Arts graphiques

Reflets des Arts La Révolution Française & les Arts

Ecrit par Johann Lefebvre le 28 juin 2014. dans La une, Arts graphiques, Littérature

Reflets des Arts La Révolution Française & les Arts

Avant la Révolution, il y avait en France six académies, toutes sises à Paris : l’Académie française, fondée par Richelieu en 1635 ; l’Académie de peinture et sculpture, invention de Mazarin en 1648 ; l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1664) & l’Académie des sciences (1666), fondées par Colbert ; puis l’Académie de musique, fondée la même année ; enfin l’Académie d’architecture, en 1671.

La courte période durant laquelle la Révolution Française modifie profondément le paysage socio-politique du pays, de 1789 à 1799, voit la révocation des institutions d’Ancien Régime et l’introduction du principe d’égalité entre les citoyens. Aussi, les Salons, seulement ouverts jusqu’à présent aux membres des Académies royales et à certains artistes disposant de privilèges, sont dorénavant accessibles à tous les artistes, les systèmes très hiérarchisés qui structuraient les Académies sont démantelés : désormais tous les artistes ont une chance d’intégrer les expositions et les instituts, et d’une certaine façon, par le mécénat et les ventes de leurs œuvres, multiplient les occasions de pénétrer davantage la bourgeoisie.

Il en est de même pour le théâtre, la musique, l’opéra, puisque seuls deux lieux disposent, sous l’ancien régime, du privilège de présenter librement des pièces au public. Il s’agit de l’Opéra et de la Comédie Française. Toutes les autres scènes payent tribut aux deux premières. Lever cette dépendance devient une exigence révolutionnaire qui est portée par La Harpe le 24 août 1790 à l’Assemblée nationale sous forme de pétition dans laquelle il est demandé qu’on puisse « jouer tout et partout ». Cette requête, favorablement accueillie par les députés, est à l’origine d’une commission dont le rapport (Rabaut-Saint-Étienne, Chapelier, Target) est rendu en séance du 13 janvier 1791 pour aboutir au vote d’un décret dont l’article 1er est formulé ainsi : « Tout citoyen pourra élever un théâtre public, et y faire représenter des pièces de tous les genres, en faisant, préalablement à l’établissement de son théâtre, sa déclaration à la municipalité du lieu » (1). C’est aussi pour les mêmes raisons que les Salons de peinture et de sculpture sont ouverts à tous les artistes. Ce qui permet d’accélérer l’apparition de nouveaux styles et mouvements. Bertrand Barère plaide en juillet 1791 : « L’égalité des droits qui fait la base de la Constitution a permis à tout citoyen d’exposer sa pensée ; cette égalité légale doit permettre à tout artiste d’exposer son ouvrage : son tableau, c’est sa pensée ; son exposition publique, c’est sa permission d’imprimer ».

Reflets des arts : DiptyQ JACE

Ecrit par Sabine Vaillant le 31 mai 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : DiptyQ JACE

Sous influence Gouzous, la galerie Mathgoth pétille d’humour et de poésie. Avec DiptyQ, Jace dessine les faces cachées de la lettre Q, du 16 mai au 28 juin 2014.

Fraîchement débarqués de l’île de La Réunion, ces petits êtres jaunes, familiers de la planète, jouent ici leur partition avec brio. Leurs mille et une facéties en Q majeur, aérosol sur plaque d’aluminium, ont passé l’épreuve du feu et brillent maintenant dans la transparence du glacis des couleurs.

Si sa silhouette graphique épurée, répétée à l’infini, participe de sa notoriété, l’accessoire fait le Gouzou. De personnage neutre, asexué, il accède au rang de sujet. Avec lui, Jace aborde la société de consommation, l’environnement, le social, la politique, l’amour et tutti quanti…

L’artiste interpelle sans jamais donner de titre à ses œuvres.

Le Gouzou joue aussi acrylique sur soie, en live ou avec son avatar robot. Il puise sa force dans la couleur, l’épure, la suggestion et la matière soie.

Yeux bandés, la vie du Gouzou est suspendue à la planète par un fil, le tout sur toile de lin au fond vert amande… à voir et à revoir pour le plaisir de la méditation.

