Education

La République a encore une école !

Ecrit par Martine L. Petauton le 31 janvier 2015. dans La une, Education, Société

La République a encore une école !

Et quoi qu’on entende, ici et – hélas – encore là… Parce qu’on en entend ! Et certains – pas forcément au Figaro – de pointer une fois encore du doigt l’école. Qui, disent encore ces autres, aurait depuis des lunes abandonné – ces couards ! – l’enseignement des valeurs et le courage bien républicain, qui va avec. Là, on le sait, on ne peut plus guère enseigner la Shoah – mais, on oublie tous ces endroits en nombre, où on peut le faire. Avec profit. Ici – dans 90 lieux d’enseignements (ou peut-être un peu plus) –, la Minute de Silence a été sabordée, voire plus ; et, de passer sur ces trains qui arrivent à l’heure, à savoir ce qui reste des écoles, collèges ou lycées où ce fut l’occasion d’un vrai et fort moment de citoyenneté. La petite queue de la girafe passe encore une fois devant son long cou, dans les représentations. Pénible ! Et que ceux, par ailleurs – une cohorte de ya-ka ! – qui n’ont jamais « pratiqué » l’élève, veuillent bien musicaliser en mode mineur !

Parce que se lèvent aussi les critiques – habituelles et massives, en ce domaine – contre le gouvernement, sa Najat toujours aussi ferme derrière ses sourires. Réinjecter dans nos écoles, dans ce contexte, et – disons-le – tel quel, dans la foulée de ce climat émotionnel, les rappels de démocratie, les doses supplémentaires d’enseignement de citoyenneté ; ce serait, aux dires des scrogneugneux de tous poils, des gadgets, un saupoudrage inutile, voire risible. Les hochets insupportables des valeurs républicaines… J’en connais qui diront cela, à peine la présente chronique déroulée.

Eh bien, pourtant, c’est ce qu’il faut faire. Sans forfanterie inutile, presque modestement, mais, sans lâcher le manche. Continuer, insister, redonner sens et couleurs, souligner, expliquer, là où notre métier d’enseignant l’exige ; devant élèves, et dans l’école. Du coup, face à la société. Cette mission, que J. Ferry donna à ses hussards, que – à chaque choc – la République reformula et remit sur la table et le bureau ; elle est dans nos tablettes, nos obligations, depuis toujours. Rien de neuf ! Rien de jamais vu dans le chapeau ; du toujours la même chose, mais… à présenter, à organiser autrement, à éclairer différemment, selon le contexte, qui, lui, change. Face à celui de janvier 2015, des structures sont à conforter, des positions à inventer, pour, au bout, le même objectif simple et, de plus en plus ! complexe : l’école doit transmettre les valeurs républicaines, savoir le faire, y veiller et – surtout, absolument surtout – les faire vivre, les faire appliquer chaque minute du quotidien-élève. Parce que – humble avis de mon vécu d’enseignante en Histoire-Géographie-Education Civique – le dire, quand on enseigne, marche en binôme avec le faire. Ce n’est pas un commandement religieux, que le non-racisme, c’est à tous moments se situer dans ma cour d’école, ou dans ma rue, face à l’actualité, « par moi-même », et pas seulement parce qu’on « me dit qu’il faut… ». Et, ça – figurez-vous – ça s’apprend, ça met beaucoup de temps, ça se fait avec les autres, ça s’entretient, ça s’arrose, et c’est peut-être comme ça, qu’un jour de janvier, il y a au pied de la statue de la République ce « crayon guidant le peuple » qui rassemble et rend fier.

La fracture

Ecrit par Pierrette Epsztein le 08 novembre 2014. dans Ecrits, La une, Education

La fracture

Un petit collège très ordinaire, dans une banlieue très ordinaire, huit cents jeunes adolescents, vingt nationalités au moins. Les vêtements s’y ressemblent beaucoup. Blousons Chevignon ou imitation, pantalon Levis ou imitation, minijupes et jupes longues se côtoient, cinq jours par semaine, durant quatre ans, les quatre années de l’adolescence, les quatre années où au fil des jours ils prendront conscience du monde, de ce à quoi ils tiennent, premières amitiés, premiers amours, l’âge où le corps se transforme, déborde, les déborde.

