Culture

Anatomie des gauches

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 octobre 2012. dans La une, France, Politique, Culture, Histoire

Les gauches françaises, Jacques Julliard, Paris, Flammarion, 2012

Anatomie des gauches

La parution d’un nouveau livre de Jacques Julliard éveille a priori chez moi la méfiance : j’ai trop en mémoire ses habitudes bistrotières sur la chaine LCI, où il devisait avec son compère, Luc Ferry, sur le mouvement des idées, dans le cadre d’une sorte de café philo de médiocre tenue…

Mais, en l’occurrence, nous sommes en présence d’une véritable somme, de facture universitaire, avec notes de bas de pages, bibliographie détaillée, et – chose rare dans les mœurs intellectuelles françaises ! – index. Chaque chapitre est, en outre, accompagné de portraits croisés de personnalités, dont certains ont le trait fulgurant. Ainsi la description de Mendès France comme « une réincarnation des prophètes d’Israël, avec peut-être une préférence pour Jérémie et un recul instinctif à l’égard des compromissions qu’exige la conservation de ce même pouvoir ».

"- Alors ça fait quoi d'être publiée ?"

Ecrit par Christelle Angano le 20 octobre 2012. dans La une, Ecrits, Actualité, Culture

Oui, c’est une bonne question. Au fait, ça fait quoi ?

Plein de sensations qui se bousculent, joie, fierté, trouille aussi, apaisement, certainement.

C’est « impressionnant ». On a réussi à franchir une étape. Comme un rêve qui se concrétise.

De la fierté, un peu quand même aussi. Quelque part, un éditeur a décidé de vous faire confiance et de vous accompagner. Ce n’est pas rien. Parce que, il faut bien le dire, avant qu’il y en ait un qui dise oui, il y en a quelques uns qui ont dit non. Et pas toujours en des termes très respectueux. Mais ça, c’est une autre affaire.

Pour celui-là, qui vous a quand même un peu blessée, c’est un peu comme une revanche. Même si, d’accord, l’esprit revanchard…

Bon, mais quand même !

La tête qui tourne un peu, tant qu’elle ne grossit pas… Il faut bien savourer son plaisir.

La hâte de voir son livre en librairie. L’envie même, un peu saugrenue, de le commander soi-même, à la FNAC ou ailleurs « juste pour voir ». Ben quoi, on peut bien se faire plaisir non !

Zlotykamien un street artist à part

Ecrit par Sabine Vaillant le 20 octobre 2012. dans La une, Arts graphiques, Culture

Ephémères, Galerie MathGoth, 103, rue Saint-Maur, 75011 Paris

Zlotykamien un street artist à part

Après dix ans d’absence, Gérard Zlotykamien sort de l’ombre et présente ses « éphémères » à la Galerie parisienne MathGoth du 13 au 25 octobre. Ce street artiste, dont les œuvres s’éclipsent au fil du temps, surprend son public en les couchant sur des feutres issus de sommiers dépecés et sur des tranches de bois de chênes centenaires.

Cet effet de matière est une évolution de taille pour Zloty. Il n’enlève rien au travail de ce précurseur de l’art éphémère et ne fige pas pour autant son œuvre dans une statique mortifère. Il apporte à ses visages, ses ombres, porteuses de cri, de souffrance, d’espoir ou de vie, un autre éclairage.

En les imprimant dans les profondeurs souples du camaïeux gris des feutres ou dans les cercles de vie d’un chêne, Zloty donne à ses éphémères nés « de la vision des photographies des ombres humaines que le souffle de l’explosion de Hiroshima a jetées sur les murs » une possible  paix sans les priver de leur puissance évocatrice.

Amphores

Ecrit par Luce Caggini le 20 octobre 2012. dans La une, Ecrits, Actualité, Culture, Histoire

Amphores

Terre des hommes au sein des eaux.

La foi t’arrive un jour sur le coin de la figure.

C’est un temps.

L’exil et le reste enfantent un art bricolé de mots en couleurs, de géométries non identifiées.

L’insaisissable saisi par une artiste de la vie qui joue la vie, en somme.

Créé effacé, ce monde à l’envers, image magie, gone with the wind.

Murs détruits, gommage des histoires des familles déchirées. Comme si chacun obéissait à un autre soi-même laissant à nos cœurs effondrés la trace de nos routes suivies ensemble.

