Education

A l'école du colonel Teyssier...

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 février 2012. dans La une, Souvenirs, Education

A l'école du colonel Teyssier...

Colette, elle s’appelait Colette. Lorsqu’un entrefilet dans le journal annonça son décès, et qu’on parla de sa famille, de ses enfants, comme me le raconta ma mère, je refusais de le croire.

Car pour moi, Colette avait dix ans. C’était une petite fille vive, espiègle et enjouée, notre modèle à toutes, à l’école de filles Colonel Teyssier…

C’est qu’il n’y avait pas de garçons, rue du Colonel Teyssier, non, juste une bande de petites chipies à longue frange, qui, en cette fin de sixties de province, plongeaient encore studieusement les porte-plumes dans les encriers au teint d’albâtre. J’adorais plus que tout la cérémonie de fin d’année, lorsque les meilleures d’entre nous étaient autorisées à baigner lesdits récipients comme en un sacre : il fallait voir l’eau lustrale dépouiller les encriers des derniers vestiges de l’encre violette, et tous les petits ruisselets au parfum de Mont Gerbier de Jonc couler vers l’été, vers les « grandes vacances »…

Notre année était rythmée par les saisons. La rentrée sentait les vendanges et les pommes, déjà un peu suries ; nous étions là, toutes endimanchées en ce jour de grand peur, tenant la main de nos mères. Les pères, en ce temps-là, restaient à l’usine, au fournil, au bureau. Nous écoutions nos mamans se raconter leur été, Saint-Trop’ ou La Bourboule, ou, simplement, la ferme des grands-parents…

Les rizières de l'école

Ecrit par Zoe Tisset le 13 janvier 2012. dans La une, Ecrits, Education, Société

Les rizières de l'école

 

Il fait nuit, on a encore la tiédeur de la couette et le goût du café amer. Pourtant, on va déjà ébaucher des signes, articuler des phrases, se mettre en scène. Transmettre, cela n’est rien sinon persister à respirer, à suer et au final percer la mort d’un filet de vie étanche. Il faut plonger dans ces regards attentifs, endormis, méfiants et hagards sans avoir peur qu’ils nous trouent de leur jeunesse incertaine et de leur colère bienfaisante. A chaque instant, il faut être là pour chacun et pour tous, sans apriori mais aussi dans son entité péremptoire. Cœur et poumon de la classe, nous respirons souvent de manière commune, mais décalée.

Nous sommes là et ils nous scrutent là-bas. Ils attendent, ils espèrent et trop souvent ils s’absentent car on les a oubliés. Ils sont devenus invisibles, nécrophiles de l’école. Qui résiste à cette odeur de mort hygiénique qui hante ces « hauts lieux » d’apprentissage et de savoir ?

Ecriture de l'imaginaire

Ecrit par Ahmed Hafdi le 06 janvier 2012. dans La une, Ecrits, Education, Société, Littérature

Ecriture de l'imaginaire

Celui qui retourne les mots finira par avoir soif de l’écriture, sinon attraper son « virus » ! D’aucuns considèrent la pratique de l’écriture comme un acte complexe, exclusivement réservé aux écrivains, poseurs d’énigmes et manipulateurs de signes, retranchés dans leur « tour d’ivoire » et où les muses viennent nourrir leur imaginaire. Cette représentation erronée, le mythe de l’inspiration aidant, se voit malheureusement reproduite, pour une longue période, par certaines institutions, faisant de l’écriture un acte sacré, hermétique et solitaire, donc inaccessible au commun des mortels.

Par ailleurs, la prédominance de l’oral dans notre vie quotidienne relègue au second plan toute activité scripturale. Des pratiques inhérentes à la civilisation de l’écrit, à l’instar des petits billets, écrits utilitaires, journal intime, mémoires ou autres, n’ont pas encore trouvé leur place dans notre train de vie.

Avec l’apparition des « ateliers d’écriture », qui se sont multipliés et diversifiés durant la dernière décennie, l’écriture devient de plus en plus un simple acte, ordinaire, individuel ou collectif, accessible à « monsieur tout le monde » ; d’ailleurs, qui n’a éprouvé, dans certaines circonstances, l’irrésistible désir de se confesser sur une feuille blanche, de coucher sur papier ses impressions, ses rêves, ses frustrations… ? Et notre école n’a pas encore réalisé l’importance de cette nouvelle approche de l’écrit. Et c’est bien dommage !