Une classe, des tables regroupées par quatre. Vingt-cinq élèves de troisième. Un cours d’arts plastiques. La peinture montre, raconte, dénonce aussi. Ils en avaient pris conscience en étudiant Guernica. Picasso : « La peinture n’est pas faite pour orner les salons, elle est une arme de guerre ». Picasso leur a crié, sur cette immense toile en noir et blanc, avec ces corps déchiquetés, l’absurdité absolue, le non-sens. Il s’est servi de toute l’histoire de l’art pour évoquer ce jour d’avril 1936 où un bourg entier fut brûlé et sa population massacrée. Un village du pays basque au beau nom de soleil : Guernica.

La classe est plongée dans le silence, les élèves œuvrent et le silence danse, il est léger et lourd comme l’implication attentive de ces jeunes à qui le professeur avait dit : « Comme Picasso, dénoncez plastiquement un fléau de votre époque ». La semaine précédente, ils avaient avec elle analysé le tableau ; elle leur avait lu des articles de journaux parus le lendemain du massacre. Pourquoi les larmes lui étaient-elles montées aux yeux à cette lecture ? Les élèves n’avaient pas posé la question. Une s’était contentée de se lever et de lui tendre un mouchoir en papier sans un mot, un mouchoir blanc comme la pureté, doux comme la tendresse, lisse comme la tolérance et ils s’étaient ensuite mis au travail. Au tableau quatre mots : drogue, Sida, misère, guerre.

La même salle, trois semaines plus tard. Affichage des travaux, évaluation. Le professeur est fasciné par deux réponses, celles de deux sœurs algériennes. Salhia a dessiné, noir et blanc, au crayon, des femmes voilées et des hommes pressant un revolver sur la poitrine des femmes. Dalila a peint une côte : la Méditerranée, un pays l’Algérie, immense plage rouge, tache de sang giclant sur la feuille au milieu de laquelle émergent des tanks verts et noirs. Les élèves sont silencieux, les yeux regardent, particulièrement ceux d’Hanane, qui trouent le visage enrobé d’un voile de coton gris. C’est presque la fin de l’année, dans trois semaines ils quitteront le collège. Le professeur prend la parole. A sa manière, elle souhaite leur dire adieu : « J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec vous. Il y a des classes où passe un vent de liberté. Vous voyez, ce qui était formidable dans la vôtre c’est qu’ont pu cohabiter, en bonne entente, Salhia et Dalila et leur dénonciation de l’arbitraire et Hanane et son foulard. N’est-ce pas la force de l’école laïque ? Bonne route pour vos études ».

L’école et les Enfants de L’immigration

Ecrit par Zoe Tisset le 25 octobre 2014. dans La une, France, Education, Politique, Société

Essais critiques, Abdelmalek Sayad, Le Seuil, coll. La Couleur des idées, septembre 2014, 320 pages, 21 €

L’école et les Enfants de L’immigration

Il faut lire ce livre en le replaçant dans un contexte historique, celui de la question de la scolarisation des enfants issus de l’immigration dans les années 1980. Nous sommes à un moment charnière où, d’une immigration pensée comme provisoire, on passe à une immigration familiale définitive. Si Sayad s’interroge en tant que sociologue, il est aussi partie prenante de ce débat en tant qu’instituteur ayant bénéficié de l’Ecole normale de la Bouzaréa (en terre coloniale algérienne) et aussi en tant qu’immigré algérien en France. Son « intégration » a été réussie, semble-t-il, tout au moins socialement et professionnellement puisqu’il fut chercheur au CNRS et coauteur avec Pierre Bourdieu du Déracinement.

Le livre est fait de plusieurs articles, notamment de textes autour de la contribution d’Abdelmalek Sayad au rapport de Jacques Berque (professeur au Collège de France et arabisant reconnu), commandé par Jean-Pierre Chevènement. La France s’interroge alors sur l’avenir des enfants des immigrés restés en France ou repartis dans leur pays d’origine. Tout l’intérêt de ce livre repose sur la position très critique et très lucide de l’auteur, à la fois sur les causes politiques et économiques de ce soudain intérêt pour cette population et sur des propositions qu’il considère souvent comme aberrantes et parcourues « de bons sentiments ». Son point de vue était extrêmement marginal à l’époque, mais s’inscrit aujourd’hui dans une problématique résolument moderne autour de ce qu’on appelle l’interculturalité. Il était question notamment de faire bénéficier ces enfants d’un enseignement des langues et cultures d’origine afin de palier à leur échec scolaire. Sayad qualifie ceci de « caricature pédagogique » ou « d’alibi », sachant que cet enseignement ne serait, de plus, pas assuré par des enseignants français mais par les « locaux de la langue d’origine ».

