Arts graphiques

Serge Poliakoff, le magicien de la Place Rouge

Ecrit par Luce Caggini le 27 mars 2015. dans Ecrits, La une, Arts graphiques

Serge Poliakoff, le magicien de la Place Rouge

Il faut entrer sans l’ombre d’une quelconque intention parmi les œuvres de Poliakoff au Palais de Tokyo. On ne découvre pas Poliakoff, pas à pas. Embrasser la première enfilade, puis la seconde enfilade puis la troisième enfilade au pas de course en évitant soigneusement le bla-bla de circonstance sur le grand écran de la salle obscure. Après avoir reçu un jet de Poliakoff en pleine face, inhalé toutes les particules encore grouillantes, gesticulantes, les manipulations intensivement provocatrices de ces portions de peintures, repartir sur la pointe des pieds, poser une tiare sur sa tête, un châle sur ses épaules au même titre que les traces des empreintes du Russe, parce qu’il a scellé son sol natal dans le « même tableau sans cesse recommencé » avec un point d’ancrage sur chaque toile, une tache de naissance. Ainsi vous aurez traversé une datcha en folie.

Une escale pour vous repoudrer le nez. Revenir en arrière pas à pas le nez par terre et refaire le même tour. Par générosité vous serez admis à percevoir un accord purifié des basses d’une guitare menant le bal entre des poupées russes ayant un passé de saintes. Mugissements d’un artiste en flammes, éclaté en pans enluminés intégrant trois punitives dures périodes induites par la très Sainte Russie, des misérables bolcheviques, et mille chants de toute la nomenklatura musicalement imaginée par un exilé russe.

Dans chacune de ses œuvres le dédoublement de la terre de naissance et de la terre d’accueil. Éblouir avec de l’argent, de l’or ou des diamants, endormir avec des fleurs de pavot, lunatique, euphorique, éperdu musical, viralement merveilleusement géométriquement Poliakoff.

Reflets des arts : Clair obscur chez Antonello da Messina

Ecrit par Luce Caggini le 14 mars 2015. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : Clair obscur chez Antonello da Messina

Puissance et froideur exacerbée jusqu’à l’incandescence de l’Annunciata chez Antonello da Messina.

Assidûment attirée par cette œuvre de marbre sans union charnelle avec le ciel, je reviens voir la jeune fille qui surgit brutalement de l’obscurité d’un rêve de peintre s’insinuant dans le lieu improbable du rêve, passé le dernier froissement d’aile de l’ange. Paradoxe d’une vierge dépouillée de la tradition, délogée sans pouvoir la réinsérer dans son temps car son temps est notre temps. Le temps éclipsé de l’art, de la chapelle, du monastère.

Je suis là, ma curiosité ranimée rebondissante à scruter pour savoir si je ne serais pas passée à côté de la partie cachée du voile de cette Vierge. Le temps de deux battements de cils à sonder la partie qui appartient à la terre et celle qui appartient au ciel, parce que le ciel est absent avec cet équilibre parfait d’un édifice monumental alors que c’est une très petite toile.

Perdre la raison et croire en Dieu avec elle ?

Perdre la vanité du mot Réalité ?

That is the real meaning of perdre les pédales.

Antonello da Messina témoigne d’une vision sans être entraîné par l’émotion du rêve de Marie. Un jeu de distance entre le peintre et son modèle. C’est un peintre du futur dans le monde chrétien car celle qui est « annoncée » dans la grandeur des bleus et la voracité du noir, cette Marie pourrait aussi être Meryem l’arabe : مريم, la madone devant la Kaaba. Rien de ce portrait pourrait faire penser à une jeune juive entravée dans la tradition chez les Juifs du Moyen Orient.

La vierge de l’Annonciation ne soumet pas à l’attendrissement.

Je suis face à une jeune fille consciente, qui a repris ses esprits après avoir été fortement saisie de stupéfaction. Regard presque dénué d’expression, un embarras qui pourrait poursuivre le spectateur. Observation plus que sérénité dans le regard de cette jeune paysanne au grand voile sans ornementation, style haute couture.

C’est une œuvre échappée comme son sujet, comme l’ange.

Il y a un vent du Nord dans cette toile qui se serait payé un petit tour en Sicile comme si son créateur avait simplement agi par esprit de partage avec les peintres Flamands qu’il regardait.

