Arts graphiques

Reflets des arts : Viallat ? Non merci !

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : Viallat ? Non merci !

Expo – la grande, l’estivale – à Montpellier. Au Musée Fabre, celui que j’aime « tout le temps » et même un peu davantage… ce Fabre cornaqué avec maestria et brio par un Michel Hilaire, que pas une seule de mes nombreuses chroniques-expos sur Reflets n’a  critiqué, mais au contraire, tellement admiré. Il y a des lieux de culture et les gens qui vont avec, qui en font ce qu’ils sont : Fabre est au plus haut ; Hilaire y est pour – presque – tout.

Alors, d’où est venue, en 2014, cette idée de « remplir » l’été avec Claude Viallat… (une expo de mi-année, moins ambitieuse, n’aurait-elle suffi ?). L’art hyper contemporain, pour drainer tout ce peuple mélangé des grandes expos de Fabre ? Un pari ? Une envie ? Un défi ; sans doute. Qui n’a pas, cependant – à ce qu’on entend, ou lit – rempli son office. Viallat et sa rétrospective, cela ne correspondait pas – probablement – au consensuel qu’il faut pour ce genre d’évènement.

J’en viens, il y a quelques heures dans le doré de cet été de septembre de Montpellier. Peu de foule ; ce silence si particulier au musée… j’y allais en confiance – une découverte, à Fabre, est toujours gagnante… sauf, que là !!!

Est-ce ma compagne de visite ? qui dès le début se désespérait : « 9 euros !! quand même ! » ; ou, quelque chose de sec et quasi sans âme au long des salles blanches, sans l’habituelle mise en scène qui accompagne souvent toutes les grandes expos… vous l’aurez compris : Viallat, moi ? Non !

Je me suis sentie un peu « abandonnée », guettant un ressenti qui décidément ne passait pas facilement au vert. On vous met presque sèchement – ou, librement ? – devant les « œuvres » ; à elles de vous parler, de vous faire un signe, de vous happer. Baste ! Pour moi, rien ! L’orgasme est remis à plus tard, ou, j’en ai peur, à autre chose… Vous hésitez ? Vous pataugez ? Vous n’y comprenez goutte ? Un livret, fourni en littérature plus qu’en images, vous est pourtant remis (c’est à mon avis trop austère, et moins efficace que les autres moyens muséographiques) ; buchez ! C’est pourtant nécessaire – des cours particuliers pour préparer ? car Viallat, ça ne va pas de soi !

Certes, les immenses toiles qui habillent les cours intérieures et les plus hautes salles du musée – c’est impressionnant, et ça parle d’entrée pour ce créateur du mouvement « supports surfaces »… mais après… divaguer de salle en salle pour saluer le « motif Viallat » (allons !! Ce haricot, cette crotte colorée, me disait une amie peintre) tantôt sur un parapluie, sur des bouts de bois épars, sur ces fameuses bâches militaires – pas cher, le matériel ! Ah ! Reconnaissons, tout de même, un pincement au cœur, une Madeleine semi-proustienne, quand on tombe sur « la toile de tente », la même, je vous dis, avec ses emplacements-piquets, et les bajoues des fenêtres, que  celle des vacances à l’Ile de Rê de mon enfance… bon ! On ne peut, à côté,  qu'être interrogé par cette toile - « sans titre 1966 » - ( tonalités bleu / orange sur fond de toile de jute ? de sac à patates ?)  Regardez mieux, en bas, une tâche marronnasse n'en finit pas avec les hypothèses : de thé ? de café noir ? Et de voir l'artiste et sa tasse débordant d'un coup de colère ? de déprime ? un soir de panne... de haricot, peut-être... Viallat nous dirait que le motif – qui n'en est pas un, n'est là que pour le reste ! Mais où est donc ce reste ? Question existentielle.  Tout ça, décliné en couleurs diverses – le mauve et le vert, luttant contre de francs rouges, mais que je n’ai jamais ressenties comme éclaboussantes ou chauffantes… la couleur en peinture, et ses effets magiques, c’est par où ? bavantes, à souhait – ça, oui - et dégoulinantes de ci de là, puisque ce motif qu’on retrouve, « trop partout » auraient dit mes anciens élèves, vient d’une expérience d’éponge laissée dans de l’eau de javel – par mégarde – une nuit entière, dont on imagine facilement le résultat… jusqu'à nous transporter ? Pour moi, c'est non !