Jace offre Le Gouzou dans tous ses états à Paris et avec lui, une certaine joie de vie.

 

JACE- DiptyQ

Galerie Mathgoth

34, rue Hélène Brion, 75013 Paris

Reflets des Arts : Arts florentins du XVe siècle Florence et le Quattrocento

Ecrit par Johann Lefebvre le 24 mai 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts : Arts florentins du XVe siècle Florence et le Quattrocento

Bien qu’il soit entendu que la Renaissance constitue l’époque charnière entre l’époque médiévale, ou Moyen Âge, et l’époque dite moderne, il demeure difficile d’en préciser le pourtour. Les contemporains de cette époque, les observateurs avertis, les intellectuels et artistes, ont conscience qu’ils sont témoins et acteurs d’un renversement de modèles et valeurs, que le monde, spatialement, géographiquement, est bien plus vaste qu’il était pensé et observé jusqu’à présent, et qu’il est enfin possible de dégager les événements passés des conceptions théologiques acquises depuis la fondation de l’église chrétienne et la fin de la pax romana. Aussi, l’Histoire prend son indépendance fondamentale vis-à-vis de la perspective en trois temps (Création, Messie, Jugement Dernier) qui avait dominé la pensée médiévale, et dégage la pensée antique, et fondatrice, d’une opacité entretenue par la « barbarie gothique », comme l’écrit Raphaël (1).

C’est en Italie que le terme de Renaissance (il Rinascimento) apparaît sous la plume de Giorgio Vasari, artiste polymorphe, en 1550, dans « Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes », ouvrage précieux du point de vue historiographique puisque considéré comme l’un des écrits fondateurs de l’histoire de l’Art où sont classées, hiérarchisées, donc structurées selon une ligne temporelle inédite, des biographies d’artistes des trois arts du dessin : sculpture, architecture et peinture (2). Que la Renaissance voie le jour en Italie s’explique d’abord naturellement par le fait que ses sol et sous-sol renferment un grand nombre de vestiges antiques, autant de trésors qui sont la source d’une nouvelle inspiration esthétique, même si, d’une certaine façon, jamais les œuvres antiques, grecques et latines, n’ont cessé d’être étudiées, surtout au sein des ordres religieux, dans les monastères. Nous n’avons pas ici vocation à débattre des découpes temporelles, selon qu’elles sont franches ou liées par des essaims d’événements (découverte du continent américain, invention de l’imprimerie, etc.), mais il est aujourd’hui assuré que la notion idéaliste du sens de l’Histoire ne peut être soutenue sérieusement, d’autant qu’il faut naturellement différencier la Renaissance artistique, telle qu’elle était entendue par Vasari, de la Renaissance en tant que période historique, notion du XIXe siècle, définie par Ampère ou Burckhardt et qui est âprement débattue de nos jours.

Sarthou, le bonheur d’une découverte…

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 mai 2014. dans La une, Arts graphiques

Sarthou, le bonheur d’une découverte…

Bonheur de vivre de ci, de plus en plus là, dans un bouillon de culture. Montpellier et son inégalable musée Fabre affiche ce printemps une « petite » expo qui vaut les grandes : l’univers orangé de Maurice Elie Sarthou,1911-1999, un de ceux qui comptent dans la peinture contemporaine – abstraite, si l’on veut… pas totalement, pourtant. Ce peintre originaire d’ici – berceau des plus grands – ayant côtoyé un Picasso ou un Soulages, dont l’œuvre est admirée aux quatre coins du monde, depuis ces années d’après-guerre aux sons et couleurs de liberté. Ce Sarthou, je ne connaissais pas, ou si peu !

Je ne sais pas, vous, mais c’est quelque chose que je ne vis pas comme un handicap honteux pour Bobos-savants de FB – « oh, quand même !! ». Cela me donne, au contraire, une envie, une forme d’acuité aiguisée, un appétit, pour tout dire – chouette ! J’ignore tout ! En avant…

Sarthou – l’homme avait une superbe prestance, une classe – un peu comme Soulages – qui donne regret de ne l’avoir connu ; un recul sur son œuvre, une intelligence qui le tenait à l’abri de tous les « melons » de la création… « il part du principe que le peintre est seul devant son œuvre et il s’efforce de n’être pas sensible aux avis qu’on formule à son égard. Quant à l’opinion esthétique de ses confrères, il pense qu’il la connaît d’avance… » (Maurice Toesca).

