Arts graphiques

Les Iapodes, un peuple antique méconnu

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 03 mai 2014. dans La une, Arts graphiques, Histoire

Les Iapodes, un peuple antique méconnu

Depuis le 15 mars et jusqu’au 8 septembre 2014, une très intéressante exposition a lieu à Lattes (la Lattara antique), près de Montpellier et de Palavas-les-Flots, au musée archéologique Henri Prades, sous la responsabilité de l’Agglomération de Montpellier. Regroupant des éléments en provenance du musée archéologique de Zagreb (Croatie), elle se prolongera au musée d’archéologie de Catalogne de Gérone du 19 septembre 2014 au 3 février 2015. Soit une démarche exemplaire, de type européen, qui a été reconnue d’intérêt national par le Ministère de la Culture et de la Communication, Direction Générale des Patrimoines, Services des Musées de France ; tout ceci ayant permis un soutien financier exceptionnel de l’État. L’objectif de cette exposition consiste à faire découvrir un peuple de l’Antiquité réellement méconnu, les Iapodes, dont l’aire géographique correspondit à peu près à la partie intérieure de la côte adriatique de la Croatie, et la période historique de développement au 1er millénaire avant J.-C.

Des panneaux écrits nous expliquent excellemment bien l’histoire de ce peuple. On ne connaissait jusqu’alors que très peu de choses sur lui – vivant dans les zones croates actuelles du karst. En réalité, essentiellement grâce à des fouilles archéologiques (avec des sites un peu comparables à ceux des oppida gaulois : Mazin, Prozor, Otocac, etc.) et à quelques mentions et récits par des auteurs grecs et surtout romains. Il s’agissait donc de ce qu’on nomme une civilisation de type « protohistorique », puisque si les Iapodes ne connaissaient pas l’écriture, des textes font allusion à eux. En fait, nous avions là des groupes culturels multiples, sans structure étatique, dont la culture se développa pendant l’âge du bronze (précisément à partir du XIIe-XIe siècles avant J.-C.), puis – vers la fin de leur développement civilisationnel – les tous débuts de celui du fer. Ce peuple correspondait en réalité à des éléments semi-Illyriens, ensemble de groupes de souche indo-européenne qui s’étendirent à la fois sur l’ouest de la Croatie (nos Iapodes, donc), la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, et le Montenegro de l’Albanie et du Kossovo d’aujourd’hui. Les archéologues associent d’ailleurs ces différents peuples (venant des plaines de Pannonie) à la culture de Hallstatt – ou premier âge du fer (les Celtes, ou culture de La Tène, correspondant au second âge du fer). Mais, attention, car, avec les Iapodes, rappelons que nous nous situons très largement dans le cadre de l’âge du bronze, sauf en fin de période. En tout cas, ce peuple connut son point culminant vers la fin du IXe siècle avant J.-C. Par la suite, il faut signaler leurs premiers affrontements avec les Romains au cours du IIe siècle. Puis, après quelques tentatives d’alliances du type « foedus » (vers le milieu du 1er siècle avant J.-C.), il y eut la conquête de leur territoire par Octavien, le futur empereur Auguste – en 35 avant J.-C. – avec l’assaut des remparts de Metulum.