Reflets des Arts Beaux Arts : Edgar Degas

Ecrit par Johann Lefebvre le 30 août 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts Beaux Arts : Edgar Degas

Vous pourrez lire, dans certaines synthèses de l’histoire de l’art, ou dans des papiers signés par d’ignorants journalistes, et même chez certains critiques abusés, que Degas est un impressionniste. S’il participe bien, très activement, aux expositions des impressionnistes (Salon des Refusés par exemple), en organisant même certaines, c’est avant tout pour une posture si évidente d’avant-garde et pour ce qu’il partage avec eux vis-à-vis des institutions, une méfiance à l’égard des salons et sélections officiels, académiques. Mais plus important : techniquement parlant, il ne peut sérieusement pas y être rattaché, pour de nombreuses raisons de méthode mais surtout parce que son œuvre, au grand dam des tentatives catégorielles des historiens de l’art, est soutenue à la fois par l’étude intensive, le Dessin, et par une extraction du réel pour jeter celui-ci – « manière de voir la forme » et j’ajoute manière d’être, sans objets – dans des traits accentués vers l’infini du possible. Infini : pas fini, telle la vigueur de la Vie. Un mouvement continu, permanent, perpétuel…

Sur ce point, Degas avait une terrible réaction : souvent, quand il voyait ses propres œuvres chez des amis ou en exposition, il voulait les reprendre pour les continuer, les modifier, les retoucher… Ernest Rouart dit : « Quand il retrouvait une œuvre de lui, plus ou moins ancienne, il avait toujours envie de la remettre sur le chevalet et de la remanier. C’est ainsi que, revoyant constamment chez mon père un délicieux pastel que celui-ci avait acquis et qu’il aimait beaucoup, Degas fut pris de son habituel et impérieux besoin de retoucher le tableau. Il y revenait sans cesse et, de guerre lasse, mon père finit par lui laisser emporter l’objet. On ne le revit jamais » (1). Petite digression, en écho : Degas est un grand collectionneur, autre effusion et recherche du temps perdu, comme son père, son grand-père ; achats et dons, œuvres de Pissaro, Gauguin, Manet, Caillebote, des maîtres, Ingres, Gavarni, Sisley, Géricault, Delacroix (une bonne douzaine de tableaux, plus de cent vingt dessins…), Daumier, Corot, des estampes japonaises, des gravures diverses et très variées. Bref, il habite un musée.

C’est au sortir du baccalauréat, après avoir rapidement abandonné des études de droit, qu’il entame, à 20 ans, d’inlassables exercices de dessin en copiant les œuvres des maîtres, au Cabinet des Estampes ou au Louvre. Pour améliorer son geste et son regard, il fait appel aux enseignements de Barrias, puis se rend de nombreuses fois en Italie, où une partie de sa famille réside, pour y découvrir, au plus près, les trésors picturaux que les merveilleuses Ecoles italiennes ont produits.