Pas à pas, il démonte les illusions d’un relativisme culturel qui ne profite qu’à la population parlant la langue « légitime ». Il nous accule à un décentrement par le regard que portent les familles d’immigrés sur l’école française et sur ce qu’elle en attend. Propos invisibles et silencieux (à cette époque en tout cas) qu’il est parvenu à recueillir : « L’école française ne fait rien pour les enfants des Arabes », « L’école française ne veut pas que les enfants arabes apprennent quelque chose… ».Position très ambigüe de ces familles, celles-ci étant à la fois très méfiantes mais aussi excessivement confiantes par rapport à l’école française.

Enseigner à vivre, Manifeste pour changer l'éducation (Essai), Edgar Morin.

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 octobre 2014. dans La une, Education

éd. Actes Sud, Domaine du possible, septembre 2014, 122 pages, 16 €

Enseigner à vivre, Manifeste pour changer l'éducation (Essai), Edgar Morin.

Quand Actes Sud ouvre une nouvelle collection, « Domaine du possible », ainsi définie : « crise profonde de nos sociétés… partout dans le monde, on s’organise autour d’initiatives originales et innovantes en vue d’apporter des perspectives nouvelles pour l’avenir », n’est-ce pas déjà la signature d’Edgar Morin qu’on subodore au coin de la page ? Son regard « à part », ses formules qui passent si usuellement dans la langue des intellectuels et des politiques, son culot et sa formidable capacité à interroger, par « le monde expliqué en une page » ; sans ridicule aucun… Morin et le structuralisme à sa sauce.

Encore ? diront plus d’un, dubitatif. Ne va-t-on pas de redondance en rappel, si ce n’est en révision – ou en radotage oseront les plus aigres – nous resservir ces plats des années post 68-80 en gloire, à tout le moins : la pensée complexe en plat du jour ; la connaissance de la connaissance, en dessert, ou pour une politique de civilisation, pour ceux qui ont encore faim ?

Et bien, Morin a 93 ans, et – on le pense – quand on referme son livre dense, un intellect encore frais où moulinent vivement ses neurones définitivement « à part ». La pensée Morinienne bouge encore, bien vivante ; elle risque d’enthousiasmer ceux qui de temps à autre lui ont dressé une statue de gourou, d’agacer à l’identique les dents de ceux pour qui c’est : Morin ! non merci. Cet homme – cette pensée – s’est attaqué à des concepts tels ! l’humanité, la mort, l’espérance… que, l’éducation, pourquoi pas.

Allons donc en pays Morinien, visiter quelques écoles… rien ne risque à son âge, de freiner ou mollir sa plume !

On s’en doute, ce qui existe ne lui plaît pas – il sait pourquoi, et – tout Morin est là – il désigne aussi, et presque dans le même geste, les chemins possibles, avec cette conviction qui secoue les montagnes de défaitistes.

Tellement dense et riche, la copie, qu’on a du mal en quelques lignes à choisir. Parce que, pas grand chose ne manque sous le microscope affuté du penseur. Vivre ? C’est savoir vivre et affronter les incertitudes. « Le scepticisme est l’énergie de l’esprit ». La crise de l’école est la crise de la société, en micro comme en macro. Avant d’apprendre, il faut comprendre, et cela s’articule en une réelle lutte des classes enseignés/enseignants qu’il faut gérer. Il y a une condition humaine et son grand récit, exigeant une éthique. « Nous sommes Français », les pages sur l’enseignement de l’Histoire/vision E. Morin, sont un moment goûteux du livre, où il rôde fort à propos sur les terres de l’émigration et de l’intégration en écoles des banlieues. Ce que l’on pourrait particulièrement éclairer – il porte le sens du propos/problématique de ce « Enseigner à vivre » – est le chapitre « connaître » ; un pur bonheur pour les enseignants et les enseignés – mais surtout les premiers ; un ensemble de feuillets qu’on voudrait que chaque conseiller pédagogique, en ce moment de rentrée, puisse remettre à ses jeunes, en guise de réflexion/introduction. Cela tient – comme souvent, chez Morin – d’un « bon sang, mais c’est bien sûr ! », paraissant simple, mais pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ! Ce qui agace les anti, le plus souvent. Une pensée somme toute lumineuse, qui réchauffe et convainc ; un chemin, enfin, une éthique, une – il le dit – « métamorphose », exigeant de penser l’acte d’enseigner et d’être enseigné, avant ou en parallèle de ces fameux contenus dont chacun parle. Simple comme Morin, et si complexe au bout ; la vie, quoi !