Visage où une indécision se murmure aux coins de la bouche. Au premier abord, je n’en avais pas ressenti toute la force, puis c’est là le lien où entre le doute : une bouche fermée, un son qui ne peut sortir. Soudain le choc d’un ancrage dans les rites artistiques du vingtième siècle donnant à son œuvre une lumière bien plus magnétique que celle des résonances d’une grande explication d’un savant savantissime. Étonnante peinture de la Renaissance qu’un Picasso aurait pu signer. Le triangle du voile, les triangles, le monde en trois dimensions ; à l’envers l’image affiche la forme ovoïde du visage. Le ton bleu sombre du voile, le ton miel du visage : la terre et la naissance avec la minuscule tache de rouge sang au centre du tableau.

Reflets des Arts Le Serenade-Cabaret à Vienne

Ecrit par Valérie Debieux le 14 février 2015. dans La une, Arts graphiques

entretien avec Philippe Devaux et Diana Amichaud

Reflets des Arts Le Serenade-Cabaret à Vienne

« […] Prêt à une immersion dans l’ambiance des années folles ? Mlle Eglantine et sa troupe vous accueillent chaque soir.

[…] Au Serenade-Cabaret, les ambiances changent d’heure en heure selon les envies et les inspirations de chacun. Le décor tout d’abord : historique, feutré, des éclairages prêts à briller sans vous éblouir – vous le serez suffisamment avec les artistes du Serenade. Quant aux tables et aux chaises, elles vous rappelleront étrangement celles des brasseries parisiennes.

[…] Midi et soir, deux salles pour vous restaurer sont à votre disposition, dont une mezzanine qui permettra aux plus curieux d’observer secrètement les va-et-vient de la rue. Des plats français vous sont proposés, entièrement faits maison et de saison. Pour les accompagner, rien de tel qu’une sélection des terroirs vinicoles français les plus importants. Le soir, les rideaux s’ouvrent : autre salle, autre ambiance, les artistes de Serenade entrent sur scène, baroque et sulfureux sont les deux mots d’ordre ! Durant la soirée, pour les petites et grandes faims, de succulents en-cas sont au menu.

[…] Enfin, si vous souhaitez danser, attendez de voir les fins de soirée au Serenade Cabaret ! »

Diana Amichaud

 

Valérie Debieux : Vous avez quitté la France pour déposer vos valises à Vienne. Comment est né ce projet ?

 

Philippe Devaux & Diana Amichaud : Une idée, un soir… tôt le matin ; la volonté de réunir tous les Arts majeurs en une même place ; la rencontre inopinée d’un lieu singulier ; la concrétisation du projet.

 

V.D. Les liens artistiques entre l’Autriche et la France sont multiples. Est-ce que les choix de votre Cabaret vont s’orienter principalement vers l’Art Français ?

 

Ph.D. & D.A. Il est clair que nous représentons un coin de terre français à Vienne en proposant une cuisine française. Néanmoins, Vienne étant un carrefour, c’est ce même carrefour culturel que nous avons souhaité créer au sein de Serenade Cabaret. Ainsi, des artistes de tous pays viennent se produire ; il est possible d’assister autant à du flamenco, que du folk russe, du tango argentin, des lieder d’Opéra, de la pop irlandaise, des pièces de théâtre, des expositions de peinture.

 

V.D. « La troupe de Mlle Eglantine vous indique le chemin, par ces marches surplombant de grands rideaux rouges, derrière lesquels le divertissement devient art, où l’art devient divertissement. Les frontières sont abolies, les époques se croisent, ruptures de tonalités et styles musicaux différents ; vous êtes plongés dans un décor mystérieux, mouvant dans ses couleurs, évoluant au gré des artistes ». Mais qui est donc cette « Mlle Eglantine » ?

 

Ph.D. & D.A. Pour nous Mlle Eglantine rappelle Montmartre et l’histoire de ses cabarets.

Reflets des Arts - Le testament des ombres

Ecrit par Didier Bazy le 03 janvier 2015. dans La une, Arts graphiques, Littérature

Séraphin & Lauprêtre, Hermann, 2013, 350 pages, 45 €

Reflets des Arts - Le testament des ombres

Le testament des ombres est avant tout une belle réussite d’éditeur. Un beau livre d’art, magnifiquement illustré, original et singulier. Il plaira aux amateurs d’énigmes et servira sans doute des développements savants à venir.

