Cher Dieudonné,

Ecrit par Sabine Aussenac le 04 janvier 2014. dans Racisme, xénophobie, La une, Politique, Société

Cher Dieudonné,

Vous écrire ouvertement n’est peut-être pas une très bonne idée, car cela reviendra à nouveau à faire parler de vous… Mais votre présence, de toutes manières, envahit les scènes médiatiques comme des effluves pestilentielles qui s’échapperaient d’un charnier…

Car c’est bien de charniers qu’il est question, de tous ces charniers dont l’Histoire regorge, et qu’il vous plaît de nier et de conspuer. Alors voilà : nous sommes aujourd’hui des dizaines de milliers à vous demander de cesser vos délires.

Que vous soyez assez lâche pour ne pas payer les amendes infligées depuis des années par les tribunaux, soit.

Que votre répertoire s’appauvrisse au point de revenir en boucle sur les mêmes sempiternels sujets, soit.

Mais de grâce, cessez de vous prendre pour Dieu et d’insulter publiquement la mémoire de millions de disparus.

En fait, j’ai l’impression que pour vous, la Shoah, c’est un jeu. Qui ressemblerait aujourd’hui au « Pas vu pas pris » – « Si personne ne porte plainte contre moi, je peux continuer, même à insulter le Service Public… », ou à « Colin-Maillard » – « On dirait qu’on ferait comme si les chambres à gaz n’avaient jamais existé… », ou au Monopoly : « Allez, j’achète Auschwitz pour une bouchée de pain ! »…

Car votre antisémitisme est si primaire qu’il ferait passer les fours crématoires pour un jeu de dînette des nazis ; et les pogroms, qui sévissent depuis des siècles, pour de vagues jeux du foulard dans quelque école désaffectée.

Le problème, cher Dieudonné, c’est que des gens comme vous font le jeu des extrémistes en tous genres. On commence par faire rire les foules assez connes pour payer pour aller voir un prétendu humoriste – que vous vous prétendiez tel doit faire vomir les Fernand Reynaud et autres Le Luron… –, et on finit par cautionner un Mohamed Merah.

Or, voyez-vous, très cher, je vis dans la ville rose. Et j’ai vu grandir les petits Mohamed Merah, ceux que j’ai eu l’occasion d’avoir comme élèves. Ceux à qui j’ai demandé d’écrire sur leurs carnets de correspondance :

– « Je ne prononcerai plus le nom du Führer en cours sans y avoir été invité ».

Car ces élèves-là vouent, très cher Dieudonné, un véritable culte à Adolf Hitler, et voyaient dans mes cours d’allemand un terrain de jeu illimité à leurs fantasmes d’antisémitisme.

C’est bien dans ma bonne ville de Toulouse qu’il y a bientôt deux ans, un homme est entré dans une école juive pour y loger une balle dans la tête d’une enfant, à bout portant.

Alors voyez-vous, cher Dieudonné, moi je vous dis « merde ». Et j’espère que très bientôt, la justice de mon pays que je continue à dire « des Lumières », même si des prétendus républicains comme vous osent se revendiquer de notre démocratie, saura museler vos négationnismes et vos haines.

Je ne suis pas juive. Je ne suis pas visée par vos diffamations qui se croient drôles et subversives. Mais je suis issue d’un peuple qui a gazé des millions de juifs, qui a porté en lui les germes de cet antisémitisme larvé, ou même pas, que tant des nôtres continuent à apprécier, à propager, et qui a conduit à la Solution Finale.

Je porte en moi les voix de mille juifs qui suffoquent.

Et j’ai très, très, très envie de vous faire taire.

A propos de l'auteur

Sabine Aussenac

Rédactrice

Née en 1961, Sabine Aussenac est un professeur et écrivain français.

Auteur de romans, de nouvelles et de poèmes plusieurs fois primés, elle s'attache aussi à faire connaître et aimer la poésie en dehors des sentiers battus de la modernité, sa langue étant proche de celle des auteurs du dix-neuvième siècle. Elle combat le minimalisme des formes actuelles et l’intelligentsia des revues et des grandes maisons d'édition, les premières n'acceptant qu'une certaine forme de poésie, les secondes ne publiant que des auteurs disparus. Son crédo est que les Français sont de grands lecteurs et auteurs de poésie - on le voit à l'implosion des blogs et forums consacrés à cette forme de littérature - mais que l'édition demeure un terrain réservé. Elle en appelle à une poésie vivante et libérée des diktats littéraires et éditoriaux.

