur de la police ? La question se pose, et pas seulement depuis ce qui est arrivé au jeune Théo – pénétration anale par matraque télescopique. Les réseaux sociaux bruissent d’affaires de violences – physiques ou verbales – commises par les forces de l’ordre ; mais le plus souvent, les victimes préfèrent rester anonymes…

Un cas, non anonyme celui-là, avait défrayé la chronique, au mois de septembre dernier. Un enseignant-chercheur à l’université de Paris I, Guillaume Vadot, s’était interposé lors de l’interpellation d’une femme, un soir, dans une gare de banlieue. La femme en question hurlait et était insultée par les policiers. Le témoignage de l’universitaire se fait accablant : « Les policiers m’ont dit : “tu as voulu jouer avec la police, maintenant on va jouer avec toi”. Ils m’ont traité de pédé, m’ont menacé de “me crever là dans les 10 minutes”. Un agent avait une main sur mes fesses et m’a menacé de me violer. Ils ont ensuite parlé de Daech ». Pire, la menace de viol se précise très concrètement : « Regarde-moi sale pédé. Sale pute. Tu habites là-bas hein ? Je vais venir chez toi, je vais mettre une cagoule et je vais te violer ». Une plainte a été déposée, sans débouché judiciaire jusqu’à présent.

Je me suis rendu personnellement, à plusieurs reprises, dans des commissariats de police de Paris, notamment lors du piratage de notre site par des islamistes. Impression lourde, aspect de bunker à la porte seulement entrouverte, gardée par une sentinelle lourdement armée. A l’intérieur, des personnels à cran, débordés, facilement agressifs envers les cas sociaux – la plupart du temps des sdf – qui leur sont amenés. Tutoiement, moqueries, pas d’insultes toutefois. Avec moi, rien de tel : je suis blanc, d’allure bourgeoise et je m’exprime avec facilité. Mais transparaît tout de même une attitude de supériorité, un surplomb hiérarchique : « je sais, je suis l’autorité » ; moi, l’usager de l’administration, même pourvu d’une compétence juridique, je n’ai qu’à me taire et à écouter.

La différence avec la police belge saute aux yeux. Ici des locaux clairs, aisément accessibles, des gens aimables, à l’exquise politesse : on vous donne du « goede dag mijnheer/mevrouw » (bonjour monsieur/madame, inconnu en France) et du « U » (vous), même si vous n’êtes pas bien mis. Ici l’on se met authentiquement à votre service, sur un pied d’égalité.

Le problème de la police française, au-delà des cas particuliers, tient à l’esprit qui y règne, celui d’une forteresse assiégée, peuplée d’agents assermentés, qui – pas toujours, mais trop souvent – jouent aux cow-boys paranos. Cet esprit rappelle celui de la police de Charonne, en 1962. A l’époque, les policiers, harcelés par les attentats du FLN (22 morts dans leur rang de janvier à octobre 1961), voyaient dans toute personne d’apparence maghrébine un terroriste potentiel. De nos jours, si vous remplacez le FLN par Daech, vous avez peu ou prou la même chose ; avec, en plus, l’équation : jeunes issus de la « diversité » = délinquants.

Il existe un véritable livre noir de la police française (sans remonter à la rafle du Vel d’Hiv) : depuis les charges des CRS de Jules Moch contre les grévistes de 1947 jusqu’à celles des hommes du préfet Grimaud contre les étudiants de mai 68, en passant par la guerre d’Algérie et Charonne… étant entendu que le préfet Grimaud avait, au plus fort des évènements, adressé une lettre célèbre aux policiers, une lettre précisément concernant l’« esprit » qui devrait habiter les fonctionnaires sous ses ordres : « Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites. Nous nous souviendrons, pour terminer, qu’être policier n’est pas un métier comme les autres ; quand on l’a choisi, on en a accepté les dures exigences mais aussi la grandeur ».

Les leçons de Maurice Grimaud ont-elles été retenues ?…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (1)

  • bernard péchon pignero

    bernard péchon pignero

    25 février 2017 à 15:45 |
    Encore une fois, cher JFV, vous appuyez bien là où ça fait mal. Vous avez probablement remarqué plusieurs reportages récents sur Arte vantant les mérites évidents de la police de proximité en Allemagne ou en Espagne. Vous ajoutez votre expérience belge. Pourquoi nos chers dirigeants socialistes n’ont rien fait dans ce sens ? Ne les avions-nous pas aussi élus pour ça ? Est-ce que la vague de popularité de nos gardiens de la paix après les attentats n’aurait pas permis d’inverser définitivement l’image négative de la police française ? Je sais : manque de moyens ! Question de priorités ! On voit où ça mène !

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