Education

UNIVERSITES, un printemps d’escholiers de plus ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 avril 2018. dans La une, Education, Actualité, Société

UNIVERSITES, un printemps d’escholiers de plus ?

Au Japon, ils ont le printemps des cerisiers, nous, c’est rituellement celui des « escholiers » (sachant que des tréfonds du Moyen Age, ça bougeait déjà pas mal dans les rangs ; mes rues de Montpellier, la savante et la rebelle en ont vu défiler de l’étudiant, une manière de record en termes de battre le pavé !).

Selon les années, c’est plus ou moins jeune – lycéens encore boutonneux, étudiants des – premiers, le plus souvent – cycles des facs – quelquefois spécialisés, les élèves infirmiers ici, cette formation d’ingénieurs là. La parité flotte le plus souvent sur les cortèges, ça c’est au moins une solide avancée. Pas de printemps sans son quota d’étudiants en colère. Haussement d’épaules des nantis/insérés, surtout insérés. Alors, dit mon voisin rigolard (et retraité) – je me disais aussi, 50 ans après 68, ils vont bien se mettre à sortir !!

Ils sortent en effet. Plus de 10 grandes universités ont débrayé – ce n’est qu’un début, continuons le… qu’on disait, nous – les rues se peuplent, même quand il pleut, et ce n’est visiblement pas le lancement des commémorations du grand Mai. Pourtant, l’opéra n’a plus rien à voir avec le grand ancêtre, ni le décor, ni le livret, ni les chanteurs, ni les costumes, ni rien, si ce n’est l’âge des participants. – Quand on est jeune, on gueule, ponctue mon toujours voisin d’un rire indulgent. Tendez pourtant un micro dans les manifs actuelles, et risquez « 68 ? » ; on peut d’avance lister le résultat du sondage : ce temps festif ! de consommateurs gavés ! d’enfants de bourgeois en crise d’adolescence ! avides de toutes les libertés, de fait individualistes en diable ! cette époque roulant dans les idéologies abstraites ! ce rêve coûteux !!… de rejets doux en rejets forts, rien, semble-t-il, d’un quelconque culte aux grands ancêtres, en vue… Car on est, à présent, là, comme dans le reste de la société, plus qu’inquiet, et sérieusement, sur l’avenir de son « moi, je », et les slogans, les pancartes sont aux antipodes de ces – interdit d’interdire et autres sous les pavés, la plage… les méga crises et le chômage de masse sont passés par là, ainsi que – évidemment – la philosophie politique d’un E. Macron. La mine de l’étudiant, ou de celui qui est en partance pour l’être, cette année 18, est sombre, et n’a plus grand-chose à voir avec le sourire narquois et définitivement historique de notre Dany face au CRS. Un tout autre monde, mais un monde qui comme tous les autres, et même celui de 68, parle de formation, de diplôme, d’insertion professionnelle, bref, d’avenir et finalement de vie. Pas une brindille, on l’aura compris.

De quoi causent nos banderoles actuelles ? A Montpellier, comme cela n’aura échappé à aucun citoyen attaché aux valeurs de la république, on nous résume l’attaque par des nervis d’extrême droite, il y a quelques jours, d’un amphi occupé en Droit ; les gourdins volaient, en guise de procédé négociatif, et, ce, avec l’apparent accord, tacite ou pas, du doyen de la faculté. Important incident ou bavure, ayant violé la traditionnelle indépendance des universités, blessé des étudiants, au motif que le contexte socio-politique si sécuritaire et avide de protection de quelques-uns choisis au milieu de tous, suffirait à faire passer la pilule.

« Parler, ce n’est pas voir » : retour sur une polémique

Ecrit par Marianne Braux le 31 mars 2018. dans La une, Education

« Parler, ce n’est pas voir » : retour sur une polémique

En dépit du ressentiment qui s’est répandu des deux côtés du ring opposant les partisan.e.s de l’Ecriture Inclusive d’une part, et ses détracteurs d’autre part (derrière lesquels je me range), ce débat aura eu le mérite d’avoir introduit dans les maisons, les bistrots et autres réseaux sociaux, une question fondamentale, de première importance pour tout être parlant. Une question aussi vieille que l’Humanité mais qui, peut-être parce qu’elle est difficile, avait jusqu’ici eu tendance à rester cantonnée à la sphère universitaire. Cette question, à la fois simple et profonde, est : qu’est-ce que la langue ? Un outil de communication, un système de représentation du monde, les deux choses ensemble ? Et qu’est-ce que cela veut dire ? En réalité, il est impossible de répondre de manière définitive à cette question, car il faudrait, pour y arriver, que la langue soit extérieure à nous, que l’on ne baigne pas dedans depuis bien avant notre naissance, que l’on puisse, en un mot, en parler sans parler avec. C’est toute la difficulté, et l’intérêt, des sciences dites « du langage » et soit-dit-en passant, des sciences « humaines » en général, où le sujet et l’objet de la connaissance sont une seule et même chose, à savoir : l’être humain. En d’autres termes, et pour le dire avec un éminent penseur du siècle passé, qu’il est urgent de réécouter : « il n’y a pas de métalangage », tout comme il n’y a pas de connaissances « méta-humaines ».

