Somewhere de Sofia Coppola

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 24 janvier 2011. dans La une, Cinéma

Somewhere de Sofia Coppola



 

 


Légèreté, la légèreté blanche de la cocaïne par containers.

Et des vulves, et des seins.

Offerts, surmontés des plus beaux visages un peu écrasés sous les grammes d'alcool.

Les bruits feutrés des palaces où tout s'obtient à n'importe quel prix et n'importe quelle heure.

La voiture.

Noire.

C'est elle qui ouvre et clos la quête de ce Graal que tous cherchent sans plus savoir son nom.

C'est elle qui nous isole du monde en tournant sur la piste de ce cirque que la bannière étoilée surplombe, où qu'on soit.

La bannière américaine flotte bruyamment sur du vide.

Elle a commis une erreur qui lui sera fatale.

Elle a désigné, un à un, les atouts du bonheur et ses formes.

Aucun ne peut y échapper, non que certains ne sentent pas confusément qu'il y aurait un ailleurs, mais cette confusion elle-même est répertoriée comme un manquement aux principes de ce que la terre promise inscrivit dans la marge de sa constitution.

Cet Eden qui a, d'un bout à l'autre de l'existence les mêmes portes à ouvrir pour tous et les mêmes plaisirs, tombant du ciel, déjà connus.

Et dans cette obligation de se satisfaire de cette liste lorsque chaque case est cochée, aucun autre espace, rien.

Le Bonheur américain ne laisse aucune béance.

Le Bonheur américain ne laisse pas place au léger vertige de la philosophie.

Il a assimilé le Mal en lui et l'y oublie dans la jouissance de la légitime défense.

Il a comblé tous les manques, tous les vides et les angles obscurs des psychés bancales.

Il a tracé une ligne, droite et plate et l'herbe y pousse aussi dense que sur la pelouse du voisin.

Il a donné un sens. Un seul.

Là, au bout, lorsque tout est à soi, tout de ce qui est possible, la voiture roule encore un peu et puis craque.

Mais L'Amérique n'a pas mis de nom sur ces brisures qui soudainement, au sommet de la liste des plénitudes et des comblements ignorent même comment pouvoir exister.

Elle dit " Ça va passer, inscris- toi dans une œuvre caritative".

Et dans le silence soudain d'une vérité que tous ignorent, celui qui a tout ne s'entend plus,  seule au loin résonne la sirène d'une ambulance.

Le Bonheur américain pense que le Bonheur est quelque part et qu'il nous faut donc y aller.

Tous et d'un même pas.

Il n'a jamais, jamais même envisagé que dans le "tout" de ce qu'on a quand on a" tout" pour être heureux, ce qui se montre c'est ce qui manque.

Le bonheur américain est un vrai tout.

Et comme tous les vrais tout, il a besoin d'alcool, de sunlights, d'avenues, de limousines, de filles comme de la viande un peu chaude, de toutes les drogues qui viennent se placer devant le vide qui, s'il ne peut se manifester dans toute sa légitimité.

Somewhere, ailleurs, ici, quelque part,  nous y pousse.

A propos de l'auteur

Elisabeth Guerrier

Elisabeth Guerrier

Rédactrice

Poésie

Artiste/Peinture/Art Digital

Auteur(e) : "IsolementS"

Sites :

http://guerrierart.com/

http://guerrierpoesie.blogspot.com/

Commentaires (4)

  • Avi Barack

    Avi Barack

    25 janvier 2011 à 17:45 |
    J'aime beaucoup cette trace, de n'avoir jamais laissé de vide à l'"american dream". C'est là que gît sa spécificité - le plein - avec une terreur de chaque instant du trou. A la topologie du tore il préfère à coup sûr la bande de Moebius, tordue, infinie mais pleine.
    Mais à s'accrocher au plein (plein de ... ???) il en oublie le délié, la grâce souvent. Sofia elle connait.

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  • Vaillant

    Vaillant

    25 janvier 2011 à 17:38 |
    Le manque et le désir?
    Ou absence de désir ou peur du manquer, bref! Chacun sa route, chacun son chemin.

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  • marie claire

    marie claire

    24 janvier 2011 à 20:28 |
    Le bonheur américain est comme tous les bonheurs : loin, loin, dans les limbes, loin dans les paradis artificiels et donc éphémères, loin dans l’inaccessible paysage de la virtualité, loin des mains qui se tendent dans le vide..
    le bonheur américain est comme tous les bonheurs : près, tout près du quotidien, à ras de terre ou très haut dans l’arbre, tout près des fleurs, des fleuves et des îles, tout près du nouveau-né qui dort ou de la mère qui le veille, tout près de l’homme qui l’attend, sûr de le saisir un jour.

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    • Jean Le Mosellan

      Jean Le Mosellan

      25 janvier 2011 à 11:34 |
      Le rêve américain c’était la ruée vers l’or. Maintenant qu’ils ont l’or,c’est la ruée vers les paradis artificiels ?

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