REFLETS DES ARTS Sculpture : Camille Claudel

Ecrit par Johann Lefebvre le 19 avril 2014. dans La une, Arts graphiques

REFLETS DES ARTS Sculpture : Camille Claudel

Camille Claudel dès l’adolescence assure que la sculpture sera sa vie, tout comme elle soutient que son frère, Paul, sera poète. Elle ne sort pas les mains de la glaise et du plâtre, elle accapare son petit frère et sa petite sœur, qu’elle prend pour modèles pour des poses qui n’en finissent pas, et auxquels elle demande de l’aider pour le gâchage du plâtre ou pour la cuisson de ses œuvres. Son talent naissant est vivement soutenu par son père, alors que sa mère exècre cette occupation artistique. La famille Claudel habite à cette époque à Wassy-sur-Blaise : Alfred Boucher (1), qui demeure dans la région, est impressionné par le travail de la jeune fille qu’il montre à Paul Dubois, directeur de l’Ecole nationale des beaux-arts, en particulier un « David et Goliath » de toute beauté. Dubois, devant le travail impressionnant de Camille, se serait écrié : « Vous avez pris des leçons avec Monsieur Rodin ! » Mais non, Camille n’a même pas encore appris le dessin et le modelage, c’est une pure autodidacte dont les connaissances en anatomie sont limitées, et elle ne connaît rien de cet homme, Rodin.

A 17 ans, Camille parvient à convaincre son père d’installer la famille à Paris pour y suivre une formation qui lui permette de perfectionner son talent naissant : en effet, l’académie Colarossi dispose d’un atelier réservé aux jeunes filles, ce qui est une aubaine car il faut rappeler qu’à cette époque encore, les années 1880, les femmes ne peuvent pas intégrer l’Ecole des beaux-arts (2).

En 1883, Boucher, qui la soutient, la conseille et la corrige, doit partir pour l’Italie et demande à Rodin de le remplacer. Rodin se reconnaît, à la fois dans le style et dans l’exécution de la jeune femme et propose à Camille d’intégrer son atelier en 1885 en qualité de praticienne, fonction qui consiste à dégrossir la matière brute d’après une esquisse dessinée ou modelée et, après corrections du Maître, à polir l’ensemble. Les deux artistes se rapprochent, tant esthétiquement que sentimentalement, Rodin s’engage même à protéger Camille, exclusivement, choix confirmé dans une lettre d’octobre 1886 où il écrit : « Pour l’avenir à partir d’aujourd’hui 12 octobre 1886, je ne tiendrai pour mon élève que Melle Camille Claudel et je la protégerai seule par tous les moyens que j’aurai à ma disposition par mes amis qui seront les siens, surtout par mes amis influents. Je n’accepterai plus d’autres élèves pour qu’il ne se produise pas par hasard de talents rivaux, quoique je ne suppose pas que l’on rencontre souvent des artistes aussi naturellement doués ». Clairement, ils sont amants et leur fusion artistique fait que, sur certaines pièces, il est bien difficile de distinguer s’il s’agit de Rodin ou de Claudel, comme par exemple toute une série de couples enlacés qui sont des études préliminaires au fameux « Baiser » de Rodin mais qui présentent de fortes similitudes avec « Sakuntala » de Claudel (3) ou encore « La jeune fille à la gerbe » de celle-ci et « Galatée » de celui-là (4).

Reflets des arts : Dan23 : Express Yourself, Galerie Mathgoth

Ecrit par Sabine Vaillant le 12 avril 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : Dan23 : Express Yourself, Galerie Mathgoth

Dan23 franchit superbement le cap de l’expo solo avec « Express Yourself »à la galerie parisienne Mathgoth. La lumière de ses portraits ouvre l’espace autour de 3 séries révélant les thèmes qui l’ont pris par la main et entraîné dans la farandole de la création. Les rencontres fortes, les musiciens afro-américains et les anonymes.

Après La Tour Paris 13, le M.U.R Oberkampf, c’est de son atelier strasbourgeois, avec ses croquis et les objets de son quotidien d’artiste, que Dan23 interpelle le public et invite aux partages des émotions et de ses préoccupations citoyennes.

Il exécute ses portraits à l’aquarelle, une technique qu’il affectionne, marquant ainsi le monde du Street Art. Un peu « old school », selon lui, mais Dan23 assume en impulsant dans les regards force, énergie, profondeur.

Soul Rebe: une figure marquante, crayon et aquarelle

Old songs :une encre sur affiche marouflée sur bois raconte une très jeune fille au port de tête et au regard imposants

Breezin : la douceur et la légèreté nimbant une fillette, confiées à une plaque d’acier.

