Education

Pédagogie : le renseigné et l’enseigné

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 mars 2016. dans La une, Education

« Éduquer, ce n’est pas remplir un vase, mais allumer un feu » Montaigne, De l’éducation dans Les Essais

Pédagogie : le renseigné et l’enseigné

On trouve, c’est vrai, à peu près tout dans les réseaux sociaux ; le vrai du faux de Facebook, on le sait, étant loin de fermer boutique… mais un post récent, dirigeant nos émois vers un lien (dont je ne garantis pas l’intégrale véracité du récit) vaut qu’on s’y arrête.

On nous y raconte les malheurs d’un professeur des écoles, pas soutenue par sa hiérarchie – la pauvrette ! Avait-elle molesté un petit élève ? Que nenni. Dans une leçon de géographie, sur les fleuves français, au lieu de « faire cours », elle avait donné directement à son élève le nom du fleuve arrosant Paris, la Seine. Et vous tous – hormis peut-être quelques enseignants – de s’esclaffer, à la suite des x commentaires du post sur FB : – franchement, du n’importe quoi, cette école, en France, ma pov’dame !

Depuis quand donner la réponse, en classe, sans les procédures, serait-il contestable ? A mon modeste avis, depuis qu’enseigner existe.

Si le récit sur le nom du fleuve est, certes, un mauvais choix, propre à tous les raccourcis fallacieux pouvant sembler friser le ridicule, ce n’est pas pour autant qu’il soit à négliger, car il éclaire à nouveau ce conflit renseigner/enseigner, qui couve la redondante et importante fracture entre les tenants de la pédagogie active, et ceux, non moins nombreux, des leçons magistrales, à fonctionnement du haut vers le bas – « descendant », disait du reste, joliment, le contenu de l’article proposé par le lien FB.

Le gamin, qui, dans la rue, m’apostrophe en me demandant le nom du fleuve qui… je le renseigne, mais s’il est dans ma leçon de géo, ce n’est pas le même cas de figure. On peut aussi imaginer qu’un guide ou conférencier de talent lui fournisse plein d’infos sur la chose. On ne dira rien, évidemment, des clics-savoirs-Google-Wikipedia, fondamentaux, utilissimes mais d’une autre nature que le rôle du maître. Aucune concurrence entre l’école et ces outils de renseignements, précieux, mais autres. En classe, c’est d’un autre service qu’il s’agit. Tout autre. J’enseigne, donc je dois faire pratiquer à l’élève des process, qu’il a acquis, ou qu’il acquiert, qui vont ensuite et ailleurs l’équiper pour cet « apprendre à apprendre » si fondamental. La Seine n’est qu’un prétexte à engranger des savoir-conduire. Ce n’est en rien, pour l’enseignant, un simple renseignement, une bribe de connaissance.

Mais pour les contestataires des pédagogies actives – toutes espèces confondues – c’est le chiffon rouge du « pédagogisme », l’ombre portée des Sciences de l’Educ… Pftt !! l’enfer dans le cartable. On ne va pas, ici, lister à nouveau – la plupart de mes chroniques sur Reflets l’ont modestement recensé – ce qui fait se fâcher tout rouge l’honnête parent en prise avec les « toquades » des enseignants de sa progéniture ; le non-compréhensible, le mal-lisible, le non-sens, la perte de temps apparemment abyssale (pourtant, « enseigner c’est l’art de perdre son temps » disait un certain) de manières de faire, un vocabulaire, surtout, qui, la plupart du temps (sauf à avoir été solidement expliqués) ont comme défaut majeur d’être différents des pratiques de l’école fréquentée en son temps par le parent. On ne se retrouve pas dans ce qu’on vit comme étrangeté. Et l’école, c’est son enfance, donc le soi du soi…

O réforme, ô désespoir (partie 2) Comment ?

Ecrit par Lilou le 28 novembre 2015. dans La une, Education

O réforme, ô désespoir (partie 2) Comment ?

