Une empreinte de la vie, Yves Gervais

Ecrit par Nadia Agsous le 16 juin 2012. dans La une, Arts graphiques, Société

Une empreinte de la vie, Yves Gervais

Des empreintes aux couleurs du métissage au cœur de Bruxelles…

 

Le 22 juin 2012, la ville de Béjaia (Algérie) rendra un hommage à l’artiste Hamsi Boubekeur, natif de cette ville. A cette occasion, le documentaire Une empreinte de la vie, réalisé par Yves Gervais et Stéphanie Meyer, qui reconstitue le remodelage et la transformation de la station Lemonnier à Bruxelles décorée par l’artiste, sera diffusé et suivi d’un débat.

Dès leur arrivée dans la station Lemonnier située à proximité de la Gare internationale du Midi à Bruxelles, capitale de la Belgique, les voyageurs sont accueillis par des dessins de mains géantes, ouvertes, tendues et prêtes à donner, ornementées de dessins géométriques puisés de la tradition picturale et artistique berbères.

Des mains, symboles du don et du contre-don, de l’échange et du partage. Des mains ouvertes, avenantes, souhaitant la bienvenue, jouant le rôle de « rempart visuel » entre celui qui regarde et celui qui est regardé. Des mains appréhendées comme le symbole de protection contre le mauvais œil, les mauvais esprits, la malchance. Et d’autre part, comme une source de bien-être et de bonheur. Ces « empreintes de la vie » ont été dessinées et immortalisées par Hamsi Boubekeur, peintre d’origine algérienne vivant en Belgique.

Comment ces mains agrandies et fixées sur des plaques en tôle émaillée ont-elles élu domicile sur ces murs ? Quelle est l’origine de ces mains qui offrent aux regards des voyageurs venus de toutes parts du monde des dessins aux symboles géométriques issus de la culture berbère ? Quelle est leur histoire ? Le résultat d’une nécessité ; la conséquence d’un long cheminement ; l’histoire d’un remodelage et d’une transformation et bien d’autres aspects que tentent de nous dévoiler Yves Gervais et Stéphanie Meyer à travers leur film-documentaire intitulé Une empreinte de vie qu’ils ont consacré à Hamsi Boubekeur qui a suivi pas à pas la transformation de son œuvre.

Au commencement, l’artiste et sa volonté de transmettre un message de paix, de non-violence, de respect de l’autre et des droits humains à travers le monde. Son objectif ? Faire de son rêve une réalité qui transcende les frontières, les appartenances nationales et politiques pour que la terre soit un vaste espace ouvert à tous les êtres humains, sans distinction de race, de sexe et de classe. C’est alors qu’intervient le génie créateur de l’artiste. Après moult réflexions, voilà qu’il « accouche » d’un projet qu’il intitule Les Mains de l’Espoir qui prend de l’ampleur en Belgique et à travers le monde. Porté et animé par l’association Afous (1), ce projet qui prend la forme d’une « ronde de la Paix » a suscité un grand intérêt par le truchement d’un grand nombre d’expositions des mains dessinées par des enfants et des adultes, parmi eux des personnalités politiques, culturelles et autres qui ont soutenu cette initiative de paix telles que Yasser Arafat, Barbara Hendricks, Albert Jacquart et bien d’autres hommes et femmes qui ont reçu favorablement l’appel de Paix lancé par Hamsi Boubekeur, l’interprétant comme un acte citoyen et une nécessité d’agir.

Alors que la colombe de la Paix poursuit son périple à travers le monde, les autorités belges sollicitent Hamsi Boubekeur pour décorer les murs de la station Lemonnier. C’était en 1998. Pour répondre à la demande, Hamsi B. réalise une œuvre qui se décline sous forme d’une quarantaine de mains appartenant à des ami(e)s qu’il peint sur des panneaux de multiplex marins qu’il coordonne en trois ensembles de cinq mètres de haut accrochés sur les murs des quais du métro. Le 14 décembre 1999, la station Lemonnier ornementée de ces mains, symboles de métissage et porteuses d’un message de paix, est inaugurée en la présence de personnalités belges et algériennes : « Je me souviens de ces mains. Elles ont laissé leurs empreintes sur moi. Elles m’ont transformée. Depuis les voyageurs me regardent autrement. Certains passants s’arrêtent même pour me contempler », raconte tendrement la voix qui commente le film endossant le rôle de la station qui se confie sous le regard attendri du spectateur.

Au fil des ans, la station se dégrade sous l’effet de la pollution, de l’humidité et de bien d’autres facteurs. Des travaux de réfection sont alors nécessaires. Et voilà que la voix de la station resurgit, parlant de sa « fatigue », de son usure, de son vieillissement et de son besoin de rafraîchissement et de renouvellement : « Au bout de huit ans, je me sens un peu oubliée, abandonnée. Mes ornements se sont abîmés, salis. C’est l’occasion de m’embellir » raconte-t-elle sur un ton triste et désabusé.

En 2007, voilà venu le temps du remodelage et de la transformation des panneaux en bois plaqué sur du mur cimenté, et leur remplacement par un nouveau projet qui intègrera les dessins des mains au graphisme dont les symboles proposent aux voyageurs « un parfum venu d’ailleurs », dans le décor de la station rénovée en tenant compte des mobiliers urbains, des publicités, des indications…

Mais auparavant, il faut démonter les panneaux. Et la voix peinée nous parle de son désarroi, de sa nudité… « Je vis à présent avec les fantômes de leurs silhouettes, autant de traces sur les murs »…, commente-t-elle.

Ce nouveau projet qui remplace le travail artisanal permettra à l’œuvre de Hamsi Boubekeur de bénéficier « d’un grand éclat et d’une longue espérance de vie » et ce, grâce à la technique de la sérigraphie sur tôle émaillée réalisée dans une usine en Allemagne. Le travail consistera à scanner les dessins des mains tracées à l’encre de chine pour parvenir à des reproductions de trois mètres de haut. Ainsi, « une trentaine d’œuvres seront combinées, reproduites, agrandies dans seize dimensions différentes ». Au total, trois cents panneaux seront produits durant ces ateliers et iront à leur tour recouvrir les murs du métro Lemonnier que l’artiste rêve de rebaptiser « la station du bien-être ».

Face à cette transformation, le peintre qui a suivi la métamorphose de ses œuvres du début de l’opération de rénovation jusqu’à son achèvement, manifeste son contentement, sa satisfaction ainsi que sa joie. « C’est la première fois que je vois mes œuvres mises en images sur ordinateur et qu’elles vont être vues à des grandes et hautes dimensions », confie-t-il.

L’inauguration officielle de la nouvelle station de métro ornée des nouvelles mains aux motifs berbères a eu lieu le 19 avril 2009. Lors d’un discours, Hamsi Boubekeur a expliqué que ses dessins représentent « un graphisme qui symbolise la fécondité, la peine, la vie… J’ai donc repris un graphisme qui existait déjà. Mais il y a aussi dans mes dessins un graphisme que j’ai imaginé ». Puis il poursuit, « Je pense que la vie est là, en face et qu’il ne faut pas être pessimiste. Toute cette vie, toutes ces couleurs, j’ai envie qu’elles sortent de mes œuvres et qu’elles se déversent dans les corps des gens. Dans leur esprit. Dans leur cœur… ».

 

Une empreinte de la vie, Yves Gervais, durée 42 minutes, Production CVB, Michel Steyard, 15 ¼

 

Nadia Agsous

 

1)      Afous signifie main en langue kabyle (dérivé du berbère). L’association a été créée en 1995.www.hamsi.be

 

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