Racisme, xénophobie

Le Nom des gens

Ecrit par Eva Talineau le 09 mai 2011. dans Racisme, xénophobie, La une, Psychologie, Cinéma

Le Nom des gens

Echo au film et à la chronique de Daniel Sibony


Quoiqu’on pense de ce message consensuel et bien-pensant sur lequel se termine le film – « on s’en fout de l’origine », et « le petit à venir s’appellera “Chong Martin Benmahmoud” » (on botte en touche pour ne pas avoir à « choisir » entre « identités », « marché chinois », sûrement, mais aussi acte de poser que cet enfant-là sera… d’ailleurs, que son temps ne sera plus le nôtre… quoi de plus « autre », pour nous, issus des trois monothéismes comme les personnages de ce film, que l’Extrême-Orient, son étrangeté…) – ce film n’est pas seulement un film « bien fait », c’est un bon film.
De son père, le héros dit qu’il ne l’imagine pas avoir été un jour jeune –  le cinéaste le représente, assis sur les bancs de la faculté, puis au tableau, déjà vieux, comme il est au jour du récit, parmi les autres étudiants tous éclatants de jeunesse, de vie, de potentiel, d’avenir. Le même homme, âgé et sans âge, est représenté en Algérie, pendant les « évènements », il a été appelé. Que fait-il ? il marche, seul, dans un paysage bucolique, cueille une feuille sur un arbre, l’examine avec curiosité – celle dont il est totalement dépourvu pour ce qui se passe autour de lui.

Peut-on "dire" un génocide ? (9)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 29 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Média/Web

Peut-on

L’insistance avec laquelle la victime d’un génocide a été niée, de toutes les façons possibles (jusque par les différents dénis), fait que la vie après les massacres n’est en rien une survie même, mais uniquement, pour beaucoup, une immense fatigue, qui n’autorise plus le moindre geste du quotidien (quand on a été traversé par l’horreur du non-sens définitif – qu’est un génocide (112) – plus déstructurant pour la conscience que l’horreur avec son cortège d’atrocités, comment trouver ensuite le moindre sens au quotidien de la vie ?).
Face au déni, qui est la continuation de la logique génocidaire (par le déni de l’acte puis de la responsabilité, on atteint le rescapé en la chair vive de sa mémoire et de sa pensée), le rescapé prend la parole, ce qui est une façon de renverser le déni, de prendre le pas sur celui-ci. Face au silence du déni, la prise de parole circonstanciée du rescapé fait exister le déni du génocidaire en tant que déni (et non plus en tant que silence), c’est-à-dire en tant qu’occultation de l’événement et en tant qu’argument (pensé comme tel) en faveur de la possibilité pour l’événement de n’avoir pas eu lieu. Et cette prise de parole fait exister le déni dans toute son intensité et sa gravité, en disant quelque chose de l’événement, c’est-à-dire de l’horreur qui y est inéluctablement rattachée.

Ecce Eco !!

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, La une, Société, Littérature

Ecce Eco !!


A propos du livre d'Umberto Eco, "le Cimetière de Prague"


Il professore serait-il schizophrène ? Nombreuses, en effet, sont les ressemblances qui l’unissent à son héros : polyglotte, piémontais, érudit, amateur de bonne chère….Hypothèse : et si Simonini était le double d’Eco, politiquement incorrect parce qu’ignoble ? L’ensemble du roman serait ainsi un immense exutoire où Eco donnerait libre cours à des détestations qu’un distingué sémiologue ne saurait, en toute bienséance, étaler en public. Dès la page 29, Simonini nous livre sa devise : « odi ergo sum », « je hais donc je suis ! ». Les haines, Simonini les accumulent, en fait une sorte de florilège des plus impressionnants, qu’on en juge : il est germanophobe, francophobe, italophobe, misogyne, anticlérical, anti-maçons et – last but not least – antisémite.