Ailleurs, les contrastes nés de fonds sombres et de visages où vibre la lumière narrent sa passion pour la musique.

Le kaléidoscopique poétique, lumineux et généreux des rencontres de Dan23, allume la pupille d’une énergie printanière qui ne demande qu’à se propager.

 

Galerie Mathgoth, 34, rue Hélène Brion, 75013 Paris, du 21 mars au 19 avril 2014, du mercredi au samedi, de 14 à 19 heures

Reflets des Arts Notes sur le surréalisme

Ecrit par Johann Lefebvre le 22 mars 2014. dans La une, Arts graphiques, Littérature

Reflets des Arts Notes sur le surréalisme

Topologie extérieure / Analysis extra situs

Le surréalisme, par ses acteurs et par les lieux où il surgit, est une internationale, à peu près au même titre qu’a pu l’être celle des situationnistes quarante ans après dans un projet où l’on retrouve des intentions et des pratiques comparables, avec néanmoins un groupe bien plus limité en nombre et une expérience plus courte.

Exemples à l’est et au Pays du Soleil Levant. I. « Alternative orange » en Pologne est un groupe fondé par le « Commander of the Festung Breslau », Waldemar Fydrych, qui dans les années 80 fait de l’opposition anti-communiste une activité sérieusement burlesque, dessinant des lutins sur les murs des villes, organisant des happenings joyeux, faisant des actions spontanées. La dimension contestataire s’imbrique ici dans une esthétique débridée, elle permet aux différentes mouvances de l’opposition politique polonaise de se reconnaître dans une série d’opérations critiques à l’égard de l’autorité du pouvoir qui est ridiculisé. Ce mouvement est probablement le dernier qui entre dans la définition du surréalisme, lequel est mort « officiellement » le 4 octobre 1969 sous la plume de Jean Schuster dans Le Monde avec son article qui signe la fin de la récréation, « Le Quatrième Chant ». II. Très proche de Breton et Éluard, l’artiste et critique tchèque Karel Teige est à l’origine d’un poétisme et d’un constructivisme très virulents : dès 1920, avec Jaroslav Seifert, qui sera lauréat du prix Nobel de littérature en 1984 (à 83 ans) et Vladislav Vančura, auteur du très étonnant roman « L’Été capricieux » (1926), Teige fonde le groupement d’avant-garde Devětsil qui s’articule autour de l’art prolétarien et du réalisme magique (1). Le manifeste de ce surréalisme tchèque est « Le constructivisme ou la liquidation de l’art » (1924), rédigé par Teige. III. J’ai un faible pour Andreï Platonov, écrivain russe qui s’apparente en bien des points au surréalisme, et dont l’essentiel de l’œuvre a été confisqué par le régime soviétique et n’a été découvert qu’à l’ouverture des archives littéraires du KGB dans les années 80. On y trouve une invention stylistique d’une richesse étonnante. IV. Au Japon, le surréalisme est présent dans de nombreuses activités artistiques. Le poète et aquarelliste Junzaburō Nishiwaki parcourt l’Europe dans les années 20, s’initie au modernisme littéraire (Joyce, Pound), et découvre le surréalisme, alors en plein essor. Après être revenu au pays en 1926, il édite la première revue de poésie surréaliste japonaise « Fukuiku Taru Kafu Yo » (Chauffeur exquis) en 1927, puis un autre périodique « Shi ti Shiron » (Poésie et poétique), l’année suivante. Son compatriote Shūzō Takiguchi est probablement le plus connu des surréalistes japonais, adepte de l’écriture automatique. C’est un grand promoteur du surréalisme, traduisant Breton, organisant en 1937 l’exposition internationale du surréalisme dans les plus grandes villes de son pays avec le concours d’Éluard, Penrose et Hugnet, et c’est encore lui qui rédige la première monographie consacrée à Joan Miró (1940). Si vous êtes plus sensible à la peinture, jetez un œil aux œuvres de Harue Koga, bien que la parenté soit discutée entre le surréalisme occidental pictural et celui que pratique Koga, le chōgenjitsushugi, mais cette distinction me semble artificielle et être le fruit de têtes de zigotos qui ne parlent que par l’athée au riz. Quant à Noboru Kitawaki, on y retrouve dès ses débuts dans les années 30 la touche de Ernst et Dalí, et nous plonge dans un univers tout particulièrement onirique. A ce propos, une véritable démarche surréaliste est présente chez Yoshiharu Tsuge puisque certains de ses mangas sont des transcriptions de rêves, technique narrative qu’il entame en 1968 (mais cet auteur est malheureusement peu traduit en France).

