Histoire

Des Protocoles de Sion au cavalier sans monture

Ecrit par Jean Le Mosellan le 18 novembre 2011. dans Racisme, xénophobie, La une, Histoire

Des Protocoles de Sion au cavalier sans monture


Si vous étiez au Moyen-Orient, au cours du mois de Ramadan, 2001 et 2002, vous auriez pu voir à la télévision un feuilleton sensé passionner les foules « Le Cavalier sans monture », tourné par la télévision égyptienne en 41 épisodes, dont la trame de l’intrigue exploite les Protocoles des sages de Sion, connus sous le IIIe Reich à travers les publications du journal du parti nazi Wölkisher Beobacter, sous le titre de Die Protokolle der Wiesen von Zion, complété de la mention und die jüdische Weltpolitik (et de la politique mondiale juive).

De la première édition, 1905, en Russie tsariste moribonde, aux dernières éditions florissantes du Moyen Orient*, les Protocoles font un tabac éditorial, servant de référence tout à la fois aux manuels politiques, voire scolaires anti israéliens, et de source d’inspiration aux productions culturelles, notamment à la télévision.

Il s’agit pourtant d’un faux grossier, qui n’a pu se répandre qu’à la faveur d’une véritable idolâtrie du mensonge. Encore qu’elle ait été définitivement démasquée dans les suites de la chute du mur de Berlin. N’empêche que les Protocoles continuent leur progression éditoriale dans les pays du Croissant fertile et au-delà, Iran, Pakistan jusqu’en Malaisie.

La mémoire d'âne

Ecrit par Amin Zaoui le 02 septembre 2011. dans Monde, La une, Histoire

La mémoire d'âne

Les dictateurs arabes n’ont pas de mémoire. Elle leur fait défaut ! Tare ! Mais leurs têtes retiennent, avec exactitude, les chiffres de leurs comptes bancaires et le nombre croissant de leurs victimes. Les sangsues ! En ce jour de l’Aïd Assaghir, j’ai une grande pensée envers ceux qui, par leur sang noble, ont tracé le cheminement du printemps arabe. Je pense aux intellectuels qui ont défié toutes les barbaries islamistes ou libérales, civiles ou militaires, en barbe longue ou en visage bien rasé, dans un costume alpaga ou dans un qamis afghan.

En ce jour de  l’Aïd El Fitr 2011, je pense à l’auteur de la trilogie Lagoual, lajouad et litham, à Abdelkader Alloula, lion d’Oran, icône du théâtre algérien et universel, tombé sous les balles islamistes aveugles le vingt-septième jour du Ramadhan, nuit sacrée. Ce fut le 10 mars 1994. Tout son art théâtral est conçu pour condamner la barbarie. Pour dire non à l’injustice sociale, non à l’humiliation. En ce jour de l’Aïd El Fitr, je pense à une autre étoile de la planche, à Azeddine Medjoubi apprécié du public algérien pour avoir joué avec génie dans la pièce Hafila tassir. Il fut assassiné le 13 février 1995, à l’entrée de l’Opéra d’Alger. Je pense à Tahar Djaout l’auteur de Les chercheurs d’os et L’invention du désert, intellectuel courageux dans et par le verbe et le mot. Il fut assassiné le 26 juin 1993.

Obama et l'ombre d'Hadrien

Ecrit par Léon-Marc Levy le 01 août 2011. dans Monde, La une, Histoire, Littérature

Obama et l'ombre d'Hadrien

Barack Obama a entrepris depuis son accession à la Maison Blanche, avec une certaine constance malgré les déboires répétés, il faut lui en savoir gré, de convaincre Israël de son propre intérêt à une série d’objectifs : geler (enfin !) la colonisation, viser une paix globale dans la région, aider à la construction d’une Palestine souveraine et alliée. Vaste et noble entreprise, et M. Obama ne peut que susciter le soutien des gens de progrès, voire l’enthousiasme de ceux qui pensent, et j’en suis personnellement,  que Juifs et musulmans ont su, et sauront de nouveau un jour, vivre ensemble sur cette terre qui leur appartient à égale légitimité.

Ma réserve vient de l’Histoire et de ce qu’elle nous apprend du peuple Juif et de ses rapports particuliers à ceux qui veulent exercer une autorité sur lui.

Marguerite YOURCENAR, dans ses « Mémoires d’Hadrien », prête à l’empereur ces mots, prononcés après avoir rencontré le chef des Juifs révoltés en Judée, Rabbi Akiba, pour le convaincre de signer la paix : « Il y a dans le regard de cet homme, et au-delà de cet homme de son peuple, une lueur indomptable et fanatique. Nous ne soumettrons jamais ces gens. »

Du côté de chez Nietzsche

Ecrit par Léon-Marc Levy le 18 juillet 2011. dans Philosophie, La une, Histoire

Du côté de chez Nietzsche


La question de la philosophie de Friedrich Nietzsche est récurrente. Plus précisément, la question de ses effets au XXème siècle. Pas seulement (je dirais même pas particulièrement) chez les philosophes. Elle revient, de façon itérative, même dans les cercles les moins férus de philosophie. Et on comprend aisément pourquoi. La question de Nietzsche n’est pas seulement philosophique. Elle déborde bien sûr non seulement sur les territoires de la  psychologie mais aussi (et ce bien malgré Nietzsche lui-même) sur l’histoire contemporaine dans ses pages les plus sombres.


