Arts graphiques

Reflets des arts : A Fabre, un dimanche…

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 novembre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : A Fabre, un dimanche…

Fond de l’air un peu – si peu – frais. On sent les entrées maritimes qu’on annonce pour demain. Le champ de Mars entre Comédie et Corum a des airs provinciaux d’antan ; on s’attendrait à voir débouler le gamin au cerceau d’un vieux Renoir. Fabre et sa marelle noire et blanche de Buren ; sa façade altière, de l’ancien collège des Jésuites, invitant à entrer… toujours du pas nonchalant des promenades : Class. Realy. On n’est pas au Louvre, mais à Fabre-Montpellier ; le musée qui nous parle avec l’accent d’ici.
Dimanche au musée, quand la plage prend ses quartiers de saison froide. Premier dimanche du mois, collections permanentes gratuites. On en entend qui en douteraient presque… Bien sûr, il y a des familles, des gamins accrochés au jeu de piste que propose le service éducatif du musée aux petiots (ce jour, ils galopent en comptant, 1,2,3,4… quelque chose sur les tableaux. Quoi ? Je n’en saurais rien). Émouvant, ça et là, des gens, qui, d’habitude fréquentent peu les expos. Ils avancent, presque intimidés, s’approchent tout près des œuvres, disent à voix basse que l’arbre, là, est vraiment ressemblant. Quelque chose en eux, bouge – on l’entendrait, pour ainsi dire. Fierté chaude d’un service public ainsi rendu.
Tout voir ou revoir. Gratuit ! donc… ça n’a jamais été mon genre, ni ma démarche. La furie des musées traversés à grands pas – tout ! non, mais ! on paye ! disait en Italie, il y a trop longtemps, une mienne amie… Il en est de bâtis ainsi ; une fringale qui fait qu’oublier un tableau, ou un peintre, équivaut à une diète insupportable. Un rapport avec l’art qui sonne « avoir ». Il en est d'autres – j’en suis – qui préfèreront toujours un bout d’« être », même tronqué, et veulent au contraire trier, mesurer pas et admiration ; là, je m’arrête ; là, pas. Aux Offices de Florence, ce fut – un été où nous amenions notre gamin haut comme trois petites pommes, communier avec du beau – « L'annonciation » de Léonard qu’on avait retenue ; la beauté même, l’art même, et si longtemps après, j’entends  les extases du petit blondinet, autour notamment d’un lys dans un coin du tableau, et son silence – on pourrait dire – rassasié. Le livre et le tableau n’ont pas quitté – semble t-il, tant d’années après – les étagères du musicien en  techno – transe, qui a vogué si loin des Offices depuis.
Ce soir d’automne, mâtiné de reste d’été (comme un banquet qu’on ne quitterait pas), ce sont deux ou trois belles salles du bas, que j’ai visitées, comme on irait voir une vieille parente qu’on connaît, qu’on aime et qu’on néglige un brin. Peinture Hollandaise et Flamande de Fabre. Des bijoux. Articulés autour de quelques Rubens, et de tant de scènes de genre qui sentent leur époque. Jan Steen, ses tableaux de cabinet (tant d’arrêts pour moi, devant son « comme les vieux chantent, les enfants piaillent »), Teniers le jeune (et ses florales soufflantes, aurait dit mon petit). Ce jour, j’ai calé ma promenade, suis passée, repassée devant un belge du 17ème siècle : Adam Van der Meulen : Halte de cavaliers. 1690. Scène de paysage ? de quotidien ? Arrêt sur image de la fin de ce  siècle lointain, à la parole assourdie redevenue audible, quelque part en Flandre. C’est l’arrivée du soir ; bleuté de l’horizon, assourdissement des bruits. Une maison – auberge sans doute. Elle est un peu dans l’ombre. La cheminée crachote un peu de fumée ; cuisine sans doute plus que froid ; les grands ormeaux se balançant au vent du soir sont encore verts, quoiqu’en regardant de plus près, ça tourne. Bruits confus ; quelques cavaliers – seigneurs plus que soldats – font halte. On entend leurs rires, mezzo voce ; là-bas, plus loin dans la plaine, d’autres ont déjà repris la route. Chevaux hennissant, cri hélé de celui-là…  paysans pliant sous quelque faix, passent au large. Un grand arbre dénudé – tempêtes de l’hiver précédent – est resté sur pied, donnant par sa mort même, la mesure du vivant de la scène. Nuages de fin du jour, venu de la Mer du Nord proche. Pourraient bien amener la pluie demain…