Et puis, à la porte de ma classe, ça toque dur… « Comment qu’on fait » crient en chœur les chefs d’établissement et les inspecteurs ? Ben je sais pas… N’est-ce pas à vous d’organiser les emplois du temps et de dire comment vous mettrez EPI et AP à l’intérieur des emplois du temps, en relation avec les moyens annuels que l’on appelle la dotation horaire globalisée ? N’est-ce pas à vous que de nous accompagner avec l’éclairage des accompagnements aux programmes ? N’est-ce pas à vous, coiffé du statut de premier pédagogue de l’établissement que de faire du « conseil pédagogique » l’instance qui permettra la résonance de toutes les énergies que vous devez identifier et qui ne demandent qu’à essaimer ? N’est-ce pas à vous de repérer, les uns et les autres, qui pourrait accompagner (quelle horreur dans ce cadre-là le terme de « former ») la mise en place de la loi avec les relais que sont les corps d’inspection, les pilotes de projets existants, les directeurs d’écoles primaires plus à même avec les professeurs des écoles de généraliser l’intelligence de ce qu’est l’interdisciplinarité ? N’est-ce pas aussi à nous tous la tâche ardue de convaincre les sceptiques par la parole et ce mot qui n’est pas gros : « la pédagogie de projet » qui n’abandonne en rien la discipline parce que justement elle la conforte avec d’autres ? N’est-ce pas à vous que de missionner les coordonnateurs sur la base de cette pédagogie de projet, disciplinaires et interdisciplinaires, et de faire en sorte que le projet d’établissement et le contrat d’objectifs ne soient pas que des rengaines de façades ?

Peut être Watson mais quels sont les moyens accordés ? Les moyens !!! Le mot est lâché. Traîtres comme les obus allemands sur le Bois des Caures en février 1916 ! Le mot est lâché, « les moyens »… Félonie, Allemands de la Guerre ou Anglais de Fachoda, levez-vous !

N’est-il pas temps de calmement nous pencher sur… nous-mêmes, sur l’organisation de notre temps de travail. Sur notre capacité retrouvée à dire et redire encore ce que nous faisons dans notre temps de travail (oui, nous ne sommes pas qu’au golf, au shopping ou à Roland Garros quand nous ne sommes pas devant les élèves…) et comment nous le faisons afin que de pouvoir dégager quelques éclaircissements à minima, et peut être aussi quelques marges de manœuvre ?

Nous travaillons 18 heures (ou 15 heures) en classe face aux élèves. Pour tout un chacun c’est ici que se situent nos leviers d’actions, c’est ça dire que c’est là que se fonde notre temps de travail. Mais bon, il faut corriger un peu. Ce chiffre est donné sans compter les corrections et les préparations de cours. C’est sans compter aussi le travail de concertation qui se fait déjà, les conseils de classe, les réunions avec les parents, les évaluations au socle (à condition que, et en vieux briscard des collèges que je suis et qui peut voir, chacun le fasse ce qui est très très très loin d’être le cas), sans compter aussi les participations aux instances pour certains d’entre nous. Et sans compter enfin le débit normal ou anormal que proposent parfois les réunionites aigües de certains établissements. Tout cela fait (ou doit faire) 1607 heures annuelles, comme tout le monde soumis aux 35 heures. Fait… Doit faire en tout cas. Parce que si un paquet de copies de Troisièmes est équivalent en temps qu’il faut pour peler des cacahuètes à un paquet de Premières ou de Terminales, c’est qu’il y a un problème quelque part. Il existe la même distorsion pour ne pas dire « silence pesant » avec les collègues des écoles primaires qui sont présents face aux élèves 23 heures par semaine (et qui ont eux aussi leur lot de préparations, de corrections, de réunionites aigües et de rencontres avec les parents ou de formation à l’initiation musicale, le pédalo sur les lacs en pente ou la place du futur antérieur dans la grammaire française). La capacité à mesurer le temps de travail des enseignants pose problème ! Stop d’avance avant de prendre un destroyer contestataire sur le museau.

Je me suis donc retrouvée ce matin face à mes collégiens

Ecrit par Christelle Mafille, Christelle Angano le 21 novembre 2015. dans La une, Education, Actualité

Je me suis donc retrouvée ce matin face à mes collégiens

Que dire et comment le dire, aussi ? Comment leur dire qu’il ne faut pas avoir peur, alors que moi… j’ai peur ?

D’ailleurs, pourquoi n’aurions-nous pas le droit d’avoir peur ? Du moment que nous ne devenons pas « frileux ».

