Raymond Kopa : l’homme et le joueur

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 11 mars 2017. dans La une, Sports

Raymond Kopa : l’homme et le joueur

Pour ceux qui lisent mes chroniques, il faut que je les prévienne du fait que celle-ci ne sera pas tout à fait comme les autres. On a en effet appris récemment le décès de Raymond Kopa (le 3 mars, à l’âge de 85 ans), qui fut l’un des plus grands joueurs de football de tous les temps ; et je suis triste, pour plusieurs raisons. Dans cette chronique, il me faudra évoquer des souvenirs personnels liés à ma préadolescence, en rapport avec cette disparition, qui mêle en moi de la joie et – forcément – une forme de nostalgie et de rapport au temps qui passe… J’avais 9 ans en 1958 – et les « footeux » comprendront à quoi je veux faire allusion ici en marquant cette année-là d’une pierre blanche, faite de gloire, mais aussi d’un certain regret. Il va de soi que je n’oublierai pas d’évoquer qui était l’homme Kopa, et notamment d’où il venait sur le plan familial, ainsi que l’immense footballeur qu’il fut, l’un des plus importants de son époque, dans son grand club (le Stade de Reims, souvent champion de France), en équipe de nationale, mais également en Espagne au sein du grand Real de Madrid.

L’année 1958 fut celle de l’arrivée de la TV dans la pension de famille de mes grands-parents maternels, où j’habitais avec mes parents et ma sœur (l’autre n’étant pas encore née). Il s’agissait d’un poste destiné avant tout aux clients de la pension, qui, pour certains d’entre eux, étaient logés (avec une dizaine de chambres) et pouvaient également prendre leurs repas pour une somme très modique. Ce poste était bien frustre : assez petite, cette « lucarne » (dans la salle de restaurant), pas belle du tout à regarder en tant que telle et n’ayant qu’une seule chaîne, était de plus en noir et blanc… Or, il se trouve que mon père, ainsi que bon nombre de mes camarades de classe et des clients de la pension aimaient beaucoup le football – dont on pouvait regarder (sans avoir à payer de « péages ») de très nombreux matchs à la TV (aussi bien pour le Championnat de France qu’en ce qui concernait les grandes compétitions internationales comme le Championnat d’Europe ou la Coupe du monde). Ce fut justement entre le 8 et le 29 juin 1958 qu’eut lieu, en Suède, la sixième Coupe du monde de football, pendant laquelle l’équipe de France, après avoir failli se qualifier pour la finale, finit 3ème, remportant ainsi l’équivalent d’une médaille de bronze aux Jeux Olympiques. C’était l’époque du futur prodige brésilien Pelé ! Ce fut d’ailleurs contre l’équipe brésilienne que Raymond Kopa et ses compagnons de match(s), Just Fontaine, Roger Piantoni, Jean Vincent, etc., durent s’incliner par 2 buts marqués contre 5.

Pendant cette Coupe du monde, Kopa et ses coéquipiers obtinrent donc bien plus que les honneurs, Fontaine (avant-centre) marquant 13 buts pendant l’ensemble des compétitions – un record inégalé à ce jour et probablement définitivement indépassable ! J’ajoute que, pour la « petite finale » (la 3ème place), cette superbe équipe de France, à ossature rémoise, triompha de la RFA (l’Allemagne de l’Ouest) par le score de 6 buts à 3 ! Le jeu de Raymond Kopa et des grands attaquants français m’amena d’ailleurs à jouer au football en scolaire, puis surtout au niveau du club de ma ville, dans le cadre des « benjamins » (de 9 à 11 ans), soit les plus jeunes, avant les « cadets », les « juniors », ces derniers précédant une qualification pour les équipes d’adultes.

