Culture

(Best of 2012) LITTERATURE: Le Sermon sur la chute de Rome

Ecrit par Etienne ORSINI le 22 décembre 2012. dans La une, Culture, Littérature

Jérôme Ferrari, Actes Sud, Arles, août 2012, 202 pages

(Best of 2012) LITTERATURE: Le Sermon sur la chute de Rome

De cette Rome-là, ne subsiste pour tout vestige qu’une photo jaunie. L’image date de 1918 et représente les cinq frères et sœurs de Marcel posant avec leur mère dans la cour de l’école du village. Sa vie durant, Marcel méditera sur les mystères de l’existence devant ce cliché pris peu avant sa naissance, et dans lequel il ne percevra qu’un reflet de sa propre absence…

… Quelques décennies plus tard, Matthieu, son petit-fils, se met en tête de fuir Paris, où les caprices du destin l’ont fait naître, pour aller passer au village, chez les parents de son ami Libero, tous ses congés scolaires. Plus tard encore, quand le bar du village se retrouve sans gérant après plusieurs expériences désastreuses, c’est immédiatement que les deux camarades, devenus étudiants en philosophie, délaissent la Sorbonne, Leibniz et Augustin pour proposer avec succès leurs services à la propriétaire de l’établissement.

Sous la sublime dictature du livre

Ecrit par Etty Macaire le 08 décembre 2012. dans La une, Ecrits, Actualité, Culture, Littérature

Sous la sublime dictature du livre

C’était un rêve. Un cauchemar peut-être. Sans sueur froide. Sans tremblement.

Je rêvais d’un pays tombé sous la dictature du livre. Un pays coincé quelque part dans les profondeurs de mon esprit fantaisiste : La République Dictatoriale du Livre.

Dans ce pays curieux, à tous les niveaux, la lecture relève d’un devoir citoyen, d’une obligation béatifiée. Aucun concours ne se dénoue sans l’inévitable phase de compte-rendu de lecture.

Le président dictateur mit sur pieds « une brigade de contrôle de lecture » (Bcl), dont la noble tâche est de veiller à ce que l’obligation de la lecture soit exécutée et effective. Souventes fois, la Bcl se tient sur les routes, arrête les cars… Et malheur au passager qui ne lit pas sur son siège !

La grâce, la loi et le peuple : quels fondements pour la légitimité d'un leader en démocratie ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 décembre 2012. dans La une, France, Politique, Culture, Histoire

A propos du livre de Jean-Claude Monod, Qu’est-ce qu’un chef en démocratie ? Politiques du charisme, Paris, Seuil, 2012.

La grâce, la loi et le peuple : quels fondements pour la légitimité d'un leader en démocratie ?

Un mot est revenu à la mode : le charisme. On l’entend, on l’emploie comme argument électoral, sans trop savoir d’où il vient. Ainsi on opposa, lors de la présidentielle, le « charismatique » Sarkozy à Hollande et sa normalité. Certes, la République a le culte des « grands hommes », qu’elle « panthéonise » en guise de reconnaissance, « idée neuve du charisme, nous dit Monod, déliant celui-ci de son mode héroïque ou monarchique ». Retour aux sources : c’est Max Weber qui a réintroduit la notion, à l’époque contemporaine, dans un ouvrage très général, Wirtschaft und Gesellschaft, économie et société, paru, à titre posthume, dans les années 20. Weber décrit, en effet, « une certaine qualité d’une personnalité individuelle, en vertu de laquelle elle est revêtue d’une aura extraordinaire et douée de pouvoirs surnaturels ou surhumains ». Pour qu’un chef de cette nature apparaisse, il faut, selon Weber, une « ungewöhnliche Situation », une situation extraordinaire, qui suscite chez lui une « vocation » (Berufung), à l’origine d’une « mission » (Sendung), dont l’objet est une « annonce » (Verkundigung). Weber distingue, par conséquent, un tel chef aux « Berufspolitiker ohne Beruf », les politiciens professionnels sans vocation véritable : jeu de mots à partir de l’allemand « Beruf », signifiant aussi bien le métier que ce à quoi on est « appelé », du verbe « rufen ».