Les tableaux de Frédéric…

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 mars 2014. dans La une, Arts graphiques

au musée Fabre de Montpellier

Les tableaux de Frédéric…

Bazille et l’absolue solarité de ses œuvres. Frédéric, « le » peintre d’ici – lumière, gens et paysages, odeurs et bruits… tout ce pays-ci, autour de Montpellier.

Quand on descend du Larzac austère et minéral, que la barre des Cévennes mystérieuses s’ouvre comme une promesse de Midi au « Pas de l’Escalette », que, passé Lodève enroulée sur ses vieux quartiers, la garrigue éclate de toutes ses senteurs, avec son chapeau de ciel bleu-labélisé Languedoc ; qu’on se demande à chaque tournant, si c’est Rome et son Latium, ou bien, un bout de Toscane qui s’annonce... Bref, quand on tombe amoureux – en se disant, que, mince, ça pourrait durer un brin – d’un paysage, d’un soir qui tombe « encigalé », de l’accent de la boulangère, là, dans ce vieux village ; quand Montpellier, la Région Languedoc-Roussillon – oui, rien que le nom, vous tourneboule un peu… – alors, il est temps d’entrer dans le musée Fabre, sur cette promenade douce et ses platanes au bord des fontaines, et de monter là-haut, dans les salles silencieuses, faire vos dévotions aux tableaux de Frédéric Bazille…

Tous les étés, dans cette vie de peintre si courte – arrêtée, comme un cri qui s’éteint, à 29 ans – il plantait son chevalet face à ces arbres, ce village, ce fleuve. Là, dans cette lumière. Bazille, c’était l’été, sa vie comme son œuvre. C'est pour toujours, l'été.

La peinture, il l’avait travaillée aux côtés de ces Renoir, Monnet et Manet – quand même ! Ils – dirait-on aujourd’hui – étaient de sa bande. L’ombre claire des jardins de celui-ci, et la robe de ces belles qui passe ; les reflets dans l’eau de celui-là, et ce vent léger dans l’olivier ; les murmures et les rires d’un temps qui nous semble perdu… quelque chose du bonheur, là-bas, au loin de la mémoire… Les tableaux de Frédéric sont partout dans le monde, mais ceux du musée Fabre sont – à mon avis – les plus émouvants, parce qu’ils vivent sous leur ciel, comme ces produits naturels précieux que voyager dérange. Le Lez et Méric – la maison de ses parents – ne sont-ils pas à deux pas, à trois grésillements de cigales…

Deux de ses toiles font partie de ces visites un rien rituelles, que je me plais à lui rendre. Plusieurs fois par an, je viens m’asseoir face à cette « Vue de village » qui fait face à « La toilette ». Un extérieur et un intérieur.