Mes parents, laissez-moi vous rencontrer ne serait-ce qu’en rêve pour que le bonheur m’effleure, une fois encore dans un éblouissement de mers et de soleils. De mes parents je ne parlerai jamais assez et jamais assez bien.

Les images inestimables figées de mon père, au milieu de la route entre La Senia et Oran, ses grands bras levés : c’est l’ultime vision que je garde de lui.

"Sciences de l'Educ", on continue ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 octobre 2012. dans France, La une, Education, Politique, Actualité, Culture

Ainsi, les classes sont en ordre de marche ; on doit commencer à bien connaître les petits, leurs travers, leurs fragilités. Les premiers devoirs sur table sont tombés, et – entre 1 et 2 – les conseils de mi trimestre pointent le bout du nez. « Machin, en français, ça donne quoi ? »… D’habitude, c’est le plein moment, où – télé, journaux – déboule le fameux et toujours jeune débat ; celui qui agace les dents, fait rire ou pleurer, c’est selon : Que nous mitonnent cette année, les Sciences de l’Education ? Serpent de mer de toutes discussions – vives – autour des cafetières des salles des profs. Et, généralement – est-ce aussi le froid automnal ? sont dressés, dans le même temps, les premiers bûchers, avec, en guise de Jeanne D’Arc, le plus souvent, un certain Philippe Meirieu ; le tenant du rôle !

Il faut dire que la personnalité ombrageuse du monsieur, ses postures d’électron libre, une tendance – dont la réserve peut passer pour hautaine – à se replier dans le pré carré de l’expert, ne sont pas de nature à construire l’animal complaisamment médiatique, si recherché de nos jours. Chercheur-enseignant (et, oui, il fréquenta les élèves de près, allant jusqu’à se risquer à tâter du public d’un lycée professionnel ! Chapeau, définitivement, P Meirieu ! Tant de donneurs de leçons ne peuvent en dire autant).

Agressions sur les profs

Ecrit par Thierry Ledru le 13 octobre 2012. dans France, La une, Education, Politique, Actualité, Culture

02 octobre 2012

Agressions sur les profs

On ne les compte plus depuis le début de l’année, mais qu’en est-il envers les élèves ?…

Hier, un ancien élève vient me voir en classe. Il est dégoûté, désespéré, déprimé, au fond du trou. Un petit gars, dans une situation familiale très difficile, aucun soutien, non pas parce que les parents ne le souhaitent pas mais parce qu’ils ne peuvent pas, en survie constante, une maladie lourde pour le père, une maman qui gère comme elle peut. Et bien, ce petit gars a reçu cette appréciation sur un devoir d’Anglais : « Qu’est-ce que tu fais au collège, tu viens te chauffer près du radiateur ? »

Au CM2, il a bossé comme un mort de faim, il a progressé toute l’année, il était fier de lui, il avait retrouvé une estime, une envie d’apprendre, ses faiblesses n’étaient plus une condamnation mais une opportunité de se battre, de devenir meilleur. Et là, en un mois de classe, l’image qu’il a de lui, c’est celle d’un « nul ».

Tous les jours, en France, des enfants sont « poignardés » par des professeurs qui n’ont aucune conscience du mal qu’ils font, qui sont incapables de comprendre, de ressentir, de partager, d’avoir la moindre compassion, d’éprouver le moindre amour.

Et les médias vont hurler quand ils seront poignardés.

Qui se pose la question de ce que vivent les enfants ?

Salonique

Ecrit par Marcel Alalof le 13 octobre 2012. dans La une, Souvenirs, Culture, Notre monde, Histoire

Salonique

Je me souviens de mon grand-père, allongé tout habillé dans la pénombre de sa chambre à coucher, les yeux fixés au plafond, à la recherche des images de sa famille disparue, tandis que dans le salon, sa deuxième femme recevait ses amies pour le thé.

Je me souviens, enfant, d’une de ses disputes avec mon père, qui l’avait tenu éloigné de nous pendant des années. De l’avoir croisé à plusieurs reprises, embarrassé, dans la rue, où il m’avait donné un bonbon ou une pièce.

Je me souviens de lui, habituellement si colérique, observant un silence pour moi incompréhensible, devant le neveu de sa femme qui vantait les mérites de l’armée américaine au Vietnam.

Je me souviens de lui, plus tard, dans un hôpital parisien. Il divaguait, me demandant, alors que j’allais partir, si je ne lui avais pas pris quelque chose : sa vie se dérobait.