Reflets des Arts Titanic, l’exposition : de vrais objets, de vraies histoires

Ecrit par Valérie Debieux le 18 octobre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts Titanic, l’exposition : de vrais objets, de vraies histoires

« C’est lors d’un dîner, un soir de juillet 1907, que J. Bruce Ismay, directeur général de la White Star Line et Lord James Pirrie, président de la vénérable société de construction navale de Belfast, Harland & Wolff, ont lancé l’idée de construire trois paquebots somptueux pour percer sur le marché lucratif des traversées transatlantiques. Ces trois paquebots, le Titanic, l’Olympic et plus tard le Britannic, seraient les plus grands objets mobiles jamais construits par l’homme ».

 

Palexpo Genève, Halle 7, 10 octobre 2014

Les visiteurs y sont attendus pour participer au voyage inaugural du « RMS Titanic » de Southampton à New York, comme en avril 1912. Grâce à la magie des décors, ils revivent les différentes étapes de cette légendaire traversée depuis la construction du paquebot jusqu’à la découverte de son épave au fond de l’océan.

L’exposition commence par la présentation des vingt-sept Suisses qui, à l’instar de la majorité des autres passagers, avaient décidé de réaliser ce voyage pour accomplir leur rêve : vivre la grande aventure en Amérique !

Cette exposition évoque le destin particulier de plusieurs personnes ayant embarqué, la peur au ventre : d’aucuns estimaient en effet que donner un nom comme le Titanic à un bateau était un défi lancé à Dieu ; d’autres encore regrettaient d’avoir dû monter à bord du Titanic, sous la contrainte d’événements extérieurs.

Paroxysme de cette angoisse, l’exposition cite le cas de cette passagère qui dormait le jour et passait la nuit sur le pont, pour s’assurer qu’aucun événement fâcheux ne vienne entraver le voyage du paquebot ; son mari, accompagné de leur fillette, constatera avec horreur le bien-fondé de son appréhension.

Contrepoids de ces frayeurs, les données techniques du bateau : sa conception dite « insubmersible » avec sa coque constituée d’immenses plaques fixées les unes aux autres par plus de trois millions de rivets en fer forgé, ses cales étanches, ses machines répondant aux derniers progrès réalisés dans le domaine de l’ingénierie maritime, ses moteurs alternatifs avec ses trois hélices et, last but not least, une technologie haut de gamme, enrobée d’une opulence et d’une richesse sans égal.

Les visiteurs seront séduits par le souci d’authenticité de l’atmosphère à bord, par la qualité de la reproduction des chambres, des couloirs et du célèbre « Grand Escalier ». Il sera frappé également par ce détail original, portant sur la différence de température entre les salles, notamment dans celle consacrée à la collision du Titanic avec l’iceberg : une immense plaque de glace en forme d’iceberg a été installée pour que le visiteur puisse se rendre compte, au toucher, de la sensation vécue par les victimes au moment du drame.

Reflets des arts : « Piss Christ » Fora or not ? Andres Serrano le contesté, Musée Fesch, Ajaccio

Ecrit par Luce Caggini le 11 octobre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : « Piss Christ » Fora or not ? Andres Serrano le contesté, Musée Fesch, Ajaccio

Ma première ingénuité devant ce tableau est de dire voilà une compréhension momentanée du Christ uni à notre idée centenaire de la mue rarement géniale d’un monarque unanimement moqué par des Romains et des Juifs romanisé par les nomades du Dieu de la Judée avec son sang marinant dans le fluide des rues d’Ajaccio à l’époque du Christ.

En réfléchissant bien je mûris dans l’urine de ma mémoire, réalisant mon odeur de naissance. Même un « Piss Christ » ressemble à une magnifique image de montage réalisée avec un bocal et un moqueur puritain dont la raillerie fut faite de modalité et de croisement sonnant le glas des rameurs des redites orantesques dans la musique des vierges et des dorures d’un siècle soumis à la mode des premières réalisations rageuses et modernes du monde soi-disant chrétien.

Dans un grand rire de condensation de ma part odoriférant agité de modération ingénue je valide le terme d’œuvre d’art du montage béatifiant de Andres Serrano unissant le mourant romain à la musique des sous de la Galerie Lambert.