Au sommet de la médiocrité et de la trahison…

Ecrit par Mélisande le 23 août 2014. dans La une, Arts graphiques, Société

Au sommet de la médiocrité et de la trahison…

En ce mois de juillet où le Dieu ami des êtres a posé un décret météorologique sévère : « grisaille pour tous pour cause de tristesse infinie des cieux », il y a une forme de boue qui déferle, avez-vous remarqué ? Elle torche gaillardement l’été de ses effluves guerrières et grossières, diablement offensives car l’objectif est de salir, de noyer dans la noirceur la dignité ineffable des êtres et de tous ceux qui en ce monde, et dans ceux d’à côté, sont animés de vie brillante, de vie fière, d’une vie tendre qui luit, diamant obstiné dans la nuit obscure de notre quotidien… Et ce noir-là, au contraire de la blancheur, n’est pas le Noir du peintre Soulages ! Non, lui c’est le noir de l’Egypte, « kemit », celui de l’alchimie, son noir est un soir qui donne naissance à la lumière par la transfiguration… Soulages, incompris par ces messieurs, qui ont voix éternelle au chapitre, dans cette classe intellectuelle où tous ne semblent réussir qu’une chose : la consanguinité infertile et nauséabonde par la sodomie consensuelle, comme l’est toujours le désir putride et secret d’être aimé pour soi et non pour l’autre. Cet Autre, celui qui brille en nous dans le grenier de la maison assiégée, c’est le grand détaché, le pourvoyeur de joies grandioses, celui qui nourrit nos poussées de fièvre intenses et brèves comme l’Amour… Cette redondance narcissique et stérile pue évidemment, elle n’intéresse personne et surtout pas les enfants… Car tout ce qui est récupération de la gratuité de l’amour pour engraisser l’ego est amené à être détruit dans un éclat de rire diluvien, même si aujourd’hui il est périlleux de rire, de moquer les vaniteux, les pédants, les tricheurs et récupérateurs, sûrs de leur droit comme morpions accrochés aux poils du cul. C’est Molière qu’on assassine, mais aussi Kundera, et tous les Grands Silencieux, planqués dans leurs rétributions en tant que membres précaires mais anoblis de la classe intellectuelle supérieure.

Et pendant ce temps, des icebergs dévalent dans l’océan comme la verticalité effondrée en l’homme. Avez-vous vu cette jeune Anglaise, en Espagne, 18 ans, pratiquant 24 fellations en public pour quelques copas. Du fond de son vide abyssal, de l’inconsistance absolue de ses parents sans doute, d’une coupure tragique avec l’énergie claire d’un humain réel, représentant symbolique et de la mère femme, et du père homme, elle s’avilit et détruit l’honneur absolu d’être vivant sur cette terre, en tant que créature divine. C’est un cri, une vomissure triste auxquels se prêtent quelques membres du sexe masculin, tout aussi vides, pour dire : « Je ne suis pas » ! Les femmes passent parfois exclusivement par le sexualisé, elles s’avilissent pour être, et cela devrait questionner nos beaux penseurs s’ils sortaient de leur propre contemplation. Le phallus comme dieu tout- puissant, auquel elles pompent un peu d’énergie ontologique ! Ce vide abyssal qui détruit la dignité en l’homme, me rend triste et j’aime que la météo exprime ce que je ressens. Que mes propos ne soient pas ingérés digérés et recrachés par quelques spécialistes, exclusifs usagers de la Parole… Il est urgent de ranimer la lumière en l’homme.

Reflets des Arts Bibliographie subjective

Ecrit par Johann Lefebvre le 23 août 2014. dans La une, Arts graphiques, Littérature

Reflets des Arts Bibliographie subjective

Les écrits sur l’art et les artistes sont fort nombreux et constituent une source précieuse pour la compréhension de cette activité spécifiquement humaine et de ceux qui la pratiquent, depuis les traités d’esthétique jusqu’aux biographies d’artistes, en passant par les critiques. Le choix d’ouvrages que je vous propose est un parcours de lectures, le mien, qui peut être pris comme une piste vers d’autres découvertes puisqu’il fait des carrefours avec les chemins esthétiques de chacun. Il n’y a donc pas d’oublis dans cette liste forcément non exhaustive, juste des évocations. J’invite nos lecteurs à porter en commentaires du présent article les ouvrages sur l’art qui à leurs yeux méritent d’être lus.

PHILOSOPHES. L’esthétique, branche bien ramifiée de la philosophie, dont l’objet est le beau, que celui-ci soit abordé par son essence ou par sa perception, a été le sujet de dissertation de penseurs de tous les temps. Bien que d’origine grecque (αίσθησιs), le mot « esthétique », en tant que philosophie de l’art ou science du beau, est un terme récent inventé par Alexander Gottlieb Baumgarten dans son « Meditationes philosophicae de nonnullis ad poema pertinentibus » (Méditations philosophiques sur quelques aspects de l’essence du poème, 1755), qu’il reprend et développe dans « Æsthetica », où il approfondit l’idée d’une science de la connaissance sensible, à tel point que théoriquement et historiquement cet essai est une réforme de la Poétique aristotélicienne. Voici quelques repères :

