Quand la vérité blesse…

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 mai 2018. dans La une, Actualité, Société

Quand la vérité blesse…

Opinion

 

Ilan Halimi, l’assassinat par Merah d’enfants d’une école juive, la tuerie de l’hypercasher, puis Sarah Halimi et Mireille Knoll… non ! Décidément, trop c’est trop ! L’embrasement – que dis-je ! – le déchaînement de l’antisémitisme en France nécessitait une réponse ; en vérité, une riposte. Mais de quel antisémitisme parlons-nous ? L’amalgame serait mensonge. Car il ne s’agit pas de l’antisémitisme en général, du vieil antisémitisme catholico-droitier qui renaît aujourd’hui dans des pays, d’ailleurs, sans Juif (Pologne, Hongrie). Non, l’antisémitisme qui tue actuellement est nouveau, il ne vient pas des mêmes groupes, il ne se réclame pas des mêmes références. Il se réclame du Livre.

La semaine dernière, paraissaient coup sur coup un livre et un manifeste : Le Nouvel antisémitisme en France, préfacé par Elisabeth de Fontenay, et un manifeste sur le sujet, paru dans Le Parisien, rédigé par Philippe Val, ancien patron de Charlie Hebdo et l’un des contributeurs de l’ouvrage susnommé. Le manifeste reçut 250 signatures prestigieuses. « Cette terreur se répand, lance-t-il en guise d’incipit. Les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. 10% des citoyens juifs d’Ile-de-France – c’est-à-dire environ 50.000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau. Pourquoi ce silence ? Parce que la radicalisation islamiste – et l’antisémitisme qu’il véhicule – est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale ». « Epuration ethnique », le mot cingle et choque la bien-pensance de gauche, qui, dans l’affaire, se sent morveuse.

Oui, désormais les Juifs ont peur, les Juifs partent. Laurent Joffrin, peu suspect d’islamophobie ou de dérive identitaire, précise : 60.000 alyoth (retours en Eretz Israël), soit – effectivement – 10% de Juifs franciliens. Oh, certes, il ne s’agit pas de ce qu’ont subi les Albanais du Kosovo, puis, après eux, des Serbes de ce territoire ; la réalité se fait plus sournoise, plus perfide ; ce sont les « sale juif » accumulés qui poussent parents et élèves à fuir les établissements scolaires publics, dans les quartiers dits « sensibles ». Ce sont les agressions, verbales ou physiques, qui vident certaines communes de leurs Juifs. Oui, épuration ethnique il y a bien.

Le manifeste demande « l’obsolescence des versets du Coran appelant au meurtre ». Sujet jusqu’alors tabou : y-aurait-il un lien entre Islam et islamisme ? L’islamisme ne serait-il pas uniquement la perversion malsaine d’une religion fondamentalement saine ? En réalité, ce que vise le manifeste, ce n’est autre que les fameux « versets sataniques », ceux que la tradition attribue, non à l’ange Gabriel comme le reste du texte, mais à Satan, et dont la dénonciation valut à Salman Rushdie une fatwa/condamnation à mort. En particulier, la sourate 4, 30 : « Les Juifs disent qu’Usayr (Arabe non converti à l’Islam, allié aux Juifs) est fils d’Allah ; et les Chrétiens disent que le Christ est fils d’Allah. Telle est la parole venant de leur bouche, qu’Allah les anéantisse ! ». Daniel Sibony, dans sa contribution au livre sur le nouvel antisémitisme, dénonce cet adjectif, « nouvel », il écrit : « Je trouve curieux qu’on use ce terme pour désigner l’arrivée en Europe d’une vindicte anti-juive très présente dans le texte fondateur de l’Islam et dans sa transmission pendant plus de treize siècles dans les pays sous son contrôle ».