Enseignement : le modèle finlandais questionné

Ecrit par Martine L. Petauton le 28 juin 2014. dans La une, Education

Enseignement : le modèle finlandais questionné

« Comédie du Livre » – Montpellier, il y a peu. Au milieu de la kyrielle d’entretiens littéraires et de conférences, toutes excellentes, une fin de matinée, ce débat : le modèle finlandais de l’école en question. Salle comble ; beaucoup d’enseignants.

Deux jambes fermement amarrées en guise de problématiques : un tenant du modèle - l’avenir passe par « leurs » méthodes ; un contradicteur - on nous vend un produit commercial ; une franco-finlandaise avec enfants, ayant « testé » le système de là-bas, et le nôtre, faisant office de pont.

Les indicateurs du fameux rapport PISA (il étudie le système éducatif des pays de l’OCDE et de ses partenaires tous les 3 ans) – la hantise de toutes nos écoles – ont hissé depuis plusieurs années l’école finlandaise en haut du tableau des réussites des têtes blondes. Pas de rentrée sans qu’on ne pleure sur cet ailleurs glacé où tout va mieux qu’ici ; pas l’ombre d’un discours ministériel – tous gouvernements confondus, sans que cette Finlande – on finira au moins par la situer sur la carte – ne soit le cap, la bien-pensance en matière d’éducation. Est noté, cependant, d’entrée de jeu, que si PISA a éclairé la Finlande dès 2000, dans son rapport 2013, une chute est observée – petite – signifiante ?

Démarrée dès les années 60, dans un pays très rural et isolé – climat oblige – la réforme finlandaise, influencée par la Russie, et l’Allemagne, a voulu dessiner « son » école pour tous, de 7 à 16 ans, arrimée sur un socle commun de connaissances, avec, comme pendant in-négociable, un égal accès pour tous. Équité et progressions vont de pair, dans la philosophie – c’en est une – du système. Pari : on peut augmenter les compétences de l’élève, sans que l’excellence soit sacrifiée ; on n’arase pas, on construit. Pas de séparation Primaire/secondaire ; un cursus. Le cœur de la formation des enseignants est la pédagogie et la connaissance de l’individu-enfant. Un « collège unique » réussi. L’acquisition des savoirs et l’épanouissement de l’élève vont de pair ; il n’y a pas ce divorce entre les savoirs et les méthodes qu’on a chez nous ; le savoir-être, par ailleurs, n’est pas négociable. On le sait, l’individualisation de l’acte d’enseigner – serpent de mer au niveau des mots de chacune de nos rentrées hexagonales, agité comme drapeau sans contenu – est la locomotive du système finlandais : l’enfant progresse à son rythme ; doit être prêt pour les apprentissages ; s’il lui faut un an de plus, c’est parfaitement possible !! Dès le début (pas si tôt que nous ; le Primaire là-bas insiste d’abord sur le jeu) les difficultés cognitives sont repérées, et des « rails » parallèles de remise à niveau fonctionnent tout au long de la scolarité en regard du train « normal ». 1 enfant sur 3 est touché à un moment ou à un autre par cette « éducation spéciale », dont se félicitera notre Finlandaise ancienne élève du système, insistant sur ce respect de l’enfant, ce confort de vie, et cette façon d’accompagner celui qui grandit.

« Elles votent ! Madame… »

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 avril 2014. dans La une, Education, Histoire

« Elles votent ! Madame… »

Petit encore, l’élève – bonne bouille marquée de l’enfance si proche, sourire éveillé et doigt constamment levé, quand – livre d’Histoire de 6ème ouvert, il s’émerveillait de cette agora arrosée de tout le soleil athénien, où – Madame ! Ils votent déjà ! Et, juste derrière, en rabattait, parce que sa voisine, une petite taiseuse très attentive, avait murmuré : – ni métèques, ni esclaves, ni… femmes ! La démocratie arrivait, pétaradante dans la grande Histoire – tiens donc ! sans femmes…

Le gamin n’était pas au bout de ses peines. Le Moyen Age des cathédrales, assez curieusement – s’il s’interrogeait en boucle sur l’éventualité d’une âme chez les femelles, leur cerveau forcément sous-équipé, et la diablerie qui, en elles, remplaçait l’intelligence – confia ça et là des capacités de décision aux femmes – veuves ou pas, en gérance de fiefs. Pas partout, pas tout le temps : flou et dilution juridiques du morcellement médiéval.

