Cinéma

« REFLETS DES ARTS » - Art Dramatique - : Jean-Pierre Marielle

Ecrit par Johann Lefebvre le 19 octobre 2013. dans La une, Cinéma

« REFLETS DES ARTS » - Art Dramatique - : Jean-Pierre Marielle

« Certains trouvent que j’ai une tête d’acteur. Moi pas. J’ai une tête de rien. Au fond, c’est peut-être le mieux pour être comédien, avoir une tête de rien pour tout jouer ».

Jean-Pierre Marielle est l’une des figures majeures de l’art dramatique contemporain, aussi bien au théâtre qu’au cinéma. Saisi dès son adolescence par le jeu d’acteur auquel il ne se destinait pas – il voulait étudier les Lettres –, Marielle entre au Conservatoire en 1950, pour en sortir avec le deuxième prix en comédie, côtoyant Jean-Paul Belmondo, Claude Rich, Bruno Crémer, Jean Rochefort ou Françoise Fabian. Sa voix caverneuse teintée d’ironie est reconnaissable entre mille. Marielle mariolle (« Comme La Lune »), Marielle grave (« Les mois d’avril sont meurtriers ») a joué dans plus de cent films et une bonne quarantaine de pièces de théâtre. C’est finalement une excellente façon d’étudier les Lettres.

Les personnages qu’il a incarnés sont très variés, j’aime de lui ces rôles colorés dans les films typiquement improbables des années 70, où il campe l’individu truculent, anarchisant, dont l’humour gras, porté par un verbe décalé qui exulte, restera dans les annales des répliques du cinéma (1) ; mais aussi ces rôles graves, voire sombres, par lesquels il exprime toute une incroyable dimension dramatique, et même tragique (2). Ce monstre d’éloquence nous terrasse d’admiration, et autrement, par ses postures, ses silences et son regard, sublimés par la lumière inimitable et épurée de Corneau, un spécialiste en la matière, dans Tous les matins du monde où il est l’austère janséniste Sainte-Colombe enseignant l’art de la viole à Marin Marais. Dans ce film pur, très lent, en plans fixes (en deux heures, la caméra n’est mise en mouvement qu’à deux reprises), l’immensité de Marielle envahit l’écran, la focale de Corneau, aidée par le talent d’Yves Angelo, capte de façon somptueuse le génie d’un jeu d’acteur qui scintille dans la pénombre du monde. De la même façon, mais sur un tout autre registre, dans Les mois d’avril sont meurtriers, adaptation d’un roman éponyme de Robin Cook par Philippe Boucher, Bertrand Tavernier et Laurent Heynemann, réalisée par ce dernier : Marielle en flic funèbre, dévoré par le deuil de sa fille et la folie de sa femme, harcelant son suspect, démontre avec virtuosité la complexité effrayante de la psychologie humaine en situation d’horreur et de désespoir, face à un partenaire de jeu impeccable, autre monstre du cinéma français, le regretté Jean-Pierre Bisson, en suspect inquiété, inquiétant, cynique. Ce bijou de cinéma noir est accompagné de séquences de jazz, musique qu’affectionne Jean-Pierre Marielle. « J’ai eu la chance que ma jeunesse coïncide avec une explosion de talents trouvant alors à Paris des oreilles attentives, dont les miennes, qui n’en reviennent toujours pas d’avoir été témoins de cette époque. J’aimais autant les grands orchestres de Benny Goodman ou Woody Herman que celui de Duke Ellington, des pianistes comme Thelonious Monk ou des jazzmen blancs, qui n’avaient pas forcément bonne presse à l’époque – Stan Getz, Gerry Mulligan ».

Les textos et la colère de Dieu… Ou comment le réalisateur allemand Werner Herzog s’engage contre les textos au volant

Ecrit par Sabine Aussenac le 24 août 2013. dans La une, Cinéma, Société

Les textos et la colère de Dieu… Ou comment le réalisateur allemand Werner Herzog s’engage contre les textos au volant

Le silence. C’est ce qui frappe dans ce documentaire puissant, From One Second to The Next, (D’une seconde à l’autre), dans lequel le réalisateur allemand s’engage contre les textos et autres mails au volant. Le silence, ou plutôt les silences, les insupportables silences que les proches des victimes ou surtout les auteurs des accidents eux-mêmes laissent planer entre colère, doute, désespoir ou dépression profonde…

Le réalisateur d’Aguirre nous avait habitués à la passion, à l’extravagance, aux outrances de ses films et de son caractère, entre les disputes mémorables avec ses acteurs fétiches sur les tournages et les remous de Fitzcarraldo. Ici, tout est en demi-teintes, la caméra semble filmer l’absence et l’irréparable. On repense aussi à Witness, lorsque dans l’un des portraits de vies brisées apparaît cette carriole amish, témoin survivant de l’un des terribles crash meurtriers.