PLATON : « Le Banquet », « Hippias majeur », « Phèdre », « Ion »

ARISTOTE : « La Poétique »

VOLTAIRE : l’article « Beau » dans son « Dictionnaire Philosophique Portatif » (1764)

Emmanuel KANT : « Observations sur le sentiment du beau et du sublime » (1764)

Georg Wilhelm Friedrich HEGEL : « Esthétique (leçons) » (1818-1829)

Arthur SCHOPENHAUER : « Le monde comme volonté et comme représentation » (1819)

Friedrich NIETZSCHE : « La Naissance de la tragédie » (1872), « Le Cas Wagner » (1888)

Nos voisins, ces inconnus : la famille Klemm

Ecrit par Sabine Aussenac le 16 août 2014. dans La une, Arts graphiques

Nos voisins, ces inconnus : la famille Klemm

À quelques encablures de la France, superbement ignorés par un certain obscurantisme franco-français et même par les lumières d’expositions récentes, notre voisine outre-rhénane recèle de véritables trésors artistiques…

Qui connaît, par exemple, la remarquable famille Klemm ?

En premier, je demande le père : Fritz Klemm, né le 14 août 1902 à Mannheim, mort le 17 mai 1990 à Karlsruhe, était un peintre reconnu, maintes fois primé, non seulement par la Croix du Mérite, mais dans d’innombrables expositions :

http://de.wikipedia.org/wiki/Fritz_Klemm#Preise_und_Ehrungen

Professeur à l’académie des Beaux-Arts de Karlsruhe, il s’est notamment distingué par une technique très maîtrisée de la peinture « Caparol », permettant une plasticité remarquable de la texture et une « patte » très assurée. L’exposition de la galerie Baumgarten, en 1996, avait ainsi repris dans son catalogue les œuvres premières de l’artiste, mais aussi ses derniers « murs », représentant les établis du peintre, dont les monochromies ne sont pas sans rappeler les « noirs » de Soulage…

http://www.bildkunst.uni-freiburg.de/bildkunst/AUSSTELL/GALERIEN/BAUMGART/aktbild.htm

« Je suis le matériau de base sur lequel je travaille », affirmait l’artiste, qui a aussi résumé son œuvre dans une interview conduite par Gert Reising en 1989 : « Mon réalisme non seulement me fonde, mais je le considère comme ma vision du monde. Là, je suis plutôt proche de Menzel ou de Pissaro. Cependant, l’essentiel n’est pas d’avoir un style. Mon réalisme se rapproche de la pensée de Schopenhauer : ancré dans la clarté, sec dans la réalisation, lapidaire dans la formule : vous savez comme il est pour moi difficile de faire ceci avec une légèreté enfantine ».

Une césure très nette se fera sentir lors de l’abandon de la chaire professionnelle de l’artiste, qui travaillera non plus dans les locaux de l’académie de peinture, mais dans un modeste atelier donnant sur un paysage urbain. Il peindra dès lors une sorte de monochromie thématique autour du « mur », exprimant l’environnement bétonné qui l’entoure sous une incroyable richesse de traits et de lignes géométriques.

https://www.zeitkunstverlag.de/wp-content/uploads/wpsc/downloadables/kuenstler-2007-03-077-klemm-fritz.pdf

« arts de l'été » : Une photographie solaire

Ecrit par Yasmina Mahdi le 12 juillet 2014. dans La une, Arts graphiques

« arts de l'été » : Une photographie solaire

« … le sol était non pas brûlé, flétri, convulsé, comme d’ordinaire en Grèce, mais blanchi et tordu, tels jadis, sans doute, les membres déchiquetés, figés dans la mort, des victimes du massacre, laissés là à pourrir et à nourrir de leur sang, sous le soleil impitoyable, les racines des oliviers sauvages qui, de leurs serres de vautour, s’accrochent au flanc abrupt de la montagne » (Le Colosse de Maroussi, Henri Miller)