De fait, tous les livres des religions du Livre contiennent des horreurs. Mais il existe en la matière une double spécificité de l’Islam : d’une part, celui-ci s’est figé à partir du XVIème siècle et n’a pas connu la modernité, ni de la renaissance, ni des Lumières, ni du XIXème siècle industriel ; d’autre part et surtout, à la différence de la Torah et du Nouveau Testament, le Coran ne fut pas écrit par des hommes (Moïse ou les apôtres), mais il a été dicté directement par Dieu, via un ange. Le dit divin ne s’amende pas, ne se relativise pas. L’indispensable travail critique sera long et, par nature, sacrilège…

En dépit de la tribune publiée dans Le Monde, le 24 avril, par trente imams condamnant fermement l’antisémitisme et évoquant « la confiscation de notre religion par des criminels », les réactions négatives s’accumulent. Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, s’insurge contre « le procès injuste et délirant d’antisémitisme fait aux citoyens français de confession musulmane et à l’islam de France. Ce manifeste présente le risque de dresser les communautés religieuses entre elles ».

Et la gauche ? Ah, la gauche ! Les lecteurs de Mediapart tempêtent. Françoise Diehlman, bloggeuse : « Alors Mesdames et Messieurs signataires du ‘Manifeste contre le nouvel antisémitisme’, vous n’avez pas honte d’avoir rejoint le combat identitaire, votre combat n’est pas celui de la France, gardez votre haine. A votre manifeste, je réponds : #PasEnMonNom ». Pascal Lederer, autre bloggeur : « Ce texte fait coup double : il innocente les exactions permanentes d’un Etat qui se proclame indûment porte-parole des Juifs dans le monde et il innocente les responsables politiques français et ceux de l’Union Européenne qui couvrent d’un silence complice une telle politique ». Sans commentaire. Le lien intrinsèque entre antisionisme et antisémitisme a été amplement démontré : pour les antisionistes, la « colonisation » remonte à la « naqba », la « catastrophe », la création de l’état d’Israël ; les communautés juives de par le monde n’étant que les « collabos » de cette spoliation. Bien entendu, la France Insoumise se joint au chœur des pleureuses ; Eric Coquerel, un des lieutenants de Jean-Luc Mélenchon, qualifiant le manifeste « d’antimusulman », et le très modéré Stéphane Le Foll déclarant laconiquement : « Je n’aurais pas signé ».

Alors, coupable la gauche ? Caroline Valentin, avocate, contributrice du livre sur le nouvel antisémitisme, accuse : « le soutien de ces ‘idiots utiles’ est en grande partie la cause du silence de l’Etat sur l’antisémitisme des ‘quartiers’. Car, malgré sa faible représentativité électorale, cette gauche est extrêmement influente dans les corps intermédiaires. Elle a ses entrées dans un grand nombre de médias et est passée maître dans l’art de manipuler des éléments de langage droit-de-l’hommiste dégoulinant de pathos ». « L’islam est bon, continue Monette Vacquin, psychanalyste et autre contributrice, puisque c’est la religion innocente des pauvres que nous avons exploités au temps de la colonisation, nous, en utilisant leur force de travail ».

La complicité de la gauche tient à son saisissement pétrifié – tel un lapin pris dans les phares d’une voiture – face à une possible stigmatisation des jeunes de banlieue – avatars à la fois de la figure de l’ouvrier et de celle du bon sauvage à la Rousseau – le jeunisme et l’antiracisme convergeant vers une absolution honteuse et inavouée de l’antisémitisme.

Oui, que la vérité perce au grand jour, même si elle blesse.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (13)

  • Sabine Aussenac

    Sabine Aussenac

    09 mai 2018 à 01:01 |
    Jean-François,
    euh, comment vous dire? La collaboration, ça vous parle, non?
    Allez donc revoir "La Rafle"...
    Quelle tristesse que de voir RdT s'éparpiller en querelles quand nous devrions nous serrer les coudes pour nous tenir chaud dans nos mémoires d'hommes...
    L'antisémitisme est aussi vieux que le christianisme, etc, et n'est hélas pas l'apanage des "barbus" ... C'est bien en Occident que les juifs devinrent des usuriers et des marchands, parqués en lisières des villes, et que se déchaînèrent, siècle après siècle, les pogroms...
    Certes, l'Islam n'y a pas de main morte, et moi-même ai fait écrire à mes petits rebeus bien aimés, dans un collège (au fait, je t'embrasse, Lilou...):
    "Je ne prononcerai plus le nom d'Adolf Hitler en classe sans y avoir été invité.", car Adolf, sur ma mère ils le kiffaient trop grave...
    En ce 8 mai où, sans la paix, mes parents ne se seraient pas aimés en 1959, la petite Romy et le french boy super canon, en ce 8 mai où je fais plus que jamais révérence devant ceux qui ont combattu la barbarie, je pense à tous les morts de la Shoah, et aussi à Myriam, Mireille, Ilan..., et je vous demande, surtout, de rester debout et ensemble, sans haine.
    https://www.youtube.com/watch?v=tmMsR3fZjb0