Ceci étant dit, on peut, à défaut de pouvoir dire ce qu’est la langue, s’interroger sur ce qu’elle n’est pas. Si, et seulement si, tel est notre objectif, on peut espérer dire d’elle quelque chose de raisonnable. Commençons par le début :

On dit que la langue « sert à communiquer ». S’il est vrai que la langue est utile, la langue n’est pas pour autant un outil comme les autres, que l’on peut modifier à notre guise comme l’on changerait d’ordinateur, de frigo, ou de voiture. Traiter la langue comme un moyen parmi les autres en se proposant de la modifier pour répondre à (ou créer) une supposée demande sociétale, c’est faire le jeu du capitalisme marchand et, par voie de conséquence (faut-il encore le montrer ?), obstacle au lien social (1). Même si elle peut le devenir, la langue n’est en soi ni un outil, ni un accessoire de mode, pour la simple et bonne raison que « l’Homme, écrit Emile Benveniste (l’être humain, s’entend, voir plus bas), n’a pas fabriqué le langage ». Le langage est le fruit d’une évolution sonologique dont on sait encore peu de choses, si ce n’est que celui qui le porte, l’animal devenu humain, y est pour très peu. Personne ne peut dire d’où vient le langage, cette faculté insensée qui nous distingue du reste de nos demi-frères animaux. C’est pourquoi y toucher de façon arbitraire n’est ni plus ni moins que de se prendre pour Dieu, cette figure sans visage apparue dans l’imagination humaine il y a fort longtemps à cause, précisément, de ce mystère de l’origine du langage, dont les « pouvoirs » dépassent largement notre entendement. Les récits mythiques et religieux sont à prendre au pied de la lettre : dire un mot et « voir » à travers lui la chose relève d’une capacité à proprement parler surnaturelle, au sens où en parlant, on ajoute au monde des choses (la physis, qui se tient devant nous) le monde du discours (le logos, qui se tient dans notre tête et nous vient souvent des tripes). Nul besoin d’être croyant pour comprendre ceci. L’être humain vit dans une réalité double, dont les deux pans ne se rejoignent pas. Ainsi, et pour reprendre l’image d’une chercheuse et journaliste dont je partage certaines vues (2), la langue n’est pas une « baquette magique » que l’on peut façonner selon nos besoins pour faire apparaître le monde tel qu’on voudrait qu’il soit – à moins d’entrer dans le domaine de la Poésie, laquelle, rappelons-le, est cet espace où l’être humain peut à loisir se décharger de son délire/désir de toute-puissance langagière. C’est sa beauté et sa nécessité : la Poésie (la Littérature) nous enseigne à nous méfier de ce qui la constitue, à craindre les beaux discours. Il n’est pas étonnant que les écrivains aient été en général assez réticents à la proposition de l’Ecriture Inclusive, comme ils le seraient sans doute à toute réforme de la langue qui ferait plus qu’entériner des usages déjà passés dans le système linguistique, ainsi que s’y attache, quoique l’on en dise, l’Académie Française (3). L’écrivain est par définition celui qui, pour se rebeller contre la langue, accepte d’abord de s’y soumettre. Ainsi, parler de « novlangue » pour dénoncer l’Ecriture Inclusive n’est ni exagéré ni insensé. La seule difficulté est de saisir ses points communs avec la novlangue d’Orwell qui, contrairement à l’Ecriture Inclusive, passe par une réduction des catégories de la langue pour empêcher la libre pensée de circuler. Celle-là fait apparemment le contraire : on nous enjoint à en dire plus, à faire signe à notre interlocuteur, par l’expression de certaines formes, de notre adhésion à une certaine vision du monde, pour le bien, paraît-il, des plus jeunes dont on ne se soucie même pas de savoir de ce qu’ils voient avec leurs propres yeux. C’est sans doute parce que les Inclusifs ne veulent pas l’entendre ; cela risquerait de les priver de leur « activité » or, les Inclusifs n’aiment guère s’ennuyer. Ils ne veulent pas savoir que pour leurs enfants, l’égalité des sexes est déjà une réalité. Non pas nécessairement au plan quantitatif – ça, c’est la parité, les mots ont ici leur importance – mais au plan juridique et qualitatif. Car oui, sur ce plan-là, la femme est aujourd’hui l’égale de l’homme. Et ceux qui ont été éduqués dans cet esprit n’ont pas eu besoin d’une écriture inclusive pour s’en rendre compte. Ceci me fait penser à une autre incohérence de ce projet, à laquelle je ne vois décidément pas de contre-argument. On dit que la langue française a progressivement « invisibilisé » – je reviendrai sur cette expression – la femme de l’espace public et que, à force de parler de « sénateurs », de « députés » sans « -e » et « d’auteurs » sans « -e » ou sans « -rices », on découragerait les femmes de se lancer dans des carrières traditionnellement réservées à l’autre sexe. Mais enfin, n’est-ce pas tout le contraire qui est arrivé ? La femme n’a-t-elle pas, depuis plus de deux siècles, brillamment arraché certains privilèges à l’homme et progressivement investi l’espace public pour se retrouver aujourd’hui dans de nombreux postes de pouvoir ? Je ne vois pas comment l’on pourrait soutenir le contraire. Et quand bien même les femmes ne seraient pas encore à nombre égal dans certains domaines de l’activité humaine, cela ne signifie pas pour autant que la parité n’aura jamais lieu. Si tel est vraiment le souhait profond de certains, qu’ils laissent donc le temps au temps, cela finira par se produire – à moins que l’on commence à remettre en question cette obsession pour le pouvoir et la vie publique (un véritable féminisme devrait, à mon avis, aller dans ce sens-là). Autrement dit, je ne vois pas comment la langue serait si nécessaire au progrès social puisque, dans l’Histoire, le progrès social s’est mise en place malgré la pratique d’une langue apparemment « sexiste ». A ce propos, petite piqûre de rappel étymologique : « Homme » vient du latin « hominem » signifiant d’abord « être humain » qui a ensuite pris le sens additionnel de « être humain de sexe masculin » en supplantant le mot « vir » (qui a donné « viril ») ; c’est là, éventuellement, que commence le « patriarcat », et c’est cela qu’il faut enseigner aux enfants ! Les locuteurs d’une langue oublient, mais la langue, elle, n’oublie rien, et c’est le devoir de chacun de se rafraîchir la mémoire. D’où l’importance de l’apprentissage des langues dites « mortes » qui continuent, sans que l’on s’en aperçoive, de vivre dans la nôtre et de nous faire dire bien plus que ce que l’on croit. En soutenant le contraire, l’Ecriture Inclusive agit comme toute novlangue : elle empêche l’individu de penser en prétendant que la réalité du discours doit, autant que faire se peut, faire voir la réalité, être à son image (réelle ou fantasmée comme dans 1984). C’est faux, ce n’est pas là son rôle ; l’intrication des vieilles langues, qui étaient confrontées à une autre réalité que la nôtre, dans les plus jeunes le montrent bien. Ce qui m’amène à mon deuxième point :