Mais, qui était vraiment Raymond Kopa ? Raymond Kopaszewski naquit le 13 octobre 1931 à Nœux-les-Mines, entre Lens et Béthune, dans le Pas-de-Calais, présentant ainsi sur le plan social une double caractéristique : ses origines polonaises et de tradition ouvrière, puisque faisant partie d’une famille de mineurs ; sur ce point, je signale que ses grands-parents paternels arrivèrent de Pologne en 1919. A la maison, le petit Raymond parlait le polonais avec ses parents (eh oui, c’était un « polak », comme disent les xénophobes !), et il a toujours dit qu’il n’était « pas doué pour l’école ». Dans ces conditions il commença le football dans le club amateur de l’US Nœux-les-Mines. En 1949 (il avait 18 ans), il termina deuxième du concours du jeune footballeur, puis fut repéré par le SCO d’Angers (Angers sporting club de l’Ouest). Il y joua pendant deux saisons avant de partir pour le célèbre Stade de Reims. Ce fut dans ce grand club, duquel il devint l’une des pièces maîtresses entre 1951 et 1956, qu’il remporta de très nombreux trophées au niveau national, avant d’échouer en finale de la Coupe d’Europe contre l’immense Real de Madrid en 1956. A cette date – fait assez exceptionnel à cette époque pour un joueur français –, il y eut justement son transfert dans le club dominant espagnol. Il joua alors pendant trois saisons à Madrid, en remportant notamment trois Coupes d’Europe et deux championnats d’Espagne. Après ces trois années, Kopa prit la décision de revenir dans son club rémois, où il resta jusqu’à la fin de sa carrière en 1968. Pour ce qui concerne l’équipe de France, Raymond Kopa joua 45 matchs et inscrivit – au poste de milieu offensif – 18 buts entre 1952 et 1962. Il participa à deux Coupes du monde : celle de 1954, puis de 1958, si prestigieuse, et à laquelle j’ai déjà fait allusion. Il faut aussi signaler que Kopa fut à six reprises capitaine de notre équipe nationale. Et ce n’est pas tout ! Il reçut la distinction de « Ballon d’or » en 1958 ; il fut le troisième joueur, et le premier parmi les Français à recevoir cette prestigieuse distinction. N’oublions pas aussi qu’on le déclara « meilleur joueur » de la Coupe du monde 1958 !

Je vais ajouter à présent quelques mots à propos du jeu de Raymond Kopa. J’ai parlé tout à l’heure de « milieu offensif », à une époque où les postes des joueurs (les positions) étaient beaucoup plus fixés, moins souples que depuis quelques décennies, surtout depuis la véritable révolution footballistique que lança plus tard le club de l’Ajax d’Amsterdam (les défenseurs n’hésitant pas à se transformer en attaquants et vice-versa). En fait, Kopa, qui n’était donc pas un avant-centre (contrairement à Fontaine), jouait un double rôle au sein du Stade de Reims et de l’équipe de France ou bien au sein du Real de Madrid : contribuer à l’offensive face aux joueurs adverses et surtout distribuer le jeu (un « meneur de jeu », comme le furent Platini ou Zidane) pour ce que l’on appelle aujourd’hui un (ou deux) « attaquants de pointe ». Le nombre de ballons qu’il fournit à Just Fontaine (en particulier) fut considérable, ce qui ne l’empêcha pas de marquer lui-même des buts. De plus, ses capacités de dribbles étaient extraordinaires, un peu à l’image d’un Lionel Messi (le prodige argentin) aujourd’hui. Toutes les images de ces multiples matchs de football en noir et blanc, avec Raymond Kopa, « hantent » encore (et pour toujours) ma mémoire positivement et, sur mon « disque dur cérébral », sont gravées jusqu’à la fin de mes jours, avec peut-être surtout les gestes accomplis (ses dribbles incroyables !) par « Raymond ». Oui, je n’oublierai jamais le meneur de jeu d’un des plus grands clubs hexagonaux (le Stade de Reims), au jeu très collectif, et d’une des équipes de France à la fois les plus attachantes et les plus performantes de toute l’histoire du football de notre pays… RIP « Raymond »… tu resteras indéfiniment dans nos cœurs…

A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

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