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  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    06 mai 2018 à 17:02 |
    Monsieur Vincent, beaucoup de choses vous ont déjà été dites ici, dont je partage évidemment le contenu en quasi-totalité. Je vais donc me limiter à insister sur un seul point, éminemment fondamental. On peut tuer avec des mots, voyez-vous ! Et l'historien que j'essaye d'être va vous faire un petit "cours" (gratuit, cela va de soi !) à ce sujet, ne touchant pas uniquement à l'antisémitisme, et dans l'ordre chronologique, s'il-vous-plaît... ! Jaurès, qui fut qualifié de "Herr Jaurès" par la droite ultra-nationaliste française, qui le présentait ainsi comme un pro-allemand et un anti-français (par voie de conséquence), arma le bras de Raoul Villain lorsqu'il assassina le "Grand Jaurès" juste avant le déclenchement de la Guerre de 14 ! Blum faillit être assassiné lui aussi (un juif, n'est-ce-pas ?), lorsque des militants de l'extrême droite nationaliste le reconnurent dans une voiture ; il échappa à la mort uniquement parce que des ouvriers qui travaillaient dans un chantier voisin avaient écouté le bruit de l'attaque et étaient intervenus pour venir au secours du leader socialiste ! Un bon nombre d'intellectuels maurassiens tuèrent avec des mots ; ils étaient membres de L'Action Française ou d'autres organisations ultra-nationalistes antisémites... Et Robert Brasillach, le collabo avec les nazis, ne tua-t-il pas avec des mots lorsqu'il écrivait des propos terrifiants contre les Juifs dans "Je suis partout" ?! Et Céline avec ses mots, véritables pamphlets orduriers antisémites à faire vomir, n'a-t-il pas contribué (malgré ses talents incontestables d'écrivain) à tuer lui aussi avec des mot ?! Et cette extrême droite de la IVe République, qui se déchaînait contre "Le juif Mendès France, qui n'a de France que le nom !", et qui, avec d'autres, l'avaient surnommé "Le bradeur de l'Indochine"... ?! Et puis, il y eut (il y a !) le Front National... Eh oui, Monsieur Vincent, l'antisémitisme de l'extrême droite frontiste ! Et pas seulement celle de Le Pen père, avec "les chambres à gaz, un détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale", et "Durafourcrématoire"... ! Même avec sa fille Marine, voyez-vous. Ô, pas directement, car il est possible qu'en tant que personne elle ne soit pas antisémite. Mais, si vous aviez la moindre connaissance concernant les liens entre l'Actualité et l'Histoire, vous sauriez que Marine Le Pen et Florian Philippot avaient fait distribuer des consignes écrites il y a quelques années à destination des candidats frontistes pour les élections de tous types. Pourquoi ? Tout simplement parce que ces dirigeants du Front National savaient, quant à eux, que l'antisémitisme restait (reste !) extrêmement fort au sein des mouvances nationalistes françaises, et ceci dans le prolongement de ce qui se passait à l'époque des années 1930. Mais, voyez-vous... cette strate "archéologique", il faut (pour les frontistes) la camoufler (ou du moins essayer), car l'islamophobie est bien plus rentable sur le plan électoral pour l'extrême droite française, avec les questions identitaristes liées à l'immigration... Voilà ! et rassurez-vous, Monsieur Vincent, je tiens ma promesse ; j'ai passé 40 minutes à rédiger ce commentaire, et vous ne me devez pas un seul centime d'euro... Cordialement...

