Education

L'école contre la "civilisation"

Ecrit par Alain Jugnon le 02 septembre 2011. dans La une, Education, Société

L'école contre la

Nous vivons en ce moment-même une catastrophe sociale et politique dans le monde de l’éducation dite nationale : nous assistons de fait à la destruction de l’école. L’école est au sens propre le loisir consacré à l’étude, le mot vient du latin schola qui signifie la corporation ou la compagnie en tant que lieu de l’étude, schola qui vient lui-même du grec skholé qui signifie le loisir, ou encore le libre jeu des facultés humaines, spirituelles et naturelles, comme le dira Marx dans Le Capital.

Or l’Etat français aujourd’hui détruit peu à peu les conditions de possibilité de l’école, et ce au nom d’une conception privée et privative de l’éducation en général : il ne s’agit plus pour l’Etat de rendre possible une école publique mais bien de diriger des ressources humaines comme on gère un stock de marchandises.

Pourtant la seule identité qui vaille humainement pour un citoyen français est d’avoir été éduqué par la nation, c’est-à-dire mis à l’école de la nation, c’est-à-dire de la société civile des fonctionnaires organisés en service public d’enseignement et d’éducation : il y a donc aujourd’hui au pouvoir un Etat qui n’éduque plus sa jeunesse, un Etat qui détruit la nation elle-même en ne donnant plus les moyens techniques et donc politiques d’une bonne gouvernance de l’éducation de la jeunesse.

Alexandre le malheureux

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 août 2011. dans La une, France, Education, Société

Alexandre le malheureux

« Mais qu'est ce qu'on va faire, madame ! » disait-il, avec dans ses yeux noirs d'écureuil, intéressés - très - toute l'inquiétude du monde... Alexandre le passionné - « le bienheureux », on verrait plus tard - était, en 5ème, puis en 4ème, il y a déjà si longtemps,  le plus actif, mais aussi le plus déprimé de mes petits élèves.

Quand il venait en HG, lui, ce n'était pas pour s'entendre raconter les amours de Louis XIV, mais pour que ces «  petites matières » - au dire d'un collègue assis avec prétention sur «  sa grande littérature » -  lui donnent les clés de lecture d'un monde «  moderne, mais dangereux », comme il disait, Alexandre...

Faut voir que la famille était dans «  la fraise de Beaulieu », ces gariguettes un peu sucrées, un brin acides qui prospèrent sur notre Riviera Corrézienne, aux doux murmures de la Dordogne... L'entrée dans l'UE de l'Espagne et ses lourdes fraises rouges et pas chères à défaut d'être toujours savoureuses, avait produit illico, un premier tombé de «  qu'est ce qu'on va faire... ? » ; le raisonnement autour de : - on achètera leurs kiwis pas cher (il en raffolait, le 5ème) ; nos gariguettes sont différentes et se vendront quand même -  avait calmé l'affaire - un temps - jusqu'à ces TP de géo,  visant, avec des documents sur la Corée / petit dragon en plein essor, à tenter de comprendre «  un NPI, nouveau pays industriel, comment ça marche ? » ;

L'instit'

Ecrit par Amin Zaoui le 25 juillet 2011. dans Ecrits, La une, Education

L'instit'

Même s'il était de petite taille, à nos yeux notre instit était grand. Le plus grand de tous les hommes du village et de tous ceux qui habitent les hameaux avoisinants. L'instit est toujours grand, capable de toucher le ciel. Cueillir les étoiles les plus lointaines sans monter sur une échelle. Le nœud simple et bien fait d'une cravate fine avec une chemise classique blanche. Toujours propre. Une paire de chaussures noire bien cirée, toujours hautement cirée. Ainsi fut notre instit. Le vôtre aussi. Il nous faisait peur. Ce n'était pas une peur mais une sorte de sentiment profond et incompréhensible. Entre amour, fascination et respect. La première fois que j'ai vu une paire de lunettes posée sur un nez, c'était sur celui de mon instit. Et depuis, toute image de lunette est liée à celle de l'instit. Dans le village, il ne passait pas inaperçu. Il était écouté et respecté. De temps en temps, je fréquentais le petit café du village, mais je n'avais jamais aperçu mon instit dans cet espace bruyant. Je faisais toutes les acrobaties possibles afin qu'il ne me voie pas attablé dans ce lieu réservé aux adultes. Dès que je le croise sur mon chemin, la tête baissée, je change de trottoir. Il avait une démarche spéciale et unique. Une démarche à lui seul. J'ai toujours imaginé notre instit comme l'homme le plus riche de la terre. Il n'avait pas besoin d'argent. Tout ce qu'il demandait, tout ce qu'il voulait était exaucé.

Areezoo, la classe, le ministre ...

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 juillet 2011. dans La une, Education, Société

Areezoo, la classe, le ministre ...

Elle est là, devant moi, la mère d’élève, véhémente et déboussolée, assurant que « oui, la petite étrangère, depuis ce début de trimestre, freine sa Céline, car ne comprend pas un mot des cours, n’a pas les affaires qu’il faut, prend un temps fou aux professeurs, pose des problèmes à la cantine… après un silence : « je ne suis pas raciste »… Probable…

De grands yeux noirs pleins encore des brumes froides de ses montagnes d’Afghanistan ; le sourire qu’il faut ; le bonjour ; c’est vrai, c’est tout ce qu’elle sait dire ; un foulard discret ; une belle envie d’apprendre et surtout quand elle nous regarde, une confiance qu’on ne trouve plus toujours ici… on nous l’a posée, en 5D, au cœur de l’hiver enneigé : « elle a cet âge-là ! » a dit la principale. Dans la salle des profs, pas plus d’étonnement que ça ; le trimestre passé, un simple mot sur le tableau blanc : « Rithy Chhnam – Cambodge – ne connaît pas un mot de français – inscrit en 3B »… avait suffi pour cet autre enfant.