De quoi s’agit-il ? D’un tableau. Un tableau de 1528 : « La Cène »de Pieter Coeck d’Alost, 1528, huile sur bois, 65 cm x 80 cm, collection privée. Peintre flamand, Pieter Coecke Van Aelst est le maître de Brueghel l’Ancien (et son beau-père). Mais il représente plus que cela. A l’instar de nombre d’artistes de son temps, il a un penchant discret pour les nouvelles idées de la Réforme et de son chantre Luther.

Luther, on le sait, désigne Rome et ses dérives fastueuses et politiciennes comme la nouvelle Babylone et préconise un retour aux textes bibliques originaux. Plus de sincérité et de vérité ne peuvent qu’emporter l’adhésion des artistes authentiques. Mais il convient d’être discret sous peine d’être brûlé vif comme hérétique ou sorcier…

De nouveaux mondes commencent à être colonisés de façon systématique. Découvertes et cartographies à l’orée du XVI° siècle en témoignent. C’est le début de la « mondialisation » moderne. C’est le commencement de la grande « territorialisation ».

Les esprits éclairés doivent avancer masqués. Ce sera une devise de Descartes : larvatus prodeo. Pieter Coecke, comme d’autres, avancera masqué et exprimera son art au travers de codes qui restent encore à comprendre. Ce fut l’entreprise de deux amateurs passionnés il y a quelque temps.

Cette Cène de 1528 de Pieter Coecke est une propriété privée qui fut exposée à la Pinacothèque. Les passionnés mèneront l’enquête qui débouchera sur une belle édition chez Hermann.

Les « Cènes » représentent généralement les douze apôtres. Ici, la cène n’est pas la cène classique. C’est une véritable mise en scène de la réforme protestante… Et les apôtres ne sont pas les apôtres même s’ils en arborent quelques aspects pour la forme : la Réforme contre la forme.

Quelques pistes qui n’épuisent ni l’enquête ni les analyses de demain.

Douze apôtres pour treize personnages. Sans s’arrêter sur la symbolique du chiffre 13, qui est de trop ? Le « serviteur » d’extrême gauche ? Nenni prétendent les « passionnés ». Le porteur d’eau, bon sang mais c’est bien sûr, Paul ! C’est d’ailleurs « confirmé » par le système infra-rouge OSIRIS… « Coecke a crayonné le nom même de Paul le long de la jambe droite du serviteur » (p.91).

Reflets des arts : A Fabre, un dimanche…

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 novembre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : A Fabre, un dimanche…