Comme Soulages, cet autre hôte majeur de Fabre, il nous dit Paris, les hauteurs sauvages du Massif Central, et Sète, où son jardin, organisé comme un tableau, dominait Thau et la mer, des hauteurs du Puy Saint Clair, avec un œil sur le cimetière marin, où il repose aujourd’hui. Tout ça, c’est la lumière, les couleurs flamboyantes du Languedoc partagé entre pins, rochers et eau, la mer et tous les étangs et marais… « il ne s’exprime… » dit Jean Cassou, que « par couleur et par rythmes ». L’expo est une ballade du « par ici, par tous les temps, ou vents ». Couvrez-vous ! Le ciel change si vite !

La mer – des bleus à faire pâlir le bleu-orange d’Eluard ; des bougés, des éclaboussements, tels que le vertige vous en prendrait, comme sur un bateau. Les gens – « les remmailleuses de filets de Sète »… lumières bleutées et ombres des filets et des chignons. Bêtes d’à-côté – série des taureaux de Camargue, dont on entend le piétinement sourd ; minéral des carrières blanches du pays marseillais, ou ocres du Lubéron. Les paysages de Provence en Cévennes, jusqu’à nos étangs du pays de Palavas, qu’on observe avec la curiosité du photographe amateur qu’on est tous : – tiens, celui de Maguelone ! Mais à quelle heure ? (c’est gagné pour le peintre ; on est dans son tableau !). Et puis, le vent ; peindre le Mistral dans les arbres et en sentir d’entrée le piquant sur les joues ; se poser devant ces Lavis noir et blanc, beuglant comme tout un hiver, « Mistrals » où le fouetté des branches, le sifflement du vent, est tellement là, qu’on se retient de remonter l’écharpe sur le cou ! Un bonheur si particulier, ce rythme des peintures…

Les Iapodes, un peuple antique méconnu

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 03 mai 2014. dans La une, Arts graphiques, Histoire

Les Iapodes, un peuple antique méconnu

Depuis le 15 mars et jusqu’au 8 septembre 2014, une très intéressante exposition a lieu à Lattes (la Lattara antique), près de Montpellier et de Palavas-les-Flots, au musée archéologique Henri Prades, sous la responsabilité de l’Agglomération de Montpellier. Regroupant des éléments en provenance du musée archéologique de Zagreb (Croatie), elle se prolongera au musée d’archéologie de Catalogne de Gérone du 19 septembre 2014 au 3 février 2015. Soit une démarche exemplaire, de type européen, qui a été reconnue d’intérêt national par le Ministère de la Culture et de la Communication, Direction Générale des Patrimoines, Services des Musées de France ; tout ceci ayant permis un soutien financier exceptionnel de l’État. L’objectif de cette exposition consiste à faire découvrir un peuple de l’Antiquité réellement méconnu, les Iapodes, dont l’aire géographique correspondit à peu près à la partie intérieure de la côte adriatique de la Croatie, et la période historique de développement au 1er millénaire avant J.-C.