En Guyane, l’Education Nationale à la traîne

Ecrit par Métropolitain le 31 mars 2018. dans La une, France, Education, Politique

En Guyane, l’Education Nationale à la traîne

Alors que les vacances de Pâques arrivent à grand pas, le collège Gran Man Difou, situé dans la paisible bourgade de Maripasoula, aux fins fonds de l’Amazonie, en Guyane, se révèle emblématique de l’impasse dans laquelle se trouve une des académies les plus sinistrées de France.

Près d’un mois sans cours

Dans ce collège classé REP (réseau d’éducation prioritaire), la plupart des enseignants sont contractuels, le suivi des élèves est peu rigoureux, l’absentéisme est légion, une partie du budget destiné aux équipements disparaît mystérieusement chaque année. Depuis un mois, l’établissement est en train de se tailler une renommée dans toute la Guyane grâce à la presse du département, suite à une loufoque histoire de puces et de chiques – minuscules bestioles amazoniennes pouvant faire de sérieux dégâts aux pieds – disséminées dans le collège suite à la présence de chiens errants. Depuis le 27 février dernier en effet, le personnel et les élèves ont régulièrement été renvoyés à la maison pour être priés de revenir le jour suivant ou un autre jour, et apprendre ce jour-ci qu’il fallait encore attendre car le collège n’avait pu se débarrasser des petites bêtes.

Un vrai manque de transparence

Traitement des puces avec du produit anti-moustique ou avec du savon, les rumeurs sur cet échec de l’homme face à mère nature sont allées bon train. Le personnel et les parents d’élèves se demandent d’ailleurs pourquoi ce problème de bestioles n’a pas été traité pendant les vacances de février, sachant qu’il avait été signalé près de deux mois avant ces dernières. Mais après un mois de lutte, et de quelques heures de cours miraculeusement dispensées çà et là, les enseignants et les élèves ont été priés de revenir, pour de bon cette fois : le mardi 20 mars, c’était officiel, l’homme avait enfin gagné : six chiens errants – maudites bêtes – avaient été attrapés à bras le corps pour être expulsés du collège. Et selon les dires du principal du collège lors d’une réunion dans la salle des professeurs, « il ne restait, après vérification, plus aucune puce dans l’établissement ». Grâce à quel produit ? La direction, bien qu’elle « n’ait rien à cacher » selon ses dires, a rechigné à répondre à la simple question d’une enseignante lors de la même réunion : « quel produit a-t-il été utilisé ? ». Ce qu’on savait, c’est que ce n’était pas du bon vieux Baygon, ce dernier étant prohibé dans un collège de la République.

Des élèves qui se plaignent de ne pouvoir aller en cours

De toute façon, ce mardi 20 mars, les joies du collège pouvaient enfin recommencer : les professeurs allaient reprendre une vie normale (et pour certains, cesser de noyer leur ennui au bistrot), les 700 élèves – dont certains, fussent-ils peu studieux, avaient été jusqu’à déclarer devant le portail : « c’est encore fermé, j’en ai marre » – allaient pouvoir retourner chahuter leurs professeurs avec leurs camarades. Plus sérieusement, tout le monde semblait ravi : les professeurs allaient enfin cesser de se faire traiter de fainéants par leurs concitoyens, et les élèves allaient cesser de s’ennuyer à la maison. Seulement voilà que le jour-même, des élèves sont pris de maux de têtes, d’irritations, de rougeurs aux bras, de douleurs oculaires, de vomissements. Et l’on apprend alors officiellement que les salles furent traitées avec de la deltaméthrine, puissant poison aux normes de l’Union Européenne mais généralement utilisé… pour l’agriculture. Pour la sûreté des bambins, le collège a donc dû à nouveau fermer.

Education : où vont les chemins Blanquer ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 janvier 2018. dans La une, France, Education, Politique

Education : où vont  les chemins Blanquer ?