Des noms de lieux ensoleillés
Pour ce sommaire spécial consacré à l’été, des images multiples viennent à nous, de cette saison tant chantée, poétisée, représentée à la lyre de tous les arts ; le point culminant se situant au solstice – le jour le plus long de l’année et la nuit la plus courte. Là où brûlent les feux de joie de la Saint-Jean, où comme dans un grand carnaval de flammes les couples défilent, se séparent, les enfants exultent de bonheur à l’idée de cette période de vacances.
Il y a bien sûr le chef-d’œuvre de Nicolas Poussin, intitulé L’été (1600-1604), où l’allégorie biblique de Ruth et de Booz le dispute au rite des fenaisons, ainsi que toute une variété de grands et petits maîtres autour de cette saison des moissons et des amours, des magies païennes des dieux de la terre et des plantes, de fleurs des champs et de jeunes gens rieurs au sommet des bottes de foin.
Mais c’est autour d’une œuvre spécifique de la photographie contemporaine que notre attention va se porter, et que nous qualifierons librement de photographie solaire. Un pan de l’histoire du monde nous est ainsi offert à travers des moments, des scènes éclairées le plus souvent par une lumière estivale, crue. Nous pensons à ce sujet aux travaux d’un grand photographe américain, Lee Friedlander, né le 14 juillet 1934 à Aberdeen, aux États-Unis, qui a reçu en 2005 le prix international de la Fondation Hasselblad. L’artiste capte essentiellement un kaléidoscope de fragments de la vie qui l’entoure, ce qui donne naissance à une myriade d’instants et de signes intimes du quotidien américain, au cœur d’un périple inspiré qui l’a conduit également sur le continent européen. La plupart des clichés de Lee Friedlander portent uniquement des noms de lieux, sans autre explication, et une date. C’est à la fois vague, abstrait – ce moment suspendu de l’instant déclic – et précis – un abrégé de la vision parfois grand angle, au sens rigoureux du terme : un vade-mecum de voyage.

Reflets des Arts La Révolution Française & les Arts

Ecrit par Johann Lefebvre le 28 juin 2014. dans La une, Arts graphiques, Littérature

Reflets des Arts La Révolution Française & les Arts

Avant la Révolution, il y avait en France six académies, toutes sises à Paris : l’Académie française, fondée par Richelieu en 1635 ; l’Académie de peinture et sculpture, invention de Mazarin en 1648 ; l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1664) & l’Académie des sciences (1666), fondées par Colbert ; puis l’Académie de musique, fondée la même année ; enfin l’Académie d’architecture, en 1671.

La courte période durant laquelle la Révolution Française modifie profondément le paysage socio-politique du pays, de 1789 à 1799, voit la révocation des institutions d’Ancien Régime et l’introduction du principe d’égalité entre les citoyens. Aussi, les Salons, seulement ouverts jusqu’à présent aux membres des Académies royales et à certains artistes disposant de privilèges, sont dorénavant accessibles à tous les artistes, les systèmes très hiérarchisés qui structuraient les Académies sont démantelés : désormais tous les artistes ont une chance d’intégrer les expositions et les instituts, et d’une certaine façon, par le mécénat et les ventes de leurs œuvres, multiplient les occasions de pénétrer davantage la bourgeoisie.

Il en est de même pour le théâtre, la musique, l’opéra, puisque seuls deux lieux disposent, sous l’ancien régime, du privilège de présenter librement des pièces au public. Il s’agit de l’Opéra et de la Comédie Française. Toutes les autres scènes payent tribut aux deux premières. Lever cette dépendance devient une exigence révolutionnaire qui est portée par La Harpe le 24 août 1790 à l’Assemblée nationale sous forme de pétition dans laquelle il est demandé qu’on puisse « jouer tout et partout ». Cette requête, favorablement accueillie par les députés, est à l’origine d’une commission dont le rapport (Rabaut-Saint-Étienne, Chapelier, Target) est rendu en séance du 13 janvier 1791 pour aboutir au vote d’un décret dont l’article 1er est formulé ainsi : « Tout citoyen pourra élever un théâtre public, et y faire représenter des pièces de tous les genres, en faisant, préalablement à l’établissement de son théâtre, sa déclaration à la municipalité du lieu » (1). C’est aussi pour les mêmes raisons que les Salons de peinture et de sculpture sont ouverts à tous les artistes. Ce qui permet d’accélérer l’apparition de nouveaux styles et mouvements. Bertrand Barère plaide en juillet 1791 : « L’égalité des droits qui fait la base de la Constitution a permis à tout citoyen d’exposer sa pensée ; cette égalité légale doit permettre à tout artiste d’exposer son ouvrage : son tableau, c’est sa pensée ; son exposition publique, c’est sa permission d’imprimer ».

