Reflets des arts : La Galerie La Poissonnerie à Marseille présente « Histoires d’Hommes »

Ecrit par La Rédaction le 23 mai 2015. dans La une, Arts graphiques

Françoise Sémiramoth (dessins), Françoise Donadieu (textes et lecture), Christophe Labas-Lafite (lecture), Exposition du 30 Mai au 12 Juin 2015

Reflets des arts : La Galerie La Poissonnerie à Marseille présente « Histoires d’Hommes »

Avant propos

Françoise Sémiramoth (plasticienne), Françoise Donadieu (écrivain), deux artistes échangent et partagent leurs visions de l’homme, des hommes, à travers leurs pratiques artistiques. Françoise, du latin francus : de condition libre. Deux femmes libres s’interrogent et nous interrogent.

J’ai rencontré Françoise Sémiramoth dans son atelier, à Marseille, l’été. Chape de chaleur sur la ville calcaire : une lumière blanche, perçante, qui met à nu, lorsqu’on y prête attention en marchant dans la ville, les contours des hommes et des femmes qui l’arpentent. Marseille, ville du sud, déjà un peu ailleurs : en descendant du train de Paris, apparaît si clairement la mouvance des corps : les prémisses d’une mise en scène des genres, déjà écrite. Les stéréotypes se questionnent alors là-bas, ici, partout. Dans Histoires d’hommes, c’est la condition masculine qui est visitée. Les hommes rediscutés. Les hommes fantasmés.

« Madame Bovary, c’est moi » « Tu seras un homme, mon fils » : ces formules, devenus des poncifs, nous accompagnent et forgent aussi nos représentations : un homme ne pleure pas, un homme est fort, un homme est musclé, un homme est un homme. Il ne s’habille pas en fille, il est plein de sa virilité, celle qui le définit. Et pourtant, Françoise Donadieu autorise ici une autre parole : celle de l’homme qui joue. Il jouit de prendre son pouvoir en vivant concrètement son ambivalence dans Some like it hot : « J’adore les belles matières, la soie, le satin, la dentelle et les sentir sur moi, un voile sur ma peau, la douceur du nylon gainant mes jambes épilées ».

Finalement la femme libre est neuve. Elle s’amuse des codes : elle jouit des combats de ses mères, et pourtant au quotidien elle se bat et sa place est encore à défendre, à imaginer. Quelques décennies en arrière, sexe, argent et même tenue vestimentaire ne se discutaient pas – ne se choisissaient pas. Qu’en est-il de l’homme aujourd’hui ? Et de ses choix ? Si la femme est aussi guerrière, forte, libre, indépendante… est-ce que l’homme peut minauder, choisir sa posture, voguer dans l’ambivalence ? Aujourd’hui l’espace des possibles est ouvert et vertigineux : il se mène des luttes ouvertes, mais au quotidien l’interrogation des places et des rôles se poursuit de manière subtile et continue.

Dans Histoires d’hommes, l’idée n’est pas d’être contre mais ensemble, et de cheminer vers une interrogation commune. La posture, l’imposture : que nous montrent ces hommes ? La matière et le texte les interprètent. Certains jouent, d’autres rêvent, frappent, souffrent, et mettent leurs corps en scène. La masculinité est examinée le long du plaisir solitaire, de la violence à l’embrasure de la folie, de la jungle, du combat, de la guerre, de la vieillesse, et toujours : de l’amour.

Françoise Sémiramoth travaille la réinterprétation d’images à partir d’échos de films, de photos, et fait rejouer des scènes à ces hommes, tels qu’elle les ressent. En inscrivant la récurrence végétale à travers les planches – la luxuriance de la jungle est aussi écho de la terre d’origine – elle tisse en filigranes cette figure de l’homme ancré dans des contextes géographiques différents. En regardant l’homme de So What ? peut se dégager l’ombre de la jeune femme dans Je suis comme je suis, de Prévert. Cet homme qui est homme, a-t-il le droit de se travestir ? De jouer les pépées ? Les hommes que l’on côtoie, que l’on aime, que l’on attend, que l’on pleure, que l’on ne comprend pas, que l’on cherche… Sont ici des hommes que l’on fantasme, que l’on « triture ».