Un peu comme ces chemins forestiers, dont on se demande s’ils vont aller – longtemps – quelque part, et s’il y a risque de rencontrer le loup… sont les chemins de Jean-Michel Blanquer, notre ministre de l’EN, celui qui, à croire quelques sondages, serait le préféré, le chouchou des Français, dans ce poste ou ce rôle. Plutôt ce rôle, car, en ce domaine comme en d’autres, ce sont bien les rôles que distribue le metteur en scène Macron ; signaux plus que vraies décisions, affichages et drapeaux, bref, la couverture soignée et 3 lignes d’intro plutôt que le livre complet. Même en admettant que, supprimer le portable dans les cours de récré (dont on sait malheureusement à quel point cela sera compliqué sinon impossible tel que dit dans la loi), ou le rétablissement des blouses – lol au centuple – soient ce qui mobilise les applaudissements des foules, sensibles également au côté CPE-surveillant général qui « en a » du personnage, face au sourire « inoffensif » de la précédente dans le poste ; même en limitant cette popularité à quelques affichages bâclés, cela interroge une fois encore, mais plus qu’avant, sur la nature des demandes en France en termes d’éducation, et sur les positionnements ou postures des ministres pour y répondre… On avance, on avance ??

Dès son entrée en piste, dans le gouvernement où étaient censées se mélanger en un joyeux camaïeu de couleurs, et la droite, et la gauche, lui, au moins, c’était clair : pour nous, membres de la communauté éducative, grincements de dents : ouh là ! En voilà un qui habitait de longue mémoire deux ensembles de qualificatifs : – très (très) à Droite, et réac bon teint (je précise que c’était l’avis aussi de certains membres de son camp !). Il suffisait de se souvenir de deux ou trois marqueurs ; par exemple ce projet de repérage des élèves en risque pour les apprentissages dès la maternelle (2009, il est alors directeur de l’enseignement scolaire auprès de L. Chatel, ce très regretté ministre). Ancien recteur de l’académie de Guyane – spécialiste et connaisseur de l’Amérique Latine – puis de celle de Créteil (plus original, pour lui, là ), il y conduisit des projets – partenariat avec Sciences Pô, pour le haut du panier des lycées de banlieues, et mise en place des Internats d’excellence. Bien ! mais que fait-on des autres, les ordinaires, et les moins bons ? Faut-il tuer d’entrée, en sus, ces perdus du scolaire, et demain de la vie, ceux dont certains enseignants n’hésitent pas à dire qu’ils font perdre le temps des autres. On reconnaîtra là comme un copié collé avec la substance de la politique Macron en tous domaines ou presque : faire pour les meilleurs, faire émerger et exploser leurs besoins, leurs talents, à ceux-là, point. On ne le dira jamais assez : le maître étalon de nos gouvernants et notamment du chef de l’exécutif, c’est la tête de classe (accessoirement, ceux qui méritent d’y accéder).

 On a vite et dès les premiers mois reconnu la marque de fabrique lorsque sont parus les décrets revenant sur le ministériat honni de Najat Vallaud-Belkacem : rétablissement des classes bilangues en collège, renforcement des langues anciennes et du grec notamment, travaux interdisciplinaires rendus facultatifs, renforcement de l’autonomie (floue) des établissements et entre autres du rôle de « chef » d’établissement, prié de décupler des fonctions d’autorité qu’il n’a pas. Mesures (non négociées) rendues notamment possibles par le manque de cohérence et l’insuffisant soutien, lors du précédent quinquennat, de syndicats comme le SNES (soit dit en ancienne militante…).

L’école de la lâcheté ?

Ecrit par Jean-François Vernay le 20 janvier 2018. dans La une, Education, Littérature

Un petit fonctionnaire, Augustin d’Humières, Grasset, avril 2017, 144 pages, 15 €

L’école de la lâcheté ?

Le quotient intellectuel est en baisse dans les pays occidentaux et les fautifs seraient des perturbateurs endocriniens. De très sérieuses études ont en fait un secret de polichinelle depuis plus d’une décennie. Dès lors, peut-on compter sur l’École publique pour stimuler les capacités cognitives des apprenants et renverser la tendance ? Pas si sûr, à la lecture du dernier ouvrage en date d’un professeur de lettres classiques qui se passionne pour son métier.

Malaise dans l’Education Nationale

En guise de préambule, pour se soustraire au devoir de réserve auquel sont contraints les fonctionnaires, l’auteur situe son récit en 2043 dans un futur hypothétique, une captatio benevolentiae habile qui permet de porter un regard sans complaisance sur l’Education Nationale et son fonctionnement. L’amorce est limpide : un certain Edward Paxton – chercheur et auteur d’une thèse sur l’effondrement du système éducatif français qui portait en germe les mécanismes de son propre déclin (1) – souhaite s’entretenir avec Augustin d’Humières, alors retraité de l’Education Nationale depuis fort longtemps. L’échange prend une tournure inattendue.

Professeur dans un lycée de Seine-et-Marne, Augustin d’Humières s’inspire de son expérience personnelle de pédagogue afin, tel un effet maïeutique appuyé par une rhétorique subtile et un esprit plein de finesse, d’amener le lecteur à circonscrire le malaise qui sourd au sein du corps professoral. Nous sommes tout ouïe. En règle générale, le jeune auditoire des professeurs de l’Education Nationale l’est moins, parfois nettement moins. Les enseignants, ceux qui n’ont pas l’insigne privilège d’enseigner en classes préparatoires ou dans des établissements de prestige comme le Lycée Henri IV, doivent parfois aussi composer avec des élèves blasés, apathiques, voire antipathiques, aux connaissances limitées, quand ils n’ont pas affaire à de petits délinquants en puissance. Au fil des ans, force est de constater que le goût de l’effort et de la rigueur ne sont plus des qualités jugées prioritaires et qu’un certain nombre de réformes (portant sur l’évaluation et les procédures disciplinaires) ont vu le jour afin d’assouplir les exigences d’antan. Cette école de la lâcheté – pour reprendre le titre d’un autre professeur auteur d’un pamphlet sur l’Education Nationale (2) – pourrait, selon Augustin d’Humières, même être tenue responsable de la montée de l’intégrisme, du radicalisme et de l’insécurité qui gangrènent la France et dont les tragiques conséquences sont visibles depuis les attentats contre Charlie Hebdo qui ont eu lieu le 7 janvier 2015 : « Nous savons que nous avons construit une école qui fait sortir de son sein des élèves chez lesquels nous n’avons rien fait retentir, sinon la colère sourde et diffuse d’avoir été victimes d’un système qui, sous couvert d’égalité des chances et de formation à la citoyenneté, ne fait qu’amplifier les inégalités et vise à n’apprendre strictement rien de clair et de précis à un élève. Nous savions, et nous n’avons rien dit. Nous avons fait comme si de rien n’était. Faire comme si la vie continuait. Faire comme si tout était normal » (pp.50-1).

