Le 20 juillet 1947 au Parc Des Princes

Ecrit par Jacques Petit le 01 octobre 2010. dans Vie quotidienne, La une, Sports

Le 20 juillet 1947 au Parc Des Princes

Contador, et son beau nom qui rime avec toréador, aurait donc mangé de la vache dopée ! L'affaire tient en haleine le monde du vélo – ce n'est pas la moitié d'un champion, ce bel espagnol - Et du sport, en général. Toujours plus d'efforts demandés, de performances à atteindre ; donc – foin des hommes – fabriquons des champions bien dopés. Le très joli texte de Jacques Petit, nostalgique comme une photo sépia ; relatant « son » Tour de France 1947, parle d'un temps où - on veut le croire - seul comptait le mollet et le courage des cyclistes. Une légende, presqu'un rêve, vu d'aujourd'hui. (MLP)


Le 20 Juillet 1947, l'arrivée au Parc des Princes de mon 1er Tour de France, le 1er d'après-guerre, jour tant attendu par votre serviteur. Je venais d'avoir 15 ans, je bossais depuis quelques mois comme grouillot à la Société Générale. Dès ma 1ère paye (jour émouvant pour un petit gars du XIIIème), j'avais mis de côté pour cette réunion.

Pour moi c'était un grand jour, fou de vélo, pour mon CEP en 1946, mon père m'avait offert un vélo de course rouge "La perle", comme les coureurs. Avec maman nous étions allés le choisir aux Magasins du Louvre, rue de Rivoli (ils n'existent plus, c'est un marché de L'Art, je crois). Dès cet instant, « le Roi n'était plus mon cousin ».

A partir du lundi suivant, plus de métro de Tolbiac à Trocadéro, une petite partie de manivelles, le matin, le soir, rien de meilleur pour la santé, mais surtout pour le rêve, pas besoin de "draps blancs" comme le chantait Nougaro.

Tous les samedi ou dimanche, 100 bornes, seul ou avec les copains, mais j'étais plutôt un solitaire ; quel sentiment de liberté totale sur mon vélo, surtout qu'à l'époque la circulation n'avait rien à voir avec celle d'aujourd'hui, j'étais champion du monde tous les jours, tantôt plus modeste champion de France, mais les rêves étaient bouillonnants.

Un dimanche sur la N7, au retour, à la hauteur d'Athis-Mons, pour ceux qui connaissent un peu le coin, je roulais seul à fond (mes copains le dimanche, ils préféraient le cinoche pour emballer les filles, comme on disait en ce temps-là), mon regard fut attiré par une jeune blonde dont la chevelure volait au vent, pourtant elle n'était pas à vélo. L'apparition soudaine d'un Ange, ma vision ondoyante s’arrêta pile, je traversais la terrasse d'un café en bordure de N7, toutes les tables pleines de citadins en goguette volèrent par terre, je me retrouvai les quatre fers en l'air, mon vélo près de moi qui avait l'air intact, mais les cris des buveurs de limonade m'ont vite réveillé. Je suis remonté sur mon vélo ne demandant pas mon reste.

Aujourd'hui, les médias me qualifieraient de dangereux délinquant, alors que je n'étais qu'un jeune adolescent troublé par une magnifique chevelure blonde.

Les jours passent trop lentement à mon gré, mais le 20 Juillet  arriva. Bien sûr que j'avais suivi à la radio, lu sur l'Equipe, tous les exploits des coureurs : Brambilla avait le maillot jaune au départ de Caen, la dernière étape, le Suisse Tarchini avait gagné le contre la montre à Vannes, Tassin s'était distingué aux Sables d'Olonne, Vietto avec sa jambe plus courte avait été un des grands animateurs, mais l'interruption de la guerre l'avait amoindri.

Beaucoup de spectateurs étaient là depuis 11 heures du matin, passionnés et impatients de connaître le dénouement du Tour. Peu parlaient encore de Robic ; mais eux, pour la plupart, étaient là en famille, ils avaient du ravitos pour tenir un siège, mais moi, jeune coq impatient, j'attendais ce jour depuis des mois. Quand Maman a dû me demander "je t'ai mis un casse-croute au jambon, tu en veux d'autres ?", la tête déjà ailleurs, j'ai dû répondre "NON, ça va, merci maman."

Eh bien, je puis vous dire 2 choses de ce jour extraordinaire : j'ai suivi toute la réunion d'avant arrivée avec passion, le sacre de Jean Robic auquel le Pt Monnerville remit le maillot jaune, mais mon 2ème souvenir, plus atroce, plus désagréable, ce fut qu'après midi, ayant avalé mon jambon en 2 ou 3 bouchées, j'ai eu "la dalle" tout le reste de l'après-midi, voyant les uns sortant le sauciflard, les autres le Bayonne, encore d'autres la chopine de rouge assortie d'un calendos. Ca a été dur et cruel ; bon je suis sûr que si j'avais demandé, ils m'en auraient filé un peu de rab, mais tellement timide, je n'ai jamais osé.

Dans le détail, vous connaissez ma journée du 20 Juillet 1947, la journée d'un jeune parigot fou de vélo mais négligent sur le ravitos, pourtant je les avais connues pendant 5 ans, ces queues interminables devant le boulanger ou autres.

C'est du vrai, juré, craché, avec peut-être quelques enjolivures dues à la nostalgie.

A propos de l'auteur

Jacques Petit

Jacques Petit

Rédacteur

pseudo Jacklittle

Autodidacte, 47 ans de carrière bancaire, du bas au haut de l'échelle. Cadre Supérieur.
Directeur de Mission dans un cabinet de Commissaires aux comptes spécialisé Banque et Finance.

Politique,Economie, Finance, Littérature, Sports, Cinéma, Théâtre.

Commentaires (4)

  • PETIT

    PETIT

    04 octobre 2010 à 12:18 |
    Quel "gadin",vous imaginez,mais n'ai-je point le bénéfice de l'antériorité ?

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  • PETIT

    PETIT

    04 octobre 2010 à 11:54 |
    OLIVIER EYQUEM,merci pour votre chaleureux commentaire,ça me fait très chaud au coeur !
    OUi,peut-être,j'aurais du ? mais même avec le recul,ça va très vite : 20 à 30 secondes,pas plus.
    Mais je préfère avoir une image un peu floue d'ANGE BLOND.
    Ca été,et c'est toujours pour moi : un soleil ardent pour mes coups de blues !
    A vous lire !

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  • OLIVIER EYQUEM as Holy Cow

    OLIVIER EYQUEM as Holy Cow

    03 octobre 2010 à 18:33 |
    Ah, formidable texte, ça se vit, ça se hume à pleins poumons, ça se savoure, c'est beau comme un "vieux" film des années quarante. Mais… première remarque, encore une histoire de gadin (l'effet Itti??) , et, deuxième remarque : pourquoi n'avoir pas cherché à rattraper l'Ange blond? Provoquer votre chute l'aurait peut-être incitée à faire preuve de commisération, qui sait?

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  • christine mercandier

    christine mercandier

    02 octobre 2010 à 01:02 |
    C'est plein de nostalgie et raconté avec l'accent parigot. On ne peut résister au charme...

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