Le film dure une trentaine de minutes, mais il est de ceux que l’on ne parviendra pas à oublier. Herzog, à la demande des quatre principaux opérateurs téléphoniques des USA, s’est donc joint à la campagne « It can wait », qui, chaque année, tente de sensibiliser l’opinion à ce fléau de la route qui provoque plus de 100 000 accidents…

L’Ecume des jours, film de Michel Gondry

Ecrit par Jean Le Mosellan le 18 mai 2013. dans La une, Cinéma

L’Ecume des jours, film de Michel Gondry

Boris Vian fait vendre, on le sait. L’écume des jours dit toujours quelque chose aux jeunes, quoique la jeunesse contemporaine de sa parution, largement contaminée par l’existentialisme, ne l’ait pas apprécié. Mais Boris Vian finit par s’imposer et triompher d’édition en édition, la dernière avec notes préparatoires et croquis, à l’occasion du tournage du film éponyme par Michel Gondry, affichant un prix ahurissant, en cuvée spéciale c’est vrai, à 139 €  l’exemplaire !

Prix en harmonie avec le budget colossal du film : 20.000.000 € ! Parfaitement justifié du reste avec un carré de stars dans la distribution : Romain Duris dans le rôle principal (Colin, assez riche pour vivre sans travailler), Audrey Tautou, (Chloé, sa dulcinée, dont le destin tragique est d’aimer puis de mourir rapidement à cause de l’éclosion dans ses poumons d’un nénuphar, métaphore poétique d’une tuberculose, fréquente dans l’après-guerre), Gad Elmaleh (Chick, l’ami intime de Colin qui ne jure que par Jean Sol Partre, célèbre maître à penser de l’époque, mais polluant gravement sa vie sentimentale), Omar Sy (le cuisinier à tout faire, de Colin). A côté de cette constellation, on remarque la présence d’Alain Chabat, en gourou culinaire, dont l’aura populaire était censée autoriser un ratissage large en matière d’audience. Néanmoins, pour être tout à fait sûr du retour sur investissement, c’est le producteur, Luc Bossi, qui s’est chargé lui-même du scénario, au nom du principe qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Mais cette intention hasardeuse débouche dans le Do it yourself des magasins de bricolage.

L’intérêt dramatique, supposé né de la croissance du nénuphar, est rapidement enterré dans l’accumulation des effets spéciaux, présentés sous forme de clips ininterrompus, rompant, à tout va, le fil de la narration, en guise d’actes superbement gratuits (réminiscence de l’enseignement de Jean Sol Partre, mêlée à des prouesses à la Tex Avery, voire à la Richard Fleischer du film Soleil vert, dont les camions-poubelles ramassent les manifestants comme des détritus, une fois morts).

Effets secondaires, film de Steven Soderbergh

Ecrit par Jean Le Mosellan le 27 avril 2013. dans Auteurs, Cinéma

Effets secondaires, film de Steven Soderbergh

En médecine l’expression effets secondaires désigne par euphémisme des effets indésirables, parfois incontrôlables, allant de l’inconfort au décès, comme on en a vu rapporter de nombreux cas ces temps-ci par les journaux, mettant en cause l’autorisation de mise sur le marché de certaines molécules par l’industrie pharmaceutique. Les procès intentés par les victimes deviennent inquiétants par leur nombre. Le terme side effects, titre original, utilisé en pays anglophones, quoique pas moins effrayant en soi, ne prétend pas que ces effets soient ipso facto, en impact mesurable, secondaires, leur reconnaissant peut-être dans cet usage une dimension parfois majeure, supérieure aux effets thérapeutiques escomptés, ravalés pour l’occasion au statut d’effets secondaires.

Quand on va voir le film de Soderbergh, on s’attend à assister un thriller fonctionnant sur ce thème. Eh bien, pendant la moitié du film, sinon les trois quarts, c’est bien le cas, avec les victimes désignées, des psychiatres dépassés, et un laboratoire pharmaceutique en action. Dans le quart restant, la fiction prend une autre direction. En fait, rétrospectivement, tout le film est dans cette direction, dès le début. Le spectateur s’en rend bien compte, plus ou moins vite, comme dans The Informant, autre film de Soderbergh, que les apparences sont trompeuses.