Des panneaux écrits nous expliquent excellemment bien l’histoire de ce peuple. On ne connaissait jusqu’alors que très peu de choses sur lui – vivant dans les zones croates actuelles du karst. En réalité, essentiellement grâce à des fouilles archéologiques (avec des sites un peu comparables à ceux des oppida gaulois : Mazin, Prozor, Otocac, etc.) et à quelques mentions et récits par des auteurs grecs et surtout romains. Il s’agissait donc de ce qu’on nomme une civilisation de type « protohistorique », puisque si les Iapodes ne connaissaient pas l’écriture, des textes font allusion à eux. En fait, nous avions là des groupes culturels multiples, sans structure étatique, dont la culture se développa pendant l’âge du bronze (précisément à partir du XIIe-XIe siècles avant J.-C.), puis – vers la fin de leur développement civilisationnel – les tous débuts de celui du fer. Ce peuple correspondait en réalité à des éléments semi-Illyriens, ensemble de groupes de souche indo-européenne qui s’étendirent à la fois sur l’ouest de la Croatie (nos Iapodes, donc), la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, et le Montenegro de l’Albanie et du Kossovo d’aujourd’hui. Les archéologues associent d’ailleurs ces différents peuples (venant des plaines de Pannonie) à la culture de Hallstatt – ou premier âge du fer (les Celtes, ou culture de La Tène, correspondant au second âge du fer). Mais, attention, car, avec les Iapodes, rappelons que nous nous situons très largement dans le cadre de l’âge du bronze, sauf en fin de période. En tout cas, ce peuple connut son point culminant vers la fin du IXe siècle avant J.-C. Par la suite, il faut signaler leurs premiers affrontements avec les Romains au cours du IIe siècle. Puis, après quelques tentatives d’alliances du type « foedus » (vers le milieu du 1er siècle avant J.-C.), il y eut la conquête de leur territoire par Octavien, le futur empereur Auguste – en 35 avant J.-C. – avec l’assaut des remparts de Metulum.

REFLETS DES ARTS Sculpture : Camille Claudel

Ecrit par Johann Lefebvre le 19 avril 2014. dans La une, Arts graphiques

REFLETS DES ARTS Sculpture : Camille Claudel

Camille Claudel dès l’adolescence assure que la sculpture sera sa vie, tout comme elle soutient que son frère, Paul, sera poète. Elle ne sort pas les mains de la glaise et du plâtre, elle accapare son petit frère et sa petite sœur, qu’elle prend pour modèles pour des poses qui n’en finissent pas, et auxquels elle demande de l’aider pour le gâchage du plâtre ou pour la cuisson de ses œuvres. Son talent naissant est vivement soutenu par son père, alors que sa mère exècre cette occupation artistique. La famille Claudel habite à cette époque à Wassy-sur-Blaise : Alfred Boucher (1), qui demeure dans la région, est impressionné par le travail de la jeune fille qu’il montre à Paul Dubois, directeur de l’Ecole nationale des beaux-arts, en particulier un « David et Goliath » de toute beauté. Dubois, devant le travail impressionnant de Camille, se serait écrié : « Vous avez pris des leçons avec Monsieur Rodin ! » Mais non, Camille n’a même pas encore appris le dessin et le modelage, c’est une pure autodidacte dont les connaissances en anatomie sont limitées, et elle ne connaît rien de cet homme, Rodin.

A 17 ans, Camille parvient à convaincre son père d’installer la famille à Paris pour y suivre une formation qui lui permette de perfectionner son talent naissant : en effet, l’académie Colarossi dispose d’un atelier réservé aux jeunes filles, ce qui est une aubaine car il faut rappeler qu’à cette époque encore, les années 1880, les femmes ne peuvent pas intégrer l’Ecole des beaux-arts (2).

En 1883, Boucher, qui la soutient, la conseille et la corrige, doit partir pour l’Italie et demande à Rodin de le remplacer. Rodin se reconnaît, à la fois dans le style et dans l’exécution de la jeune femme et propose à Camille d’intégrer son atelier en 1885 en qualité de praticienne, fonction qui consiste à dégrossir la matière brute d’après une esquisse dessinée ou modelée et, après corrections du Maître, à polir l’ensemble. Les deux artistes se rapprochent, tant esthétiquement que sentimentalement, Rodin s’engage même à protéger Camille, exclusivement, choix confirmé dans une lettre d’octobre 1886 où il écrit : « Pour l’avenir à partir d’aujourd’hui 12 octobre 1886, je ne tiendrai pour mon élève que Melle Camille Claudel et je la protégerai seule par tous les moyens que j’aurai à ma disposition par mes amis qui seront les siens, surtout par mes amis influents. Je n’accepterai plus d’autres élèves pour qu’il ne se produise pas par hasard de talents rivaux, quoique je ne suppose pas que l’on rencontre souvent des artistes aussi naturellement doués ». Clairement, ils sont amants et leur fusion artistique fait que, sur certaines pièces, il est bien difficile de distinguer s’il s’agit de Rodin ou de Claudel, comme par exemple toute une série de couples enlacés qui sont des études préliminaires au fameux « Baiser » de Rodin mais qui présentent de fortes similitudes avec « Sakuntala » de Claudel (3) ou encore « La jeune fille à la gerbe » de celle-ci et « Galatée » de celui-là (4).