Reflets des arts : DiptyQ JACE

Ecrit par Sabine Vaillant le 31 mai 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : DiptyQ JACE

Sous influence Gouzous, la galerie Mathgoth pétille d’humour et de poésie. Avec DiptyQ, Jace dessine les faces cachées de la lettre Q, du 16 mai au 28 juin 2014.

Fraîchement débarqués de l’île de La Réunion, ces petits êtres jaunes, familiers de la planète, jouent ici leur partition avec brio. Leurs mille et une facéties en Q majeur, aérosol sur plaque d’aluminium, ont passé l’épreuve du feu et brillent maintenant dans la transparence du glacis des couleurs.

Si sa silhouette graphique épurée, répétée à l’infini, participe de sa notoriété, l’accessoire fait le Gouzou. De personnage neutre, asexué, il accède au rang de sujet. Avec lui, Jace aborde la société de consommation, l’environnement, le social, la politique, l’amour et tutti quanti…

L’artiste interpelle sans jamais donner de titre à ses œuvres.

Le Gouzou joue aussi acrylique sur soie, en live ou avec son avatar robot. Il puise sa force dans la couleur, l’épure, la suggestion et la matière soie.

Yeux bandés, la vie du Gouzou est suspendue à la planète par un fil, le tout sur toile de lin au fond vert amande… à voir et à revoir pour le plaisir de la méditation.

Jace offre Le Gouzou dans tous ses états à Paris et avec lui, une certaine joie de vie.

 

JACE- DiptyQ

Galerie Mathgoth

34, rue Hélène Brion, 75013 Paris

Reflets des Arts : Arts florentins du XVe siècle Florence et le Quattrocento

Ecrit par Johann Lefebvre le 24 mai 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts : Arts florentins du XVe siècle Florence et le Quattrocento

Bien qu’il soit entendu que la Renaissance constitue l’époque charnière entre l’époque médiévale, ou Moyen Âge, et l’époque dite moderne, il demeure difficile d’en préciser le pourtour. Les contemporains de cette époque, les observateurs avertis, les intellectuels et artistes, ont conscience qu’ils sont témoins et acteurs d’un renversement de modèles et valeurs, que le monde, spatialement, géographiquement, est bien plus vaste qu’il était pensé et observé jusqu’à présent, et qu’il est enfin possible de dégager les événements passés des conceptions théologiques acquises depuis la fondation de l’église chrétienne et la fin de la pax romana. Aussi, l’Histoire prend son indépendance fondamentale vis-à-vis de la perspective en trois temps (Création, Messie, Jugement Dernier) qui avait dominé la pensée médiévale, et dégage la pensée antique, et fondatrice, d’une opacité entretenue par la « barbarie gothique », comme l’écrit Raphaël (1).

C’est en Italie que le terme de Renaissance (il Rinascimento) apparaît sous la plume de Giorgio Vasari, artiste polymorphe, en 1550, dans « Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes », ouvrage précieux du point de vue historiographique puisque considéré comme l’un des écrits fondateurs de l’histoire de l’Art où sont classées, hiérarchisées, donc structurées selon une ligne temporelle inédite, des biographies d’artistes des trois arts du dessin : sculpture, architecture et peinture (2). Que la Renaissance voie le jour en Italie s’explique d’abord naturellement par le fait que ses sol et sous-sol renferment un grand nombre de vestiges antiques, autant de trésors qui sont la source d’une nouvelle inspiration esthétique, même si, d’une certaine façon, jamais les œuvres antiques, grecques et latines, n’ont cessé d’être étudiées, surtout au sein des ordres religieux, dans les monastères. Nous n’avons pas ici vocation à débattre des découpes temporelles, selon qu’elles sont franches ou liées par des essaims d’événements (découverte du continent américain, invention de l’imprimerie, etc.), mais il est aujourd’hui assuré que la notion idéaliste du sens de l’Histoire ne peut être soutenue sérieusement, d’autant qu’il faut naturellement différencier la Renaissance artistique, telle qu’elle était entendue par Vasari, de la Renaissance en tant que période historique, notion du XIXe siècle, définie par Ampère ou Burckhardt et qui est âprement débattue de nos jours.