C’est alors qu’il m’a semblé que celui même dont le nom suscite toujours autant de tapage avait le devoir de nous faire savoir comment il prenait la chose et nous le droit de connaître sa position dans cette affaire.

Sans trop savoir où me tourner je place un micro dans un coin du musée :

– Ma chère jeune monarchiste anarchiste communiste mélenchoniste analogiste et journaliste de la Rue Fesch à Ajaccio, même un orateur de ma condition modeste en art ne fait aucune différence entre peinture et argumentation de conservateur de fluides humains fussent-ils romains juifs ou musulmans car non seulement la vie est un combat de rires et de rues mais un conduit de sang et d’urine uniquement réanimés par moi dans les semailles de Dieu vu et connu partout où l’art est entendu comme la voie de chacun à conduire le mot via les marges et les mondes de l’art par des ondes réelles ou pas dans une réalité naissant et mortelle. Alors un aromate de choix est un aromate soit d’urine soit de sang mais jamais de souillure.

Et, ma chère étourdie ne te satisfais pas de ta modique et innocente vision de peintre immolant les uns et les autres uniquement parce que tu te vois comme la reine d’Ajaccio mais comme le ventre du pilier central de la prochaine réalisation artistique de ta nouvelle ré-édition du réalisme de la pensée pendante et rendue possible grâce à la montée en flèche de ton amour pour la Méditerranée.

Fenx : souvenirs de vacances

Ecrit par Sabine Vaillant le 04 octobre 2014. dans La une, Arts graphiques

Fenx, Souvenirs de vacances, Galerie Mathgoth, 34, rue Hélène Brion, 75013 Paris

Fenx : souvenirs de vacances

Jusqu’au 4 octobre, le 34 rue Hélène Brion à Paris conserve précieusement les Souvenirs de vacancesde Fenx. L’espace de la galerie Mathgoth scande ainsi le temps : en mois avec lesMemories Fade ;en jours avec la série des Belle horizonto ;et en heures avec celle des Finistère.

Au fil des mois et du tirage, l’impression lithographique sur aluminium traduit l’idée de « disparition-apparition » avec d’un côté la disparition voulue et contrôlée du dessin grâce aux acides et de l’autre l’apparition d’un texte.

Sous l’effet du soleil, les jours s’inscrivent sur le corps offert de la baigneuse des toiles Belle horizontode Fenx. La peau chaque jour plus brune donne à voir un jeu de lumière au travers d’une calligraphie éphémère. Endless Summermet un point d’orgueaux vacances. Tandis que dans un sourire Elisa From FB livre à sa manière la calligraphie de son corps et du décor.

Pour sa série Finistère, Fenx a dessiné le relief immuable d’une terre toute de rochers glissant sans fin dans l’eau de la mer. Seules les couleurs du ciel, de la terre et de la mer fluctuent au gré des heures. Au final, les deux aplats horizontaux de couleur du ciel et de la terre de chacune des toiles sont transposés à la verticale sur une toile 145x210 cm traversée par le relief de la terre dans tous ses états de couleurs créant Penn Ar Bed.

Enfin, les lithographies Think of you, rehaussées à la main par Fenx, invitent dans l’intimité des souvenirs de l’artiste. Leur ligne claire empruntée à l’univers de la bande-dessinée raconte ses influences.

Nostalgique des vacances ou pas, entrez dans le monde des Souvenirs de vacances de l’artiste en songeant au cycle de la vie.

Reflets des arts : Viallat ? Non merci !

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : Viallat ? Non merci !

Expo – la grande, l’estivale – à Montpellier. Au Musée Fabre, celui que j’aime « tout le temps » et même un peu davantage… ce Fabre cornaqué avec maestria et brio par un Michel Hilaire, que pas une seule de mes nombreuses chroniques-expos sur Reflets n’a  critiqué, mais au contraire, tellement admiré. Il y a des lieux de culture et les gens qui vont avec, qui en font ce qu’ils sont : Fabre est au plus haut ; Hilaire y est pour – presque – tout.

Alors, d’où est venue, en 2014, cette idée de « remplir » l’été avec Claude Viallat… (une expo de mi-année, moins ambitieuse, n’aurait-elle suffi ?). L’art hyper contemporain, pour drainer tout ce peuple mélangé des grandes expos de Fabre ? Un pari ? Une envie ? Un défi ; sans doute. Qui n’a pas, cependant – à ce qu’on entend, ou lit – rempli son office. Viallat et sa rétrospective, cela ne correspondait pas – probablement – au consensuel qu’il faut pour ce genre d’évènement.