Camille après Camille…

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 mars 2013. dans La une, Cinéma

Camille après Camille…

On a tous gardé dans un coin de mémoire, la Camille – Adjani – du superbe, inégalé, film de Bruno Nuytten. L’odeur de la neige, bordant l’atelier de Rodin, comme un temps retrouvé, la glaise, le bronze, l’énergie, la flamboyance de la création batailleuse, le baroque de cette femme unique. Et puis, les cris, la fin du film, où, échevelée, Isabelle-Claudel, sombrait dans la folie…

Pour pas mal d’entre nous, Camille Claudel aurait, dorénavant, point-barre ? les traits, le génie dérangeant d’Adjani. Une passion était née, ainsi, d’un film, d’un regard. Un peu la même aventure que pour Karen Blixen, arrêtée, depuis Out of Africa, à la voix rauque de Meryl…

Combien d’entre nous – j’en fus – se penchèrent, alors, et sur la vie, et sur les chefs d’œuvre de cette Camille-là, qui tira de la matière, la forme et le sens, autant – mieux, souvent – que des mains d’homme… Décalée, tellement, en son temps, qu’elle s’en brûla les ailes… et, comment !

Camille Claudel est reconnue aujourd’hui comme étant un des noms majeurs de la sculpture de la fin du XIXème siècle. Sa pratique est liée au nom de Rodin, avec lequel elle vécut et travailla 15 ans, avant de s’en détacher, pour « exister seule ». Son nom est celui d’une famille bourgeoise, pour qui, probablement, un seul artiste, dans les enfants – Paul, l’écrivain – suffisait à « leur bonheur ? », sans qu’il faille – encore – en supporter une autre – une sculptrice, une femme, une révoltée, qui plus est : l’indomptable Camille. Internée en 1913, à la demande de sa mère – elle le restera 30 ans, et mourra dans l’asile de Montdevergues, dans le Vaucluse.

Django Unchained de Quentin Tarantino : Une esthétisation problématique de la violence ?

Ecrit par Matthieu Gosztola le 23 février 2013. dans La une, Cinéma

Django Unchained de Quentin Tarantino : Une esthétisation problématique de la violence ?

Le dernier Tarantino est une vraie et grande réussite du point de vue de la construction de la narration, comme du point de vue de la mise en scène.

Cet article n’a nullement pour visée d’élaborer une critique du film, encore moins une étude de celui-ci. L’on pourrait disserter longuement sur le rythme propre à Tarantino, cette symphonie du rythme qui tient autant au montage (foisonnent ainsi les ralentis) qu’au scénario, puisque des moments anodins sont étirés jusqu’à l’absurde, parfois au cœur même de l’action, et du drame, façon de désamorcer celui-ci. C’est là que l’on reconnaît Tarantino à son meilleur : il offre toujours une lecture distanciée de son propre film, au moment où celui-ci se déploie. Par distance, il faut entendre (principalement) humour, y compris ironie. A cet égard, l’utilisation de la bande-son est passionnante : il se crée toujours une tension entre la narration couplée aux images et la musique, tension qui peut aller jusqu’à l’étreinte mais qui bien souvent apporte un regard décalé sur les images et la narration (la musique demeurant toujours de facto secondaire), façon de faire que le film devienne, dans son discours, le fruit des tensions ainsi instaurées. Lesquelles tensions instaurent une autre forme de rythme, de rythmique intime au cœur même du film. C’est notamment dans ce déploiement de rythmes nourrissant, dans leur friction, une tension extraordinairement féconde en potentialités diverses que l’on reconnaît Tarantino (s’il s’agissait de définir ce metteur en scène). Et donne à Tarantino – pour l’« intelligentsia » – toutes ses lettres de noblesse cette manière qu’il a de ne jamais faire corps avec son film, de ne jamais épouser son surgissement, mais de toujours se tenir en retrait, ce pas de côté serait-il minime, par rapport à cela même qu’il a construit de toutes pièces et en quoi il se reconnaît suffisamment pour se revendiquer entièrement cinéaste (contrairement à Lynch par exemple). Pourquoi donc ? Tout simplement parce que l’esthétisation de la violence qui est la sienne, et ce avec une vigueur et une intensité incroyables, devient par ce procédé qui se trouve être au cœur de toute mise en scène de Tarantino une possible captation ironique des désordres de notre époque par quoi la violence est érigée en art, plus encore qu’en système (pour s’en convaincre, il n’est que de se reporter à certaines tendances épousées par l’art contemporain). Et, bien sûr, il faut ajouter à cela que par cette distanciation placée au cœur du processus scénaristique et filmique l’esthétisation de la violence devient également une lecture ironique et questionnante de la toute-puissance acquise par la violence, au cœur de nos sociétés, en se nichant au cœur de nos distractions (il n’est que de se reporter au cinéma, aux jeux vidéo etc., pour s’en rendre compte).