Peut-on "dire" un génocide ? (8)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 22 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Politique, Société, Histoire

Peut-on

Ainsi, comme nous venons de le voir, les tueurs parlent, convoquent la parole, font advenir le sens en érigeant comme tel le non-sens frénétique et à valeur de monde, le non-sens déferlant à travers tout le cortège de leurs affirmations («  Une affirmation, comme le rappelle Nietzsche, agi[ssant] avec plus de force qu’un argument, du moins sur la majorité des gens ; car l’argument éveille la méfiance » (93)), dont certaines même ont été, et c’est du reste leur finalité logique, érigées en commandements.
Pour ce faire est-il nécessaire qu’ils soient les seuls exécutants de la parole. Pour ce faire est-il nécessaire qu’il n’y ait pas compétition dans la parole (il faut qu’il y ait un consensus dans la parole et que toute parole se confonde avec ce consensus). Aussi les victimes doivent-elle rester invariablement muettes. Les victimes sont les personnes à qui d’abord on retire la parole. Silence obligé (une victime, au cours de tout processus – pas nécessairement génocidaire – la définissant comme victime, si elle prend la parole, si elle prend sa parole – c’est-à-dire si elle affirme son existence dans la parole, si elle fait autre chose que supplier, supplier étant une façon de taire sa parole dans la parole, de faire avorter sa parole dans chacune de ses paroles –, risque le pire, mais peut-on parler de pire ?, y a-t-il une échelle dans l’appréciation de l’horreur ?), puis silence par éventration du souffle, par la mort.

Le retour de l'image brune ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 18 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, La une, France, Politique

Le retour de l'image brune ?


Les images, les photos, nous, les « gens d’Histoire », ça nous connaît ! Des photos soviétiques où – tiens ! – disparaissait un des personnages, au temps blanc/glace des purges ; du gamin à casquette, poussé dans le troupeau au bord de son train de la mort ; des hurlements de la fillette, sous le napalm des palmiers vietnamiens…

On a, très tôt, fait comprendre à des cohortes d’élèves que l’image, « ça s’apprend » et sa sémiologie a – bien autant, sinon plus que d’autres matières – été classée, tout en haut des objectifs. Le portrait de Louis XIV en habits de sacre, le Mitterrand dans la bibliothèque, « ça cause », oriente et veut dire, mieux et plus que tout autre instrument de communication !

On travaillait, avec les élèves, je me souviens, sur une photo de Mussolini : contre-plongée, du bas vers le haut (le spectateur est à ses pieds) ; personnage immense et dominateur ; vue imprenable sur le fameux menton, du coup, presque vivant : tout le fascisme sourd de cette image-là.

Alors, quand sur Google – DSK – images – on tombe sur celle-là, maintenant ! On est scotché.

Peut-on "dire" un génocide ? (7)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 15 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Politique, Histoire

Peut-on

Partie précédente

Alors je dois dire la violence, laquelle ne « consiste pas tant à blesser et à anéantir » (80) (rendant ainsi notamment noir fragmentaire « la belle lumière de la santé » (81)) « qu’à interrompre la continuité » (82) des êtres, laquelle consiste à accomplir ou faire accomplir des actes qui sont à même de « détruire toute possibilité d’acte » (83) : la finalité de la violence est l’absence de violence, de toute possibilité de violence (c’est-à-dire, intrinsèquement, de rébellion) pour le sujet victime.
En effet, la torture « n’est pas réductible au catalogue des violences et agressions physiques et psychologiques. Celles-ci ne sont que les moyens et les instruments d’un système lucide et bien articulé qui tend à détruire les croyances de la victime, à la dépouiller, en tant que sujet, de la relation à soi-même, à ses idéaux, à sa mémoire » (84). Tout rescapé est un Ulysse, « sans autre Ithaque qu’intérieure » (85), mais une Ithaque qui soit à ce point intérieure qu’il ne la retrouvera sans doute jamais. Et quand il revient, on ne l’attend pas, on ne le reconnaît pas. Quand il revient, c’est « avec les vêtements d’un autre, le nom d’un autre » (86). Alors, quand il revient, il ne peut que chuchoter, en pleurs : « Si tu me regardes, incrédule et dis : Tu n’es pas lui, je te montrerai des signes et tu me croiras » (87).

Ombres et masques ...

Ecrit par Léon-Marc Levy le 11 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, La une, France, Société

Ombres et masques ...

