Ma Coupe : arrêts sur images

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 juillet 2010. dans Sports

Ma Coupe : arrêts sur images

Une coupe du monde de foot, c’est, normalement,  une tragédie d’ Eschyle : clameurs, stupeurs – sans trop de chuchotements -, honneur ! encore et encore !  Quelques coups – fourrés à la Clytemnestre ; quelques morts, évidemment, sur le sable de l’arène ; un Hector, quelque part, pour nous rappeler qu’on reste chez les humains…, colères de Zeus, trompettes, et au bout, combat à l’antique : roues des chars, ferraillement des armes loyales, regards virils… ; Russell Crowe  dans «  Gladiator »…?

Cette année ? J’hésite, au bout du compte… non – pas Eschyle !  ça c’est  sûr ! Mais… un peu de «  San Antonio « ?  Pas le commissaire!  Berru, en moins drôle… (on l’imagine, quand même, pondant ses commentaires, bavant dans ce drôle de micro, façon – Radio Londres -) ;  un peu de « Clochemerle » aussi. Quelques bonnes pages d’un «  Maigret « ? Pas lui ! Bien sûr ;  sa femme, faisant les courses, peut-être, De ce mois footeux, Queneau et sa Zazie,  auraient sûrement fait quelque chose!… “Vous avez mieux ?”, comme on dit, dans « les chiffres et les lettres », le soir à la T.V….

Mes petits collégiens, le dernier jour de classe, « jouent ». Cette année, c’était: « si c’était un livre, un arbre, un animal… »

Alors, jouons, un peu; si c’était un film, notre coupe du monde ! Il y aurait pas mal à dire !

Lieu du tournage. On l’a peu vue, cette Afrique du Sud, pourtant si hautement symbolique ; mis à part, ses stades, tous plus beaux et chers, les uns que les autres … J’en rapporte les visages extasiés de ces gamins de je ne sais quel « town-ship », alors que passaient, pas vraiment concernés , chacun de son côté, notre Rama, et nos Bleus, bougons… et puis, dans le stade de «Cap town», cette banderole : « make every day, a Mandela, day…», parce qu’il faut bien  rêver un peu …

La lumière. Blanche et froide – c’est l’hiver austral – les pelisses sont de sortie ; c’est souvent la nuit, et le ciel, dans l’hémisphère sud, est à l’inverse du nôtre ; ça nous perturbe un peu, dans tout cet étoilé ! Emmitouflé, sur son banc de touche, notre Thierry national a les yeux, sous son bonnet, d’un Napoléon, méditant la suite de la bataille – avant Eylau, je précise !

Le son . Faut-il vraiment le dire, c’est ce qui restera du film, longtemps après que l’écran soit redevenu noir ! Assez loin, semble-t-il, du sublime accompagnement de « Out of Africa» par John.Barry , le concert des « vuvuzella », marque la coupe 2010. Il y a eu de subtils débats autour du sexe de la chose, et infos et chroniques se sont mobilisées, sur son utilité – un consensus, d’ailleurs, s’est vite dégagé -, Comme en tout ce qui concerne la musique contemporaine – foin de la consonance ! – il est toujours délicat de cerner le genre, et le temps d’accoutumance de nos traditionnelles oreilles, pose problème… J’en connais même certains, qui, persuadés d’avoir subi l’attaque de moults essaims d’abeilles – subtropicales, bien sûr – ont consulté! Et les allergologues, seraient – dit-on-, sortis, grands gagnants, de la coupe!

L’image, à la T.V. J’ai aimé ! Les hautes prises de vue d’altitude – la petite caméra qui glissait, telle une extra-terrestre, dans le ciel des stades , nous assurait que pas un hors-jeu n’allait nous échapper! -, les images ralenties (basculement des corps, visages en sueur, ballon-star, vicelardement flottant), j’ai un faible. On se serait cru dans « Invictus » , de Clint Eastwood ; le rugby, Mandela, et … C. Eastwood, en moins …

Les mouvements, la gestuelle. Retenons, peut-être, ces grands galops d’ Allemands – face à l’Argentine ; on aurait dit – vu d’en haut – ces innombrables gnous, sillonnant leur savane, au moment de la migration !  Ça bougeait ! Enfin !  Pour les nôtres, pas de doute , la grève avait dû déjà commencer ! Oui, c’était, finalement un film pas statique… Manquait, peut-être, parfois, un peu de foot !