Image et texte se complètent pour proposer un regard : l’alliance de deux visions. Que cherche Le jeune homme et son chapeau ? Si l’encre nous dessine un mystère, l’écriture adjacente raconte un parcours : en quelques lignes, nous nous saisissons d’une histoire parmi milles autres encore possibles. Inspirées de ce qu’elles sont, artistes, femmes, mères, amantes, sœurs : Françoise Sémiramoth et Françoise Donadieu créent. Elles posent leurs décors pour ensuite se proposer leurs visions plastiques et textuelles… Et nous les racontent. Que voyez-vous ? Que lisez-vous ? Quels mots viennent dans votre esprit pour traduire ces hommes qui jouent, et qui sont ?

Laura Maclet

 

Madame Bovary, c’est moi. Pour la plupart de ceux qui ont interprété cette phrase, c’est la preuve qu’un grand écrivain comme Flaubert est capable de se mettre dans la peau d’une femme. Et le personnage qu’il a créé est reconnu comme un type féminin d’une vérité incontestable. Je pense tout le contraire. Par cette phrase, Flaubert révèle, avec une honnêteté intellectuelle que d’autres devraient imiter, ce qui fait la vérité de ce personnage : c’est qu’il a été nourri de ce que son auteur connaît le mieux, non pas le féminin mais lui-même. Comment, en effet, un homme peut-il savoir ce que pense ou ressent une femme, comment elle aime ou jouit, alors qu’il n’a aucune expérience intérieure du rapport que la femme entretient avec son corps, avec la société et plus largement avec le monde, rapports qui lui ont été massivement imposés de l’extérieur pendant des siècles. Qu’il puisse exprimer ce qui leur est commun, l’humain, n’est pas contestable mais s’il prétend connaître ce qui est la spécificité du féminin, il ment. Ou alors, il n’y a pas de spécificité du féminin, pas de spécificité du masculin ; ce que je ne crois pas. En tout cas, c’est une question ouverte et c’est la question qu’il faut se poser. Ce que je crois, c’est qu’il faut interroger la construction du féminin et du masculin par la culture qui nous a formés et qu’il faut travailler sur les représentations que cette culture nous transmet. Or, pour un écrivain en particulier, ce sont les textes – ceux de Flaubert compris ! – qui disent ce qu’est un homme ou une femme et on ne doit pas les tenir pour dépositaires d’une révélation essentielle, mais comme la vision particulière de tel ou tel auteur connu. Ou anonyme puisque les mots qui nous instruisent ne sont pas seulement ceux qui ont été estampillés par la grande littérature. Je suis incapable de me mettre dans la peau d’un homme, en conséquence aucun des textes regroupés sous le titre Histoires d’hommes ne prétend atteindre à la réalité d’une expérience masculine ; ils expriment d’abord des émotions que tout être humain peut ressentir mais ils sont aussi des bricolages de textes qui font parler des hommes : scénarios de films, polars, blues, lettres, témoignages, poèmes, récits ou romans en tous genres, etc…

Françoise Sémiramoth travaille sur des images qu’elle réinterprète, je travaille sur ces images à partir de « clichés » que les mots ont fabriqués et que chacun (et chacune en tant que mère, sœur, amie, amante d’un homme) pourra confronter à sa propre vérité.

Françoise Donadieu

 

« Ma petite poule ma cocote

Mon bébé à moi

Mon amour toujours mon amour

J’aspire ton souffle

Je bande

Comme avant

Comme adolescent

Comme la première fois

À la seule pensée de ton cul

Un gros cul rond porté fringant

À la seule pensée de tes seins

Tes petits seins durs sous ma caresse

Je bande

Comme à la vue des jeunes filles

Maintenant

Qui tortillent leurs culs devant moi

Et me regardent en riant

Et je leur ris aussi au visage

Heureux de leur beauté et qu’elles me voient encore

Un homme qui bande pour elles

Qui rêve de leur chevelure sauvage

De leur parfum d’épices douces

C’est toi que je vois la jeune fille

Ma jeune fille toujours ma jeune fille

Les oiseaux de paradis nichent dans tes cheveux

Ils scintillent piaillant en couleurs explosives

Je ferme les yeux et j’avale ton souffle

Je vis de toi

Ma cocote mon amour… »

(extrait du texte Les amoureux de Françoise Donadieu)

 

« Histoires d’Hommes »

Exposition du 30 Mai au 12 Juin 2015

Vernissage Samedi 30 Mai à partir de 18h30

Lectures des textes de Françoise Donadieu

du lundi au vendredi de 16h à 19h et sur rendez-vous

La Poissonnerie, 360 rue d’Endoume 13007 Marseille

tèl : 06 13 14 68 35

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site : www.wix.com/lapoissonnerie/galerie

http://www.saatchi-gallery.co.uk/dealers_galleries/Gallery/dg_id/20902

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