ARTS - Le cadeau dans la peinture

Ecrit par Yasmina Mahdi le 17 décembre 2016. dans La une, Arts graphiques

ARTS - Le cadeau dans la peinture

La représentation du cadeau est ancienne, celle du don plus exactement, comme en témoignent les nombreuses œuvres d’un des épisodes religieux du Christianisme, celui de La Nativité. Le cadeau se fait offrande dans la merveilleuse peinture de Sandro Botticelli, réalisée vers 1475, L’Adoration des mages. Les personnages aux attitudes gracieuses semblent se découper tant la rutilance des couleurs ensoleillées et des apparats de leurs costumes Renaissance est grande. Les présents apportés par Melchior, Gaspard et Balthazar – l’or, la myrrhe et l’encens – sont enfermés dans des contenants précieux, afin d’être déposés aux pieds du Christ, mais presque dérobés aux regards. Dans le thème identique traité par Albrecht Dürer, daté de 1504, l’attention se porte immédiatement sur les messagers venus d’Orient et leurs cadeaux royaux en mains, faisant de ces objets exceptionnels des sujets à part entière. Dans le chef-d’œuvre du flamand Hugo van der Goes, peint vers 1470, le présent royal, posé sur une pierre, figure au premier plan une coupe ouverte comme s’épanchant vers le spectateur, vers laquelle l’enfant Jésus coule un regard. Cercles de dévotion et d’humanité vibrante.

Aux trésors des Rois mages se substituent des cadeaux plus simples destinés aux enfants. Le cadeau devient profane lors de La Fête de la Saint-Nicolas, dans cette scène immortalisée par Jan Steen, vers 1665-1668, d’une Joyeuse famille, d’ailleurs illustration d’un dicton néerlandais. L’ambiance, déjà bourgeoise, épicurienne, symbolise tout autant une certaine aisance, une certaine liberté des faits et gestes, qu’une morale sous-jacente. La petite fille semble se détourner de sa mère, après avoir reçu une poupée et un seau empli de confiseries, un des fils pleure, contrarié et frustré, d’où la chaussure sans cadeau jetée au sol, avec une badine à l’intérieur (l’attribut du Père Fouettard). Une corbeille de gâteaux et de fruits est posée négligemment à terre, près de quelques bris de noix. S’agit-il de la signification du gaspillage, de l’égoïsme, de l’individualisme dans la sphère domestique, entre les relations familiales ?

L’installation de la bourgeoisie au pouvoir apporte des changements profonds des rites et des coutumes ; la peinture s’en ressent. Henri Jules Jean Geoffroy (1853/1924), nommé « peintre de la maladie et de la misère » sous la troisième République, occupé de sujets laïcs, nous transmet ce tableau noir et gris d’écolières et d’écoliers en sarraus, L’arbre de Noël. Des femmes et des hommes du peuple ainsi que leurs enfants se regroupent sous un sapin de Noël, esquissé de moitié en angle. La classe laborieuse se trouve réunie sous une couronne de ramures décorées : célébration de la vertu et de la bonté des gens simples ou bien permanence et respect de la tradition – un certain conformisme (?) Saint-Nicolas, patron des enfants et de plusieurs corporations (prisonniers, avocats, boulangers, mariniers, etc.), a un trait commun avec le père Noël, celui de la distribution de cadeaux. Le père Noël, personnage folklorique et archétypal, dans son traîneau, syncrétiserait la migration américaine, par ailleurs figure riche d’emprunts antiques et païens. John Tenniel fut en 1850 le premier à le représenter, bravant le froid, sa carriole et sa hotte chargée de sapins et de jouets.

L’artiste suédois, Carl Olaf Larsson (1853/1919) a sans doute influencé une partie de la peinture américaine. Par exemple, dans l’apparition très moderne de cette petite fille vêtue de rouge. La fillette se glisse dans l’habit grenat du père Noël (et de St-Nicolas), coiffée d’un bonnet d’hiver, les pieds chaussés de peaux fourrées. L’enfant, souriante, exhibe trois pommes surmontées de bougies allumées, telle une fée de lumière, et un panier vert de ces mêmes fruits, prêts à être distribués. Allégorie de l’altruisme et de la générosité. Norman Rockwell (1848/1978), qui en retour puise également dans le naturalisme lyrique européen, compose le Merry Christmas, Grandma... we came in our new PLYMOUTH ! La famille devenue citadine est chargée de cadeaux provenant des grands magasins : c’est la société de consommation et de l’anonymat des années 40/50. Cette famille nucléaire se tient de façon explicite à l’intérieur du cercle du tapis de l’entrée, devant l’escalier. Ce thème de Noël se resserre sur le pouvoir d’achat familial et souligne une certaine prospérité économique.

Dans une autre image de Rockwell, le facteur a remplacé le père Noël et s’apprête à répartir le courrier. Des flocons tombent sur le bonhomme en uniforme, cartes de vœux en main, paquets enveloppés de papiers colorés et enrubannés portés dans le dos, poursuivis par des enfants à la joie tonitruante, riant, courant, accompagnés d’un chien domestique. L’explicite d’une représentation quasi publicitaire, a fait place aux signes mystérieux de la venue des Rois mages. Ailleurs, Rockwell peint un père Noël sacralisé, une auréole au-dessus de la tête, qui brandit un livre intitulé Boys & Girls – une possible interprétation de la Bible à l’usage des enfants – devant un frère et une sœur. Les enfants semblent quasi jumeaux, vêtus de blanc tels deux angelots, en proie à une vénération devant le vieux barbu qui dessine dans l’air, à la plume d’oie, les jouets promis. Cadeaux tournoyants, pas encore matérialisés. L’unicité du cadeau précieux a disparu, la fabrication de masse a produit des millions d’exemplaires d’objets identiques et manufacturés. Ce rendement à grande échelle a-t-il transformé l’essence du désir ? Les peintres et les illustrateurs permettent peut-être par la puissance de leur style à créer l’illusion magique du bonheur.

A propos de l'auteur

Yasmina Mahdi

Rédactrice

Yasmina MAHDI, plasticienne d'origine franco-algérienne, titulaire d'un DNSAP des Beaux-Arts de Paris et d'un DEA d'Etudes Féminines de l'Université de Paris 8 ainsi que d'un corpus de 4 années de thèse sur le cinéma français

A dirigé la Revue universitaire Parallèles et Croisées

Dernières expositions : Faculté des Lettres de l'Université de Limoges, MJC La Souterraine Achat 2009 de l'Artothèque du Limousin (FRAC)

Dirige un atelier d'Arts plastiques à l'Université de Limoges

 

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    17 décembre 2016 à 13:31 |
    Saint Nicolas - fêté dans tous les pays germaniques (Alsace comprise) le 6 décembre - EST le père Noël : Sankt Nikolaus = Sinterklaas (néerlandais) = Santa Klaus = en anglais la traduction exacte de "Père Noël"!

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