Merci, je préfère les huîtres. Plaidoyer pour les perles.

Ecrit par Marianne Braux le 03 octobre 2017. dans La une, Education

Merci, je préfère les huîtres. Plaidoyer pour les perles.

C’est nouveau, ça vient de sortir : les traditionnelles perles du bac seraient un symptôme de plus de notre culture éducative « du dédain », défectueuse et obsolète, basée sur l’humiliation permanente de ses jeunes et la hauteur inavouée de ses vieux, lesquels prendraient depuis trop longtemps un malin plaisir à « moquer les idioties » et « exhiber les bêtises » des lycéens qui « non, n’ont pas un QI d’huître ». La dénégation parle d’elle-même : Madame Cahen, à l’origine d’une contre-offensive visant à valoriser les « anti-perles » (somme des « fulgurances » de bons élèves, fièrement rapportées sur Internet), et les médias en quête d’ondes positives qui s’en font le relais, voient-ils donc d’un si mauvais œil les « absurdités » laissées, parfois volontairement rappelons-le, par des élèves souvent brillants à leur insu et audacieux ?

Parce que des collègues de Madame Cahen se repaissent chaque année de ce mets « fameux » – ce n’est pas moi qui le dis – avec « un rire gras assorti de commentaires effarés sur le nivokibess », il faudrait condamner tous ceux qui s’en régalent sans mépris et même avec une certaine admiration ? Vraiment, il faudrait remplacer des bijoux produits par des êtres de chair et de coquille par de pâles « pépites » trouvées dans de jolies copies bien conformistes ? Loin de moi l’idée de critiquer ces dernières : leurs auteurs ont fait leur travail, bravo, on ne leur demandait pas autre chose. Mais est-ce bien la peine que l’on s’en vante ? Qui plus est, lesdites pépites sont généralement d’un ennui… et nombre d’entre elles (car je les ai lues, contrairement à beaucoup qui se sont empressés de féliciter Madame Cahen sur les réseaux sociaux, à coups de cœurs battants et de commentaires obligés) trahissent la complaisance des professeurs eux-mêmes, trop heureux de voir de temps en temps leurs objectifs atteints. Encore une fois, c’est tout à leur honneur, mais que l’on ne vienne pas nous dire qu’une citation bien placée, une phrase ponctuée de trois ou quatre locutions précieuses du genre « outre cela », ou une explication « structurée, étayée, dans une langue impeccable, développée en 10 minutes pile » sont des « éclairs de génie ». Le talent est ailleurs, et surtout là où il s’ignore, comme dans ces aphorismes aussi déplacés que lucides, ces lapsus étonnants avec lesquels je composerais bien moi-même quelques vers, ou ces commentaires à côté de la plaque que l’on dirait tout droit sortis d’une pièce d’Eugène Ionesco. Mais je ne suis pas certaine que Madame Cahen apprécie le théâtre de l’absurde, à en juger par les propos qui étayent sa bienveillance affichée et lui ont valu ces derniers mois un début de notoriété publique. Car l’initiative est dans l’air du temps et vient à point répondre à ce qu’elle-même diagnostique comme « une véritable attente de la société, dans le sens d’une vague de fond positive » qui, il est vrai, s’abat tout en douceur sur la France sans que personne ne s’en alarme, ou alors pour se voir taxer de pessimiste, rétrograde ou mieux, de méchants. Bienvenue au Club Med, où même les tsunamis sont gentils ! Apprenez à surfer et ça ira tout seul. Non non, ceci n’est pas un attrape-touriste, évidemment.

Voyager, ça s’apprend…

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 juillet 2017. dans La une, Education

savoir ouvrir l’œil en voyageur, et pas comme le matin en mangeant la tartine.

Voyager, ça s’apprend…

… Comme tout le reste, dirait ce bon Philippe Meirieu, icône des sciences de l’éducation. Un petit d’homme apprend à voyager, comme à marcher, parler et aimer le céleri rave, et croyez-moi, vite et pas mal du tout, parce qu'apparemment, grandir et partir, ça rime.

On pourrait tous, je suppose, raconter nos enfants face au voyage ; les ronchons déplacés, voire déportés et les routards en devenir : – « ainsi, on est à l’étranger ! » s’extasiait un mien Cédric du haut de ses 6 ans à peine, les sandales plantées sur le béton d’une station d’essence, à peine la voiture arrivée en Espagne.

