Education

La vie en grand

Ecrit par Pierre Windecker le 29 juin 2013. dans La une, Education, Culture

A propos de l’exposition du Museum consacrée aux grands dinosaures

La vie en grand

Se livrer à une critique négative n’est pas seulement désagréable : cela crée aussi une dette. Ce petit billet est une manière de m’acquitter de celle que j’ai contractée en exerçant dans Reflets du temps une critique suspicieuse à propos de l’exposition du Museum Au fil des araignées.

Pour résumer d’un mot, je m’y inquiétais d’une débauche d’interactivité ludique qui faisait de l’ombre à des explications déjà par elles-mêmes trop dispersées et, par-là, trop fuyantes. Un processus anti-didactique me paraissait travailler dangereusement le dispositif et l’itinéraire de l’exposition et en subvertir en partie l’intention.

La visite de l’exposition La Vie en grand – à l’intention des mêmes petits-enfants, n’ayant grandi depuis que d’un an – me donne cette chance : pouvoir parler favorablement cette fois du travail du Muséum, tout en ayant le sentiment de lui rendre justice.

Je conserve intacts mes doutes à propos des écueils sur lesquels butait l’exposition précédente. Mais la nouvelle exposition permet de replacer l’autre dans la continuité d’un effort didactique et muséal qui, malgré des erreurs toujours possibles, peut mériter approbation et, pourquoi pas aussi, quelque admiration.

On doit d’abord reconnaître un mérite partagé en fait par les deux expositions (et par bien d’autres antérieures), mais qu’il m’avait paru hors de propos de signaler dès lors que c’était la pertinence didactique elle-même qui faisait problème : ces expositions sont en soi de pures réussites esthétiques, tant par leur art de « l’installation » que par celui dont elles font preuve dans l’utilisation des ressources techniques classiques (mécaniques) ou technologiques récentes (numériques).

Apaixonada…

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 juin 2013. dans La une, Education, Voyages

Apaixonada…

Amoureuse… de quelqu’un ; ce serait si banal, et puis, ça ne vous regarderait pas, alors je n’en parlerais pas ici ! Mais d’un pays ! tout un pays, les gens, l’histoire et la culture, et même, sa cuisine…

Tout petit. Un Finistère européen ; il habite l’océan, et Césaria a chanté sa « saudade » dans les brumes du Capo Verde. Il est tout cousu d’ailleurs… Quand il parle, c’est un vin – un très grand. Couleur pamprée des berges du Douro, saveur râpeuse et douce à la fois. En bouche… une langue faite pour les mots tendres et les histoires au bord des feux de sarments, préparant les sardines. L’hiver, il y fait froid ; la Méditerranée est trop loin. Est-ce parce que la mer est glaciale, parfois, même au cœur de l’été, que les couleurs pètent partout, de la plus simple façade, aux barques des estuaires et aux azulejos anciens décorant les plus beaux cloîtres du monde ?

Portugal ! Ce beau nom, couleur de départ. Tous. Ceux qui, jadis, ont montré le chemin des grandes caravelles ; ceux de l’exil des maçons et des peintres, il y a moins longtemps. Ceux, qui, chez moi, m’ont dit fièrement : « Da Cunha, je viens de Porto ; ma famille est de Guimaraes »…

Nous, en Limousin, on en avait des toits de lauze qui prenaient l’eau ! et tant de vieilles pierres à remonter, qu’ils se sont installés, de cousin arrivé en beau-frère arrivant… Dans nos classes, des chapelets d’enfants de là-bas, qui, peu à peu, ont pris l’accent d’ici (entre gens de départ, on se comprenait, eux, et nos anciens, paysans partis jadis à Paris…). Un principal de mon collège, eut l’idée (il y en a qui en ont !) de « monter » un horaire d’histoire et géographie du Portugal, pour ces petits – entre deux cultures. Richesse d’une double identité culturelle ; séduisant ! Emballée, je me jetai alors dans un tacot qui me rendit folle « amante » d’un pays qui m’était alors inconnu. Intellectuellement, j’en étais pourtant familière, via mes études, les livres, mais ça ne dévoile pas l’intimité du bonhomme, ça !

Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ?, Jean-Marie Schaeffer

Ecrit par Jean-François Vernay le 08 juin 2013. dans La une, Education, Littérature

Thierry Marchaisse éditeur, 2011, 130 pages, 15 €

Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ?, Jean-Marie Schaeffer

Scindé en sept chapitres teintés d’optimisme, Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature ? s’inscrit dans une mobilisation générale de ces grands noms de la communauté littéraire française qui cherchent à faire débat et à analyser l’étrange désaffection qui frappe le fait littéraire depuis quelques décennies. Avant l’ouvrage de ce philosophe, les lecteurs auront, avec autant d’intérêt, pu prendre connaissance de ceux de Dominique Maingueneau, Contre Saint-Proust. La fin de la Littérature (Belin, 2006), de Tzvetan Todorov, La Littérature en péril (Flammarion, 2007), d’Antoine Compagnon, La littérature pour quoi faire ? (Fayard/Collège de France, 2007), d’Yves Citton, L’avenir des humanités. Economie de la connaissance ou cultures de l’interprétation ? (La Découverte, 2010), et de Vincent Jouve, Pourquoi étudier la littérature ? (Armand Colin, 2010).

L’hypothèse de base de Jean-Marie Schaeffer tient à ce que « la supposée crise de la littérature cache une crise bien réelle, celle de notre représentation savante de “La Littérature” » (p.6). En clair, si crise il y a, « c’est d’abord celle des études et non celle des pratiques littéraires » (p.14) incarnées par leur tripolarisation : leur capacité (voire incapacité) à transmettre des valeurs littéraires, à étudier sur un plan cognitif les faits littéraires et à former les jeunes apprenants en littérature.

Faire de l’histoire avec… un roman

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 avril 2013. dans La une, Education, Littérature

Editions Belin jeunesse, à partir de 12 ans

Faire de l’histoire avec… un roman

L’ami de Magellan, Didier Bazy

 

Faire de l’Histoire, avec un livre d’Histoire, ses images, ses petits bouts de textes traduits pour nos petites têtes de 5ème. Mais, faire de l’Histoire avec, en plus, autre chose, un roman, par exemple, en compagnie de son écrivain et de sa formidable imagination, celle qui justement, plie le récit des faits aux odeurs, saveurs, couleurs et émotions de ce passé-là. Un ancien temps qui va dire « je », et qui, du coup, emportera tellement mieux, vers l’Histoire, les imaginaires si bouillants de ces débuts de Premier cycle de collège.

J’ai, pendant de longues années, pratiqué l’exercice, dans mes classes, souvent en interdisciplinarité, avec un rare bonheur… passant, selon l’heure et les caprices des programmes, de Germinal à La vie d’un simple, des Dieux ont soif, à Thibault, le petit chevalier limousin, quand – les temps étaient parfois si durs – mes minots, de cette classe-là, ne pouvaient pas – sûr – se caler dans la cervelle plus des 70 pages, écrites gros, du petit opus. Mais qu’importait ! La démarche était au bout la même, et, partout, elle aboutissait : le héros tenait son rôle de compagnon – on avait ses préférences et ses affects ; le récit touchait au plus près du quotidien, via la description, arme de poing du romancier. On partait avec ces personnages fictifs dans le creux d’un siècle, on croisait de « vrais personnages historiques », disaient fièrement mes petits ; on touchait une époque du doigt, avec émotion, vecteur essentiel de tout apprentissage. On sortait du livre d’Histoire, pour mieux y revenir…

Enseigner la shoah…

le 13 avril 2013. dans La une, Education, Histoire

« Le bourreau tue toujours deux fois ; la seconde fois, par l’oubli » (Elie Wiesel).

Enseigner la shoah…

Propos à la fois désolés et alarmés, d’une jeune collègue, en poste en banlieue lyonnaise. Ancienne stagiaire dans mes classes d’histoire, fine et investie. « La semaine passée, un petit groupe, rigolard, de 3èmes – ni les meilleurs, ni les plus fins, seulement des élèves ordinaires ! – a volontairement fermé le livre pendant le cours sur la Shoah. J’en ai pleuré… ». Elle poursuivait : « qu’est-ce que je fais ? », car, le conseiller pédagogique, en « service après-vente », ne s’arrête pas à 2 ans, comme pour la première machine à laver venue… Évidemment, ne pas céder, jamais ! en un tel domaine. Trouver des parades et surtout, éviter la contagion de postures rebelles bien autant que culturelles ; mettre en place des stratégies, collectives (c’est l’affaire de tout le champ éducatif) ; en faire une affaire « d’école » ! passer, c’est in-négociable, mais intelligemment. La Shoah appartient aux obligations de programme… mais au fait, depuis quand ? Et l’enseignante d’Histoire que je fus si longtemps, de filer l’enquête…