Némésis (Nemesis)

Ecrit par Léon-Marc Levy le 01 décembre 2012. dans La une, Culture, Littérature

Philip Roth, trad. USA Marie-Claire Pasquier, Editions Gallimard, septembre 2012, 226 pages, 19,90 €

Némésis (Nemesis)

 

Avec l’autorisation de La Cause Littéraire

 

« Il faut, avec les mots de tout le monde, écrire comme personne ». Colette

 

On ne pourrait mieux épingler l’art éblouissant de Philip Roth que par cette citation. Et en particulier pour donner à ceux qui n’ont pas encore lu Némésis une idée du miracle que produit ce livre : dérouler un récit captivant avec un naturel, une élégance, une authenticité qui sont la marque des seuls grands maîtres.

Tout y est parfait : l’économie et la richesse lexicales, l’organisation serrée et impeccable de la narration, les portraits inoubliables des personnages, le souffle de rage enfin qui emporte tout sur son passage. Presque tranquillement, Philip Roth construit le point d’orgue de son œuvre comme un véritable défi universel.

Jean Faucheur, le silence revisité

Ecrit par Sabine Vaillant le 24 novembre 2012. dans La une, Arts graphiques, Culture

Jean Faucheur, le silence revisité

Sans bruit l’automne accomplit son travail, parant les arbres de leur habit de lumière dans une dernière flamboyance, sur fond de ciel souvent gris. Qu’importe ! Jean Faucheur présente Le Silence, une vingtaine de ses œuvres, dans le cocon de la Galerie MathGoth, au cœur du neuvième arrondissement de Paris.

 

Tout droit sorties de son atelier d’Épinal, après des mois solitaires de travail, loin de l’agitation parisienne et de ses sollicitations, les toiles de Jean Faucheur livrent le fruit de son cheminement artistique et culturel, commencé aux Arts déco – ou Beaux-Arts ?? dans les années 80.

 

 

Le premier livre...

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 novembre 2012. dans La une, Souvenirs, Education, Culture, Notre monde, Littérature

Le premier livre...

Belle recension, la semaine passée, dans Reflets du Temps : Le dernier lapon d’Olivier Truc. Parfums de glace, lumière si particulière à la banquise ; silences bourdonnants des grandes solitudes de début, ou de fin du monde…

« Madeleine », pour moi, d’un coup ! Projetée quelques temps en arrière – enfin, si peu !

Cinq ans, à peine ; cheveux coupés de frais, au bol, grosse frange, à la garçonne (ma mère avait osé sacrifier les boucles longues de sa fille, au nom, inavoué, de quelque féminisme tempêtant en elle). La campagne bourbonnaise ; village perché surplombant les gorges du haut Cher ; brumes assurées dès la Toussaint passée. L’école, en haut du bourg ; deux « maisons d’école » ; celle des petits, et, accolée à la mairie, celle des grands. Je me souviens d’avoir vu passer un curieux équipage, parfois : les « bonnets d’âne » coiffés d’un simulacre de papier, allant lentement de l’une à l’autre école, comme dans l’Ancien Régime, les femmes adultères et autres voleurs, attachés sur les ânes…

Le dernier Lapon

Ecrit par Léon-Marc Levy le 03 novembre 2012. dans La une, Culture, Notre monde, Voyages, Littérature

Olivier Truc, Editions Métailié, roman, septembre 2012, 453 pages, 22 €

Le dernier Lapon

 

AVEC L'AUTORISATION DE « LA CAUSE LITTÉRAIRE »

 

Pour le moins, on peut affirmer que ce livre propose au lecteur un dépaysement radical. Imaginez : nous sommes dans la nuit polaire, en Laponie, au cœur du pays des éleveurs de rennes, par des températures oscillant entre -20 et -30 degrés ! On est plus exactement au moment où le jour va faire sa réapparition, très attendue on l’imagine par les populations locales. Mais cette renaissance se fait chichement, par petites minutes quotidiennes de clarté.

C’est dans ce cadre hostile et fascinant qu’Olivier Truc situe son histoire policière. Car c’est bien d’un roman noir qu’il s’agit. Deux événements en sont à l’origine : la disparition dans un musée local d’un ancien tambour Sami (peuplade indigène de Laponie, Suède du nord) et l’assassinat d’un gardien de rennes, Mattis, également Sami. Dans une Suède du septentrion, encore sujette au mépris raciste de ses populations originelles – il existe même une sorte de parti d’extrême-droite raciste appelé « parti de progrès » – la question se pose d’entrée : forfaits raciaux ?