Fond de l’air un peu – si peu – frais. On sent les entrées maritimes qu’on annonce pour demain. Le champ de Mars entre Comédie et Corum a des airs provinciaux d’antan ; on s’attendrait à voir débouler le gamin au cerceau d’un vieux Renoir. Fabre et sa marelle noire et blanche de Buren ; sa façade altière, de l’ancien collège des Jésuites, invitant à entrer… toujours du pas nonchalant des promenades : Class. Realy. On n’est pas au Louvre, mais à Fabre-Montpellier ; le musée qui nous parle avec l’accent d’ici.
Dimanche au musée, quand la plage prend ses quartiers de saison froide. Premier dimanche du mois, collections permanentes gratuites. On en entend qui en douteraient presque… Bien sûr, il y a des familles, des gamins accrochés au jeu de piste que propose le service éducatif du musée aux petiots (ce jour, ils galopent en comptant, 1,2,3,4… quelque chose sur les tableaux. Quoi ? Je n’en saurais rien). Émouvant, ça et là, des gens, qui, d’habitude fréquentent peu les expos. Ils avancent, presque intimidés, s’approchent tout près des œuvres, disent à voix basse que l’arbre, là, est vraiment ressemblant. Quelque chose en eux, bouge – on l’entendrait, pour ainsi dire. Fierté chaude d’un service public ainsi rendu.
Tout voir ou revoir. Gratuit ! donc… ça n’a jamais été mon genre, ni ma démarche. La furie des musées traversés à grands pas – tout ! non, mais ! on paye ! disait en Italie, il y a trop longtemps, une mienne amie… Il en est de bâtis ainsi ; une fringale qui fait qu’oublier un tableau, ou un peintre, équivaut à une diète insupportable. Un rapport avec l’art qui sonne « avoir ». Il en est d'autres – j’en suis – qui préfèreront toujours un bout d’« être », même tronqué, et veulent au contraire trier, mesurer pas et admiration ; là, je m’arrête ; là, pas. Aux Offices de Florence, ce fut – un été où nous amenions notre gamin haut comme trois petites pommes, communier avec du beau – « L'annonciation » de Léonard qu’on avait retenue ; la beauté même, l’art même, et si longtemps après, j’entends  les extases du petit blondinet, autour notamment d’un lys dans un coin du tableau, et son silence – on pourrait dire – rassasié. Le livre et le tableau n’ont pas quitté – semble t-il, tant d’années après – les étagères du musicien en  techno – transe, qui a vogué si loin des Offices depuis.
Ce soir d’automne, mâtiné de reste d’été (comme un banquet qu’on ne quitterait pas), ce sont deux ou trois belles salles du bas, que j’ai visitées, comme on irait voir une vieille parente qu’on connaît, qu’on aime et qu’on néglige un brin. Peinture Hollandaise et Flamande de Fabre. Des bijoux. Articulés autour de quelques Rubens, et de tant de scènes de genre qui sentent leur époque. Jan Steen, ses tableaux de cabinet (tant d’arrêts pour moi, devant son « comme les vieux chantent, les enfants piaillent »), Teniers le jeune (et ses florales soufflantes, aurait dit mon petit). Ce jour, j’ai calé ma promenade, suis passée, repassée devant un belge du 17ème siècle : Adam Van der Meulen : Halte de cavaliers. 1690. Scène de paysage ? de quotidien ? Arrêt sur image de la fin de ce  siècle lointain, à la parole assourdie redevenue audible, quelque part en Flandre. C’est l’arrivée du soir ; bleuté de l’horizon, assourdissement des bruits. Une maison – auberge sans doute. Elle est un peu dans l’ombre. La cheminée crachote un peu de fumée ; cuisine sans doute plus que froid ; les grands ormeaux se balançant au vent du soir sont encore verts, quoiqu’en regardant de plus près, ça tourne. Bruits confus ; quelques cavaliers – seigneurs plus que soldats – font halte. On entend leurs rires, mezzo voce ; là-bas, plus loin dans la plaine, d’autres ont déjà repris la route. Chevaux hennissant, cri hélé de celui-là…  paysans pliant sous quelque faix, passent au large. Un grand arbre dénudé – tempêtes de l’hiver précédent – est resté sur pied, donnant par sa mort même, la mesure du vivant de la scène. Nuages de fin du jour, venu de la Mer du Nord proche. Pourraient bien amener la pluie demain…

Reflets des Arts Titanic, l’exposition : de vrais objets, de vraies histoires

Ecrit par Valérie Debieux le 18 octobre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts Titanic, l’exposition : de vrais objets, de vraies histoires

« C’est lors d’un dîner, un soir de juillet 1907, que J. Bruce Ismay, directeur général de la White Star Line et Lord James Pirrie, président de la vénérable société de construction navale de Belfast, Harland & Wolff, ont lancé l’idée de construire trois paquebots somptueux pour percer sur le marché lucratif des traversées transatlantiques. Ces trois paquebots, le Titanic, l’Olympic et plus tard le Britannic, seraient les plus grands objets mobiles jamais construits par l’homme ».

 

Palexpo Genève, Halle 7, 10 octobre 2014

Les visiteurs y sont attendus pour participer au voyage inaugural du « RMS Titanic » de Southampton à New York, comme en avril 1912. Grâce à la magie des décors, ils revivent les différentes étapes de cette légendaire traversée depuis la construction du paquebot jusqu’à la découverte de son épave au fond de l’océan.

L’exposition commence par la présentation des vingt-sept Suisses qui, à l’instar de la majorité des autres passagers, avaient décidé de réaliser ce voyage pour accomplir leur rêve : vivre la grande aventure en Amérique !

Cette exposition évoque le destin particulier de plusieurs personnes ayant embarqué, la peur au ventre : d’aucuns estimaient en effet que donner un nom comme le Titanic à un bateau était un défi lancé à Dieu ; d’autres encore regrettaient d’avoir dû monter à bord du Titanic, sous la contrainte d’événements extérieurs.

Paroxysme de cette angoisse, l’exposition cite le cas de cette passagère qui dormait le jour et passait la nuit sur le pont, pour s’assurer qu’aucun événement fâcheux ne vienne entraver le voyage du paquebot ; son mari, accompagné de leur fillette, constatera avec horreur le bien-fondé de son appréhension.