REFLETS DES ARTS Arts décoratifs : L’Art Nouveau

Ecrit par Johann Lefebvre le 08 mars 2014. dans La une, Arts graphiques

REFLETS DES ARTS Arts décoratifs : L’Art Nouveau

L’une des plus belles choses que nous pouvons envisager, parce que nous l’effleurons à de maintes reprises, parce que nous la réalisons parfois, mais hélas bien souvent pour une trop courte durée, c’est l’unité de l’art et de la vie. Tous les mouvements artistiques qui ont eu pour projet une telle fusion n’en sont pas revenus et ont implosé sous la pression des forces industrielles et par les contraintes dynamiques des rapports de classe.

L’Art Nouveau paraît aux yeux du monde dans sa forme la plus simple, comme commencement pratique de la théorie et matérialisation des croquis, mais néanmoins monumentale, en 1893, à Bruxelles, lorsque Victor Horta réalise l’Hôtel Tassel. C’est un édifice révolutionnaire pour de nombreuses raisons, d’abord dans l’agencement des pièces, brisant l’organisation typique des demeures bruxelloises : traditionnellement on trouve la porte d’entrée sur le côté de la façade, s’ouvrant sur un long couloir qui comme une coursive latérale permet d’entrer d’abord dans le salon, puis dans la salle à manger puis dans la véranda côté jardin, couloir généralement doté, au milieu de sa longueur, d’un escalier droit pour l’accès aux étages (1). Une telle organisation des pièces de vie fait que la salle à manger est relativement sombre, peu agréable à vivre. Victor Horta place la porte d’entrée au milieu de la façade, et le couloir, élargi en hall d’entrée, forme l’axe central de la maison séparant deux blocs parallèles, qui sont chacun sous un toit en bâtière. Le volume réalisé entre ces deux corps fait plus de cinq mètres de long, il est arrosé de deux puits de lumière qui illuminent la cage d’escalier principale (2) et une serre, il traverse la demeure et se termine par la salle à manger en abside. La façade de l’hôtel présente deux matières, pierre blanche et métal, distribuées de façon harmonieuse dans une logique de mouvement avec pour la pierre, des courbes et contre-courbes, et pour le métal, des poutrelles de fer et de fonte dans l’espace desquelles sont créées de vastes ouvertures afin de laisser entrer la lumière. Les fenêtres s’avancent sur l’espace extérieur (bow-windows) et forment des renflements courbes typiques de l’Art Nouveau (3). Au premier abord, quand nous sommes dans la rue face à cette façade, c’est avant tout le mélange de matière, pierre, métal, verre, qui surprend et se démarque des autres bâtisses ; la maçonnerie est discrète, voire élémentaire, et l’impressionnante rondeur centrale avançant vers nous vient capter la lumière par ses vitres grandioses. L’intérieur de la maison est constitué de tout un système décoratif habillant cette structure architecturale innovante, on y trouve des formes ondulantes, végétales, les colonnes d’acier sont comme de grosses tiges qui se subdivisent en leur partie supérieure ; il en est ainsi du pilier porteur de l’escalier, dont l’éclatement supérieur permet d’amorcer de nouvelles courbes formant des arcs pour rejoindre les autres piliers. Les ornements intérieurs prolongent les grandes lignes de soutien de l’édifice, les courbes horizontales au sol et verticales aux murs sont là pour entraîner, de manière centrifuge, un large mouvement qui fait naître la spirale de l’escalier…

Le cri du silence

Ecrit par Jean-François Joubert le 08 mars 2014. dans Ecrits, La une, Arts graphiques

Le cri du silence

Une rencontre sur la toile, Lemmy Gonthier, artiste peintre, et mes mots se font pinceau, son art m’apaise, de quoi s’agit-il ? Une exposition, à la lumière noire, un réflexe visuel du vieux photographe que je fus, yeux perçant derrière mon clavier, ce visage m’inspire, perçons le mystère de cette toile de caractère.