Reflets des arts : Dan23 : Express Yourself, Galerie Mathgoth

Ecrit par Sabine Vaillant le 12 avril 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : Dan23 : Express Yourself, Galerie Mathgoth

Dan23 franchit superbement le cap de l’expo solo avec « Express Yourself »à la galerie parisienne Mathgoth. La lumière de ses portraits ouvre l’espace autour de 3 séries révélant les thèmes qui l’ont pris par la main et entraîné dans la farandole de la création. Les rencontres fortes, les musiciens afro-américains et les anonymes.

Après La Tour Paris 13, le M.U.R Oberkampf, c’est de son atelier strasbourgeois, avec ses croquis et les objets de son quotidien d’artiste, que Dan23 interpelle le public et invite aux partages des émotions et de ses préoccupations citoyennes.

Il exécute ses portraits à l’aquarelle, une technique qu’il affectionne, marquant ainsi le monde du Street Art. Un peu « old school », selon lui, mais Dan23 assume en impulsant dans les regards force, énergie, profondeur.

Soul Rebe: une figure marquante, crayon et aquarelle

Old songs :une encre sur affiche marouflée sur bois raconte une très jeune fille au port de tête et au regard imposants

Breezin : la douceur et la légèreté nimbant une fillette, confiées à une plaque d’acier.

Ailleurs, les contrastes nés de fonds sombres et de visages où vibre la lumière narrent sa passion pour la musique.

Le kaléidoscopique poétique, lumineux et généreux des rencontres de Dan23, allume la pupille d’une énergie printanière qui ne demande qu’à se propager.

 

Galerie Mathgoth, 34, rue Hélène Brion, 75013 Paris, du 21 mars au 19 avril 2014, du mercredi au samedi, de 14 à 19 heures

Reflets des Arts Notes sur le surréalisme

Ecrit par Johann Lefebvre le 22 mars 2014. dans La une, Arts graphiques, Littérature

Reflets des Arts Notes sur le surréalisme

Topologie extérieure / Analysis extra situs

Le surréalisme, par ses acteurs et par les lieux où il surgit, est une internationale, à peu près au même titre qu’a pu l’être celle des situationnistes quarante ans après dans un projet où l’on retrouve des intentions et des pratiques comparables, avec néanmoins un groupe bien plus limité en nombre et une expérience plus courte.