Contrepoids de ces frayeurs, les données techniques du bateau : sa conception dite « insubmersible » avec sa coque constituée d’immenses plaques fixées les unes aux autres par plus de trois millions de rivets en fer forgé, ses cales étanches, ses machines répondant aux derniers progrès réalisés dans le domaine de l’ingénierie maritime, ses moteurs alternatifs avec ses trois hélices et, last but not least, une technologie haut de gamme, enrobée d’une opulence et d’une richesse sans égal.

Les visiteurs seront séduits par le souci d’authenticité de l’atmosphère à bord, par la qualité de la reproduction des chambres, des couloirs et du célèbre « Grand Escalier ». Il sera frappé également par ce détail original, portant sur la différence de température entre les salles, notamment dans celle consacrée à la collision du Titanic avec l’iceberg : une immense plaque de glace en forme d’iceberg a été installée pour que le visiteur puisse se rendre compte, au toucher, de la sensation vécue par les victimes au moment du drame.

Reflets des arts : « Piss Christ » Fora or not ? Andres Serrano le contesté, Musée Fesch, Ajaccio

Ecrit par Luce Caggini le 11 octobre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : « Piss Christ » Fora or not ? Andres Serrano le contesté, Musée Fesch, Ajaccio

Ma première ingénuité devant ce tableau est de dire voilà une compréhension momentanée du Christ uni à notre idée centenaire de la mue rarement géniale d’un monarque unanimement moqué par des Romains et des Juifs romanisé par les nomades du Dieu de la Judée avec son sang marinant dans le fluide des rues d’Ajaccio à l’époque du Christ.

En réfléchissant bien je mûris dans l’urine de ma mémoire, réalisant mon odeur de naissance. Même un « Piss Christ » ressemble à une magnifique image de montage réalisée avec un bocal et un moqueur puritain dont la raillerie fut faite de modalité et de croisement sonnant le glas des rameurs des redites orantesques dans la musique des vierges et des dorures d’un siècle soumis à la mode des premières réalisations rageuses et modernes du monde soi-disant chrétien.

Dans un grand rire de condensation de ma part odoriférant agité de modération ingénue je valide le terme d’œuvre d’art du montage béatifiant de Andres Serrano unissant le mourant romain à la musique des sous de la Galerie Lambert.

C’est alors qu’il m’a semblé que celui même dont le nom suscite toujours autant de tapage avait le devoir de nous faire savoir comment il prenait la chose et nous le droit de connaître sa position dans cette affaire.

Sans trop savoir où me tourner je place un micro dans un coin du musée :

– Ma chère jeune monarchiste anarchiste communiste mélenchoniste analogiste et journaliste de la Rue Fesch à Ajaccio, même un orateur de ma condition modeste en art ne fait aucune différence entre peinture et argumentation de conservateur de fluides humains fussent-ils romains juifs ou musulmans car non seulement la vie est un combat de rires et de rues mais un conduit de sang et d’urine uniquement réanimés par moi dans les semailles de Dieu vu et connu partout où l’art est entendu comme la voie de chacun à conduire le mot via les marges et les mondes de l’art par des ondes réelles ou pas dans une réalité naissant et mortelle. Alors un aromate de choix est un aromate soit d’urine soit de sang mais jamais de souillure.

Et, ma chère étourdie ne te satisfais pas de ta modique et innocente vision de peintre immolant les uns et les autres uniquement parce que tu te vois comme la reine d’Ajaccio mais comme le ventre du pilier central de la prochaine réalisation artistique de ta nouvelle ré-édition du réalisme de la pensée pendante et rendue possible grâce à la montée en flèche de ton amour pour la Méditerranée.

Fenx : souvenirs de vacances

Ecrit par Sabine Vaillant le 04 octobre 2014. dans La une, Arts graphiques

Fenx, Souvenirs de vacances, Galerie Mathgoth, 34, rue Hélène Brion, 75013 Paris

Fenx : souvenirs de vacances

Jusqu’au 4 octobre, le 34 rue Hélène Brion à Paris conserve précieusement les Souvenirs de vacancesde Fenx. L’espace de la galerie Mathgoth scande ainsi le temps : en mois avec lesMemories Fade ;en jours avec la série des Belle horizonto ;et en heures avec celle des Finistère.

