L'énigme du Mondial

Ecrit par Léon-Marc Levy le 15 juin 2010. dans Sports

L'énigme du Mondial

Je rassure d’abord les opposants au foot. Ne quittez pas ce texte, il ne parle pas de foot. Enfin pas directement, je veux dire « taqueutiquement et tequeuniquement » comme dit l’inimitable Didier Deschamps. Même pas de comptes à régler avec Domenech, ça mérite d’être souligné. Non plus avec les joueurs bleus et leurs salaires, leurs nanas, leurs bagnoles, leurs egos.

Non. Ce qui me fait vous causer aujourd’hui est une énigme physique. Je veux dire de physique, de science physique. Plus précisément d’acoustique.

Si vous avez, ne serait-ce qu’une seconde et même par inadvertance, zappé sur une chaine qui retransmet un match, vous ne pouvez pas avoir manqué cette impression soudaine d’avoir un nid de frelons installé dans votre salon. C’est un son nasillard, plutôt grave, permanent, qui accompagne (et domine la plupart du temps) les bruits plus habituels des cris de spectateurs ou les commentaires des journalistes et consultants de la chaine. Vous ne pouvez pas non plus n’en pas savoir l’origine : tout le monde en parle, ça vient des « vuvuzelas », sorte de cornes de brume d’un mètre de long qui doit son nom, semble-t-il, à un mot Zoulou qui signifie « faire du bruit ». Etymologie parfaite sémantiquement : ça en fait !

Ce qui m’intrigue et vous vaut cette chronique est donc, disais-je, un problème de physique acoustique. Si vous écoutez bien le son (il est difficile de faire autrement) vous vous apercevez très vite qu’il est continu pendant toute la durée du reportage. Or, s’agissant d’un instrument à vent apparemment sans réserve d’air (façon biniou), il faut, pour obtenir un son continu, soit que les gens soufflent dedans sans jamais s’interrompre (auquel cas nous aurions cette année la Coupe du monde de football la plus meurtrière de l’histoire), soit qu’ils soient organisés pour que les uns s’arrêtant, les autres reprennent en « tuilage » pour donner l’illusion d’une parfaite continuité. Car, non seulement ça ne s’arrête jamais, mais l’intensité sonore ne varie pas ! Inutile de vous dire que cette hypothèse, et je n’en vois pas d’autre capable de m’expliquer le phénomène, suppose une organisation quasi militaire et une synchronisation professionnelle ! D’autant que, ayant aperçu lors d’un JT madame Rama Yade s’essayer à produire un son avec le truc en question, il faut un souffle de bœuf pour que ça marche (la frêle ministre s’est contentée, quant à elle, de quelque chose qui s’apparentait plus à un vent discrètement mondain).

Imaginez le truc : des milliers de supporters bafanas-bafanas, armés de leurs vuvuzelas, avec une partition écrite chacun leur disant, à la seconde près, quand ils doivent emboucher l’engin et souffler à s’en faire péter la carotide pour que jamais le son ne baisse ou ne cesse ! Ca vaut un coup de chapeau.

J’ai une pensée solidaire pour les malheureux footeux qui ont payé le voyage et les billets de matches pour se faire altérer gravement les tympans. Les « mondials » de foot sont toujours assourdissants. Cette année, c’est assommé. Je veux dire un sommet.

A propos de l'auteur

Léon-Marc Levy

Léon-Marc Levy

 

Modérateur

Professeur agrégé de Lettres Modernes

Maîtrise de philosophie

Directeur du magazine "La Cause Littéraire"

Rédacteur en Chef du "920-Revue.fr"

Animateur de "Thème et Texte"

 

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