Alors oui, j’ai fait de mon mieux.

Consciente de la gravité du moment et émue face aux visages graves de nos enfants.

Peur… peur aussi de ne pas être à la hauteur, de répondre de travers. Et le poids de l’attente des parents. Oui, on comptait sur nous pour dire l’indicible.

– On est en guerre madame ?

– On va mourir ?

– Mon père et mon frère vont partir se battre

– Hein que ce ne sont pas des musulmans comme moi ?

Tant de questions, tant d’inquiétude, tant de sagesse aussi auxquelles j’ai essayé, je dis bien, essayé de répondre.

Alors nous avons décidé d’un commun accord que notre façon de résister serait de nous tourner vers des esprits lumineux, cette lumière qu’ils détestent tant. Nous avons fait appel à Molière, avons joué des extraits du Malade imaginaire.

Le théâtre, comme un symbole de la Liberté ; Molière, fleuron de notre impertinence. Un caricaturiste en sorte…

Je pense que mes élèves alors ont compris un des enjeux de la littérature, et de l’art en général. Écrire, jouer, rire pour vivre, pour exister, pour résister aussi. Jouer, lire, pour dire non ; envers et contre tout, et contre tous, aussi.

L’esprit de Molière était parmi nous, j’en suis convaincue et je dois dire que je me suis sentie à ma place, entourée de ces ados qui n’ont qu’une envie : croire et espérer et aussi, être rassurés, enfin.

Enfin, ne pas oublier que comme l’écrivait Pablo Neruda :

« Ils pourront couper toutes les fleurs,

Ils n’empêcheront pas la venue du printemps ».

O réforme, ô désespoir (partie 1) Pourquoi ? Pour qui ?

Ecrit par Lilou le 14 novembre 2015. dans La une, Education

O réforme, ô désespoir (partie 1) Pourquoi ? Pour qui ?

Cette réforme pose le cadre à la fois du territoire de la classe et aussi des collèges (mais pas que) et qui consacrera les espaces de ce qui doit être enseigné lors de la scolarité obligatoire, comment il doit l’être dans le contour républicain de la massification de notre système éducatif dans lequel aucun élève ne doit être laissé au bord du chemin. Les enquêtes nationales et internationales sont en effet suffisamment douloureuses pour nous montrer que beaucoup de choses doivent être repositionnées afin de nous permettre de réussir dans la mission régalienne d’éduquer la totalité de nos générations à un avenir « choisi » et « solidifié » pour ne pas dire inscrit dans le marbre de la confiance en l’avenir humaniste de tout un chacun. Nous sommes à peu près tous d’accord là-dessus.

Quelques centaines de milliers de professionnels de l’éducation nationale sont concernés dans le premier rang de cette classe et qui ont tous l’ambition du grand et du beau, du merveilleux et presque indicible instant de la « chose » transmise aux élèves, de la beauté intrinsèque du théorème de Pythagore à la dernière discussion enflammée d’un poilu de Sologne évoquant la pacification des esprits sous les bombardements et sachant qu’il va mourir 10 minutes plus tard en passant par les vers déchirants d’un Rimbaud aux abois ou par la profondeur du « la » de contrebasse chez Bach, plus profond que la profondeur. Et j’oublie ici, mais la passion est finalement trop forte pour ne pas le dire, les derniers mots en latin de César agonisant dans les bras de Brutus et le formidable enjeu qui sera de faire réciter à ma fille au CP du Goethe dans le texte… Enseigner est une passion, ce que l’on enseigne est notre moteur. Et je l’avoue, dans ma progression annuelle, j’ai souvent langui d’arriver à telle ou telle leçon parce que je savais que je serais performant plus que de coutume, que le ventre enseignerait tout seul et que je donnerais raison à Jean Jaurès à chaque battement de cœur : on enseigne ce que l’on est.

Dans la classe toujours, il y a aussi des millions d’élèves en phase finale avec la scolarité obligatoire. On est au bout du long processus républicain de service public et qui consiste à outiller la totalité des enfants à l’histoire et géo, aux mathématiques, à la musique, aux sciences de la vie et de la terre, aux langues vivantes, aux parcours d’orientation… Au monde aux connaissances et aux compétences qui nous entourent en quelque résumé maladroit. Urbi et orbi, l’Ecole travaille pour solidifier les bases sociales de ses contours dans l’idée républicaine en ce qu’elle a de plus noble.