J’en viens, il y a quelques heures dans le doré de cet été de septembre de Montpellier. Peu de foule ; ce silence si particulier au musée… j’y allais en confiance – une découverte, à Fabre, est toujours gagnante… sauf, que là !!!

Est-ce ma compagne de visite ? qui dès le début se désespérait : « 9 euros !! quand même ! » ; ou, quelque chose de sec et quasi sans âme au long des salles blanches, sans l’habituelle mise en scène qui accompagne souvent toutes les grandes expos… vous l’aurez compris : Viallat, moi ? Non !

Je me suis sentie un peu « abandonnée », guettant un ressenti qui décidément ne passait pas facilement au vert. On vous met presque sèchement – ou, librement ? – devant les « œuvres » ; à elles de vous parler, de vous faire un signe, de vous happer. Baste ! Pour moi, rien ! L’orgasme est remis à plus tard, ou, j’en ai peur, à autre chose… Vous hésitez ? Vous pataugez ? Vous n’y comprenez goutte ? Un livret, fourni en littérature plus qu’en images, vous est pourtant remis (c’est à mon avis trop austère, et moins efficace que les autres moyens muséographiques) ; buchez ! C’est pourtant nécessaire – des cours particuliers pour préparer ? car Viallat, ça ne va pas de soi !

Certes, les immenses toiles qui habillent les cours intérieures et les plus hautes salles du musée – c’est impressionnant, et ça parle d’entrée pour ce créateur du mouvement « supports surfaces »… mais après… divaguer de salle en salle pour saluer le « motif Viallat » (allons !! Ce haricot, cette crotte colorée, me disait une amie peintre) tantôt sur un parapluie, sur des bouts de bois épars, sur ces fameuses bâches militaires – pas cher, le matériel ! Ah ! Reconnaissons, tout de même, un pincement au cœur, une Madeleine semi-proustienne, quand on tombe sur « la toile de tente », la même, je vous dis, avec ses emplacements-piquets, et les bajoues des fenêtres, que  celle des vacances à l’Ile de Rê de mon enfance… bon ! On ne peut, à côté,  qu'être interrogé par cette toile - « sans titre 1966 » - ( tonalités bleu / orange sur fond de toile de jute ? de sac à patates ?)  Regardez mieux, en bas, une tâche marronnasse n'en finit pas avec les hypothèses : de thé ? de café noir ? Et de voir l'artiste et sa tasse débordant d'un coup de colère ? de déprime ? un soir de panne... de haricot, peut-être... Viallat nous dirait que le motif – qui n'en est pas un, n'est là que pour le reste ! Mais où est donc ce reste ? Question existentielle.  Tout ça, décliné en couleurs diverses – le mauve et le vert, luttant contre de francs rouges, mais que je n’ai jamais ressenties comme éclaboussantes ou chauffantes… la couleur en peinture, et ses effets magiques, c’est par où ? bavantes, à souhait – ça, oui - et dégoulinantes de ci de là, puisque ce motif qu’on retrouve, « trop partout » auraient dit mes anciens élèves, vient d’une expérience d’éponge laissée dans de l’eau de javel – par mégarde – une nuit entière, dont on imagine facilement le résultat… jusqu'à nous transporter ? Pour moi, c'est non !

Reflets des Arts Beaux Arts : Edgar Degas

Ecrit par Johann Lefebvre le 30 août 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts Beaux Arts : Edgar Degas

Vous pourrez lire, dans certaines synthèses de l’histoire de l’art, ou dans des papiers signés par d’ignorants journalistes, et même chez certains critiques abusés, que Degas est un impressionniste. S’il participe bien, très activement, aux expositions des impressionnistes (Salon des Refusés par exemple), en organisant même certaines, c’est avant tout pour une posture si évidente d’avant-garde et pour ce qu’il partage avec eux vis-à-vis des institutions, une méfiance à l’égard des salons et sélections officiels, académiques. Mais plus important : techniquement parlant, il ne peut sérieusement pas y être rattaché, pour de nombreuses raisons de méthode mais surtout parce que son œuvre, au grand dam des tentatives catégorielles des historiens de l’art, est soutenue à la fois par l’étude intensive, le Dessin, et par une extraction du réel pour jeter celui-ci – « manière de voir la forme » et j’ajoute manière d’être, sans objets – dans des traits accentués vers l’infini du possible. Infini : pas fini, telle la vigueur de la Vie. Un mouvement continu, permanent, perpétuel…