Des figurants ! Des milliers ; pas trop de Noirs ; les places sont si chères ! On a même eu une princesse, blonde, avec sa panoplie, et son prince-charmant. Au match Pays-bas / Uruguay, elle levait les pouces en cadence, pour booster les orangés! Les frais de déguisement ont dû chiffrer : chapeautoux bigarrés  – ceux des Hollandais avaient un côté « Directoire » . Emmanuel.Petit, le soir de leur victoire, n’ en pouvait plus ! Vrai que, battre le Brésil, ç’avait sans doute, pour lui, eu un effet-madeleine de Proust – ; couleurs des drapeaux, peintes en inévitables bandes désordonnées, sur tous les morceaux de peau visibles… tout le monde, en Indiens, attendant les youyou de Rintintin! Marques fortes d’un identitarisme, à la sauce bon-enfant ?? J’ai, parfois – comme vous – été traversée de questions existentielles : qui sont ces « supporters », capables de survoler la planète, pour suivre leur équipe ? venus, souvent de pays pauvres . Image d’un développement – mousse du lait, classes moyennes – des pays émergents, notamment .

Tout cela contrastait fortement avec ce fanion de la Mondialisation libérale – du plus mauvais genre – qu’a été notre coupe. Tant du côté de la FIFA, décomplexée, que du train de vie de nos joueurs, entraineur, staff, et j’en passe … Contrats TV, pub, combien aura tel joueur, s’il gagne, s’il perd, primes et le tutti… ? Essayez – vous ne regretterez pas – de faire l’addition, et de la transformer en : « combien de collèges, prêts à fonctionner » ?

Les acteurs ! Pas de film, sans eux. «Y avait pas de bons acteurs, chez nous! », aurait dit mon père. Je retiens, pourtant,  le visage marqué  de Raymond, le soir du drame : c’est tout en noir et blanc ; il a le look – en moins abouti – d’un personnage de Chandler (s’appelait, Raymond, lui aussi ). Je prends, dans  ma besace, Forlan, le cacique des Uruguayens, l’équipe à lui tout seul ; regard de père et de tueur à la fois. J’emporte évidemment, sur fond de musique de Morricone, l’ineffable Maradona, cramponné à ses gri-gri, qui ne marchaient pas…

Les rires . Le genre n’était pas franchement comique, mais – ne vous moquez pas ! – il y eut des rigolades ! Prenez, par exemple, Angela. Elle sautait partout et embrassait tout le monde, lors de la partie, glorieuse, de son équipe – le temps allemand – disait le commentateur ! Pas tout à fait son genre, à cette Angela, pourtant ! Demandez à notre président. On a aussi vu jouer à d’autres sports – toujours, jouissif, pour le sportif de canapé -. C’est ainsi, qu’il y eut du volley (2 gars dans les buts, nous ont montré comment on s’y prenait) ; on a assisté à un moment fort de billard à trois bandes, avec les ricochets d’usage, dans la cage…, projection de 40 mètres, pour ce magnifique but ; un peu de rugby, en prime …

Pleurer, au cinéma ;  s’épancher ; vibrer aux malheurs du « Titanic», avouez que ce n’est pas que pour les midinettes  ! On a été gâtés ! Nos larmes sur «les nôtres», leurs bouderies d’autistes, leur grève, – tiens, nous aussi, en même temps, on a «grévé» pour nos retraites, la République qui s’arrête pour écouter le grand Thierry, le temps de chacun qui s’immobilise – qu’est-ce-qui s’est passé ? -

Je garderai, plutôt – tic, de professeur – le pénalty raté du Ghanéen ; on mesure l’état du bonhomme (et, dans cette Afrique pauvre, aux susceptibilités encore joliment médiévales, ça ne pèse pas rien !). Les tirs au but s’annoncent – fracas des buccins, silence des vuvuzella – personne n’imagine qu’on puisse lui imposer de figurer dans les tireurs ; et bien ! Si ! En premier ! ; il tire ; il passe et je ne veux garder, comme seule image de 2010, que son sourire ; je veux, surtout, l’emporter, pour mes élèves ; quelle belle leçon, ne trouvez-vous pas ? Quel bonheur que le foot, dans ces moments- là !

Enfin, les regrets. Va-t-on au ciné, sans regretter l’autre film, la précédente interprétation  de tel ou tel acteur : « tu trouves pas que Romy, était mieux, dans  les choses de la vie » ?  Alors, oui, bien sûr, j’ai regretté Barthez, le grand Zizou, et même, tenez, une pointe, Leboeuf…

Mais, j’ai aussi écouté parler le gars – Laurent Blanc ;  il dit qu’il veut monter un film où on jouerait au foot ! J’irai le voir !

Epilogue… la nuit des mauvais garçons, mauvais coups, mauvais cartons…. « c’était moche ! », dit ma voisine, en fermant ses volets ; l’air sent le foin, pas encore sec, et la fleur de châtaignier ; « ça nous amène l’orage, le temps change … »

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

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