Au fil des mois et du tirage, l’impression lithographique sur aluminium traduit l’idée de « disparition-apparition » avec d’un côté la disparition voulue et contrôlée du dessin grâce aux acides et de l’autre l’apparition d’un texte.

Sous l’effet du soleil, les jours s’inscrivent sur le corps offert de la baigneuse des toiles Belle horizontode Fenx. La peau chaque jour plus brune donne à voir un jeu de lumière au travers d’une calligraphie éphémère. Endless Summermet un point d’orgueaux vacances. Tandis que dans un sourire Elisa From FB livre à sa manière la calligraphie de son corps et du décor.

Pour sa série Finistère, Fenx a dessiné le relief immuable d’une terre toute de rochers glissant sans fin dans l’eau de la mer. Seules les couleurs du ciel, de la terre et de la mer fluctuent au gré des heures. Au final, les deux aplats horizontaux de couleur du ciel et de la terre de chacune des toiles sont transposés à la verticale sur une toile 145x210 cm traversée par le relief de la terre dans tous ses états de couleurs créant Penn Ar Bed.

Enfin, les lithographies Think of you, rehaussées à la main par Fenx, invitent dans l’intimité des souvenirs de l’artiste. Leur ligne claire empruntée à l’univers de la bande-dessinée raconte ses influences.

Nostalgique des vacances ou pas, entrez dans le monde des Souvenirs de vacances de l’artiste en songeant au cycle de la vie.

Reflets des arts : Viallat ? Non merci !

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : Viallat ? Non merci !

Expo – la grande, l’estivale – à Montpellier. Au Musée Fabre, celui que j’aime « tout le temps » et même un peu davantage… ce Fabre cornaqué avec maestria et brio par un Michel Hilaire, que pas une seule de mes nombreuses chroniques-expos sur Reflets n’a  critiqué, mais au contraire, tellement admiré. Il y a des lieux de culture et les gens qui vont avec, qui en font ce qu’ils sont : Fabre est au plus haut ; Hilaire y est pour – presque – tout.

Alors, d’où est venue, en 2014, cette idée de « remplir » l’été avec Claude Viallat… (une expo de mi-année, moins ambitieuse, n’aurait-elle suffi ?). L’art hyper contemporain, pour drainer tout ce peuple mélangé des grandes expos de Fabre ? Un pari ? Une envie ? Un défi ; sans doute. Qui n’a pas, cependant – à ce qu’on entend, ou lit – rempli son office. Viallat et sa rétrospective, cela ne correspondait pas – probablement – au consensuel qu’il faut pour ce genre d’évènement.

J’en viens, il y a quelques heures dans le doré de cet été de septembre de Montpellier. Peu de foule ; ce silence si particulier au musée… j’y allais en confiance – une découverte, à Fabre, est toujours gagnante… sauf, que là !!!

Est-ce ma compagne de visite ? qui dès le début se désespérait : « 9 euros !! quand même ! » ; ou, quelque chose de sec et quasi sans âme au long des salles blanches, sans l’habituelle mise en scène qui accompagne souvent toutes les grandes expos… vous l’aurez compris : Viallat, moi ? Non !

Je me suis sentie un peu « abandonnée », guettant un ressenti qui décidément ne passait pas facilement au vert. On vous met presque sèchement – ou, librement ? – devant les « œuvres » ; à elles de vous parler, de vous faire un signe, de vous happer. Baste ! Pour moi, rien ! L’orgasme est remis à plus tard, ou, j’en ai peur, à autre chose… Vous hésitez ? Vous pataugez ? Vous n’y comprenez goutte ? Un livret, fourni en littérature plus qu’en images, vous est pourtant remis (c’est à mon avis trop austère, et moins efficace que les autres moyens muséographiques) ; buchez ! C’est pourtant nécessaire – des cours particuliers pour préparer ? car Viallat, ça ne va pas de soi !