Sur ce point, Degas avait une terrible réaction : souvent, quand il voyait ses propres œuvres chez des amis ou en exposition, il voulait les reprendre pour les continuer, les modifier, les retoucher… Ernest Rouart dit : « Quand il retrouvait une œuvre de lui, plus ou moins ancienne, il avait toujours envie de la remettre sur le chevalet et de la remanier. C’est ainsi que, revoyant constamment chez mon père un délicieux pastel que celui-ci avait acquis et qu’il aimait beaucoup, Degas fut pris de son habituel et impérieux besoin de retoucher le tableau. Il y revenait sans cesse et, de guerre lasse, mon père finit par lui laisser emporter l’objet. On ne le revit jamais » (1). Petite digression, en écho : Degas est un grand collectionneur, autre effusion et recherche du temps perdu, comme son père, son grand-père ; achats et dons, œuvres de Pissaro, Gauguin, Manet, Caillebote, des maîtres, Ingres, Gavarni, Sisley, Géricault, Delacroix (une bonne douzaine de tableaux, plus de cent vingt dessins…), Daumier, Corot, des estampes japonaises, des gravures diverses et très variées. Bref, il habite un musée.

C’est au sortir du baccalauréat, après avoir rapidement abandonné des études de droit, qu’il entame, à 20 ans, d’inlassables exercices de dessin en copiant les œuvres des maîtres, au Cabinet des Estampes ou au Louvre. Pour améliorer son geste et son regard, il fait appel aux enseignements de Barrias, puis se rend de nombreuses fois en Italie, où une partie de sa famille réside, pour y découvrir, au plus près, les trésors picturaux que les merveilleuses Ecoles italiennes ont produits.

Au sommet de la médiocrité et de la trahison…

Ecrit par Mélisande le 23 août 2014. dans La une, Arts graphiques, Société

Au sommet de la médiocrité et de la trahison…

En ce mois de juillet où le Dieu ami des êtres a posé un décret météorologique sévère : « grisaille pour tous pour cause de tristesse infinie des cieux », il y a une forme de boue qui déferle, avez-vous remarqué ? Elle torche gaillardement l’été de ses effluves guerrières et grossières, diablement offensives car l’objectif est de salir, de noyer dans la noirceur la dignité ineffable des êtres et de tous ceux qui en ce monde, et dans ceux d’à côté, sont animés de vie brillante, de vie fière, d’une vie tendre qui luit, diamant obstiné dans la nuit obscure de notre quotidien… Et ce noir-là, au contraire de la blancheur, n’est pas le Noir du peintre Soulages ! Non, lui c’est le noir de l’Egypte, « kemit », celui de l’alchimie, son noir est un soir qui donne naissance à la lumière par la transfiguration… Soulages, incompris par ces messieurs, qui ont voix éternelle au chapitre, dans cette classe intellectuelle où tous ne semblent réussir qu’une chose : la consanguinité infertile et nauséabonde par la sodomie consensuelle, comme l’est toujours le désir putride et secret d’être aimé pour soi et non pour l’autre. Cet Autre, celui qui brille en nous dans le grenier de la maison assiégée, c’est le grand détaché, le pourvoyeur de joies grandioses, celui qui nourrit nos poussées de fièvre intenses et brèves comme l’Amour… Cette redondance narcissique et stérile pue évidemment, elle n’intéresse personne et surtout pas les enfants… Car tout ce qui est récupération de la gratuité de l’amour pour engraisser l’ego est amené à être détruit dans un éclat de rire diluvien, même si aujourd’hui il est périlleux de rire, de moquer les vaniteux, les pédants, les tricheurs et récupérateurs, sûrs de leur droit comme morpions accrochés aux poils du cul. C’est Molière qu’on assassine, mais aussi Kundera, et tous les Grands Silencieux, planqués dans leurs rétributions en tant que membres précaires mais anoblis de la classe intellectuelle supérieure.