Sarthou, le bonheur d’une découverte…

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 mai 2014. dans La une, Arts graphiques

Sarthou, le bonheur d’une découverte…

Bonheur de vivre de ci, de plus en plus là, dans un bouillon de culture. Montpellier et son inégalable musée Fabre affiche ce printemps une « petite » expo qui vaut les grandes : l’univers orangé de Maurice Elie Sarthou,1911-1999, un de ceux qui comptent dans la peinture contemporaine – abstraite, si l’on veut… pas totalement, pourtant. Ce peintre originaire d’ici – berceau des plus grands – ayant côtoyé un Picasso ou un Soulages, dont l’œuvre est admirée aux quatre coins du monde, depuis ces années d’après-guerre aux sons et couleurs de liberté. Ce Sarthou, je ne connaissais pas, ou si peu !

Je ne sais pas, vous, mais c’est quelque chose que je ne vis pas comme un handicap honteux pour Bobos-savants de FB – « oh, quand même !! ». Cela me donne, au contraire, une envie, une forme d’acuité aiguisée, un appétit, pour tout dire – chouette ! J’ignore tout ! En avant…

Sarthou – l’homme avait une superbe prestance, une classe – un peu comme Soulages – qui donne regret de ne l’avoir connu ; un recul sur son œuvre, une intelligence qui le tenait à l’abri de tous les « melons » de la création… « il part du principe que le peintre est seul devant son œuvre et il s’efforce de n’être pas sensible aux avis qu’on formule à son égard. Quant à l’opinion esthétique de ses confrères, il pense qu’il la connaît d’avance… » (Maurice Toesca).

Comme Soulages, cet autre hôte majeur de Fabre, il nous dit Paris, les hauteurs sauvages du Massif Central, et Sète, où son jardin, organisé comme un tableau, dominait Thau et la mer, des hauteurs du Puy Saint Clair, avec un œil sur le cimetière marin, où il repose aujourd’hui. Tout ça, c’est la lumière, les couleurs flamboyantes du Languedoc partagé entre pins, rochers et eau, la mer et tous les étangs et marais… « il ne s’exprime… » dit Jean Cassou, que « par couleur et par rythmes ». L’expo est une ballade du « par ici, par tous les temps, ou vents ». Couvrez-vous ! Le ciel change si vite !

La mer – des bleus à faire pâlir le bleu-orange d’Eluard ; des bougés, des éclaboussements, tels que le vertige vous en prendrait, comme sur un bateau. Les gens – « les remmailleuses de filets de Sète »… lumières bleutées et ombres des filets et des chignons. Bêtes d’à-côté – série des taureaux de Camargue, dont on entend le piétinement sourd ; minéral des carrières blanches du pays marseillais, ou ocres du Lubéron. Les paysages de Provence en Cévennes, jusqu’à nos étangs du pays de Palavas, qu’on observe avec la curiosité du photographe amateur qu’on est tous : – tiens, celui de Maguelone ! Mais à quelle heure ? (c’est gagné pour le peintre ; on est dans son tableau !). Et puis, le vent ; peindre le Mistral dans les arbres et en sentir d’entrée le piquant sur les joues ; se poser devant ces Lavis noir et blanc, beuglant comme tout un hiver, « Mistrals » où le fouetté des branches, le sifflement du vent, est tellement là, qu’on se retient de remonter l’écharpe sur le cou ! Un bonheur si particulier, ce rythme des peintures…

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