Reflets des arts : Rothko : Une longue route vers le calvaire

Ecrit par Luce Caggini le 04 janvier 2016. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : Rothko : Une longue route vers le calvaire

Mémoire du temps où même les mages n’avaient aucune idée de ce qui se passait derrière les ors pâles, les rougeoiements, les quiétudes affichées, les sédiments de feu, la limpidité, les rebondissements d’un univers jamais sûr de son origine, aucune idée de la désinvolture d’une sagesse alignée, témoin d’un bouleversement où comme le Temps ne partant jamais de rien ou de nulle part, chacun de nous transite de rebondissement en rebondissement, avec à chaque étape, une nouvelle question en devenir.

Un temps où Yellow Over Purple 1956 magnifiait descentes de croix et mises au tombeau qui inspiraient unanimement la même émotion dans des lieux visités par ceux partis dans les mystères d’une foi sans règne et sans rituel.

Tout commence quand trois sorciers aux idées baladeuses se prenant pour des géographes de notre siècle se laissèrent porter sur les flots de la Dvina. Là, il s’acheminèrent à grandes enjambées vers les frontières floues d’un artiste entré dès son plus jeune âge dans une magnifique imprudence où les dieux et les déesses imitaient les hommes sans en vivre leurs amours.

Dès qu’ils comprirent l’âpreté du climat maléfique, oublieux de leur mission dans un même élan, ils détalèrent en gémissant contre Poséidon qui les avait mis en état de confusion mentale.

Pour Marcus Rothkowitz parti de Dvinsk avec sa langue russe, chantant en yiddish, ses petits rouleaux sous le bras, c’était consentir aux larmes qui diront que la race de vos vieux n’a pas failli, que vous êtes de la race de rois porteurs de sceptre nourris par Zeus car jamais lâches n’ont nourri de tels hommes.

Paraître en maître d’un art fut le pari sanglant d’un homme ordinaire qu’un chemin impérieux transforma en maître de l’art d’une muse de tragédie grecque. Agamemnon mit toute sa puissance dans un jeu de chef rusé mais son destin joua le rôle d’un impatient artiste à devenir vieux et sage.

Un lumineux Rothko c’est un moment d’éblouissement mais c’est aussi un éclatement de poussières de son sacrifice pris dans le temps d’un artiste déterminé à faire son testament.

Avoir un tableau de Rothko devant soi c’est être pris dans le relais d’une page d’un mystérieux reliquaire mis dans les mains d’un enfant relisant son conte de fées avec toujours le même étonnement.

Regarder une montagne de miroirs de minute en minute c’est donner à chaque tableau de Rothko la chance à un petit garçon de revenir à Dvinsk et entrer dans l’intime d’un homme qui n’avait jamais quitté sa ville de Lettonie.

Ses tableaux ont absorbé sa mort, elle a repoussé son destin.

Mais où a commencé sa vie ?

Où a fini sa vie ?

A propos de l'auteur

Luce Caggini

Luce Caggini

Peintre. Ecrivain

Histoire  de  Luce  Caggini

Ma  biographie  c’est  l ‘histoire d’ un  pays, l’Algérie  coloniale qui m’a vue naître où j’ai grandi, l’Algérie indépendante qui m’a déconstruite.

Au fil du  temps s’est  édifiée en moi cette force  grandissante, réparatrice , bienfaisante qui me  nourrit d’ un  nouveau  sens de mon histoire.

Toutes ces années passées entre deux  rives, sans jamais accoster.

Dieu  merci, on avait des photos.

Le  moindre détail revenait réveiller la mémoire dont on ne savait plus si on voulait la garder ou l’expulser.

Je vis aujourd’hui dans une maison confortable, entre des murs épais, « Ma terre dans la tête  »  dans un lieu sans nom, peuplé d’ombres.

Un souffle d’air chaud me transporte mieux  que  ne le ferait un « Mystère-Falcon 20 »

Commentaires (1)

  • Sabine Vaillant

    Sabine Vaillant

    07 janvier 2016 à 18:50 |
    La vie de Rothko partage votre poésie, entre dans la vie et voyage ainsi jusqu'au fleuve de vie.
    Sabine V.

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