Mon propos sera ici plus professionnel, puisqu’il s’agira de mes petits collégiens de 5ème. Comme tous les enseignants, et je veux croire tous, le « ça s’apprend » me passionnait ; les besoins, les objectifs, le protocole, les échecs évidemment, et – miracle des miracles en terre laïque – les fruits et ce qu’ils devenaient après et même longtemps, et même surtout après. Alors, le voyage, vous pensez…

Cette autre façon de vivre le grandir, l’autre et les inconnus du monde, ses dangers, ses innombrables obstacles habillés de récompenses flamboyantes, qu’aligne la seule chose qui vaille : vouloir, découvrir et aimer. Et partir, évidemment ! S’élever quelque part, donc, pour l’élève, faire son métier ; et pour le professeur, accomplir un devoir, et quelque chose infiniment précieux, en plus.

Une année, plutôt humide et tristounette, je crois, il y a longtemps comme on dit dans les histoires, j’avais en mains deux pépites échues au terrible tirage au sort des répartitions de classes ; deux 5ème, plutôt scolaires mais comme il se devait, fort hétérogènes. Leur appellation, je ne sais plus, mais les Stéphane, Sébastien, Aurélie, Céline et Delphine, et tous les autres, je m’en souviens avec la netteté qu’on prête parfois aux fins de vie ; leur visage, leur voix, leur rire…

Comment le projet d’une vaste sortie sur le terrain était-il venu ? bernique, je ne sais plus. Journée entière, plusieurs disciplines, un amont conséquent en classe, des tâches différentes sur place, des cahiers à composer, des interventions ciblées à faire, un échange entre les deux classes, l’auditrice, l’active, et tous ces dessins, ces photos noir et blanc, ces travaux de groupes, et un vaste aval revenus au collège. Tout l’apprentissage était là, l’avant, le pendant, l’après. Nous avions cette année-là utilisé la beauté si particulière d’une austère église romane limousine, Beaulieu sur Dordogne, d’un monastère cistercien à deux pas du collège, Aubazine, et blotti dans les noyers presque méridionaux du nord du Lot, d’un château mi médiéval, mi Renaissance, la merveille de Montal.

Ce n’était pas là, l’essentiel ; seule comptait la démarche.

On était à – quoi – moins de 80 km de Tulle, et les minots ouvraient le bec devant cet « étranger », l’ailleurs, le différent, tant dans ce qu’on découvrait, que dans les gens qu’on rencontrait, et – première marche du podium absolument incontestée – dans la façon dont on travaillait autrement, cet apprentissage via l’école, du voyage. Copieux, le menu : savoir observer, puis regarder, ne plus mélanger les deux ; décrire, chercher les indices, comparer – un bâtiment roman, par exemple, comment ça marche. Des mots, précis, ni inutilement savants, ni vagues, dessiner cette voûte, l’emporter pour en classe dans deux pincées d’heures, la comparer aux envolées gothiques… savoir ouvrir l’œil en voyageur, et pas comme le matin en mangeant la tartine. Écouter, donc respecter l’exposé de groupes de l’autre classe, ou celui – court et rare – d’un adulte guide. Reconnaître cette musique grégorienne ; rien qu’en fermant les yeux, je l’écoute encore. Se renseigner un peu plus, mais sans être brouillon. Questionner, s’il le faut et faire bon usage de la réponse. Et puis, et puis surtout, aimer, préférer, adôôôrer, comme ils disaient, se laisser prendre par le plaisir du beau, de l’art, et bien sûr argumenter pour en parler aux autres… Voyage plaisir, pas en plus, en même temps. ( c'était un temps où le – en même temps – n'avait pas la signification d'aujourd'hui)... Avoir le silence qu’il faut dans un monument, une église ; savoir et comprendre pourquoi – c’est la première fois que je rentre dans une église, soufflait celle-ci et le roi n’était dans l’affaire pas son cousin… Acheter deux cartes postales pour le cahier, pas n’importe quoi pour n’importe où ; ce qu’on fera des souvenirs engrangés, et s’autoriser un minuscule passe-droit perso – pour ma mémé qui n’a pas voyagé… moins d’1 heure et demi de trajet, mais casanier rimait encore avec notre Corrèze paysanne…

Le bac, cette Bar-Mitsva de la République…

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 juin 2017. dans La une, Education, Actualité

Le bac, cette Bar-Mitsva de la République…

Baccalaureus

Le mot « baccalauréat » viendrait du latin Bacca lauri, la baie de laurier…

Parfois, je ne suis pas d’accord avec Philippe Delerm. Dans Piscine avant l’oral, le voilà qu’il nous narre un adolescent songeur, à l’orée d’une vie estivale dont il se sent exclu, tout en procrastinant nonchalamment au rythme des cigales…

Moi, j’aime les examens, je suis une bête à concours : je les aime tous, de l’élection des Miss à L’Eurovision (« France, two points… »), du Certif de nos grands-parents à l’élection de la plus belle Charolaise sous l’œil mouillé du Grand Jacques, du BEPC – où je connus ma première humiliation publique, ne sachant plus situer Carthage durant l’épreuve de latin « Delenda est Carthago »… – aux multiples passages de l’agrégation, en passant par l’ENA et même la magistrature…

Passer un examen, et, à plus forte raison, un concours au nombre de places limitées, quel plaisir, quel challenge intellectuel, quelle extase même ! On est les Rois du Monde, on se penche comme Jack dans Titanic au bastingage du navire, la vie est à nous !