Exemples à l’est et au Pays du Soleil Levant. I. « Alternative orange » en Pologne est un groupe fondé par le « Commander of the Festung Breslau », Waldemar Fydrych, qui dans les années 80 fait de l’opposition anti-communiste une activité sérieusement burlesque, dessinant des lutins sur les murs des villes, organisant des happenings joyeux, faisant des actions spontanées. La dimension contestataire s’imbrique ici dans une esthétique débridée, elle permet aux différentes mouvances de l’opposition politique polonaise de se reconnaître dans une série d’opérations critiques à l’égard de l’autorité du pouvoir qui est ridiculisé. Ce mouvement est probablement le dernier qui entre dans la définition du surréalisme, lequel est mort « officiellement » le 4 octobre 1969 sous la plume de Jean Schuster dans Le Monde avec son article qui signe la fin de la récréation, « Le Quatrième Chant ». II. Très proche de Breton et Éluard, l’artiste et critique tchèque Karel Teige est à l’origine d’un poétisme et d’un constructivisme très virulents : dès 1920, avec Jaroslav Seifert, qui sera lauréat du prix Nobel de littérature en 1984 (à 83 ans) et Vladislav Vančura, auteur du très étonnant roman « L’Été capricieux » (1926), Teige fonde le groupement d’avant-garde Devětsil qui s’articule autour de l’art prolétarien et du réalisme magique (1). Le manifeste de ce surréalisme tchèque est « Le constructivisme ou la liquidation de l’art » (1924), rédigé par Teige. III. J’ai un faible pour Andreï Platonov, écrivain russe qui s’apparente en bien des points au surréalisme, et dont l’essentiel de l’œuvre a été confisqué par le régime soviétique et n’a été découvert qu’à l’ouverture des archives littéraires du KGB dans les années 80. On y trouve une invention stylistique d’une richesse étonnante. IV. Au Japon, le surréalisme est présent dans de nombreuses activités artistiques. Le poète et aquarelliste Junzaburō Nishiwaki parcourt l’Europe dans les années 20, s’initie au modernisme littéraire (Joyce, Pound), et découvre le surréalisme, alors en plein essor. Après être revenu au pays en 1926, il édite la première revue de poésie surréaliste japonaise « Fukuiku Taru Kafu Yo » (Chauffeur exquis) en 1927, puis un autre périodique « Shi ti Shiron » (Poésie et poétique), l’année suivante. Son compatriote Shūzō Takiguchi est probablement le plus connu des surréalistes japonais, adepte de l’écriture automatique. C’est un grand promoteur du surréalisme, traduisant Breton, organisant en 1937 l’exposition internationale du surréalisme dans les plus grandes villes de son pays avec le concours d’Éluard, Penrose et Hugnet, et c’est encore lui qui rédige la première monographie consacrée à Joan Miró (1940). Si vous êtes plus sensible à la peinture, jetez un œil aux œuvres de Harue Koga, bien que la parenté soit discutée entre le surréalisme occidental pictural et celui que pratique Koga, le chōgenjitsushugi, mais cette distinction me semble artificielle et être le fruit de têtes de zigotos qui ne parlent que par l’athée au riz. Quant à Noboru Kitawaki, on y retrouve dès ses débuts dans les années 30 la touche de Ernst et Dalí, et nous plonge dans un univers tout particulièrement onirique. A ce propos, une véritable démarche surréaliste est présente chez Yoshiharu Tsuge puisque certains de ses mangas sont des transcriptions de rêves, technique narrative qu’il entame en 1968 (mais cet auteur est malheureusement peu traduit en France).

Les tableaux de Frédéric…

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 mars 2014. dans La une, Arts graphiques

au musée Fabre de Montpellier

Les tableaux de Frédéric…

Bazille et l’absolue solarité de ses œuvres. Frédéric, « le » peintre d’ici – lumière, gens et paysages, odeurs et bruits… tout ce pays-ci, autour de Montpellier.

Quand on descend du Larzac austère et minéral, que la barre des Cévennes mystérieuses s’ouvre comme une promesse de Midi au « Pas de l’Escalette », que, passé Lodève enroulée sur ses vieux quartiers, la garrigue éclate de toutes ses senteurs, avec son chapeau de ciel bleu-labélisé Languedoc ; qu’on se demande à chaque tournant, si c’est Rome et son Latium, ou bien, un bout de Toscane qui s’annonce... Bref, quand on tombe amoureux – en se disant, que, mince, ça pourrait durer un brin – d’un paysage, d’un soir qui tombe « encigalé », de l’accent de la boulangère, là, dans ce vieux village ; quand Montpellier, la Région Languedoc-Roussillon – oui, rien que le nom, vous tourneboule un peu… – alors, il est temps d’entrer dans le musée Fabre, sur cette promenade douce et ses platanes au bord des fontaines, et de monter là-haut, dans les salles silencieuses, faire vos dévotions aux tableaux de Frédéric Bazille…

Tous les étés, dans cette vie de peintre si courte – arrêtée, comme un cri qui s’éteint, à 29 ans – il plantait son chevalet face à ces arbres, ce village, ce fleuve. Là, dans cette lumière. Bazille, c’était l’été, sa vie comme son œuvre. C'est pour toujours, l'été.