Je n’ai pas connu la famille de mon grand-père, entière effacée par la guerre, et mes jeunes années se passaient dans ma famille maternelle qui vivait dans le même immeuble que lui, au même étage, en face.

J’appris ensuite que j’avais la stature des frères de mon grand-père, tous très grands pour l’époque et donc très repérables. D’ailleurs, j’ai eu longtemps l’impression d’être le point de mire.

Debussy, "Claude de France"

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 06 octobre 2012. dans La une, Culture, Musique

Debussy,

En août dernier (plus précisément le 22 août), nous avons commémoré le 150ème anniversaire de la naissance de Claude Debussy (à Saint-Germain-en-Laye, non loin de Paris), grand compositeur français, parfois surnommé « Claude de France ». Bien sûr, il est très respecté et apprécié comme musicien, par exemple dans notre pays. Mais, il n’en reste pas moins qu’une partie du grand public, s’intéressant d’assez loin à la musique dite « classique », le considère presque comme un compositeur « difficile ». Et, il est vrai qu’il essaya de se démarquer un peu du postromantisme, et tout particulièrement de l’influence wagnérienne.

On trouve même, dans sa musique, des annonces de la future « modernité » du XXe siècle. Pensons ainsi à certains passages de La Mer, ou à son opéra Pelléas et Mélisande, dont la prosodie (inflexion, ton, accent, etc.) en langue française a fait fuir plus d’un amateur de musique lyrique (je veux parler ici à nouveau du grand public). La tendance globale de « Claude de France » resta pourtant assez largement liée au postromantisme wagnérien, par exemple, notamment au niveau de l’orchestration. On peut même dire qu’il voulut aller au-delà de Wagner, tout en s’appuyant immanquablement sur ce dernier (pour Pelléas et Mélisande avant tout).

La montée des eaux

Ecrit par Christian Massé le 29 septembre 2012. dans Monde, La une, Politique, Culture, Littérature

récit de Charles C. Mann, traduit de l’anglais par Martin Pigeon, éditions Allia, 2009, 63 pages, 3 €

La montée des eaux

Changzhou : une ville du sud de la Chine. Avant le Grand Bond en avant, des flancs de montagnes furent déboisés par des troupes de paysans pour alimenter des fourneaux primitifs destinés à produire de l’acier. Les champs furent empoisonnés. Lors de la Révolution culturelle, des usines de textile proliférèrent, rejetant de grandes quantités de teintures, encres, agents blanchissants et détergents dans les eaux des canaux de Changzhou. On creusa des puits. Les nappes phréatiques baissèrent considérablement. La ville décide de confier la gestion de son eau devenue toute noire, à Veolia.

La Tencin

Ecrit par Patryck Froissart le 29 septembre 2012. dans La une, Culture, Histoire, Littérature

(La scandaleuse baronne du Siècle des Lumières), Daniel Bernard, Editions L’Harmattan, 2012, 196 pages, 19 €

La Tencin

Quel destin! Quel personnage!

Placée au couvent dès l’âge de huit ans par ses parents, Alexandrine de Tencin y découvre, très précocement, le charme qu’exercent sur les hommes et les femmes qui l’approchent sa beauté et sa grâce naturelle, y expérimente et y développe la puissance de son pouvoir de séduction, et s’y imprègne des vertus du libertinage que prônent, dès la fin du XVIIe siècle, les philosophes qui commencent à projeter leurs lumières sur le siècle qui suit.

Elle en usera et en abusera pour effectuer une ascension fulgurante, de sa lointaine province jusqu’à la chambre, jusqu’au lit même du dauphin, le futur Louis XV, pour ouvrir un premier salon parisien, puis un second qui sera considéré, durant plusieurs décades, comme un des cercles littéraires des plus brillants de l’époque, fréquenté, tenez-vous bien, par Crébillon, Fontenelle, Marivaux, Montesquieu, qui constituent ce qu’elle appelle sans vergogne sa « Ménagerie »…

En multipliant les liaisons amoureuses, les intrigues politiques et les montages financiers douteux, Alexandrine placera ses amants et les membres de sa famille à de prestigieuses positions, fera d’un de ses frères, par exemple, rien de moins qu’un cardinal, fera élire Marivaux à l’Académie, entretiendra une relation épistolaire amicale avec le pape en personne, et finira, en se livrant à d’habiles manigances plus ou moins malhonnêtes, par hériter de la baronnie de l’île de Ré.

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