Une cohorte de philosophes, de penseurs, de politiques, a entrepris, depuis le vivant même de Nietzsche, un effort constant pour tisser un lien structurel entre la pensée nietzschéenne et le nazisme, un amalgame imaginaire entre deux conceptions du monde aux opposés l’une de l’autre. La logique qui préside à cette volonté d’amalgame est clairement lisible :

Une curiosité constitutionnelle : le troisième Reich

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 juillet 2011. dans La une, Histoire

Une curiosité constitutionnelle : le troisième Reich

Reich signifie, en allemand, empire. « Das dritte Reich » se traduit donc par le troisième empire… Un empire sans empereur, comme c’est bizarre !

La bizarrerie remonte plus haut. La république de Weimar était déjà… un empire ! La constitution de 1919 proclame dans son article premier : « das deutsche Reich ist eine Republik », l’empire allemand est une république ! De fait, l’Allemagne des années vingt avait un Reichpräsident et un Reichstag (et non un Bundestag), ainsi qu’une Reichswehr. C’est l’écrivain Arthur Möller van den Bruck qui, dans son livre « Das dritte Reich », paru en 1923, parla pour la première fois de troisième empire : il y eut d’abord le saint empire romain germanique, auquel Napoléon mit fin en 1804, puis l’empire wilhelmien fondé en 1871 (et non formellement aboli par la constitution de 1919), enfin Möller van den Bruck appelle de ses vœux la formation d’un « troisième empire ». Hitler ne reprit jamais la formule, même après l’incendie du Reichstag et l’adoption du « Führerprinzip » qui lui donnait les pleins pouvoirs ; cependant, dès l’Anschluss (1938) on commença à parler de « Grossdeutsches Reich », lequel devait durer mille ans, et ce titre devint officiel en 1943…

Humour de Corrèze ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 juin 2011. dans La une, France, Actualité, Histoire

Humour de Corrèze ?

La "montée en mayonnaise" par les médias des propos tenus par Jacques Chirac, affirmant qu'il voterait Hollande aux Présidentielles de 2012 - lors de la visite du musée du Président à Sarran, en Corrèze - ne doit sans doute pas être vue comme un soutien affiché envers le candidat aux primaires socialistes. Toutefois, le comportement des intéressés (Chirac et Hollande) ne peut - en aucun cas - être considéré comme une simple plaisanterie : de "l'humour corrézien", entre "Républicains"…, comme l'affirma une mise au point de l'entourage de l'ancien Président…

Vous allez être sans doute très étonnés, car, pour comprendre les propos tenus par Jacques Chirac, il faut remonter très loin dans l'histoire de la sociologie politique corrézienne.

D'abord, en 1848-1849, sous la Seconde République : lors des premières élections au suffrage universel (seulement masculin à cette l'époque).

Lors des élections présidentielles de décembre 1848, une très forte majorité des électeurs corréziens votèrent pour Louis-Napoléon Bonaparte (le futur Napoléon III), au cri de "Vive l'Empereur, A bas les riches …" ! Tout est déjà là : la Corrèze "à gauche" et - en même temps - la recherche de "l'homme providentiel"…! Nous y reviendrons…

Le portrait du président comme un scorpion

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 mai 2011. dans La une, France, Politique, Histoire

Le portrait du président comme un scorpion

Reflet du jour

10 mai 1981. Alors que la foule en liesse, à la Bastille, conspue les noms des journalistes dont les têtes vont tomber, François Mitterrand prépare son intervention télévisée : masque impénétrable, le sphinx, aucune émotion apparente… Mitterrand a et gardera sa part de mystère. Et si sa psychologie pouvait bénéficier d’une lecture astrologique ? L’astrologie en tant que caractérologie bien sûr, non comme un art divinatoire. Mitterrand était scorpion. Rarement homme aura été plus scorpion que lui. C’était d’abord un être de désir. Certes, tout homme politique est un être de désir ; mais chez certains, ce désir se cantonne à la sphère du pouvoir : Mitterrand, lui, désirait tous azimuts, les femmes, les livres, les élections. Mitterrand phœnix – ardet nec consumitur ! – dont le feu intérieur scandait le rythme de ses morts et de ses renaissances. La mort, en bon scorpion, il l’a aimée, observée, recherchée. Une mort onirique, dans un premier temps, fantasmée, virtuelle, à travers la fiction romanesque. Guetteur de l’Au-delà, il aura questionné théologiens et philosophes, et hanté les lieux sacrés ou réputés tels ; et puis il y eut la vraie, la mort-crabe qui ronge du dedans et qu’il a cherché à dominer ultimement par l’euthanasie.

