Reflets des arts : Du paysage à l’architecture

Ecrit par Yasmina Mahdi le 05 mars 2016. dans La une, Arts graphiques

Exposition Nathalie Hugues à la galerie Duboys

Reflets des arts : Du paysage à l’architecture

La production de la jeune Nathalie Hugues (née en 1981, formée aux Beaux-arts de Marseille), s’aborde de façon directe, frontale. L’agencement sur les murs de la galerie Duboys (tenue par Nathalie Duboys de Labarre et Thierry Diers) permet de voir d’emblée le travail de N. Hugues, la composition, les touches d’une matière fluide qui s’ébauchent parfois en jus, matière et jus qui forment une alliance de très longue date. Cette exposition donne l’impression de quelque chose de sobre, sans prétention, mais emplie de fraîcheur, de spontanéité, grâce sans doute à une certaine jeunesse d’expression ; vive et parfois ténébreuse – ce que je pourrais appeler un printemps enténébré.

L’on déambule dans des paysages vides, élaborés sous une forme classique, où peut se narrer une histoire, se greffer un imaginaire. S’agit-il d’un rappel du paysage à la française entre champs et vallons, tout en retenue, d’un jardin, d’un parc, à la fois cultivés et sauvages ? D’espaces laissés à l’abandon ou en jachère ? Nous nous promenons entre des prés où gisent ça et là, un bloc de béton, quatre marches de pierre, des barques amarrées sur de l’eau noire, opaque, aux lumières abstraites, et assistons à une explosion entre deux palmiers. Pas de personnages, juste un fond, un espace vacant, quelques collines basses qui délimitent un ciel sans soleil, et des coulures qui soulignent l’inachevé. Du vert sombre, du vert émeraude au vert printemps, une déclinaison de verts se juxtaposent au gris de Payne.

Des fanions colorés, une banderole, tel un cordon de départ d’un rallye, traversent une sorte de scène de théâtre de tréteaux. Ces petits drapeaux de fête populaire scandent en taches colorées la gamme chromatique des camaïeux de verts. L’abandon et la solitude semblent être le thème principal de ces fragments de paysages, d’extérieurs (sur papier et sur toile), thème confirmé par certains titres : Après inondation, Inondation, etc. Thème également présent dans Le grand saut, au tremplin vide. Tout est déserté, de la nature aux modestes maisons de vacances fermées, sous une lumière égale – « une lumière inhumaine » selon Marguerite Duras, sans hiérarchie.

Les lieux sont exempts de personne humaine ou animale. Nous sommes au seuil de la dévastation. L’épure, la forme délavée corroborent ce climat, en dépit de couleurs plus tendres, rose ou vert amande, menacé par l’avancement des eaux ou l’éboulis. Et là, près du Lac (huile sur papier), un drame caché se vit peut-être, tout comme lors de la promenade vespérale de Guy de Maupassant, en barque, où soudain, l’eau du lac se fait compacte, dangereuse, proche de la mort. Pour finir, citons le grand auteur et ami de Flaubert : « La rivière n’a que des profondeurs noires où l’on pourrit dans la vase. […] Je me figurais qu’on essayait de monter dans ma barque que je ne pouvais plus distinguer, et que la rivière, cachée par ce brouillard opaque, devait être pleine d’êtres étranges qui nageaient autour de moi ».

 

Galerie Duboys, 6 rue des Coutures St-Gervais, 75003 Paris

M° St-Sébastien Froissart/St-Paul

Bus : 20, 29, 65, 67, 69, 75, 76, 96

Station vélib : 22 rue de la Perle

du mercredi au samedi de 14h30 à 19h

A propos de l'auteur

Yasmina Mahdi

Rédactrice

Yasmina MAHDI, plasticienne d'origine franco-algérienne, titulaire d'un DNSAP des Beaux-Arts de Paris et d'un DEA d'Etudes Féminines de l'Université de Paris 8 ainsi que d'un corpus de 4 années de thèse sur le cinéma français

A dirigé la Revue universitaire Parallèles et Croisées

Dernières expositions : Faculté des Lettres de l'Université de Limoges, MJC La Souterraine Achat 2009 de l'Artothèque du Limousin (FRAC)

Dirige un atelier d'Arts plastiques à l'Université de Limoges

 

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.