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    • Jean-Francois Vincent

      Jean-Francois Vincent

      06 mai 2018 à 18:50 |
      Monsieur le Professeur Agrégé de l’Université, votre « cours » était bien inutile : je n’ignore rien de ce que vous dites. Les maux des mots sont terribles ; mais les maux des morts le sont bien plus ! C’est toute la différence entre le passage à l’acte et l’inhibition.
      Petit cours, non d’histoire mais de psychologie…

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  • Lilou

    Lilou

    06 mai 2018 à 15:53 |
    Pensez-vous sérieusement, sans psychotrope je veux dire, que pour tuer une vieille dame parce que « juive », des enfants juifs dans une école (comme des militaires à Montauban ou Toulouse, curieusement vous les omettez, ces morts là (si peu juifs), desserviraient-il votre dessein ?), il faille avoir lu un livre?
    Pensez-vous aussi sérieusement (abusez-vous Monsieur Vincent du goulot?) que votre France « anti juive » de 2018 ressemble, à vous lire, à celle de 1943? Quant à votre évocation extrêmement malheureuse d'un fascisme des années trente qui n'aurait tué aucun Juif, permettez-moi de vous dire qu'elle est fausse, malsaine et obscène (ici pris dans son sens latin d'Anatolie occidentale fin de la République romaine (uniquement) et qui dans sa traduction de 1957 (Robert) donne "obscenus : sinistre et de mauvais augure"). Dès l'autodafé nationaliste de la Wartburg en 1817, on sait que ça se terminera très mal : « là où l'on brule des livres, on brulera des hommes... », dès la Saint Barthélémy on sait que ça se terminera mal, dès le pogrom de Strasbourg en 1348 on sait que…, dès l'appel d'Urbain II …, à quoi jouez-vous avec votre appel à la haine ? Dans l'histoire, c'est l'appel au meurtre qui fonctionne, avec la connerie aussi, c'est la différenciation des individus, avec ses peuples saillants aussi, qui fonctionne. Ce n'est malheureusement rien d'autre, et cela se termine toujours avec les sang des autres. Alors votre manifeste…
    Vous intellectualisez un débat en vous faisant plaisir sans trop voir que c'est lorsqu'on sera débarrassé de communautarismes dont ici vous vous faîtes un chantre ravi, que le genre humain en sera plus qu'heureux. Pourquoi vous aveugler ? Aimez-vous que l'on pense pour vous ?
    Accuser la gauche comme une porte ouverte qu'on enfonce d'un bon coup de menton… Vous me faîtes penser à ces larbins bercés d'idées dont ils ne comprenaient guère tous les enjeux (d’autres débats intellectuels à 36000 pieds d'altitude des années trente cette fois-ci) qui dans les années d'après Front populaire préparaient avec enthousiasme ces grands procès qui firent de Vichy une machine à broyer et à déporter du Blum, du Daladier, du Mandel, ou autres amis du genre humain. Je ne résiste pas à penser un peu à Marcel Pagnol... « il se peut que tu aimes la gauche française, mais la gauche française te dit merde » (avec affection, cela va de soi cher JFV)
    Monsieur Jean François Vincent, c'est parfois compliqué de vous apprécier…

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    • Jean-Francois Vincent

      Jean-Francois Vincent

      06 mai 2018 à 18:42 |
      Oui, Lilou, je parlais de l’antisémitisme en France, dans l’entre deux-guerre, pas de celui de l’Allemagne, ni dans les années 30, ni en 1817. Il n’y a pas eu, que je sache dans lea années 30, en France, d’autodafé. Les horreurs antisémites étaient purement verbales, ce qui n’enlève rien à leur caractère horrible. Désormais, elles sont ET verbales ET physiques. C’est pire. Pour reprendre votre palmarès – obscène, n’est-ce pas ? – de l’antisémitisme, je dirai que la France anti-juive de 2018 n’est pas pire que celle de 1943, mais qu’elle définitivement pire que celle des années 30.
      Enfin, pour terminer sur une note personnelle, deux mots encore. Je ne cherche à convaincre personne : le consensus est aussi ennuyeux que le dissensus est stimulant. Par ailleurs, Lilou, que vous ne m’appréciez pas ou que vous et toute la gauche réunie me disiez : « merde ! », vraiment, Lilou, vraiment, croyez-moi, peu me chaut !...