 

(Source Wikipédia)

Commentaires (5)

  • Martine L

    Martine L

    08 janvier 2014 à 12:25 |
    Comme d'hab, et en particulier, en France, le débat sonne : interdire, c'est lui faire « sa » pub, faire parler de « ses » idées, donner de mauvaises idées à ceux qui en demandent... oui, pas faux, tout ça ! Croyez vous que M .Valls et le Président, ferme comme il fallait il y a peu d'heures, l'ignorent, et n'ont pas pesé les risques ? Mais... la République peut-elle rester silencieuse ? Non !! elle a des valeurs à défendre et à protéger ! Le silence est parfois nécessaire, et peut valoir réponse trop bavarde, mais, il est un seuil où il devient coupable et où il vaut faiblesse ! Quant à l'argument toujours au bord de la poche des intellos de service : gare à la censure ; c'est sans doute celui qui est le plus recevable et qu'on ne doit manier qu'avec les précautions de dégoupillage de grenade ; mais, là non plus, il ne faut pas arrêter le train. Un certain, il y a longtemps n'a-t-il pas écrit un «  pas de libertés pour les ennemis de la liberté »... C'était Saint Just, qui fut quelquefois pile cœur de cible !

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      08 janvier 2014 à 12:35 |
      J'entends vos arguments, et j'y adhère partiellement (quoique Saint Just ne soit pas pour moi une référence). Mais - pour une fois - je suis entièrement d'accord avec Edwy Plenel et son article "Contre Dieudonné sans Valls", sur Mediapart.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    05 janvier 2014 à 09:21 |
    Chère Sabine, vous êtes, comme moi, une goy zaddik, : une « païenne » (goy signifie littéralement « gentil », « païen » = non juif) juste ; car dans le Judaïsme – à la différence du Christianisme et de l’islam – il n’est pas nécessaire d’être juif pour être justifiée…les juifs n’ont pas le monopole de la Zedekah, de la justice (qu’on peut aussi traduire par charité).
    Vous faites bien d’attirer l’attention sur cette nouvelle forme d’antisémitisme (qui se rebaptise – pour se dédouaner – d’ « antisionisme ») et qui procède d’une identification avec les palestiniens (y compris les terroristes). On est là en présence d’une haine non religieuse, mais bien ethnique. Il y a même aux Etats-Unis – heureusement pas encore en France – une judéophobie spécifiquement noire, diffusée dans certaines chapelles évangéliques, qu’Obama, un temps, a été accusé de fréquenter…
    Quant au culte d’Hitler, chez les islamistes, il n’est qu’à se rappeler qu’un des best sellers, en Egypte, n’est autre que « Mein Kampf » !

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    • Johann Lefebvre

      Johann Lefebvre

      08 janvier 2014 à 14:24 |
      Concernant cette "judeophobie noire", nous pouvons d'ailleurs nous interroger sur les postures de l'écrivain Raphaël Confiant, qui sur sa page FaceBook alimente la machine racialiste/raciste avec un carburant qui ne sent pas bon - il avait déjà produit un texte, confidentiel, "La Faute (pardonnable) de Dieudonné", il y a quelques années - et qui avance des arguments douteux, reprenant sa théorie du juif en tant que "innommable' (d'après lui, l'usage du terme étant "protégé" par la loi, le recours à cette métaphore est devenu obligatoire...) et par laquelle il dénonce un philosémitisme outrancier généralisé, en particulier en France...

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  • Martine L

    Martine L

    04 janvier 2014 à 16:00 |
    On apprend, qu'entre autres élégances, le "personnage" en question, se donne un mal fou ( digne de la représentation caricaturale et bien classique des marchands juifs du Moyen Age) pour ne pas avoir à payer impôts et amendes. Biens au nom de sa compagne et de sa mère ; donc, quasi insolvable le comique ! qu'on se le dise !!

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