Maîtresse, Maîtresse ! de Yannick Antigny

Ecrit par Christian Massé le 09 décembre 2011. dans La une, Education, Société

Maîtresse, Maîtresse ! de Yannick Antigny

Roman de Yannick Antigny (Ed. Anthia)

 

Henri porte une blouse grise, non obligatoire mais exigée de ses parents pour qu’il protège ses vêtements. Enfant maladif, solitaire, secret. Studieux, il aime l’école où il est très attaché à sa maîtresse. Le soir, à la sortie, elle lui caresse le crâne et il en a les larmes aux yeux. Il a l’air d’un petit poulbot malheureux, avec sa veste pied-de-poule en boudin et sa casquette. Il faut dire que Melle Dubain alias Melle Nativel est une superbe fille des îles, la Réunion. Henri l’aime, sans savoir en quoi consiste ce sentiment-là, sauf sur un point : Mlle Nativel ne peut que l’aimer ! Elle loge à la Bergerie, une longère tourangelle à l’écart du bourg. A cette époque, seul un paquebot relie l’île à la mère matrice.

L’année suivante, Melle Nativel prend une autre classe, dont le bâtiment est séparé de celui où Henri soigne toujours sa blouse grise. L’enfant passe ses récréations au pied du mur de séparation pour tenter de voir la mulâtresse. Un jour, il apprend qu’elle va partir à Montmagny, au nord de Paris, le village natal de Maurice Utrillo, peintre qui a grandi au pays des poulbots, Montmartre, et qui a observé Renoir, Toulouse-Lautrec… Est-ce cette coïncidence qui a fait de Henri adulte… un artiste-peintre ?

Enseigner les droits de l'homme, une contradiction performative ?

Ecrit par Pierre Windecker le 02 décembre 2011. dans Philosophie, La une, Education

Enseigner les droits de l'homme, une contradiction performative ?

 

Un article de Léon-Marc Lévy dans Reflets du temps montre qu’il serait vain de vouloir transmettre la compréhension et le souci des droits de l’homme sous la forme d’un enseignement qui leur serait expressément dédié. La transmission scolaire, ici, ne peut être qu’oblique, s’effectuant par l’enseignement de savoirs critiques d’une part, par la vie de (et dans) l’institution scolaire de l’autre.

Mais demandons-nous un instant ce que pourrait être un « enseignement des droits de l’homme ».

Tout droit est ce qui permet la transposition d’un conflit potentiel sous la forme d’un litige susceptible d’être réglé, c’est-à-dire de recevoir une solution partielle, relative, fondamentalement problématique, mais acceptable tout de même, au nom de la justice, par toutes les parties en cause. Les droits de l’homme, au premier abord du moins, ne portent pas trace de cette conflictualité qui rend le droit possible et nécessaire : ils apparaissent plutôt comme une totalité harmonieuse, chaque droit pouvant se déduire de l’autre dans une évidence continuée : c’est ainsi que la propriété, ou la faculté de résister à l’oppression, se déduisent aisément de la liberté.

Prison d'école

Ecrit par Zoe Tisset le 02 décembre 2011. dans La une, Education, Société

Prison d'école

 

Il a mal à attendre la sanction, à la guetter, à la chercher.

Il ne pleure pas, il retient sa peine car il veut être le plus fort.

Tendu comme un arc, bientôt il lâchera ses poings happant le vent, mais aussi les genoux, les visages et les cartables.

Il veut être libre, mais se cogne au monde des adultes.

Il n’a pas assez appris à aimer.

Il ne sait que jauger et se mesurer.

Il veut déjà l’impossible, les adultes lui demandent la norme.

Alors il dessine des monstres. Ils sont ce monde infra humain qu’il n’a pas encore quitté.

Gigantesque figures de l’imaginaire, ils échappent aux règles ambiantes pour mieux tisser une échelle infinie et minutieuse de mesures.

L’enfant peut alors exercer toute son intelligence et toute son attention. Il n’a plus peur.

Le jeu de cartes devient la mappemonde de son être.

Droits de l'homme, l'enseignement impossible ?

Ecrit par Léon-Marc Levy le 25 novembre 2011. dans Philosophie, La une, Education

Droits de l'homme, l'enseignement impossible ?


Dès l’aube de la République, la tentation est forte, pour ses fondateurs et ses continuateurs, de trouver les outils qui permettraient de former, d’éduquer les citoyens, et en particulier les jeunes citoyens en devenir, aux principes fondateurs des Lumières : essentiellement au texte de référence, la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 (puis à la déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948). Tentation qui sera une véritable obsession républicaine pendant les deux siècles qui suivent 89 : « missionnaires » des temps nouveaux, les républicains utiliseront tous les moyens possibles. Dans un contexte difficile au XIXème siècle (opposition farouche des royalistes encore puissants, périodes de Restauration, pression hostile et écrasante de l’Eglise), les « croisés » des droits de l’homme seront sur le front de la littérature, de la presse, de l’affrontement politique.

Avec les lois Ferry de 1882 et la Loi de séparation de l’église et de l’Etat de 1905, commence une ère nouvelle qui va ouvrir des rêves nouveaux pour les républicains : l’école de la République, débarrassée de la chape idéologique de la religion, devient alors le théâtre premier d’un enjeu fondamental : former des citoyens, conjuguer l’enseignement des savoirs cognitifs (sciences, humanités, langues) et celui des Droits de l’homme. L’école est l’outil rêvé !