D’où viennent-ils ? Un nom sur la carte : pays, pas régions ; leur histoire ? Un geste vague, on ne sait pas grand-chose ; difficile, sans doute ! Alors, nous les enseignants, on se rabat vite fait sur le cognitif : leur niveau ?

C'est quoi papa la politique ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 avril 2011. dans La une, France, Education, Société

C'est quoi papa la politique ?


Certains de mes petits collégiens disaient : «  la poulitique », faisant poétiquement s'envoler quelque oiseau d'une volière exotique . Au « ça sert à quoi ? », le silence se faisait, pas moins épais que pour la question jumelle  - sur les impôts, cette fois -  Pas de doute, un Grec, planté sur son agora, sous le soleil antique, aurait su  - même un métèque - eux, pas.

Au fur et à mesure des années, j'ai vu s'installer des sourires en coin (je ne démarrais pas, pourtant un cours d'éducation sexuelle !) ; ces derniers trimestres, c'est à des soupirs excédés que j'avais droit : «  c'est … des hommes politiques … ils parlent... on les voit à la TV... » et il y en avait toujours un pour ponctuer « ils disent tous la même chose »...

Tous pourris, UMPS, sussure la blonde au 20 h, avec le sourire affiché qui cache mal qu'elle a hérité des « dents du père » …


Mais que font les parents ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 février 2011. dans La une, Education, Société

Mais que font les parents ?


Récré de 10 heures, en salle des profs. Dehors, il pleut - triste, et même, il s'est levé une de ces brumes-fumées, qui cache l'autre versant de la vallée… La cafetière crachote et, dans un coin, le cénacle des habitués s'ébroue : « en 4B, C », (qu'est-ce qu'il fait chez toi ?), a dit à M.A : « je m'en bats les couilles (Pas fort! C'est vrai.) ». La volière s'émeut, à juste titre, mais un consensus s'installe dans le même temps : « On est là, pour e-n-s-e-i-g-n-e-r-! Pas pour faire leur éducation! Que font les parents? ».

Nous voilà repartis pour un tour de manège, jamais fini, transgénérationnel - élève - parents – profs ;  rengaine qui a accompagné ma (longue) carrière : enseigner…, oui ; éduquer… non. Deux « E » pour le même enfant ; la didactique et le chemin… Incompatibles ? Ennemis ?

Qu'on s'entende bien. Nous sommes, c'est vrai, formés pour enseigner des champs disciplinaires ; transmettre des savoirs théoriques et - n'en déplaise à notre ministre - des « savoirs- faire », méthodiques et donc transférables. Une discipline, son passage à l'élève ; un « savoir enseigné », qui a quelque chose à voir - mais qui n'est pas, le « savoir savant ».

Enseigner Auschwitz

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 octobre 2010. dans Racisme, xénophobie, La une, Education, Histoire

Enseigner Auschwitz

On en voit parfois, qui pensent qu’ "immerger" un jeune élève, d’un coup, dans un lieu où "passe" - dit-on - "l’Histoire", suffit pour, - miracle à trois sous - verser en lui le sens, et ce qui va avec… l’équiper pour la vie…"Ça imprègne !", disait, avec suffisance, une de mes collègues, insuffisante, il est vrai… alors, haro sur Versailles, le premier château de la Loire venu, et tant qu’à faire, Auschwitz…

Les avez-vous vues, ces hordes harassées, le coca à la main, errer dans les camps de Pologne, d’un baraquement à l’autre ; ciller quand même un peu devant la montagne de cheveux : " mais ! C’est quoi, ça ?" ; passer, assez vite, devant les ruines des crématoires… Peut-on en vouloir à ces gamins qui "font ça" en une journée : - Roissy - Cracovie - bus jusqu’ à Auschwitz… -, sans réel projet, privés d’étayage… ; contre-production assurée ! Mais, il y a aussi des classes, plus âgées, surtout mieux préparées : - amont, aval, projet - ; objectifs cernés, postures actives, qui en font - c’est sûr - un remarquable usage, et s’en reviennent, marquées, équipées pour longtemps…

Prof, un métier ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 septembre 2010. dans France, La une, Education

Prof, un métier ?

Elle campe, au détour du chemin – la Denise – menton appuyé sur le manche de son râteau à feuilles,  sous les  noisetiers attaqués, ces jours ci, par les écureuils. Sans politesse excessive, elle m'apostrophe, avec un rien d'agressivité dans la voix : " alors, comme ça ! les profs, pas plus tôt rentrés, que vous voilà en grève! "

Le débat – digne des soirées T.V. les plus intenses – s'impose de lui-même : " c'est que, au collège, par exemple, plus de vingt cinq heures de maths manquent à l'appel ! et ça, tu vois, malgré le nombre constant d'élèves ; alors, pour les assurer, on nous a attribué un stagiaire- 18 heures !"

Le regard bleu de ma chère voisine flotte un peu : " un stagiaire - 18 heures !"; l'espèce, à l'évidence lui  échappe ; elle, qui, pourtant connaît tout, des bêtes des bois, des champs, et des jardins de Corrèze !

Pour le tout-venant de la population « non enseignante », que faut-il entendre là ?

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