C’est simple, si je le pouvais, je repasserais mon bac chaque année ! Ah ces interminables listes de vocabulaire, ces citations plus marquantes les unes que les autres, et le PNB du Japon, et le pacte germano-soviétique…

Je ne connais pas de plaisir plus intense que celui de la joute intellectuelle que l’on se livre à soi-même, dans le plus pur genre d’une disputatio, afin de convaincre le fainéant qui dort en soi qu’il s’agit de se retrousser les manches… L’écrit nous découvre stratège et philosophe, inventeur et fin politique ; nous sommes tous des Marie Curie. Rien n’est plus excitant à mes yeux que ces heures passées à se colleter avec un sujet. Sa découverte, terra incognita à débroussailler ; les balisages en terre neuve ; les jalons posés pour dominer l’espace à définir : et, bien sûr, le paysage mental de la dissertation à modeler, à créer, à enfanter…

Et puis le jour des oraux, c’est l’Agora, nous voilà à haranguer une foule silencieuse au gré de nos jurys, il faut convaincre, se faire tribun. Souverain sur la matière et humble devant le jury, divine équation de la superbe contenue…

Le bac, le bachot comme le nommaient nos pères, c’est un peu la Bar-Mitsva de la République, le rite initiatique de l’Occident. D’aucuns doivent arpenter des savanes et se balafrer les tempes, nos chers boutonneux, eux, échappent difficilement, au rythme des réformes visant à amener quasiment l’ensemble d’une classe d’âge au niveau universitaire, au stress de la Terminale. Professeurs et parents auront beau se plaindre de concert de la baisse du « niveau », nul n’est besoin de toge ou de médaille pour comprendre les affres de ces lycéens soudain privés, quelques jours durant, de leur pain quotidien… Adieu, heures passées devant Facebook et Snap’ à disserter savamment (« Tu kiff koi ? / G jouer 5 heurs à Gladiatus trop for ! T ou ? / O laserkuest tu tamen ? ») : Le temps est à l’orage…

– Je t’interdis formellement de regarder ton smartphone !

– Mais m’man je bosse sur un site d’annales corrigées !!!

Ah, s’ils savaient, nos tendres, comme la vie est rude de l’autre côté du fleuve.

Laissons-leur encore un peu d’innocence, accordons-leur un répit.

Il ne faut pas leur dire.

Que la liberté sera violente. Que leurs rêves s’en iront, fleur au fusil, vers les sanglantes tranchées du réel. Que la vraie vie, c’est Verdun et le bombardement de Dresde réunis, sans aucun armistice, car les snippers ne lâchent jamais leurs cibles. Il ne faut pas leur dire. Que dans dix ans, ils n’écouteront plus NRJ, mais s’avachiront, moroses, devant leur écran plat, s’ils ont eu la mention, ou dans une petite cuisine de colocation, s’ils l’ont eu au rattrapage… Que « être déchiré » ne s’appliquera plus à leurs corps en éveil et à leurs cerveaux avides d’absolu, mais à un pantalon à recoudre – « allo, maman ? ».

Comprendre l’inclusion scolaire Julien Fumey, Annick Ventoso-y-Font

Ecrit par Matthieu Gozstola le 20 mai 2017. dans La une, Education, Littérature

Canopé éditions, coll. Éclairer, 2016, 128 pages, 9,90 €

Comprendre l’inclusion scolaire  Julien Fumey, Annick Ventoso-y-Font

Ouvrage essentiel, pour tout enseignant. Et, par voie de conséquence, pour tout parent attentif à l’enseignement au sein duquel se meut son enfant.

Ouvrage indispensable. Car ouvrage prenant en compte, de lumineuse manière (avec une clarté qui laisse à l’intelligence toute sa place), la question – peut-être – centrale de tout enseignement, à savoir celle de l’inclusion.

Un enseignant ne peut que donner corps, à sa manière, à une pratique de la pédagogie différenciée, « [l]’approche par compétences inclu[ant] nécessairement la différenciation pédagogique » [1] ; « [c]haque enfant arrive différent : il porte avec lui ses besoins, ses soucis, ses préoccupations. Comment tenir compte de cette diversité et mener quand même toute la classe vers des savoirs partagés ? » [2].

L’on comprend combien l’inclusion scolaire est nécessaire. Précisons d’emblée, comme le font Julien Fumey et Annick Ventoso-y-Font, que « [l]’inclusion scolaire n’est pas réservée à une catégorie spécifique d’élèves. Rappelons que dans l’idée de besoins éducatifs particuliers, la particularité est celle des besoins éducatifs, pas des individus. Il ne s’agit pas d’inclure des êtres considérés par exemple comme a-normaux ou a-sociaux. En d’autres termes, il ne peut plus être question de catégoriser des personnes en les figeant dans la radicalité de leur altérité, ce qui reviendrait à les discriminer. La subtilité de la logique inclusive vient du fait qu’elle n’est pas centrée sur la nature de la personne concernée, mais sur son rapport à l’environnement, et sur l’écoute de ce qu’elle a à en dire ».

Pour affiner le développement de cette éducation inclusive effective, l’enseignant pourra se baser avec profit, et autant que faire se peut, sur la typologie des besoins éducatifs particuliers présentée dans Comprendre l’inclusion scolaire, besoins à mettre en regard d’un objectif majeur : « construire un milieu d’apprentissage qui permette à chacun de construire ses connaissances », – l’objectif étant que « les difficultés d’apprentissage » puissent être considérées, jusque par les élèves eux-mêmes, « comme des opportunités de perfectionner la pratique » :

« – Des besoins en temps : laisser la possibilité à chacun de progresser à son rythme comme c’est déjà le cas par exemple pour les élèves bénéficiant de temps aménagés. Le rythme des programmes et des années scolaires rend souvent complexe cette adaptation au cheminement individuel qui peut paraître en décalage avec le rythme collectif de la classe. Cependant, admettre que tous les élèves n’apprennent pas à la même vitesse, c’est à la fois laisser la possibilité à certains de mieux maîtriser une notion et à d’autres de l’approfondir [3].