Ecouter Haendel, Scarlett et Philippe Reliquet

Ecrit par Colette Windecker le 04 novembre 2011. dans Psychologie, La une, Education

Ecouter Haendel, Scarlett et Philippe Reliquet

« C’est une petite fille aux beaux yeux bleus, presque couleur de myosotis, au teint pâle. Ses yeux rient, sa demande est impérative : “Ecouter Haendel !” ». Scarlett et Philippe Reliquet sont les parents de cette petite Garance, qui souffre de « troubles envahissants du développement », qui n’ont pas de dénomination précise et ressortissent plus ou moins à une forme d’autisme, « inguérissable » : « Il lui faut, il lui faudra vivre ainsi. Vivre avec cela. Et nous, ses parents, aussi. Non pas avec Haendel, mais avec “Ecouter Haendel” », ou – comme elle dit encore, et encore – avec : « A mettre Haendel ». De dix années passées ainsi avec Garance, ils ont fait un livre qui, par touches successives, nous fait entrevoir l’étrangeté de sa perception des gens et des choses et de la relation qui en découle : nous entrons dans le monde de Garance, nous entrevoyons son fonctionnement, nous découvrons une autre cohérence, parfois nous comprenons des attitudes déroutantes. Ce qui frappe, c’est le ton juste qu’ils ont su trouver pour relater leurs observations et leur expérience, à la fois très dure et très belle. L’émotion se garde de tout pathos, la confidence est toujours pudique pour parler de « cette souffrance étrange, inconnue, inattendue, (qui) était installée en nous et ne nous quitterait plus jamais ». La gravité se mêle à l’humour, et finalement le document devient poésie. « Elle aime se laisser couler au fond du bain, gardant les yeux grands ouverts, en apnée, rester ainsi de longs moments.

L'école contre la "civilisation"

Ecrit par Alain Jugnon le 02 septembre 2011. dans La une, Education, Société

L'école contre la

Nous vivons en ce moment-même une catastrophe sociale et politique dans le monde de l’éducation dite nationale : nous assistons de fait à la destruction de l’école. L’école est au sens propre le loisir consacré à l’étude, le mot vient du latin schola qui signifie la corporation ou la compagnie en tant que lieu de l’étude, schola qui vient lui-même du grec skholé qui signifie le loisir, ou encore le libre jeu des facultés humaines, spirituelles et naturelles, comme le dira Marx dans Le Capital.

Or l’Etat français aujourd’hui détruit peu à peu les conditions de possibilité de l’école, et ce au nom d’une conception privée et privative de l’éducation en général : il ne s’agit plus pour l’Etat de rendre possible une école publique mais bien de diriger des ressources humaines comme on gère un stock de marchandises.

Pourtant la seule identité qui vaille humainement pour un citoyen français est d’avoir été éduqué par la nation, c’est-à-dire mis à l’école de la nation, c’est-à-dire de la société civile des fonctionnaires organisés en service public d’enseignement et d’éducation : il y a donc aujourd’hui au pouvoir un Etat qui n’éduque plus sa jeunesse, un Etat qui détruit la nation elle-même en ne donnant plus les moyens techniques et donc politiques d’une bonne gouvernance de l’éducation de la jeunesse.

Alexandre le malheureux

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 août 2011. dans La une, France, Education, Société

Alexandre le malheureux

« Mais qu'est ce qu'on va faire, madame ! » disait-il, avec dans ses yeux noirs d'écureuil, intéressés - très - toute l'inquiétude du monde... Alexandre le passionné - « le bienheureux », on verrait plus tard - était, en 5ème, puis en 4ème, il y a déjà si longtemps,  le plus actif, mais aussi le plus déprimé de mes petits élèves.

Quand il venait en HG, lui, ce n'était pas pour s'entendre raconter les amours de Louis XIV, mais pour que ces «  petites matières » - au dire d'un collègue assis avec prétention sur «  sa grande littérature » -  lui donnent les clés de lecture d'un monde «  moderne, mais dangereux », comme il disait, Alexandre...

Faut voir que la famille était dans «  la fraise de Beaulieu », ces gariguettes un peu sucrées, un brin acides qui prospèrent sur notre Riviera Corrézienne, aux doux murmures de la Dordogne... L'entrée dans l'UE de l'Espagne et ses lourdes fraises rouges et pas chères à défaut d'être toujours savoureuses, avait produit illico, un premier tombé de «  qu'est ce qu'on va faire... ? » ; le raisonnement autour de : - on achètera leurs kiwis pas cher (il en raffolait, le 5ème) ; nos gariguettes sont différentes et se vendront quand même -  avait calmé l'affaire - un temps - jusqu'à ces TP de géo,  visant, avec des documents sur la Corée / petit dragon en plein essor, à tenter de comprendre «  un NPI, nouveau pays industriel, comment ça marche ? » ;

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