R. L. Gardner's democratic Blues

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 16 juin 2010. dans Monde, Société

R. L. Gardner's democratic Blues

Kirk’s widow, VelDean Kirk, said she doesn’t believe Gardner has changed “for a minute” and she was happy when she heard the board’s decision. Nick Kirk, who was working as bailiff during the courthouse shooting, was left with chronic health problems after being shot in the lower abdomen by Gardner. He died in 1995.

“I feel like on Thursday night, Friday morning, it will all be over with. It will be real, real closure,” said VelDean Kirk, who plans to watch Gardner’s execution. “I’ve wanted that for a long time.”

Je n’ai pas d’attraction ni de sympathie particulières pour Ronnie Lee.

Il faut que je me dépêche de lui dire ces derniers mots car Vendredi, il sera trop tard.

Il s’écroulera sous les balles.

C’est ce qu’il a choisi.

La dose léthale dans les veines ne lui convenait pas et il a pu bénéficier de cette autre méthode, plus spectaculaire mais peut-être moins morbide, chacun ses goûts, parce qu’il avait été condamné à mort avant son abolition.

Des types comme Ronnie Lee, il y en a partout dans le monde, l’échauffement des liens sociaux, le repli communautariste les font proliférer.

Il y en a toujours eu.

Et qui pourrait jamais rêver d’une organisation sociale assez parfaite pour venir à bout de toutes les marginalités, criminelles ou non ?

Ils sont entre les murs d’un centre de détention ou dans une “death row”.

Selon ce qu’en a décidé le code pénal de leur nation et le tribunal qui les a jugés.

Mais Ronnie Lee malgré tous ses efforts pour donner à la cour l’impression qu’il était maintenant devenu presque blanc et s’était amendé jusque dans ses plus secrets replis n’a pas convaincu les juges de l’Utah.

Il pourra soupirer devant le peloton d’exécution en se disant que s’il avait commis les mêmes actes ailleurs, dans un autre lieu des Etats Unis  ou ici, en Europe, il resterait vivant.

Et qu’après tout, même condamné à perpétuité, être vivant c’est toujours mieux qu’être mort.

Mais ce qu’il pense n’a aucune importance.

Ce qui semble plus fondamental c’est la perspective dans laquelle cette condamnation a été prononcée et ce qu’elle révèle à nos yeux d’une erreur fondamentale d’angulation.

Le lieu d’où l’on parle et la position symbolique que l’on y occupe en tant que représentant de la loi collective sont deux indicateurs de l’ensemble des valeurs dans lesquelles on pratique la Démocratie.

Pratiquer, ici, c’est ce qu’un tribunal opère en rendant son verdict, pour donner corps, extraire de son cumul de textes une dimension législative abstraite et pour la faire accéder à un statut d’expérience.

Avec la marge des subjectivités et de l’erreur qui borde toute expérience humaine.

Cette matérialisation, est, en quelque sorte, celle des effets de l’inscription historique et des attentes de chacun des membres de cette communauté à l’égard du corpus idéologique et éthique qui fonde son appartenance à un système politique.

Ici pas n’importe lequel, mais un système qui a placé l’individu à la fois comme partie et tout du fonctionnement des institutions qui l’entourent en lui attribuant sa place.

Or cette place octroyée par la démocratie à chacun de ses membres garantit la protection de sa permanence, entre autres, par la position d’une instance qui le dépasse.

Idéalement, une sorte de neutralité bienveillante que représenterait la justice et son rôle de régulation des passions.

Cette justice appliquée dans une démocratie ne s’exerce pas au nom d’un individu, despote, oligarche, ou  représentant auto-proclamé d’une instance divine sur terre.

Elle ne s’exerce pas “au nom” de qui que ce soit, contrairement à d’autres systèmes, elle se rend pour rétablir l’équilibre d’une société mis à mal par les exactions d’un de ses membres.

Il n’est pas d’esprit de revanche présent dans son verdict, ni d’esprit de vengeance.

Il ne s’agit pas en éliminant le membre fautif de remplacer celui ou ceux disparus dans une sorte de vendetta sociale.

Cette femme toute à sa douleur et son sentiment d’injustice, souhaite la mort du coupable pour alléger sa peine.

De son point de vue, ce sera “fait”, fini, lorsqu’elle aura vu le corps du coupable tomber.

Reste-t-il encore à prouver que cette élimination qu’elle attend depuis si longtemps lui amène la paix.

Elle espère quelque chose de la mort de Ronnie Lee qui viendrait comme effacer son acte, reprendre en arrière les faits et ramener les éléments de sa vie à leur état antérieur d’équilibre.

Croire que seule la mort pourra effectuer cet effacement, c’est, dirons-nous, son affaire, elle est seule responsable du travail à accomplir pour faire face à son destin, au hasard qui a amené pas à pas ce jour et ce fait à bouleverser sa vie.

Mais ce n’est pas l’affaire de la cour.

La cour n’a pas à s’exécuter, ni à exaucer ce voeu de punition qui en éliminant l’accusé reprendrait à zéro l’histoire de la victime.

La cour, et la démocratie qui l’institue, n’est pas là pour prendre un parti mais pour mettre, à travers le verdict, en action une régulation sociale, elle n’est pas là pour agir à la place de cette femme, en effectuant cette hypothétique mise à niveau des morts.

La place que ce jugement s’octroie en condamnant ce coupable à la peine capitale est celle d’un place complètement subjective.

Pas uniquement subjective au sens où toute affaire humaine l’est de par sa nature, l’âme et la conscience se doivent d’être évoquées au moment du verdict, mais complètement subjective en tant que se situant à la place de la victime et de sa famille.

C’est une position de face à face, de duel et non de tiers, paradoxe ici pour un élément de la démocratie qui est son instance de médiation par excellence.

Bien-sûr cette logique de la sentence de l’oeil pour oeil va de soi.

C’est le premier réflexe, le plus facilement accessible aussi, ce qui n’en fait pas le meilleur argument.

L’application arbitraire de la justice faite par soi-même est un des éléments de désorganisation chaotique auxquels la démocratie  tente d’échapper et c’est la mise en ordre de ce chaos provoqué par le coupable que la sentence se doit d’effectuer.

Pour lui épargner la vie, il ne s’agit pas non plus de donner sa chance au condamné, d’espérer pour lui une forme de rédemption.

Cela aussi n’est que son affaire et non celle du système juridique.

Cela aussi est une affaire de jugement subjectif rendu sur l’appréciation de sa capacité au changement.

Ce n’est, encore une fois, pas sous cet angle de la spécificité des individus et des situations que la peine de mort est une erreur fondamentale dans l’approche de la démocratie.

C’est sous la vision d’une position du juge et du tribunal représentant ici non une collectivité démocratique ne pouvant en aucun cas éliminer l’un de ses membres de par les principes mêmes qui la fondent mais ayant abandonné cette place extérieure, cette fonction neutralisante et médiatrice pour un amalgame en identifiant la société qu’ils représentent à la victime des actes commis contre elle.

A propos de l'auteur

Elisabeth Guerrier

Elisabeth Guerrier

Rédactrice

Poésie

Artiste/Peinture/Art Digital

Auteur(e) : "IsolementS"

Sites :

http://guerrierart.com/

http://guerrierpoesie.blogspot.com/

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.