La carte et le territoire

Ecrit par Sabine Aussenac le 31 octobre 2015. dans La une, Education, Société

La carte et le territoire

Comme tout prof qui se respecte, qu’il pleuve ou qu’il vente, et même au cœur des vacances de Toussaint, mon premier geste fraîcheur du jeudi matin est la consultation du Saint Graal ; j’ai nommé le BO. Oui, comme d’autres font du yoga, consultent leur messagerie ou écoutent France Info, nous, les profs, espérons toujours, même à la veille de la retraite, dénicher l’info du siècle dans cette Bible devenue numérique ; un poste qui se libèrerait au lycée français de NY, celui où nous avions failli enseigner à 25 ans, ou notre auteur fétiche qui serait mis au programme de l’agreg, ou encore un pote de fac qui deviendrait IPR…

Ce matin, toutefois, les bras m’en sont tombés avant même ma correction de copies du jour… Sous mes yeux dessillés par l’étonnement se dessina soudain une bien étrange « Carte des langues vivantes ». En effet, même avant mon litre de thé vert, j’ai eu la finesse de remarquer que cette « carte » ne reposait pas sur une « carte » réelle, j’ai nommé ces bonnes vieilles cartes, pêle-mêle d’état-major, de France, du monde, du ciel, puisqu’elle est entièrement constituée non pas de reliefs, de villes, de frontières, de pictogrammes, mais simplement de mots et de phrases.

Chouette, me suis-je dit en mon for intérieur, vous savez, celui qui a toujours été nul en coloriage : not’Cheffe a compris que l’interdisciplinarité passait aussi par l’allègement des programmes. Voilà qu’elle nous propose des cartes sans géo, puisque après tout, nous sommes nombreux à avoir compris sa réforme comme l’annonce d’un collège sans latin, sans allemand…

Intriguée, j’ai tout de même pris le temps de fouetter un matcha latte en beurrant mon pain sans gluten, avant de revenir découvrir à quelle sauce j’allais être croquée, malgré mon statut de presque Mère-Grand, par le Loup de la Réforme…

Bon, ça commence soft, après le bla-bla habituel, avec même un clin d’œil appuyé vers ce qui est, somme toute, déjà en place depuis des décennies, comme la possibilité d’apprendre des langues diverses et variées, hors des quatre piliers de base le plus souvent enseignés…

« Ainsi, la carte des langues permet d’impulser une politique linguistique cohérente et diversifiée. Elle conforte l’enseignement des quatre langues les plus enseignées (anglais, allemand, espagnol et italien) et encourage le développement des autres langues à plus faible diffusion dans notre système scolaire : arabe, chinois, grec moderne, hébreu, japonais, langues scandinaves, néerlandais, polonais, portugais, russe et turc ».

Réformes à l’école ou éducation des élèves ?

Ecrit par Jean Gabard le 24 octobre 2015. dans La une, Education, Société

Réformes à l’école ou éducation des élèves ?

Depuis quarante ans, l’Ecole a connu des bouleversements et s’est considérablement améliorée. La question de la rentabilité de l’école occupe pourtant le devant de la scène. Ses résultats semblent en effet en baisse et l’échec scolaire, loin de diminuer, s’accroît. Après les multiples réformes à l’école, il est toujours possible d’en proposer d’autres et même de procéder à « une refondation de l’Ecole », mais ne faudrait-il pas plutôt changer l’angle d’attaque ? Ne serait-il pas primordial, pour pouvoir instruire les élèves, de s’intéresser d’abord à leur éducation ? Les « réformes » à proposer sont alors plus délicates mais n’est-il pas temps de le faire ?