Peut-on "dire" un génocide ? (10)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 06 mai 2011. dans Monde, La une, Média/Web, Histoire

Peut-on

Mais raconter pour un rescapé (car les rescapés continuent de témoigner, le silence ne vient pas briser cet élan qui pourtant n’a de l’élan que l’idée), ce n’est pas seulement accepter la défaite dans le langage d’une monstration tangible de l’horreur, c’est d’abord dire qu’on ne peut raconter. Le corps même de la parole du témoignage, c’est un corps qui se dérobe, qui flanche, qui est pris soudain d’une grande faiblesse. Pourquoi les rescapés échouent-ils à raconter ce qu’ils doivent raconter ? Simon Srebnik professe ainsi : « On ne peut pas raconter ça. Personne ne peut se représenter ce qui s’est passé. Impossible » (116). Et Duras de résumer cette pensée qui a valeur de consensus (lorsque l’on prend en considération l’ensemble des pensées théoriques issues du mouvement réflexif prenant à partie la réalité pensée, imaginée d’un génocide) : « Impossible de parler de Hiroshima. Tout ce qu’on peut faire c’est de parler de l’impossibilité de parler de Hiroshima » (117).
Tout d’abord, cette difficulté (ou impossibilité) qu’il y a à rendre l’horreur soluble dans la langue (remarque que j’ai par ailleurs nuancée) pour qu’en se servant de cette dernière, quelque chose de l’horreur soit montré, est due au fait qu’il y a un inédit de l’horreur (cet inédit n’est en rien destitué de son statut d’inédit lorsque les témoignages se font légion –

Jean Dormoy, le forgeron du 1er mai

Ecrit par Martine L. Petauton le 29 avril 2011. dans France, La une, Histoire

Jean Dormoy, le forgeron du 1er mai

"Reflet du jour"

« C'est un joli nom camarade ... » chantait l'autre Jean. Un sacré camarade que ce Jean là, Dormoy, de Montluçon, celui qu'on a nommé «  le forgeron du premier Mai »...  En 1888, au Bouscat, il a fait adopter à l'unanimité, au congrès de la fédération nationale des syndicats, cette motion simple : un jour par an, le 1er Mai, partout dans le monde, on fêterait le travail et ceux qui le font. Deux ans avant, à Chicago, une grève sanglante avait mélangé la bombe des anarchistes et la potence pour 4 ouvriers.

Fêter le travail est une idée qui va l'amble avec le chemin du Tiers État ; 1793, 1848, en ont tâté. 1899, la 1ère Internationale socialiste l'amarra à la notion de manifestation ; c'est 1947 - la gauche toujours - qui en fit un jour chômé.

Origine paysanne - côté non propriétaire, bien sûr ; relisez donc «  la vie d'un simple » de Guillaumin sur l'Allier des métayers - Dormoy a grandi à l'ombre de cette Révolution Industrielle, qui, plus que l'autre mangeait ses enfants. Il est venu embaucher à la grand' ville, Montluçon, ne connaissait rien du métier ; comme ses camarades, apprendrait sur le tas, et vite, s'il vous plait ! Le bénéfice, le profit avaient besoin de bras !

Peut-on "dire" un génocide ? (8)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 22 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Politique, Société, Histoire

Peut-on

Ainsi, comme nous venons de le voir, les tueurs parlent, convoquent la parole, font advenir le sens en érigeant comme tel le non-sens frénétique et à valeur de monde, le non-sens déferlant à travers tout le cortège de leurs affirmations («  Une affirmation, comme le rappelle Nietzsche, agi[ssant] avec plus de force qu’un argument, du moins sur la majorité des gens ; car l’argument éveille la méfiance » (93)), dont certaines même ont été, et c’est du reste leur finalité logique, érigées en commandements.
Pour ce faire est-il nécessaire qu’ils soient les seuls exécutants de la parole. Pour ce faire est-il nécessaire qu’il n’y ait pas compétition dans la parole (il faut qu’il y ait un consensus dans la parole et que toute parole se confonde avec ce consensus). Aussi les victimes doivent-elle rester invariablement muettes. Les victimes sont les personnes à qui d’abord on retire la parole. Silence obligé (une victime, au cours de tout processus – pas nécessairement génocidaire – la définissant comme victime, si elle prend la parole, si elle prend sa parole – c’est-à-dire si elle affirme son existence dans la parole, si elle fait autre chose que supplier, supplier étant une façon de taire sa parole dans la parole, de faire avorter sa parole dans chacune de ses paroles –, risque le pire, mais peut-on parler de pire ?, y a-t-il une échelle dans l’appréciation de l’horreur ?), puis silence par éventration du souffle, par la mort.

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