Certes, les immenses toiles qui habillent les cours intérieures et les plus hautes salles du musée – c’est impressionnant, et ça parle d’entrée pour ce créateur du mouvement « supports surfaces »… mais après… divaguer de salle en salle pour saluer le « motif Viallat » (allons !! Ce haricot, cette crotte colorée, me disait une amie peintre) tantôt sur un parapluie, sur des bouts de bois épars, sur ces fameuses bâches militaires – pas cher, le matériel ! Ah ! Reconnaissons, tout de même, un pincement au cœur, une Madeleine semi-proustienne, quand on tombe sur « la toile de tente », la même, je vous dis, avec ses emplacements-piquets, et les bajoues des fenêtres, que  celle des vacances à l’Ile de Rê de mon enfance… bon ! On ne peut, à côté,  qu'être interrogé par cette toile - « sans titre 1966 » - ( tonalités bleu / orange sur fond de toile de jute ? de sac à patates ?)  Regardez mieux, en bas, une tâche marronnasse n'en finit pas avec les hypothèses : de thé ? de café noir ? Et de voir l'artiste et sa tasse débordant d'un coup de colère ? de déprime ? un soir de panne... de haricot, peut-être... Viallat nous dirait que le motif – qui n'en est pas un, n'est là que pour le reste ! Mais où est donc ce reste ? Question existentielle.  Tout ça, décliné en couleurs diverses – le mauve et le vert, luttant contre de francs rouges, mais que je n’ai jamais ressenties comme éclaboussantes ou chauffantes… la couleur en peinture, et ses effets magiques, c’est par où ? bavantes, à souhait – ça, oui - et dégoulinantes de ci de là, puisque ce motif qu’on retrouve, « trop partout » auraient dit mes anciens élèves, vient d’une expérience d’éponge laissée dans de l’eau de javel – par mégarde – une nuit entière, dont on imagine facilement le résultat… jusqu'à nous transporter ? Pour moi, c'est non !

Reflets des Arts Beaux Arts : Edgar Degas

Ecrit par Johann Lefebvre le 30 août 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts Beaux Arts : Edgar Degas

Vous pourrez lire, dans certaines synthèses de l’histoire de l’art, ou dans des papiers signés par d’ignorants journalistes, et même chez certains critiques abusés, que Degas est un impressionniste. S’il participe bien, très activement, aux expositions des impressionnistes (Salon des Refusés par exemple), en organisant même certaines, c’est avant tout pour une posture si évidente d’avant-garde et pour ce qu’il partage avec eux vis-à-vis des institutions, une méfiance à l’égard des salons et sélections officiels, académiques. Mais plus important : techniquement parlant, il ne peut sérieusement pas y être rattaché, pour de nombreuses raisons de méthode mais surtout parce que son œuvre, au grand dam des tentatives catégorielles des historiens de l’art, est soutenue à la fois par l’étude intensive, le Dessin, et par une extraction du réel pour jeter celui-ci – « manière de voir la forme » et j’ajoute manière d’être, sans objets – dans des traits accentués vers l’infini du possible. Infini : pas fini, telle la vigueur de la Vie. Un mouvement continu, permanent, perpétuel…

Sur ce point, Degas avait une terrible réaction : souvent, quand il voyait ses propres œuvres chez des amis ou en exposition, il voulait les reprendre pour les continuer, les modifier, les retoucher… Ernest Rouart dit : « Quand il retrouvait une œuvre de lui, plus ou moins ancienne, il avait toujours envie de la remettre sur le chevalet et de la remanier. C’est ainsi que, revoyant constamment chez mon père un délicieux pastel que celui-ci avait acquis et qu’il aimait beaucoup, Degas fut pris de son habituel et impérieux besoin de retoucher le tableau. Il y revenait sans cesse et, de guerre lasse, mon père finit par lui laisser emporter l’objet. On ne le revit jamais » (1). Petite digression, en écho : Degas est un grand collectionneur, autre effusion et recherche du temps perdu, comme son père, son grand-père ; achats et dons, œuvres de Pissaro, Gauguin, Manet, Caillebote, des maîtres, Ingres, Gavarni, Sisley, Géricault, Delacroix (une bonne douzaine de tableaux, plus de cent vingt dessins…), Daumier, Corot, des estampes japonaises, des gravures diverses et très variées. Bref, il habite un musée.

C’est au sortir du baccalauréat, après avoir rapidement abandonné des études de droit, qu’il entame, à 20 ans, d’inlassables exercices de dessin en copiant les œuvres des maîtres, au Cabinet des Estampes ou au Louvre. Pour améliorer son geste et son regard, il fait appel aux enseignements de Barrias, puis se rend de nombreuses fois en Italie, où une partie de sa famille réside, pour y découvrir, au plus près, les trésors picturaux que les merveilleuses Ecoles italiennes ont produits.

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