VENUS d'ailleurs

Ecrit par Eric Thuillier le 17 juin 2011. dans La une, Humour, Société

VENUS d'ailleurs

Tenez, par exemple, ça n’a rien à voir avec mon sujet mais la semaine dernière, ou celle d’avant je ne sais plus bien, le temps qui ne veut pas faire de pause brouille un peu mes repères, j’ai vu une pleine page de pub pour Orange et une proposition commerciale nommée Open. Comme le O, en très gros, entourait une maison mise en joie et en couleurs par un collage d’images grand écran pour toute la famille, c’est le « pen » qui était le signe lisible. Tiens, me suis-je dit, Orange et Le Pen, ça me rappelle quelque chose.

Internet s’ouvre chez moi sur la page d’accueil d’Orange. Elle nous offre les dernières informations déclinées de manière intangible sur trois registres, politique et faits divers, sportif, people. Je n’avais pas pris la peine de cliquer sur ces articles jusqu’au jour où je me suis fait la remarque que la famille Le Pen était souvent à l’honneur. Je clique le jour où la bonne Marine avait évoqué avec la finesse et la retenue qui font qu’elle n’est pas, à ce que j’ai entendu dire, la fille de son père, les prières dans la rue.

Je découvre que l’article, simple copié/collé d’une dépêche d’agence, suscite des milliers de commentaires qui émanent neuf fois sur dix de partisans du FN et sont en matière de finesse et de retenue un peu en retrait de celle qui les suscite.

Un pêle-mêle de grossièretés et de bêtises avec pour liant principal le mot Islam.

Après quelques autres vérifications j’ai constaté que ce forum est squatté par le FN et que pour flatter son public, Orange met souvent en une sa vedette. Orange ne fait pas de politique, il fait du commerce, il fait commerce du nombre de clics et privilégie les sujets qui en génèrent beaucoup. Un peu d’engrais sur le fanatisme n’a jamais fait de mal à personne. C’est pour la bonne cause, c’est pour générer du cash.

Puis il me revient qu’il y avait déjà eu quelque chose entre Orange (la ville) et le FN. Drôle de tricotage. Des mots assemblés au hasard font comme une flèche qui pénètre le sens. Mais venons-en à mon sujet.

Il tient dans le titre de ma chronique. Je n’ai rien d’autre à dire. Juste à laisser traîner deux mots dont on peut faire toute une histoire. Ou deux histoires selon le sens donné à VENUS dont on ignore sous cette forme si la majuscule mange ou non l’accent du « e ». Cette semaine, j’ai vu un titre qui contenait « venus » et je l’ai lu « vénus ». C’est assez pour amorcer la pompe à méditation, laquelle se tient, comme chacun sait, en un endroit du cerveau assez sensible à la rouille. Mais fichtre j’avais beau gratter, vénus ne m’évoquait rien. Un désert. Dans la soirée j’ai entendu à la radio le texte d’un mystique chinois qui, dans le désert justement, voit venir à lui une femme merveilleuse comme une image de Dieu. Voici le troisième maillon de la petite chaîne par laquelle je m’accroche aux choses, je me dirige en trois bonds vers les colonnes de RDT.

Qu’est-ce à dire ? Je sens bien que je dois vous éclairer, que je manque ici de lecteurs spécialisés dans la rédaction de notes en bas de page. Lesquels, s’ils existaient, n’auraient pas manqué d’observer que ce texte pourrait tout aussi bien porter le titre des deux précédents publiés ici, soit « En roue libre » et « Trois par trois », ce qui prouve une chose absolument tout à fait claire : les mots n’ont aucun sens, ils sont interchangeables et un dictionnaire sérieux devrait séparer la liste des mots, présenté dans l’ordre alphabétique pour l’orthographe, de leurs définitions, livrées en moindre quantité dans un sac où puiser comme pour jouer au loto. De ces rencontres naîtraient du sens en abondance, on pourrait commencer à causer et à se faire entendre. En voulez-vous une autre preuve ?

Dans le journal cité au début de cette petite ébauche d’étude du non sens commun, une dizaine de pages au moins étaient consacrées à la description de toutes sortes de problèmes bien douloureux et bien compliqués relatifs à la présence humaine. Elles n’ont pas obtenu l’extraction de son siège d’un seul individu en vu de les résoudre, alors que la page Orange qui raconte n’importe quoi n’importe comment aura, je ne dispose pas de chiffres précis, déterminé au moins deux dents personnes à résoudre le problème de n’être pas encore abonné à Open.

Vous faut-il d’autres preuves ?

Eric Thuillier


A propos de l'auteur

Eric Thuillier

Rédacteur

Artisan électricien

Auteur de chroniques sur "Le Monde.fr"

Commentaires (3)

  • Virginie Holtzer

    Virginie Holtzer

    11 août 2011 à 11:58 |
    Quel bonheur à vous lire !
    "Words are meaningless and forgettable" chantait le groupe Depeche Mode dans "Enjoy the silence" (voilà qui me date très clairement...) mais quelle alerte alerte vous nous donnez !
    Au risque de vous paraître groupie je ne peux que vous dire à quel point votre article m'a emportée (du verbe ravir).

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  • feudouce

    feudouce

    25 juin 2011 à 12:34 |
    Pas mal cette petite enquête !!!
    Voilà une excellente façon d'utiliser nos deux cerveaux. L'un pour alerter, l'autre pour analyser
    Et oui, la ville Orange fait sens.
    ET le feu "orange " aussi indique que bientôt, on ne pourra pas laisser passer ...
    à cause du feu rouge ...

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    18 juin 2011 à 05:33 |
    Etablir un lien - fut-il très lointain - entre la déesse de l'amour et Marine le Pen relève d'une vituosité dans l'art très britannique du "nonsense", dont vous êtes, cher Eric,à n'en pas douter, un maître.

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