L'âme slave

Ecrit par Sabine Aussenac le 11 janvier 2013. dans La une, France, Actualité, Cinéma

L'âme slave

« J’ai aimé mon pays chaque jour un peu plus… On y parlait de grandes réformes, d’une solidarité qui donnerait une chance de bonheur égale à tous… Ces mots qui font rêver sont sur vos lèvres, mais dans vos cœurs ils n’ont pas d’écho… »

C’est Lénine, qui promène sa vielle maman dans une troïka.

Ils passent devant une magnifique datcha, puis devant plusieurs isbas autour desquelles s’activent des dizaines de moujiks.

La vielle « baba » est émerveillée. Et pendant ce temps Vladimir Ilitch explique à sa maman que tout cela, à présent, leur appartient.

Et la vieille dame de s’écrier :

– Mais mon chéri, et… et si les Rouges revenaient ?

Mouloud Aounit, Une marche pour l'égalité autour du film de Jean Michel Riera

Ecrit par Nadia Agsous le 22 septembre 2012. dans Racisme, xénophobie, La une, Actualité, Culture, Société, Cinéma

Mouloud Aounit, Une marche pour l'égalité autour du film de Jean Michel Riera

Natif d’Algérie, fils de « Bougoules », enfant d’Aubervilliers, Homme politique français, défenseur acharné des droits de la personne humaine, Mouloud Aounit a milité au sein du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) où il a occupé le poste de secrétaire général (1989-2004), puis celui de président (2004-2008). Dix-neuf années de lutte au service de la justice et de la liberté, pour le respect et la reconnaissance des uns et des autres. Un homme. Une mémoire. Un combat. Une parole. Une lutte. Un parcours. Le tout révélé à travers un film documentaire, réalisé par le réalisateur Jean-Michel Riera en collaboration avec le politologue Vincent Geisser.

À travers l’entretien (1) qui suit, Jean-Michel Riera nous révèle la genèse et l’avancée du film.

Sur la piste du Marsupilami, film d'Alain Chabat

Ecrit par Jean Le Mosellan le 06 avril 2012. dans La une, Cinéma

Sur la piste du Marsupilami, film d'Alain Chabat


En net progrès par rapport à ses réalisations désopilantes antérieures, comme Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, Alain Chabat a réussi un film emblématique de notre époque, rempli de connivences culturelles, en direction d’un large public, bien moins que pour Tintin cependant, de 6 à 66 ans, représenté par notre salle d’en avant première à Amnéville (Moselle), gloussant à la moindre astuce ou aux calembours plus ou moins bien ficelés, culture de bandes dessinées, et culture télévisuelle n’étant pas superflues pour ne rien laisser passer.

Cela se déroule comme une farce plutôt que comédie musicale, farce à la gauloise sinon à la belge, puisque c’est une coproduction franco-belge. Côté farce, c’est le maximum autorisé pour ne pas déboussoler un public a priori acquis d’avance. Personne n’a quitté la salle, et beaucoup sont restés au générique de la fin, pour voir défiler les acteurs comme dans un bis de concert et apercevoir en prime Céline Dion, dont la musique à tout casser de I’m alive a été utilisée dans un show inénarrable mené par Lambert Wilson, dans le rôle d’un général sud-américain, se disant dictateur de père en fils, et déguisé en Céline Dion.

Mes rapports difficiles avec les films et romans policiers

Ecrit par Ange Hattab le 10 février 2012. dans La une, Culture, Cinéma, Littérature

Mes rapports difficiles avec les films et romans policiers

 

Pour plusieurs raisons, je n’aime pas les films et les romans policiers.

Avant tout, parce qu’un peu Rousseauiste, j’essaie de croire que l’homme n’est pas essentiellement mauvais, qu’il peut avoir en lui une envie d’aider les autres, de contrôler et maîtriser une certaine agressivité. Mais quand les romans ou les films policiers montrent la fascination de l’homme pour le mal, décrivent des personnages plus pourris les uns que les autres, c’est un peu désespérant. Tous ces meurtres, toute cette hémoglobine, tous ces calculs pervers dans la volonté constante de nuire, toute cette intelligence pour faire du mal dans le seul intérêt égoïste, me fatiguent, et spontanément, presque dans un réflexe de survie, je les évite.

Mais, quand on considère le nombre de livres et de films policiers qui paraissent chaque année, quand des critiques renommés soulignent leurs qualités, quand, en outre, on constate la constante et fidèle adhésion du public pour ce type de production, on a le droit de se considérer comme un peu bizarre si, comme cela a toujours été mon cas, on ne les apprécie pas du tout.

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