Editorial


Je vais finir, moi aussi, dans la nostalgie. Par les temps de rêves passéistes qui courent, il ne manquerait plus que ça ! Il fut un temps, naguère (vraiment naguère, c’était à peine hier) où la haine, antisémite, anti arabe, anti noir, bref « l’affect ratial » dirait notre cher Daniel Sibony, était immédiatement et aisément identifiable. Qu’elle fût issue des rangs traditionnels de l’extrême-droite philosophique ou politique, ou de ceux, non moins traditionnels (contrairement à ce que certains pensent !) d’une gauche nationale et xénophobe (voir les années triomphantes du PCF « tricolore », vidant les squatts d’immigrés à coups de bulldozers en banlieue parisienne, ou les procès antisémites de Moscou, ou la gauche anti dreyfusarde etc.), au moins la haine des Juifs, l’islamophobie, le racisme avaient un visage. Des visages. On appelait les chats des chats, les nazis des nazis et les stals des stals !


Peut-on "dire" un génocide ? (6)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 08 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, France, Histoire

Peut-on

Lire la partie précédente


Mais dans quelle mesure la parole du rescapé, qui est entrelacée à l’écoute de l’auditeur, laquelle est davantage parole que la parole du rescapé, car cette écoute est parole intimant à la parole d’être parole, dans quelle mesure cette parole du rescapé (parce qu’elle n’est jamais – pour nous qui ne l’avons pas recueillie – qu’une seule trace) peut-elle être rapprochée de l’image ? Dans quelle mesure est-elle signe ?
Tout d’abord, me semble-t-il, il est utile de rappeler (tant ce qui est manifeste est souvent ce qui chemine invisiblement) que le « raconter » du témoignage suppose évidemment une prise d’écoute, laquelle est tout à la fois une captation de la parole et l’élan de cette dernière. L’écoute n’est en effet pas passive, comme nous l’avons déjà souligné, puisqu’elle fait advenir la parole et qu’elle la fait également advenir au présent dans le futur indéfini, c’est une écoute qui est ainsi génératrice du présent de la parole, à l’infini – un infini évidemment indéterminé.

Peut-on "dire" un génocide ? (4)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 25 mars 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Histoire

Peut-on

Pour se poser la question du voyeurisme supposément intrinsèquement constitutif de la photographie de guerre (47) (ainsi évidemment que du reportage filmé), il est nécessaire de se figurer un instant la dynamique regardant-regardé, avec au centre l’appareil photographique ou filmique, et de s’y arrêter (48). Il est nécessaire, en théorisant, de s’interroger sur la légitimité de cette dynamique (propre à ces situations extrêmes que seuls – quasiment – connaissent les reporters de guerre).
Ce qui me semble ici extrêmement problématique, c’est que le regard devenu vérité du regard par la preuve qu’il fabriquera (la photographie ou l’image animée) conforte autrui, même à son insu (la personne souffrante est d’emblée autrui, puisque l’appareil enregistreur fonde de facto cette distance : il trace une ligne infranchissable entre deux mondes, celui des vivants – qui reviendront intacts avec leurs images – et celui des presque-morts) dans le rôle que les circonstances lui font prendre, et en quelque sorte légitime ce rôle de souffrant, de mourant. Prendre une photo devient l’inverse d’une main tendue, laquelle a pour force première d’être cela même qui peut changer, même à un degré infinitésimal, la situation présente, la renverser.

Vous avez dit anti-racistes ?

Ecrit par Claude Picard le 21 mars 2011. dans Racisme, xénophobie, La une, France, Société

Vous avez dit anti-racistes ?

D'emblée je le pense et le proclame haut et fort : le racisme est une connerie et il n’y a qu’une seule race : la race humaine c'est-à-dire l’homme et la femme, seule la couleur de peau peut être différente suivant les contrées du monde. Le reste c’est pareil ! Nous avons tous un cerveau et un cœur, et le reste …


La définition du racisme paraît assez simple : sont racistes ceux qui jugent, rejettent et insultent des humains à cause de leur couleur de peau ou de leur appartenance à une ethnie. Bref tous les rejets liés au fait d’appartenance à un groupe sont aussi inclus depuis quelques décennies dans la définition globale du racisme mais la plupart du temps ce n’est pas parce que l’on est fréquemment enclin à généraliser des caractéristiques de groupe que cela veut dire que l’on soit indubitablement raciste. Un peu de discernement, que diable ! Et quand bien même une personne serait réellement raciste, tant que cela ne reste qu’une parole maladroite, une idée, et non une insulte ou une agression physique, doit-on lui interdire de le dire et de la condamner ? Je sais : c’est puni par les fameuses lois Pleven et Gayssot. Notre droit français garantissait pourtant déjà des sanctions à l’encontre des insultes racistes.

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