Un enseignement alternatif : les écoles Steiner Waldorf

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 octobre 2012. dans La une, Education, Culture, Société

Un enseignement alternatif : les écoles Steiner Waldorf

Mon fils est scolarisé dans une école Steiner. Ce fut le choix de ma femme, et je ne m’y suis pas opposé, malgré certaines réticences initiales.

Rudolf Steiner était, en effet, un mystique, membre de la société théosophique – fondée par Blavatsky, la célèbre ésotériste – qu’il quitta pour créer son propre mouvement, plus « chrétien » que celui de Blavatsky : l’anthroposophie. Steiner prétendait avoir accès à des mondes supérieurs, accessibles, disait-il, à tous par la méditation. C’est ainsi qu’il découvrit la lutte entre des êtres de lumières (les anges) avec les forces des ténèbres – les « lucifériens » et les « ahrimaniens » – joyeux mélange de judéo-christianisme et de mazdéisme (Ahriman, en effet, dans la religion mazdéenne, est l’éternel opposant au dieu lumineux, Ahura Mazda). Bref, un syncrétisme qui donna naissance à une « Eglise », nommée la Communauté des Chrétiens.

C’est ce bric à brac spirituel qui fit, un temps, classer l’anthroposophie parmi les sectes. En fait, les doctrines ésotériques de Steiner ne sont pas enseignées aux enfants ; même les enseignants ne les connaissent pas toutes. Aucun endoctrinement ni aucun embrigadement ne retiennent parents ou élèves captifs : chacun est libre de venir et de s’en aller.

La gastro de l'automne : Angot et sa semaine de vacances

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 octobre 2012. dans La une, Actualité, Culture, Littérature

Une semaine de vacances, Christine Angot, Flammarion, 100 pages, 14 €. Avec l'autorisation de « la cause littéraire »

La gastro de l'automne : Angot et sa semaine de vacances

Je viens de lire Une semaine de vacances de la Dame Angot ; cela ne m’a pas pris une semaine, une toute petite pincée d’heures courtes, mais je dois reconnaître qu’une fois démarré ce train, on n’en descend pas ! Quand – enfin – on met le pied à terre, c’est comme à la sortie de ces grands 8 des fêtes foraines : on a mal au cœur ; ça oui ! Sensation des plus agréables, genre gastro de rentrée ! Et, en ce qui me concerne, si j’en sors en plus, secouée, c’est, dans un mélange de déception amère et d’impression de se « faire avoir ». 14 euros pour une prétendue « œuvre de littérature » dont le bénéfice, et littéraire, et psychologique, m’échappe à grands coups d’ailes peu ragoûtantes.

Ça, le must littéraire de la rentrée ? Le presque déjà Goncourt ? Le « meilleur Angot » ? j’en passe, et je passe… Tout le monde en parle : « as-tu lu le Angot ? Non, mais je sais ce que ça raconte ». On peut arrêter là ! Tout est dit. Tête de gondole en vue, rafle massive au rayon rentrée littéraire ; scandale déployé avec la jouissance qu’il faut dans les magazines, surtout ceux où, d’habitude, on ne trouve pas de rubrique littérature. Bravo, l’opération commerciale, tant mieux pour l’éditeur et le compte bancaire de la dame.

Vertiges mortels

Ecrit par Patryck Froissart le 27 octobre 2012. dans La une, Culture, Littérature

(Kill switch), Neal Baer et Jonathan Greene, traduit de l’anglais par Pascal Aubin, MA Editions, Collection Pôle Noir, septembre 2012, 369 pages, 20 €

Vertiges mortels

Il y a thriller et thriller.

Celui-ci a pour originalité le milieu dans lequel il se déroule.

Claire Waters est une jeune psychiatre spécialisée en médecine légale, qui entreprend d’étudier au cas par cas la psychologie des criminels considérés comme malades mentaux.

Le premier sujet qui lui est confié, Todd Quimby, bénéficie d’une mise en liberté conditionnelle et sort du service psychiatrique de la prison peu après leur premier entretien.

A peine libre, Todd disparaît dans la nature, puis devient le suspect principal du meurtre d’une jeune femme blonde ressemblant physiquement à Claire.

La jeune psychiatre, en tandem avec l’inspecteur Nick Lawler, se trouve dès lors lancée dans une hallucinante course contre la montre à la poursuite du présumé meurtrier qui jalonne sa piste de multiples assassinats de femmes blondes aux cheveux courts.

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