Il est peu probable que l’élève, de milieu aisé ou défavorisé, soit moins intelligent que ses prédécesseurs. Devenu le centre du système scolaire, il se peut, par contre, qu’il soit de moins en moins motivé. De multiples réformes ont pourtant été adoptées pour rendre plus intéressants et plus efficaces les apprentissages. Et quels en sont les résultats ? Non seulement ceux-ci ne sont pas positifs mais la motivation des élèves paraît inversement proportionnelle à l’amélioration de leur condition de travail ! Les nouvelles méthodes, seraient-elles en cause ? Celles-ci sont certainement perfectibles mais sont sûrement bien meilleures que celles utilisées autrefois. Elles devraient donc apporter, au moins, un petit progrès, mais ce n’est pas le cas ! Ne serait-il pas alors nécessaire d’oser franchir le pas et de se demander s’il n’y aurait pas d’autres causes au malaise scolaire.

Il se pourrait effectivement que les réformes aient des effets pernicieux et que ceux-ci ne se trouvent pas dans les méthodes elles-mêmes mais dans les motivations et l’attitude de ceux qui tiennent à les mettre en pratique !

A force de vouloir changer, en invoquant le fait que les conditions de travail sont toujours mauvaises, que les méthodes d’enseignement sont toujours inadaptées, que les enseignants sont mal formés, les élèves (alors très attentifs) trouvent en effet dans ces réquisitoires de bonnes raisons de ne pas être motivés et ainsi d’attendre pour faire l’effort de travailler. Comment, d’ailleurs, pourraient-ils en avoir envie quand ce qu’ils entendent à la maison, dans les médias et même parfois dans la bouche de responsables de l’Education Nationale est soit une critique des enseignants qui ne seraient pas assez compétents, intéressants, modernes, attentifs, aimants, soit une dénonciation de l’école elle-même qui serait trop ennuyeuse, trop ou pas assez exigeante, trop inefficace, trop injuste, trop inégalitaire et même sexiste… L’échec de certains élèves à l’école n’est d’ailleurs plus leur échec mais devient l’échec de l’école, comme si le fait de s’inscrire à l’école, qui rappelons-le n’est pas une obligation mais un service, donnait le droit aux diplômes.

Le fantôme d’Inès… pôvre !

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 septembre 2015. dans La une, Education, Voyages, Histoire

Le fantôme d’Inès… pôvre !

Peut-être êtes-vous quelques-uns à revenir du Portugal. A défaut de l’Afrique du nord, où rampent les attentats, de la Grèce, où votre carte bleue, et ce qu’on peut en faire, vous semblait vacillable – ces gauchistes, tu sais ! Tu vois où ça nous mène… Ou bien alors – j’espère – par choix, pour ce rectangle de merveilles posé au ponant de l’Europe ; pour son art, le Manuélin unique, ses maisons habillées de chauds azulejos,  sa langue, la plus belle à l’oreille ! sa bacalhau-morue aux 360 recettes, et ce vent d’Atlantique qui, définitivement, part avec les caravelles découvrir d’autres mondes...

Si vous venez de ce pays, alors, vous connaissez Inès…

Je l’ai écrit, ici, sans doute ; j’ai « dans une autre vie » enseigné – une bonne dizaine d’années – à de petits Portugais d’origine, posés en Corrèze profonde (Portos, disait le passant de base, nourri au racisme rural, qui vaut bien les autres, hélas), quelques heures par mois, l’Histoire et la géographie du Portugal ; des bribes. Eux, ignoraient tout ou presque – troisième génération d’immigrés – du fastueux passé de chez leurs grands-parents ; moi, j’ignorais la langue et sa prononciation casse-gueule. La mutualisation fut notre façon – fort heureuse – d’être ensemble.

Inès fut un de leurs personnages « historico-légendaire » préférés ; le mien aussi sans doute, passant sans plus d’états d’âme sur le vrai de l’Histoire – qui me faisait, comme à eux, trop d’ombre ! Quand on en venait à cette infante, portugaise de sinistre adoption, le silence accompagnait les bouches bées. C’est que tous les pays n’ont pas un tel ragout d’Histoire ; une série haletante, où pleurs, angoisses et peurs cohabitaient avec une compassion de mémère au mouchoir et pas mal de transferts !