Après, on aurait pu attendre franchement mieux. Déçu l’élève, et nous tous, avec lui. Qu’est-ce qui a donc coincé dans ce XVIIIème siècle des Lumières – ce Grand Siècle plutôt que l’autre, ses salons politiques souvent animés par des femmes puissantes – pour que la Révolution Française, malgré les appels d’un Condorcet, refusât d’entrée de jeu d’élargir la citoyenneté aux femmes ? Dès la Déclaration des droits, la Constitution de 91, malgré ces femmes du 6 Octobre sous la pluie de Versailles, et ces voix claires un peu partout portant la Révolution, elles furent déjà « déclassées », remisées avec enfants, et étrangers, au rang de ces « citoyens passifs », dont le nom seul… et le gamin de dire – un garçon batailleur en récré – c’est mieux qu’avant ! C’est déjà ça ! sa copine, la même, de murmurer encore – non ! Et le train des leçons d’Histoire continuait, sans elles, guillotinant Olympe ou Manon, mais lisant quand même Germaine (De Staël).

En 1848 – année du premier « vrai » vote au suffrage universel – un « club-voix de la femme » poussa Georges Sand – celle qui s’habillait en homme quand elle parlait politique – à se présenter aux législatives. Le 1er groupe suffragiste à la mode anglaise s’activa dès (seulement ?) 1876 avec Hubertine Auclert, dont le nom est connu de combien d’entre nous ? On attendra 1906 pour qu’une proposition de loi envisageât de confier – prudent ballon d’essai – aux femmes le droit de voter aux élections municipales et départementales (tiens, comme le projet mitonné en cuisine – peut-être même, congelé, par notre gouvernement, pour les émigrés intégrés depuis des lunes)... Le gamin de ma classe est en début de 3ème ; les feuilles tombent des platanes de la cour, et sa copine s’impatiente…

De heili heilo à Jobi Joba…

Ecrit par Sabine Aussenac le 05 avril 2014. dans La une, Education, Société

De heili heilo à Jobi Joba…

Tiens, c’est amusant, ce départ d’un ex-prof d’allemand et l’arrivée d’un natif de Barcelona à Matignon, vous ne trouvez pas ? J’y vois, moi, une excellente métaphore de la situation de l’enseignement de l’allemand dans notre belle France…

Oui, l’Espagne et l’enseignement de l’espagnol ont bien toujours le vent en poupe comme l’anglais – what else ? – et les langues dites émergentes (car des parents d’élèves s’imaginent encore que leurs têtes blondes vont réussir à maîtriser le mandarin en quelques années, quand certains peinent à écrire leur propre nom – du vécu ! – et ne maîtrisent déjà plus l’écriture cursive – alors les idéogrammes, je vous laisse imaginer…).

Les classes de mes collègues hispanisants sont toujours remplies ; et c’est vrai que c’est sympa, cool, fun, d’apprendre cette langue latine dont les sonorités nous semblent si familières, et puis le soleil, la salsa, etc… Je vous épargne les clichés !

Nous, par contre, en allemand, c’est le désert des Tartares. Les profs d’allemand sont devenus des has been, véritables boloss de l’Éducation Nationale. Tiens, c’est simple, dans notre immense académie de Toulouse, à la rentrée 2014, AUCUN poste au « mouvement » ; dans certains départements, et pas seulement dans le Sud-Ouest, aucune école primaire ne propose l’enseignement de l’allemand ; j’ai personnellement un statut de remplaçante depuis des années, malgré ma réussite au CAPES en 1984…