Et, bien, même si on a l’impression qu’« elle » a toujours été là, ce n’est qu’un ressenti, comprenant comme tel, nos désirs, notre émotionnel. La Shoah, depuis la fin de la guerre, n’a pas toujours été enseignée, pas tout le temps de la même façon ; il y a eu – il y a encore – autour du sujet, de brûlants débats (un des derniers, souvenons-nous, celui du petit juif « adoptable » par chaque enfant de Primaire !).

Mon début de lycée, en tant qu’élève (partie collège) correspond aux années 62/63. 17 ans après la guerre ; on découvrait les camps dans le « Nuit et brouillard » chanté par Ferrat, chanson culte qui se doit d’être remise dans le contexte de 63, elle aussi. On écoutait, en même temps, Salut les copains…

Passerelles

Ecrit par Sabine Vaillant le 02 mars 2013. dans La une, Education, Musique

Passerelles

L’atelier passerelles crû 2012-2013 rassemble presque 60 élèves du conservatoire de Vincennes, de 11 à 19 ans, tous musiciens de second ou troisième cycle. Leur but ? Découvrir des répertoires non abordés en orchestre ou formation de chambre et ouvrir des pistes de travail différent… Vaste programme ! Le retour sur expérience se conclut par un concert public en fin de semestre.

L’orchestre est particulier, annonce Pierre Bluteau, l’initiateur de cet atelier. Ce ne sont pas tant ses musiciens mais l’inventaire… En ce soir glacial et lumineux de février, éclairé par un quartier de Lune généreux : trois violons, un alto, un violoncelle, deux contrebasses, six flûtes traversières, un hautbois, un saxophone, une trompette, six guitares, quatre harpes, pas moins de cinq pianistes et deux percussionnistes, invitent à embarquer sur les passerelles.

Pierre Bluteau, légèrement en retrait, la guitare sous le bras, en guise de baguette, donne simplement le rythme à l’orchestre qui démarre en toute confiance. Magique ! Souriant, il accompagne, porte ses musiciens, soutient de sa guitare un groupe puis un autre. Les notes de Ins’t she lovely de Stevie Wonder envahissent l’espace, les instruments se répondent. La musique ouvre des connexions dans le cerveau des auditeurs tandis que concentrés les musiciens tiennent les rythmes.

Cher Père Noël,

Ecrit par Christelle Angano le 05 janvier 2013. dans France, La une, Education

Cher Père Noël,

Ceci est ma lettre. Je ne sais pas si j’ai toujours été sage, mais bon, j’ai fait de mon mieux !

Alors, tu as peut-être remarqué : je ne suis plus vraiment une gamine. Et alors ? On peut toujours rêver…

Et puis d’abord, toi et moi, on a un point commun (non, pas la barbe) : les gamins. Sauf que toi, tu bosses une fois par an. Le reste du temps, ce sont les lutins qui se tapent tout le boulot. Au Pays des Nuages, Rue des Merveilles, tout est bonbons, joujoux (x ou s ?? ah… la réforme de l’orthographe…), guimauve…

Chez moi, ce n’est pas vraiment pareil.

Pourtant, ce boulot, moi, j’y croyais. Un peu comme une mission, une « vocation ». J’avais envie de travailler avec des enfants, les aider à grandir, à devenir « citoyen ». Les amener à s’interroger, à s’émerveiller, à se révolter quelques fois, mais de manière efficace. Leur faire découvrir le bonheur de la lecture et de l’écriture aussi. Peut-être les aider à trouver en eux un jeune écrivain qui s’ignore, ou un futur lecteur passionné.

(Best of 2012) EDUCATION: L'anti-didactique à l'oeuvre ?

Ecrit par Pierre Windecker le 22 décembre 2012. dans La une, Education, Actualité, Société

(Best of 2012) EDUCATION: L'anti-didactique à l'oeuvre ?