Il était une fois… loin en Castille – plus tôt, mais plus sûrement caniculaire que nos coins actuels – une Infante, au doux nom – pôvre ! – de Constance. Laquelle partit pour le Portugal voisin en vue d’épouser un dauphin qu’elle ne connaissait miette. Dans son carrosse crapahutant sur les « cacos dromos » qu’on connaît tous, une suivante, vaguement noble par la jambe gauche, au doux (pôvre !!!) nom d’Inès. La mi-XIVème siècle sonnait aux clochers des monastères... Une fois les dames en sol portugais, le prince tomba amoureux – fou – non de la Castillane qu’il épousa pourtant – bah ! – mais de sa suivante. Débuts des séquences-mouchoirs. Arrivée en fanfare de la légende. Acte I : Passion façon Iseult et son Tristan, en « doublure » de la vie officielle. Refus tonitruant du Paternel du prince ! Exil de la damoiselle. Foin ! ils s’écrivent. Mort de la reine Constance – pôvre ! Le prétendant à la couronne représente le projet-Inès. Re-refus du vieux monarque. Foin ! Ils vivent ensemble et font quatre petits bâtards – en pleine forme, comme le veut le genre. Acte II - buccins ronflants : le père refuse toujours. Pierre et Inès maintiennent leur point de vue (ah !!!), s’installent à Coimbra, la plus belle ville du Portugal (sinon du monde, ça, je l’ajoute) dans le monastère de Santa Clara, sans se douter… (pôvres !!). Acte III :(les personnes sensibles sont averties que…) un jour de grande froidure, en même temps que de chasse pour le Prince – le piège ! , le vieux roi fit assassiner la douce Inès, en catimini, parce qu’à cette époque, on ne barguignait point (pôvreeeeeeeeee !). Devenu monarque lusitanien – non, mais, enfin ! – le gars Pierre, qui savait cuisiner ce qu’il faut comme vengeance, fit exhumer le cadavre de son aimée, la fit parer d’un manteau pourpre et d’une couronne, assise sur le trône ; chaque Grand du Portugal – qui valaient bien ceux d’Espagne – dut (ah!!!) lui baiser la main. C’est moi qui ajoute : pôvres !!

A Berlioz, l’Art donne des ailes aux ados : Le Cygne // Signe

Ecrit par Sabine Vaillant le 13 juin 2015. dans La une, Education, Musique

A Berlioz, l’Art donne des ailes aux ados : Le Cygne // Signe

A l’ombre des arbres, Jean-Philippe Baldassari, compositeur et professeur de musique, raconte Le Cygne // Signe, création collective (1) sonore, musicale, visuelle et plastique en 5 tableaux, donné à l’auditorium de Vincennes.

Le spectacle repose sur Le Cygne, sculpture d’Henri Georges Adam, hôte discret depuis 1963 du jardin du collège-lycée Hector Berlioz. Il porte sur ses ailes ce parcourt d’Art, résonance de sons et influences de la flûte de pan évoquée par la forme de la cité scolaire.

En un éclair de temps, toute la passion et l’énergie de ce musicien déferlent par vagues puissantes. J-Ph Baldassari convoque la scène où 80 jeunes du collège et lycée Hector Berlioz ont libéré leur énergie créatrice. Appuyés par sa force de conviction et l’accent puissant de ses montagnes corses, les tableaux prennent vie. Ils défilent en farandole légère, mains dans la main avec les muses et les artistes qui ont présidé à leur naissance.

Par ordre d’apparition sur scène Le Passeur Times, un film sonorisé. Puis Le Lac où l’électroacoustique est à l’honneur avec transformation du son, travail des voix, à l’aide de micros connectés à la Méta-Malette : un logiciel interactif permettant de jouer et de créer de la musique tout en produisant des images en 3D, en relief et en temps réel. O Beautiful Swan, un texte de création sur fond d’orchestre pop lui succède. L’oiseau de feu, danse avec modules, hommage à Stravinski, s’invite ensuite sur scène. Et pour finir Orients,célébration de l’orientalité.

La magie de ce projet, porteur de références culturelles, marqué par l’interdisciplinarité, la transversalité, a fédéré un vivier d’élèves de « l’atelier images » (2), de la section cinéma, du cours de danse (3), de musique, des professeurs des options artistiques (4), et du vidéaste Fabian Beaulieu.

Le public enthousiaste ne s’est pas trompé, la qualité a résonné et illuminé l’auditorium. Jean-Philippe Baldassari porte ses élèves, les dope à l’émotion, la passion au travers de la musique. Il réalise ce tour de force de les amener à la culture de leur plein gré, avec toute leur sensibilité en intégrant tous les niveaux de pratique.