Un portrait, un regard, une tache d’huile sur le vinaigre des vies bien rangées, ce cri est un silence que Lemmy lance au monde, regardez-moi, je vis ! Je suis franc O.K, lecture A de l’œil gauche, claire douleur d’être unique, un, d’avoir un monde, une vision, ce K.O, attention ne dormez pas ! Ouvrez les yeux et devinez ce que je pense, vous qui noyez votre panse dans le champagne, je peints sans pinceau, vous qui vous pincez d’hypocrisie d’ordre social, affrontez ma face obscure, quoi qu’entends-je, je vous trouble, trublions de la vie dansez sur ma couleur, noir, une note du piano du désespoir d’être né au sein du berceau de l’Humanité quand le H pas le hash faisait l’Histoire, noyez vos chagrins d’amour sous la pluie de mon humeur, pas mon désespoir de penser en mode couleur. Certes, je n’ai pas de cheveux mais j’aime les chevaux, pas le moteur de ma vie, mais dans une folle course vers ce mot, ce noble mot, sans sens où au sens du sang, ma vie vaut quoi, le prix d’une assurance ? Le prix d’une conscience, regardez-moi, je ferme ma gueule mais je dégouline de honte d’observer mes confrères, mes consœurs, unité dans le sexe, pornographe, phonographe, le son à la Brassens, censuré que je suis car je choque vos nuits, chevreuil, chevreaux laids, j’utilise un mauvais jeu de maux pour que vous réagissiez à ma profession de foi, votre organe de vie, votre essence, votre automobile, votre confort sont un excès de zèle, ou de flatulence nuisible à la Terre ferme de mes nuits blanches, version Saint-Pétersbourg et je jette la Lettre « L » avide d’amour et de ce désir de lutter sans heurter, juste pour conserver le droit de… de : « respirer votre air, ma belle et douce pluie, celle qui vous offense » ! De mauvais augure, j’annonce votre fin, ma faim, celle de mon lointain passé d’esclave moderne, depuis que le monde est commerce, je noie ma peine à vous expliquer le mode d’emploi en termes chinois, l’envers du décor, coi, entendez ce silence, écoutez mon regard muet, il est torture, piège à six rênes et je meuble votre vide, je meuble vos maux, je ne souffre pas d’être l’image de mon cœur, mauve roi, au royaume des songes je suis votre frère mais au fond vous avez peur de mon cri, si clair, et obscur, Rembrandt à mes heures…

Munch, Miro, Picasso, trois hommes dans mon bateau

Ecrit par Luce Caggini le 22 février 2014. dans Ecrits, La une, Arts graphiques

Munch, Miro, Picasso, trois hommes dans mon bateau

Quel étrange fait !

Ces peintres qui veulent magnétiser les pauvres petits apprentis de mon genre, à la manœuvre durant les nuits ; leurs images se chargent en vibrations, leurs tableaux tressautent, leurs voix sans intonation à ma grande surprise perdent un temps sur les mots et les couleurs. Parmi mes mémoires, incomparables furent mes émotions à peindre et à aimer. Je me souviens avoir visité certaines cathédrales et voir miraculeusement accrochée une de mes toiles dans la pénombre des voûtes sacrées lumineusement emmenée dans un « Miserere » avec Gregorio Allegri, à peine murmuré.

Une idée, toujours la même, ne cessait de me traverser de part en part, mettant en jeu des rondes et des ondes de joies bénies avec les couleurs des soieries dansantes de la Renaissance.

Et j’entendis le Cri, tous les Cris de tous les Mozart, de toutes les révoltes, de tous les enfermements, de toutes les voûtes, des ors et des pierres écrasés, des pigments saccagés parce que le Haut et le Bas simultanément avaient transformé une question en réponse.

Il suffisait de déplacer les voûtes et les ombres, dormir les yeux ouverts, inhaler le ciel, secouer ses semelles, écouter son propre silence pour regarder la peinture.

Entendre mes favoris me donna le ton des bénéfiques voies dont Miro fut le maître en bleu et rouge.