Et pendant ce temps, des icebergs dévalent dans l’océan comme la verticalité effondrée en l’homme. Avez-vous vu cette jeune Anglaise, en Espagne, 18 ans, pratiquant 24 fellations en public pour quelques copas. Du fond de son vide abyssal, de l’inconsistance absolue de ses parents sans doute, d’une coupure tragique avec l’énergie claire d’un humain réel, représentant symbolique et de la mère femme, et du père homme, elle s’avilit et détruit l’honneur absolu d’être vivant sur cette terre, en tant que créature divine. C’est un cri, une vomissure triste auxquels se prêtent quelques membres du sexe masculin, tout aussi vides, pour dire : « Je ne suis pas » ! Les femmes passent parfois exclusivement par le sexualisé, elles s’avilissent pour être, et cela devrait questionner nos beaux penseurs s’ils sortaient de leur propre contemplation. Le phallus comme dieu tout- puissant, auquel elles pompent un peu d’énergie ontologique ! Ce vide abyssal qui détruit la dignité en l’homme, me rend triste et j’aime que la météo exprime ce que je ressens. Que mes propos ne soient pas ingérés digérés et recrachés par quelques spécialistes, exclusifs usagers de la Parole… Il est urgent de ranimer la lumière en l’homme.

Reflets des Arts Bibliographie subjective

Ecrit par Johann Lefebvre le 23 août 2014. dans La une, Arts graphiques, Littérature

Reflets des Arts Bibliographie subjective

Les écrits sur l’art et les artistes sont fort nombreux et constituent une source précieuse pour la compréhension de cette activité spécifiquement humaine et de ceux qui la pratiquent, depuis les traités d’esthétique jusqu’aux biographies d’artistes, en passant par les critiques. Le choix d’ouvrages que je vous propose est un parcours de lectures, le mien, qui peut être pris comme une piste vers d’autres découvertes puisqu’il fait des carrefours avec les chemins esthétiques de chacun. Il n’y a donc pas d’oublis dans cette liste forcément non exhaustive, juste des évocations. J’invite nos lecteurs à porter en commentaires du présent article les ouvrages sur l’art qui à leurs yeux méritent d’être lus.

PHILOSOPHES. L’esthétique, branche bien ramifiée de la philosophie, dont l’objet est le beau, que celui-ci soit abordé par son essence ou par sa perception, a été le sujet de dissertation de penseurs de tous les temps. Bien que d’origine grecque (αίσθησιs), le mot « esthétique », en tant que philosophie de l’art ou science du beau, est un terme récent inventé par Alexander Gottlieb Baumgarten dans son « Meditationes philosophicae de nonnullis ad poema pertinentibus » (Méditations philosophiques sur quelques aspects de l’essence du poème, 1755), qu’il reprend et développe dans « Æsthetica », où il approfondit l’idée d’une science de la connaissance sensible, à tel point que théoriquement et historiquement cet essai est une réforme de la Poétique aristotélicienne. Voici quelques repères :

PLATON : « Le Banquet », « Hippias majeur », « Phèdre », « Ion »

ARISTOTE : « La Poétique »

VOLTAIRE : l’article « Beau » dans son « Dictionnaire Philosophique Portatif » (1764)

Emmanuel KANT : « Observations sur le sentiment du beau et du sublime » (1764)

Georg Wilhelm Friedrich HEGEL : « Esthétique (leçons) » (1818-1829)

Arthur SCHOPENHAUER : « Le monde comme volonté et comme représentation » (1819)

Friedrich NIETZSCHE : « La Naissance de la tragédie » (1872), « Le Cas Wagner » (1888)

Nos voisins, ces inconnus : la famille Klemm

Ecrit par Sabine Aussenac le 16 août 2014. dans La une, Arts graphiques

Nos voisins, ces inconnus : la famille Klemm

À quelques encablures de la France, superbement ignorés par un certain obscurantisme franco-français et même par les lumières d’expositions récentes, notre voisine outre-rhénane recèle de véritables trésors artistiques…

Qui connaît, par exemple, la remarquable famille Klemm ?