La liberté structurante apportée par des objets culturels est la clé de voûte de sa pratique de professeur. Il l’a expérimentée à ses débuts avec des élèves des banlieues, parfois non francophones, avec la musique. C’est par la voix, l’expérimentation et la manipulation des sons que les élèves constituent leur boite à outils culturelle. Et ça fonctionne encore et à Vincennes aussi !

Alors en ces temps de réforme, l’avenir pourrait se conjuguer avec culture… Se saisir de l’opportunité de cultiver l’imagination, tout un programme que portent déjà les ateliers.

Mon école me fait mal

Ecrit par Lilou le 30 mai 2015. dans La une, Education, Actualité

Mon école me fait mal

Réformes, grèves, tas de fainéants, vivent les vacances, otages d’orgies politiques, pédagologisme contre pédagoducon… Et les élèves dans tout ça ? La réforme du collège unique ! Déjà dans son intitulé, sa consigne même, c’est compliqué ! Comment réformer ce qui est unique sinon en le rendant pluriel ? Et comment s’étonner ensuite que ce faisant, dans ce pays aux plus de 1000 variétés de fromage, ceux qui s’émeuvent de l’absence de réformes poussent ensuite au crime de la réforme qui est là ?

Mais la question principale n’est pas dans ce nécessaire virage que doit prendre ce collège-là, unique et créé par des trente glorieuses en bout de souffle. Tout le monde en est d’accord, ce collège-là a vécu, et, au-delà se réformer, doit se moderniser, sous peine de s’enfoncer dans des abysses que Pisa évoque avec les mots pudiques des statistiques. La question principale est de savoir quel virage doit prendre l’école de France pour lui permettre de donner les moyens à Jules de continuer d’être le Ferry d’une école qui doit rester républicaine, égalitaire, fraternelle et libre (dans le sens révolutionnaire du terme).

Au pouvoir précédemment, les uns répondirent par une vision comptable de la question scolaire en France : trop chère. Donc suppressions massives de postes, quadrature du cercle pour savoir si x professeurs divisés par y élèves faisaient bien les bons comptes qui font les bons cadeaux fiscaux (aux poignées de z qui depuis se sont planqués en Suisse). Ils mirent ensuite un système savant où en réduisant le nombre d’heures à l’école primaire (qui revient à sucrer une demi-journée de savoirs de diverses natures), on parvient à réduire la voilure du nombre d’instituteurs (plus joli que le mot « professeur des écoles »). Et pour enfoncer le clou d’une école à laquelle l’état républicain se doit – parce que c’est son contrat social – de donner les moyens de lui faire assumer ses devoirs régaliens de l’éducation populaire au sens le plus large possible, on supprima aussi la formation des maîtres, trop chère et puis parce que Nico Premier le décréta, « on se forme sur le tas ma pov p’tite dame ». Faut dire qu’en matière de tas, le brave savait de quoi il parlait. Non, non, non, je ne souhaite pas évoquer ici la jolie Carlita, mais les autres tas qui, comme les hirondelles sur le fil, prirent le chemin du retour plutôt que celui du départ. Bref, patatras, l’école était mal partie, nous n’étions plus qu’une variable d’ajustement budgétaire.

François arriva. Tel le pommier sortant ses branches de la forêt de Chambord, lui et ses destriers ouvrirent les cahiers d’une école aux abois comme d’autres auraient tordu les poulailles de la vieille Pythie de Delphes. Constats noirs, comme des taxis londoniens, échecs et décrochages agitèrent la rue de Grenelle en faisant tomber sur l’école une mousseline d’urgences (s’ils nous avaient demandé, on aurait tout dit depuis un moment…). La glace de l’inaction ou plutôt de l’action par le négativisme entrouvert dans l’expérience Nico fut alors brisée. Et il fallait agir ! Et l’action ce coup-ci s’appellerait « nouveau collège 2016 ». Le moins que l’on puisse dire c’est que ce fut franc, massif et porteur de la modernité accommodatrice avec un monde en plein bouleversement.