Reflets des arts … « Opposition »

Ecrit par Sabine Vaillant le 22 février 2014. dans La une, Arts graphiques

Galerie Mathgoth, 34, rue Hélène Brion Paris XIIIè

Reflets des arts … « Opposition »

Mathilde Jourdain a convoqué, pour sa nouvelle exposition, l’imaginaire de neuf artistes avec une règle pour tous : deux œuvres de format identique, l’une devant répondre à l’autre tout en s’y opposant et chacune des pièces pouvant exister seule. Ainsi est née Opposition, exposée à la galerie Mathgoth jusqu’à la fin de ce mois de février.

Le concept a été visité et ciselé par chacun des artistes nés entre 1947 et 1985, issus de pays variés, et aux styles personnels marqués. Le résultat se lit avec fluidité. Les univers de tous ces artistes cohabitent dans un bel ensemble où toutes les singularités s’expriment avec clarté.

Ainsi avec ses deux toiles Thorough Margins et Crystal Terrain, l’artiste danois Morten Andersen livre ses formes brutes enchâssées dans un maillage géométrique ponctué de couleurs vives.

Jean Faucheur offre deux Evidence. Derrière les bulles noires de l’une se laisse deviner un visage furtif, tandis que le portrait en blanc souligné de noir de l’autre ne laisse aucun doute sur l’identité du personnage qui l’habite.

L’artiste norvégien Anders Gjennestad, STROK de son nom de rue, pour sa première fois en France, réalise Heads et Tails, pochoirs sur bois, au jeu des ombres subtil.

Gérard Zlotykamien, Zloty, signe ses « Ephémères », l’un reconnaissable entre tous et l’autre, son ombre, présence muette, symbole de disparition.

Sans plus attendre, donnez rendez-vous à vos pupilles devant les œuvres des neufs pointures du street-art. Qu’elles captent l’énergie qui manquent à l’hiver !

Reflets des arts : Frédéric…

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 février 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts  : Frédéric…

Mon cher voisin ! Frédéric, inhumé à deux pas de chez moi, à Montpellier, au cimetière protestant, dans la forêt des cyprès bleus… ce jeune, presque un gamin, un peu le nôtre, mort à 29 ans, à la guerre… fait partie de « mon » Montpellier, depuis qu’il y a plus de 10 ans, maintenant, j’y pose souvent mon sac dans son midi à lui.

Frédéric Bazille, mon peintre préféré, je crois ; celui, en tous cas, vers qui je cours, plusieurs fois l’an, au musée Fabre, mais aussi, au coin de la Grand rue, face à ce trompe-l’œil qui habille un pan de sa maison, où on le voit, peindre au soleil, et puis, bien sûr, dans les jardins du domaine de Méric, au bord du Lez, à deux stations de tram, dans cette campagne Montpelliéraine à la lumière unique…

Frédéric, et ses tableaux ! je vous en parlerai bientôt, mais, sa vie ! une trajectoire-type de l’époque, un peu à la Balzac, beaucoup à la Zola, mais pas facette Assommoir ; un chemin de sa province au Paris de la création du XIXème siècle, qui croisa tous ceux qu’on aime, peintres, mais aussi écrivains, qui vécut « la bohème » de toutes les chansons, fut de l’aventure de la couleur et de la forme, et – ce n’est pas mineur – nous laissa des lettres à ses parents, par exemple, qui nous parlent, car ce sont les mails de nos enfants, hier…

Né en 1841, dans ce Montpellier d’avant les grandes vignes, et d’avant « la surdouée » de Frêche. Famille protestante, retenue, plus qu’austère, vivant à l’aise dans un hôtel particulier de la Grand Rue de l’Ecusson. Du bien – beaucoup, au soleil ; un grand domaine – Méric – aux jardins bordant le vert du Lez, surplombé par les pierres chaudes du vieux village (il a si peu changé) de Castelnau-le-Lez. Ce Languedoc de « terres presque latines, de rire grave, de sérénité », dira Gide…

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