La peinture, il l’avait travaillée aux côtés de ces Renoir, Monnet et Manet – quand même ! Ils – dirait-on aujourd’hui – étaient de sa bande. L’ombre claire des jardins de celui-ci, et la robe de ces belles qui passe ; les reflets dans l’eau de celui-là, et ce vent léger dans l’olivier ; les murmures et les rires d’un temps qui nous semble perdu… quelque chose du bonheur, là-bas, au loin de la mémoire… Les tableaux de Frédéric sont partout dans le monde, mais ceux du musée Fabre sont – à mon avis – les plus émouvants, parce qu’ils vivent sous leur ciel, comme ces produits naturels précieux que voyager dérange. Le Lez et Méric – la maison de ses parents – ne sont-ils pas à deux pas, à trois grésillements de cigales…

Deux de ses toiles font partie de ces visites un rien rituelles, que je me plais à lui rendre. Plusieurs fois par an, je viens m’asseoir face à cette « Vue de village » qui fait face à « La toilette ». Un extérieur et un intérieur.

REFLETS DES ARTS Arts décoratifs : L’Art Nouveau

Ecrit par Johann Lefebvre le 08 mars 2014. dans La une, Arts graphiques

REFLETS DES ARTS Arts décoratifs : L’Art Nouveau

L’une des plus belles choses que nous pouvons envisager, parce que nous l’effleurons à de maintes reprises, parce que nous la réalisons parfois, mais hélas bien souvent pour une trop courte durée, c’est l’unité de l’art et de la vie. Tous les mouvements artistiques qui ont eu pour projet une telle fusion n’en sont pas revenus et ont implosé sous la pression des forces industrielles et par les contraintes dynamiques des rapports de classe.

L’Art Nouveau paraît aux yeux du monde dans sa forme la plus simple, comme commencement pratique de la théorie et matérialisation des croquis, mais néanmoins monumentale, en 1893, à Bruxelles, lorsque Victor Horta réalise l’Hôtel Tassel. C’est un édifice révolutionnaire pour de nombreuses raisons, d’abord dans l’agencement des pièces, brisant l’organisation typique des demeures bruxelloises : traditionnellement on trouve la porte d’entrée sur le côté de la façade, s’ouvrant sur un long couloir qui comme une coursive latérale permet d’entrer d’abord dans le salon, puis dans la salle à manger puis dans la véranda côté jardin, couloir généralement doté, au milieu de sa longueur, d’un escalier droit pour l’accès aux étages (1). Une telle organisation des pièces de vie fait que la salle à manger est relativement sombre, peu agréable à vivre. Victor Horta place la porte d’entrée au milieu de la façade, et le couloir, élargi en hall d’entrée, forme l’axe central de la maison séparant deux blocs parallèles, qui sont chacun sous un toit en bâtière. Le volume réalisé entre ces deux corps fait plus de cinq mètres de long, il est arrosé de deux puits de lumière qui illuminent la cage d’escalier principale (2) et une serre, il traverse la demeure et se termine par la salle à manger en abside. La façade de l’hôtel présente deux matières, pierre blanche et métal, distribuées de façon harmonieuse dans une logique de mouvement avec pour la pierre, des courbes et contre-courbes, et pour le métal, des poutrelles de fer et de fonte dans l’espace desquelles sont créées de vastes ouvertures afin de laisser entrer la lumière. Les fenêtres s’avancent sur l’espace extérieur (bow-windows) et forment des renflements courbes typiques de l’Art Nouveau (3). Au premier abord, quand nous sommes dans la rue face à cette façade, c’est avant tout le mélange de matière, pierre, métal, verre, qui surprend et se démarque des autres bâtisses ; la maçonnerie est discrète, voire élémentaire, et l’impressionnante rondeur centrale avançant vers nous vient capter la lumière par ses vitres grandioses. L’intérieur de la maison est constitué de tout un système décoratif habillant cette structure architecturale innovante, on y trouve des formes ondulantes, végétales, les colonnes d’acier sont comme de grosses tiges qui se subdivisent en leur partie supérieure ; il en est ainsi du pilier porteur de l’escalier, dont l’éclatement supérieur permet d’amorcer de nouvelles courbes formant des arcs pour rejoindre les autres piliers. Les ornements intérieurs prolongent les grandes lignes de soutien de l’édifice, les courbes horizontales au sol et verticales aux murs sont là pour entraîner, de manière centrifuge, un large mouvement qui fait naître la spirale de l’escalier…

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