Enseigner en projet ; le projet phare de la Réforme des collèges

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 mai 2015. dans La une, Education, Actualité

Enseigner en projet ; le  projet phare de la Réforme des collèges

La réforme concoctée pour le collège par Najat Vallaud-Belkacem a comme un cœur de cible qui scintille (ou aveugle, selon cet enseignant ou cet autre) : un chemin, un seul, l’interdisciplinarité.

Depuis presque toujours, l’enseignant est une espèce qui se conjugue au singulier, « le » maître, le professeur, « sa » matière ; accessoirement, « ses » élèves (même si, quand c’est dur, il veut bien les partager !). Curieux, comme en France (allez donc voir ailleurs et dans le camp scandinave en particulier) on n’envisage pas de mutualiser ? – ouvrir ? – l’autorité qu’on est censé avoir du haut vers le bas, sur nos chères têtes blondes ou autres. Peut-être est-ce, du reste, parce que dans les dernières années, cette « autorité » tant recherchée ratait tous ses essais, que l' interdisciplinarité non seulement demandée, exigée, est apparue comme étant in-négociable… Voyons si, à plusieurs…

Pas aussi simple, toutefois. Enseigner en interdisciplinarité dépasse la concertation formelle ou informelle (« de cafetière ») qui, jamais, n’a échappé aux professeurs, lesquels (j’insiste) passent tout le temps des courtes pauses récré à échanger sur leurs troupeaux. Est-il besoin de redire que c’est comprendre – et tenir compte – que notre élève apprend ailleurs que chez nous des méthodes, des savoirs, des savoir-être aussi ; que ce pourrait du coup, être fort productif que d’essayer de fabriquer des positionnements, des exigences, communs. Que les programmes des autres matières intéressent la mienne, que c’est un peu inutile, de ce fait, la redondance absolue, mais, que, par contre, enseigner, c’est l’art de perdre son temps à dire autrement, à répéter. Chaque professeur a un angle d’attaque, et c’est bien tout l’intérêt d’en avoir plusieurs. Le char ne peut qu'avancer plus vite s'il est mené par plusieurs chevaux. Simple comme Ben-Hur en Jeans.

Mais l’interdisciplinarité ne peut se décliner dans le réel d’une classe et dans la perception de l’élève, que si elle s’appuie, s’architecture sur un – des – projet(s). Un outil commun – qui peut être modeste, ne couvrir qu’une partie du temps scolaire – dont les objectifs et les procédures vont ancrer dans les représentations de notre classe ce quelque chose d’incontournable : on apprend à plusieurs profs, matières, et apprendre n’a rien à voir avec le saucisson de la cantine. Il y a autant de formes de projets que de collèges, d’enseignants, d’enfants. « Le » projet-type n’existe pas. Je ne peux, quant à moi,   que parler  des projets que j’ai initiés, fait vivre, dans un collège dit facile, de petite ville. Cependant – partout et tout le temps - quelques ingrédients sont obligatoirement au menu : le croisement des programmes, le repérage des besoins des élèves (évitons de faire « manger » tout au long de la scolarité le même menu à l’enfant), les objectifs qui varieront avec les niveaux, les pré-acquis,  les pré-requis évidemment, le déroulé des procédures et les évaluations. Le projet ne peut pas « emmener » tous les champs disciplinaires, mais pas mal peuvent, et doivent s’y retrouver. Chaque matière place ses objectifs, et fait glisser vers le pot commun ses façons de les atteindre, dans cet échiquier géant qu’est le train du projet. On se gardera bien – c'est, je crois, l'intelligence de la Réforme 2016 – de «  larguer » le projet, comme un ballon rouge lancé n'importe où dans l’Éther – hors des obligations de programme. Absolue erreur que pas mal de dispositifs passés ont décliné  à l'envie. Non, le projet « est » dans les programmes, mais, simplement, il permet de les conduire ( et, complètement) autrement. C'est là, sans doute, que se situe cette « envie d'apprendre » dont parle notre ministre, et, qui, pour certains esprits chagrins, pisse-froid, bouche serrée de – oui – pseudo conseilleurs en éducation ( donc, à vrai dire, tout le monde ou s'en faut) équivaudrait à gros mot de la mal élevée, qu'elle est à n'en pas douter...

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