Nos classes ressemblent à des rassemblements de clandestins sous quelque dictature… Nous sommes les disciples de la dernière chance, les résistants, nous sommes la mémoire d’un grand peuple qui, autrefois, existait : les élèves qui faisaient de l’allemand, les germanistes. Souvenez-vous : de cette époque où l’allemand était enseigné dès la sixième, et où les germanistes rayonnaient de leur réputation de « bons élèves »… De ces trente glorieuses des jumelages, de ces images d’archives d’Adenauer et du Général applaudis à Reims ou à Berlin, de votre petite « corres » si blonde et si délurée…

Oui, hier, en voyant la valse de nos dirigeants, je n’ai pu m’empêcher d’y lire un symbole…

Pourtant, non, nos cours ne sont pas soporifiques comme un discours de notre ex-Premier Ministre ! Je vous assure, les méthodes ont évolué depuis Rolf et Gisela, nous aussi, nous utilisons autre chose que des magnétos à bande, et nous savons même naviguer sur l’ENT ! Non, non et non, nous ne parlons pas des heures sur un ton monocorde, au contraire, nous faisons faire des activités aussi variées que celles de nos collègues d’espagnol, même si, c’est vrai, nos manuels – les livres, hein, pas Valls (elle était fastoche) – parlent de façon un peu répétitive de la chute du Mur, des immigrés de Berlin et des discours du Moustachu…

Refondation de l’école ou éducation des élèves ?

Ecrit par Jean Gabard le 04 janvier 2014. dans La une, Education, Société

Refondation de l’école ou éducation des élèves ?

Depuis quarante ans l’Ecole a connu des bouleversements et s’est considérablement améliorée. La question de la rentabilité de l’école occupe pourtant le devant de la scène. Ses résultats semblent en effet en baisse et l’échec scolaire, loin de diminuer, s’accroît. Après les multiples réformes à l’école, il est toujours possible d’en proposer d’autres et même de procéder à « une refondation de l’Ecole », mais ne faudrait-il pas plutôt changer l’angle d’attaque ? Ne serait-il pas primordial, pour pouvoir les instruire, de s’intéresser à l’éducation de ceux qui deviennent des élèves à l’Ecole ?

Il est peu probable que l’élève, de milieu aisé ou défavorisé, soit moins intelligent que ses prédécesseurs. Devenu le centre du système scolaire, il se peut, par contre, qu’il soit de moins en moins motivé. De multiples réformes ont pourtant été adoptées pour rendre plus intéressants et plus efficaces les apprentissages. Et quels en sont les résultats ? Non seulement ceux-ci ne sont pas positifs mais la motivation des élèves paraît inversement proportionnelle à l’amélioration de leur condition de travail ! Les nouvelles méthodes, seraient-elles en cause ? Celles-ci sont certainement perfectibles mais sont sûrement bien meilleures que celles utilisées autrefois. Elles devraient donc apporter, au moins, un petit progrès, mais ce n’est pas le cas ! Ne serait-il pas alors nécessaire d’oser franchir le pas et de se demander s’il n’y aurait pas d’autres causes au malaise scolaire.

Il se pourrait effectivement que les réformes aient des effets pernicieux et que ceux-ci ne se trouvent pas dans les méthodes elles-mêmes mais dans les motivations et l’attitude de ceux qui tiennent à les mettre en pratique !

A force de vouloir changer, en invoquant le fait que les conditions de travail sont toujours mauvaises, que les méthodes d’enseignement sont toujours inadaptées, que les enseignants sont mal formés, les élèves (alors très attentifs) trouvent en effet dans ces réquisitoires de bonnes raisons de ne pas être motivés et ainsi d’attendre pour faire l’effort de travailler. Comment, d’ailleurs, pourraient-ils en avoir envie  quand ce qu’ils entendent à la maison, dans les médias et même parfois dans la bouche de responsables de l’Education Nationale, est soit une critique des enseignants qui ne seraient pas assez compétents, intéressants, modernes, attentifs, aimants, soit une dénonciation de l’école elle-même qui serait trop ennuyeuse, trop ou pas assez exigeante, trop inefficace, trop injuste, trop inégalitaire et même sexiste… L’échec de certains élèves à l’école n’est d’ailleurs plus leur échec mais devient l’échec de l’école, comme si le fait de s’inscrire à l’école, qui rappelons-le n’est pas une obligation mais un service, donnait le droit aux diplômes.

Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre…

Ecrit par Sabine Aussenac le 31 août 2013. dans La une, Education

Longtemps, je me suis levée de bonne heure. Enfin, surtout le deux septembre, en cette veille de date fatidique qui noue l’estomac de millions d’enfants et d’adolescents.