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      • Lilou

        Lilou

        06 mai 2018 à 21:45 |
        Ahhhhhhhhhh, l'antisémitisme nationaliste, je n'avais jamais entendu pareille ineptie, à part peut être chez Laval. Ainsi, puisque celui-ci, français, n'a pas tué, peut-on le regarder bien fier avec son béret et sa baguette. Délicat comme explication historique, même pour le diplôme national du brevet.
        1817, n'a rien d'antisémite, il s'agit d'une manifestation nationaliste.
        Pire dites-vous pour la France de 2018? Oui, je partage votre opinion, Finkielkraut n'a rien de Céline. Pour le reste, je ne puis vous suivre, vos connaissances en histoire sont dictées par l'amour des détails qui la réécrivent.
        Et enfin pour la gauche, faut un peu dégonfler l'enthousiasme hein, Je ne suis pas la gauche à moi tout seul... Et je ne suis pas certain que toute la gauche réunie (avez vous lu "les gauches en France" (René Répond)) Je ne suis pas certain que la gauche regarde avec soin vos élucubrations, toute empêtrée qu'elle est dans les siennes...
        Une dernière question ami très très joueur et très dissensuel (l'ennui?)... Que ferez-vous de gens comme moi lorsque vous aurez emporté les pleins pouvoirs?

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  • Martine L

    Martine L

    06 mai 2018 à 08:50 |
    Il y a dans votre ire, certaines approximations, voire erreurs, comme ces pays dits «  sans Juifs », Pologne, Hongrie, qui furent pleins de Juifs avant guerre ( La Pologne était le pays le plus Juif d'Europe) et dont toute la mémoire historique et l'imaginaire actuel, des plus jeunes compris, baigne – absolument – dans le fait Juif. On est construit de son Histoire ; on ne vit pas que dans son époque.
    Mais c'est surtout le sens de votre texte qui gêne, et met dans le malaise ceux qui se sont bien gardés de signer ce manifeste, très colérique, quasi fauteur de guerre, ou ceux qui après coup, ont regretté de l'avoir fait un peu vite. Ce texte ( résumé par le vôtre) souligne l'insupportable de l'antisémitisme ; on en évidemment bien d'accord, mais balaye d'un revers de main ce que vous nommez l'ancien antisémitisme ( catholico-droitier, écrivez-vous), omettant l'antisémitisme fasciste d'extrême droite qui aurait disparu ? En France et en Europe ? Hélas ! Ce sous-bassement, cette sinistre masse de granite, cette théorisation idéologique de la chose ; il me semble quant à moi, qu'il est incroyablement vivant, et peut faire pont, surtout si on attise, avec le nouvel antisémitisme, lié aux banlieues, leur histoire y compris post coloniale, économique aussi, que voulez-vous ! identitaire bien sûr. Lié évidemment aussi au transfert sur notre sol de l'Intifada du Moyen Orient, plus conjoncturel que l'autre, moins «  intellectuel ».
    Ce manifeste relayé par votre texte peut être lu ( et utilisé) dans un esprit de guerre civile, éloigné on ne peut plus d'un vivre ensemble dans la république ; en cela et comme un certain nombre de potentielles «  signatures non moins prestigieuses » que celles dont vous parlez, je ne l'aurais pas signé. Il est trop camp contre camp ; il y a dans vos propos reprenant ce texte, quelque chose d'un identitarisme, à tout le moins d'un communautarisme exacerbé, face à celui que vous dénoncez. Ce n'est pas ainsi qu'on répare, qu'on consolide, qu'on fait vivre une société.
    Vos attaques contre « une » Gauche ( vous généralisez abusivement là aussi) qui prendrait le risque de l'antisémitisme ! pour sauver les jeunes des banlieues, ne vaut pas mieux que l' « épuration ethnique » !!! utilisée par ce manifeste - le sens de cette formule ici dévoyée est lamentable ; laissons les mots là où il faut qu'ils soient, si on veut leur conserver leur sens.
    J'ai bien peur, voyez-vous que tout cela ne soit guère de nature à régler, ni même à cerner le problème sociétal majeur, dont il est ici question.