Que ceci soit dit d’abord : j’adore le Jardin des Plantes du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. L’enfance – la mienne, celle des mes enfants et celle de mes petits-enfants – m’y ramène sans cesse, guidant les jambes et réveillant les émotions. J’aime cette longue esplanade qui s’ouvre comme les fleurs dont elle est constellée, ces allées d’arbres rêveuses et à demi cachées, ces serres où la végétation explose, ces bâtiments recelant un passé parfois en coma dépassé, si bien ramené à la vie par l’imagination de Tardi. J’ai aimé toutes les affiches créées par le Muséum. Je n’aborde jamais une exposition abritée dans ses locaux – qu’il s’agisse de la vie dans les abysses ou des fresques de la route de la soie - sans éprouver d’avance la douceur d’une jouissance assurée. L’humeur étant celle-là, les préjugés sont, forcément, toujours favorables.

C’est au point qu’il m’a fallu visiter avec mes petits-enfants deux expositions destinées principalement aux enfants pour comprendre. Après l’exposition A l’Ombre des dinosaures, peut-être avais-je éprouvé une petite déception, mais sans chercher à m’interroger davantage sur ses motifs. Mais en sortant d’Au Fil des araignées, c’est tombé comme une évidence, simple, carrée, indiscutable, excessive aussi sans doute, mais seulement dans sa formulation littérale : si on faisait comme ça à l’école, il n’y a pas photo, les enfants n’apprendraient rien. Ce serait presque comme si l’on fermait boutique.

Le premier livre...

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 novembre 2012. dans La une, Souvenirs, Education, Culture, Notre monde, Littérature

Le premier livre...

Belle recension, la semaine passée, dans Reflets du Temps : Le dernier lapon d’Olivier Truc. Parfums de glace, lumière si particulière à la banquise ; silences bourdonnants des grandes solitudes de début, ou de fin du monde…

« Madeleine », pour moi, d’un coup ! Projetée quelques temps en arrière – enfin, si peu !

Cinq ans, à peine ; cheveux coupés de frais, au bol, grosse frange, à la garçonne (ma mère avait osé sacrifier les boucles longues de sa fille, au nom, inavoué, de quelque féminisme tempêtant en elle). La campagne bourbonnaise ; village perché surplombant les gorges du haut Cher ; brumes assurées dès la Toussaint passée. L’école, en haut du bourg ; deux « maisons d’école » ; celle des petits, et, accolée à la mairie, celle des grands. Je me souviens d’avoir vu passer un curieux équipage, parfois : les « bonnets d’âne » coiffés d’un simulacre de papier, allant lentement de l’une à l’autre école, comme dans l’Ancien Régime, les femmes adultères et autres voleurs, attachés sur les ânes…

Un enseignement alternatif : les écoles Steiner Waldorf

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 octobre 2012. dans La une, Education, Culture, Société

Un enseignement alternatif : les écoles Steiner Waldorf

Mon fils est scolarisé dans une école Steiner. Ce fut le choix de ma femme, et je ne m’y suis pas opposé, malgré certaines réticences initiales.

Rudolf Steiner était, en effet, un mystique, membre de la société théosophique – fondée par Blavatsky, la célèbre ésotériste – qu’il quitta pour créer son propre mouvement, plus « chrétien » que celui de Blavatsky : l’anthroposophie. Steiner prétendait avoir accès à des mondes supérieurs, accessibles, disait-il, à tous par la méditation. C’est ainsi qu’il découvrit la lutte entre des êtres de lumières (les anges) avec les forces des ténèbres – les « lucifériens » et les « ahrimaniens » – joyeux mélange de judéo-christianisme et de mazdéisme (Ahriman, en effet, dans la religion mazdéenne, est l’éternel opposant au dieu lumineux, Ahura Mazda). Bref, un syncrétisme qui donna naissance à une « Eglise », nommée la Communauté des Chrétiens.

C’est ce bric à brac spirituel qui fit, un temps, classer l’anthroposophie parmi les sectes. En fait, les doctrines ésotériques de Steiner ne sont pas enseignées aux enfants ; même les enseignants ne les connaissent pas toutes. Aucun endoctrinement ni aucun embrigadement ne retiennent parents ou élèves captifs : chacun est libre de venir et de s’en aller.

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