Car pour nous aussi, leurs mentors, nounous, accompagnants, enseignants, c’est la rentrée. Enfin bon, pour nous, on utilise ce doux euphémisme de « prérentrée », comme un pare-feu censé nous protéger de cette terrible ligne de front, comme un avant-poste…

Quelque part entre le chant des cigales et le bruit de la pluie, à mi-chemin entre mirabelles juteuses et marrons tout polis de l’automne, nous voilà, en un petit matin où cette imperceptible fraîcheur nous fait hésiter entre espadrilles et escarpins, à reprendre le chemin des écoliers.

Terminée, cette interminable semaine des quatre jeudis de notre pause estivale : finies, les grasse-mats et l’heure espagnole de nos journées, quand toute la France se lève tôt ; notre éternité de nonchalance et de paresse est soudain guillotinée par le bruit sec des petits coups frappés sur le bureau du chef d’établissement, dans une immense salle où règne un incroyable brouhaha.

Ils sont tous là, les tâcherons de l’Éducation Nationale, les « équipes administratives » et les teams pédagogiques, les surveillants, les personnels au sol, enfin, du sol, ces ilotes qui veillent au bien-être de toute cette ruche, et que pourtant bien peu d’entre nous prennent la peine de saluer, et puis les stagiaires, rougissants, qui se tortillent sur leurs sièges, nerveux et inquiets en cette veille d’arène…

Le goût des hommes d’honneur…

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 août 2013. dans La une, Education, Littérature

Je suis… Léon Blum, Didier Bazy, Jacques André Editeur, 2013, 10 €

Le goût des hommes d’honneur…

Riche idée que celle de cette collection – les « Je suis », à destination de ces collégiens (et de leurs parents !) que j’ai, comme on dit, « pratiqués » en ma vie récente de professeur. A cet âge, ils aiment – énormément – l’Histoire, comme s’ils savaient intuitivement, à quel point elle, et elle, surtout, les aide à monter les marches, à savoir d’où ils viennent, bref, à se construire. Au mur de ma classe, il y avait écrit : « l’Histoire étudie le Passé, pour comprendre le Présent et aménager l’Avenir ». Tous aimaient, tout au long de l’année où nous voyagions ensemble, s’y reporter, l’interroger – la « maxime », comme ils disaient. Ils aimaient, avant tout, je crois, que cette science humaine ait une utilité palpable. La liste infinie des grands Croisés ne les intéressait pas, pas plus que les usages, un rien exotiques, des façons de tenir sa fourchette récente au temps de Versailles ; ce dépaysement-là était peanuts à côté de l’outil-histoire, qu’on ouvrait, tel le parapluie automatique, interrogeant l’actu ; quelque chose d’interactif qui allait bien avec leur âge impatient.

Alors, le grand homme, celui qui a « fait » l’Histoire et résonne encore si fortement chaque matin du monde, ici, et maintenant, qui vous parle et dit « je », voilà un succès garanti, en classe de pré-ados. Que Didier Bazy, et son travail qui sonne si juste, en soit, et convaincu, et remercié.

Mais, pour entrer au Panthéon des 14/15, il faut, en classe, comme dans la vraie vie, une bonne dose d’honneur à présenter, en patte blanche – ces gamins, filles comme garçons, ayant par-dessus le tee-shirt à la mode, et le jean troué, la panoplie complète du chevalier médiéval, son sens aigu et chatouilleux de l’honneur, le cheval en moins… quoique…

Or, s’il y a bien une période dans le Contemporain, qui rime avec honneur – pour le Républicain et démocrate de base, s’entend – c’est le Front Populaire.

Si peu de temps pour tant de joies et de choses à engranger au chaud des cœurs de citoyen, au son de l’accordéon, et des poèmes d’Aragon. Je peux en témoigner ; quand arrive le moment du Front dans une classe de 3ème – fût-elle boutonneuse –, s’installe une écoute, une atmosphère, quelquefois une « grâce » même auprès du plus démotivé, du plus éloigné de nous, scolairement : les Congés payés, les grèves joyeuses, les « acquis » – ils apprennent là, le mot, le parfum unique de cette embellie, à coups de tandems au bord des auberges de jeunesse ; tous, ils tendent alors la main… Pour parler comme eux : « ça leur cause ; ça les branche ».

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