Des besoins matériels : la mise en place d’une perspective inclusive implique également des besoins matériels allant du plus simple et moins coûteux au plus complexe et onéreux. Ainsi, un élève dyspraxique n’aura peut-être besoin que d’un type de papier aux lignes aérées avec un système de couleur pour mieux se repérer sur la page ; le simple achat d’un dictionnaire bilingue simplifiera l’acquisition du vocabulaire pour un élève allophone. En ce sens, le développement des usages, des sources et des outils numériques est un levier de prise en compte des besoins éducatifs particuliers.

Des besoins d’adaptation des supports, des espaces de travail et des méthodes pédagogiques : répondre aux besoins spécifiques passe aussi par l’adaptation des supports qui […] peut être très variée. Le changement de la taille d’une police, la simplification d’une consigne ou la mise en place de repères visuels constituent autant d’aménagements compensatoires. Des considérations ergonomiques pourront conduire à des aménagements de l’espace qui au final seront bénéfiques à tous : moins de tables individuelles inamovibles, plus de regroupements mobiles avec mobilier adapté.

80 élèves et moi, et moi et moi…

Ecrit par Leia Organa le 28 janvier 2017. dans La une, Education

80 élèves et moi, et moi et moi…

Lorsque je discute avec certaines personnes, j’entends souvent le refrain selon lequel un prof est replié sur lui-même et ne connaît pas « la vraie vie ». Cette remarque est à mon sens erronée pour plusieurs raisons. Le métier offre un réel avantage pour capter un certain « air du temps » et approcher les diverses catégories de la population. Loin d’être un métier replié sur lui-même et corporatiste comme on l’accuse souvent à tort et à raison, il offre cette fenêtre sur la diversité et l’époque, peut-être aussi à un âge que l’on qualifie souvent d’ingrat.

Moi, professeure… Enseignante en lycée public en région parisienne, cette diversité, que je n’avais pas connue moi-même au lycée, mérite que l’on s’y arrête un instant. Actuellement, 80 élèves répartis sur les niveaux de 1ère et Terminale générale me font face chaque semaine. Il sont issus de plusieurs catégories sociales et culturelles souvent perplexes face à des programmes qui leur semblent parfois bien loin de leurs préoccupations personnelles, sauf exception. Faisons le compte : sur ces 80, je retrouve des fils et des filles de caissières de supermarché, de policiers, de dentistes, de commerciaux, de techniciennes de surface, etc. Il n’est donc guère possible d’enseigner de manière monolithique à des élèves certes issus de la classe moyenne mais vivant dans des milieux bien différenciés, culturellement et ethniquement.

Globalement, les parents sont très inégalement investis dans la scolarité de leurs grands ados. Une discussion avec mes collègues, eux-mêmes parents et habitant aux alentours de mon établissement, m’a alors éclairée : une bonne partie considère qu’à partir de la classe de 4ème leurs enfants sont grands et qu’à ce titre ils n’ont plus à se mêler de la scolarité de leur progéniture – d’autant que les passages dans la classe supérieure sont devenus quasi automatiques… jusqu’à celle de 1ère et l’arrivée du bac et son obligation de résultats ! C’est à ce moment que les parents jouent à nouveau leur rôle et sollicitent le lycée. En ce sens, le niveau de 1ère est devenu synonyme de stress et où s’expriment les attentes, les doutes et les interrogations.

Face aux maux contemporains présents chez les élèves… Selon les situations, que faire ? Comment susciter cette envie et cette implication en classe d’élèves plus ou moins motivés ? Globalement, le professeur d’histoire-géographie n’a pas de souci à se faire : le capital sympathie de la matière est au beau fixe (ce qui n’est pas forcément le cas des mathématiques par exemple, les collègues concernés me pardonneront…). Mais, comme ses collègues, il doit faire doit faire face à trois problèmes généraux. D’abord, il doit affronter le consumérisme, illustré par la question « mais madame, à quoi ça sert ? », qui revient souvent, notamment en cartographie où je dois parfois faire face à un véritable challenge : montrer que cela sert à « quelque chose » et que ce « quelque chose » est déjà présent dans leur vie de tous les jours. En première, lorsque la question surgit, j’opte alors pour une petite séquence destinée à leur démontrer que « tout est cartographie » autour d’eux, du jeu vidéo au téléphone portable en passant par le GPS de la voiture de leurs parents. Un exercice fondé sur la cartographie de l’imaginaire vient parachever la démonstration. Ensuite, il se heurte au niveau d’écriture et de vocabulaire. Et enfin, il se trouve face à une culture générale assez faible et même problématique chez certains élèves qui arrivent en classe de terminale avec un niveau proche de l’illettrisme (je mesure le poids de ce dernier mot…). Face à ce triple problème, le souci pour moi est de trouver un juste équilibre : ne pas sacrifier une forme, un fond et aussi une certaine exigence. J’estime que simplifier le vocabulaire ne rend pas service aux élèves, mais j’avoue que depuis cinq ou six ans, j’ajoute à mes devoirs d’étude documentaire un petit lexique pour expliquer des termes qui leur semblent compliqués afin que les plus faibles ne soient pas désavantagés. En classe, je termine toujours la lecture du document par une question rituelle : « y a-t-il des termes que vous ne comprenez pas ? ». Je pense que cette manière de procéder peut contribuer à enrichir leur vocabulaire d’une manière ou d’une autre. A ce titre, les vieux mots de vocabulaire comme « chienlit » fonctionnent très bien, retenus par les élèves.

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