En premier, je demande le père : Fritz Klemm, né le 14 août 1902 à Mannheim, mort le 17 mai 1990 à Karlsruhe, était un peintre reconnu, maintes fois primé, non seulement par la Croix du Mérite, mais dans d’innombrables expositions :

http://de.wikipedia.org/wiki/Fritz_Klemm#Preise_und_Ehrungen

Professeur à l’académie des Beaux-Arts de Karlsruhe, il s’est notamment distingué par une technique très maîtrisée de la peinture « Caparol », permettant une plasticité remarquable de la texture et une « patte » très assurée. L’exposition de la galerie Baumgarten, en 1996, avait ainsi repris dans son catalogue les œuvres premières de l’artiste, mais aussi ses derniers « murs », représentant les établis du peintre, dont les monochromies ne sont pas sans rappeler les « noirs » de Soulage…

http://www.bildkunst.uni-freiburg.de/bildkunst/AUSSTELL/GALERIEN/BAUMGART/aktbild.htm

« Je suis le matériau de base sur lequel je travaille », affirmait l’artiste, qui a aussi résumé son œuvre dans une interview conduite par Gert Reising en 1989 : « Mon réalisme non seulement me fonde, mais je le considère comme ma vision du monde. Là, je suis plutôt proche de Menzel ou de Pissaro. Cependant, l’essentiel n’est pas d’avoir un style. Mon réalisme se rapproche de la pensée de Schopenhauer : ancré dans la clarté, sec dans la réalisation, lapidaire dans la formule : vous savez comme il est pour moi difficile de faire ceci avec une légèreté enfantine ».

Une césure très nette se fera sentir lors de l’abandon de la chaire professionnelle de l’artiste, qui travaillera non plus dans les locaux de l’académie de peinture, mais dans un modeste atelier donnant sur un paysage urbain. Il peindra dès lors une sorte de monochromie thématique autour du « mur », exprimant l’environnement bétonné qui l’entoure sous une incroyable richesse de traits et de lignes géométriques.

https://www.zeitkunstverlag.de/wp-content/uploads/wpsc/downloadables/kuenstler-2007-03-077-klemm-fritz.pdf

« arts de l'été » : Une photographie solaire

Ecrit par Yasmina Mahdi le 12 juillet 2014. dans La une, Arts graphiques

« arts de l'été » : Une photographie solaire

« … le sol était non pas brûlé, flétri, convulsé, comme d’ordinaire en Grèce, mais blanchi et tordu, tels jadis, sans doute, les membres déchiquetés, figés dans la mort, des victimes du massacre, laissés là à pourrir et à nourrir de leur sang, sous le soleil impitoyable, les racines des oliviers sauvages qui, de leurs serres de vautour, s’accrochent au flanc abrupt de la montagne » (Le Colosse de Maroussi, Henri Miller)

Des noms de lieux ensoleillés
Pour ce sommaire spécial consacré à l’été, des images multiples viennent à nous, de cette saison tant chantée, poétisée, représentée à la lyre de tous les arts ; le point culminant se situant au solstice – le jour le plus long de l’année et la nuit la plus courte. Là où brûlent les feux de joie de la Saint-Jean, où comme dans un grand carnaval de flammes les couples défilent, se séparent, les enfants exultent de bonheur à l’idée de cette période de vacances.
Il y a bien sûr le chef-d’œuvre de Nicolas Poussin, intitulé L’été (1600-1604), où l’allégorie biblique de Ruth et de Booz le dispute au rite des fenaisons, ainsi que toute une variété de grands et petits maîtres autour de cette saison des moissons et des amours, des magies païennes des dieux de la terre et des plantes, de fleurs des champs et de jeunes gens rieurs au sommet des bottes de foin.
Mais c’est autour d’une œuvre spécifique de la photographie contemporaine que notre attention va se porter, et que nous qualifierons librement de photographie solaire. Un pan de l’histoire du monde nous est ainsi offert à travers des moments, des scènes éclairées le plus souvent par une lumière estivale, crue. Nous pensons à ce sujet aux travaux d’un grand photographe américain, Lee Friedlander, né le 14 juillet 1934 à Aberdeen, aux États-Unis, qui a reçu en 2005 le prix international de la Fondation Hasselblad. L’artiste capte essentiellement un kaléidoscope de fragments de la vie qui l’entoure, ce qui donne naissance à une myriade d’instants et de signes intimes du quotidien américain, au cœur d’un périple inspiré qui l’a conduit également sur le continent européen. La plupart des clichés de Lee Friedlander portent uniquement des noms de lieux, sans autre explication, et une date. C’est à la fois vague, abstrait – ce moment suspendu de l’instant déclic – et précis – un abrégé de la vision parfois grand angle, au sens rigoureux du terme : un vade-mecum de voyage.

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