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    • Jean-Francois Vincent

      Jean-Francois Vincent

      06 mai 2018 à 10:21 |
      Ma référence à la Pologne et à la Hongrie signifiait la vivacité du « vieil » antisémitisme droitier malgré l’absence de Juifs. Le « malgré » était sous-entendu et allait sans dire…étant pétri du souvenir de la Mitteleuropa habsbourgeoise. Nulle erreur ou approximation, donc.
      Par ailleurs – oui, et je l’assume totalement - j’établis une hiérarchie entre les antisémitimes. L’antisémitisme – fasciste, catholique, droitier, comme on voudra – ne menace plus guère. Et pour un raison évidente : l’extrême droite courtise l’électorat juif (dont près de 20% a voté Marine Le Pen) en vertu du vieil adage, « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Un glissement de l’attitude de l’intelligentsia juive et philosémite. Pierre-André Taguieff, par exemple, goy très proche de la communauté (comme moi !), pape de l’antiracisme dans les années 80 (cf. La force du préjugé, 1988) a viré à l’islamophobie, au point que j’ai renoncé à recenser l’un des ses derniers ouvrages. Elisabeth Lévy – entre autres et pour la même raison – flirte sans complexe avec la « fachosphère », invitée vedette de la – très radicale – TV Libertés. Alors non, décidément non, l’antisémitisme d’extrême droite n’inquiète plus. D’ailleurs, même dans les années 30, en France et avant l’occupation allemande, à l’époque des Maurras, Drieu la Rochelle et autres Brasillach, aucun Juif ne fut tué par des fascistes. Sans doute en eurent-ils l'envie ; mais aucun ne passa à l’acte…les islamistes, eux, n’ont pas ce genre d’inhibition. Il y a une différence entre les mots et les morts.
      « Communautarisme exacerbé », dites-vous ? Non autodéfense ! Avant de « réparer », il faut défendre, protéger et surtout dénoncer. C’est précisément que n’a pas suffisamment la gauche. Oui, la gauche dans son ensemble – je maintiens – pas seulement l’extrême gauche, et ce dans le but – électoralement mercenaire – de ménager les votes des banlieues. L’intensité des réactions des Insoumis et, d’une manière générale, des pro-palestiniens, montre bien quel point, dans cette affaire, ils se sentent morveux.
      « Oignez vilain, il vous poindra ; poignez vilain, il vous oindra », disait déjà Rabelais.

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      • Martine L

        Martine L

        06 mai 2018 à 11:56 |
        Incroyable ; juste impensable et absolument faux votre tirade sur l'antisémitisme d'extrême droite qui " n'inquiète plus" ! je reste sans mots devant votre passage sur les" Maurras, Drieu la Rochelle et autres Brasillach qui n"ont tué aucun juif"... bonne continuation dans votre vision des choses

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        • Jean-Francois Vincent

          Jean-Francois Vincent

          06 mai 2018 à 12:35 |
          Ah, c'est faux?!...Eh bien, citez- moi un exemple - un seul! - d'enfants juifs assassiné dans une école par un fasciste dans les années 30, ou d'un rabbin égorgé, là encore, par un fasciste...vous en trouverez? On parie? Lol!

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          • Lilou

            Lilou

            06 mai 2018 à 19:14 |
            Je suppose que la nuit de Cristal, quelle buse de n'y avoir point pensé en première intention!!!!!!!!!!, doit être considérée comme une rave party entre gens honnêtement intentionnés?

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          • Lilou

            Lilou

            06 mai 2018 à 15:59 |
            Sérieux, vous voulez des noms??? Ni mein kampf, ni les lois de Nuremberg ne vous suffisent?

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  • Jean-Francois Vincent

    Jean-Francois Vincent

    06 mai 2018 à 18:29 |
    Je parlais de l'antisémitisme en France, Lilou...mais j'y reviendrai...

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