Histoire

Le Roman de l'Histoire

Ecrit par Pierre Pachet le 02 août 2010. dans La une, Histoire, Littérature

L’écrivain peut faire résonner ces voix qu’on n’a pas entendues, mais il est comptable de l’usage qu’il fait du passé

Si quelque chose me dispose à réfléchir à partir de la polémique suscitée par le roman de Yannick Haenel, Jan Karski (Gallimard, 2009), c’est que lorsque j’ai éprouvé le désir urgent d’écrire sur quelqu’un que j’avais de si près tenu, et dont je m’étais senti proche, mon père décédé, je n’ai pu le faire qu’en recourant à des moyens caractéristiques de la fiction : supposer qu’il parlait de sa vie et que je l’enregistrais, qu’il me dictait un récit, que sa parole se poursuivait alors même qu’il sentait ses moyens intellectuels lui échapper.

Les Plages et les Dunes

Ecrit par Jean Le Mosellan le 02 août 2010. dans La une, Religions, Histoire

Les Plages et les Dunes

Que vous soyez allongé, marchant ou courant sur le sable des plages, à cause du rythme des vagues, ou dans le désert plus ou moins émerveillé par l’alternance primordiale du jour et de la nuit, vous pensez inévitablement à l’écoulement du temps. Vous faites de la métaphysique comme Mr Jourdain de la prose sans le savoir.

Peut-être que vous n’irez pas aussi loin que nos premiers arpenteurs du temps. Ceux qui ont fait les calendriers assyro-babylonien, égyptien, juif ou chinois. A l’origine, c’était une affaire de rythme. Car la vie est faite de rythme. Lequel est en vous. C’est ainsi, vous en êtes convaincu sur les plages ou dans les dunes, que fonctionnent votre coeur et vos poumons. Le rythme est aussi en dehors de vous, rythme du jour et de la nuit, rythme des saisons.

Avant vous, le problème intéressait les astronomes, qui n’ont jamais cessé d’interroger le ciel. Dès le départ il nous fallait mesurer le temps et représenter l’espace. Calendrier et cosmologie allant de pair. Mais de fil en aiguille les astronomes se font doubler par les astrophysiciens, ceux-ci s’étant emparés de la métaphysique dans le mouvement. Un peu comme vous à la plage ou dans le désert.

Une lecture de Schlomo Sand

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 juillet 2010. dans Religions, Histoire

Une lecture de Schlomo Sand

L’expulsion du divin de l’histoire d’Israël, ou la convergence paradoxale du sionisme et de l’antisionisme

Le livre de Shlomo Sand « Comment le peuple juif fut inventé » est un ouvrage érudit et brillant. L’ennemi qu’il traque, sans relâche, d’un bout à l’autre de son essai, est le sionisme, qu’il assimile aux nationalismes racialistes qui se sont développés au XIXème siècle.

Une fine analyse lexicologique esquisse le glissement du mot « peuple » dans les différentes langues, dont l’hébreu, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. D’où il ressort qu’au début,   le terme –  des plus vagues – désigne n’importe quel  groupe  humain : «  du « peuple d’Israël », de l’époque où la  Bible fut écrite,  jusqu’au « peuple de Dieu » de l’Europe  médiévale, « peuple » s’applique sans beaucoup  de rigueur à des  groupes humains  « dont l’identité est loin d’être stable », voire  carrément   « insaisissable ».

La Bible ne serait qu'une métaphore

Ecrit par Jean Le Mosellan le 17 juillet 2010. dans Religions, Histoire

La Bible ne serait qu'une métaphore

L’Etat d’Israël est assez démocratique pour ne pas censurer des livres à succès qui portent gravement atteinte à son identité. Premier ouvrage de cette lame de fond, pas l’ampleur d’un tsunami mais de quoi contenter déjà beaucoup de surfeurs qui se satisfont par nature du  superficiel, La Bible dévoilée de Finkelstein et Silberman a aspiré dans ses remous Comment le Peuple juif fut inventé de Shlomo Sand, écrit en hébreu.

Bible dévoilée ? Pas du tout. Ce n’est pas ce qu’annonce a priori son titre original en anglais de New-York The Bible Unearthed. Littéralement La Bible déterrée. De déterrée on passe facilement à exhumée. Pour être exhumée il fallait au préalable être enterrée. Ensevelie donc. C’est une supposition nécessaire au dévoilement. Si on n’est pas pamphlétaire, on dirait révélation. Sans arrière-pensée d’enterrement.

 

Alors, il existe ou pas ?

le 16 juillet 2010. dans Psychologie, Histoire

Alors, il existe ou pas ?

A propos du livre de Schlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé

L’autre jour, j’ai reçu une dure nouvelle en ouvrant le journal: “Le peuple juif n’existe pas“. Ça m’a fait un coup, quand même, car je pensais faire partie de ce peuple, et là, on me disait que j’étais tout seul; qu’on était nombreux à être tout seuls en tant que juifs. Mais j’ai encaissé le coup et je me suis dit : pourquoi la nouvelle arrive-t-elle si tard? Serait-elle tombée sur les télescripteurs des nazis, sensibles comme ils étaient aux choses de la science (mais oui, c’est vrai!), ils auraient baissé les bras, leur traque devenait sans objet puisqu’ils visaient, eux, le total des Juifs, y compris des grabataires vivant très loin… Bref, cela aurait épargné 6 millions de vies.

La Carré du Champ d'Honneur

Ecrit par Jean Le Mosellan le 13 juillet 2010. dans Histoire

La Carré du Champ d'Honneur

Arrivés tard dans la nuit au camp, nous n’avons découvert que le lendemain le magnifique panorama qui se déroulait à nos pieds. Le soleil, à son lever, prenait en enfilade les rizières en terrasse s’étageant à perte de vue d’est en ouest, et gravissant l’autre versant, moins abrupt que celui sur lequel était installé le poste de supplétifs, censé contrôler la vallée.

Pour cette visite très spéciale au “front”, nous étions une dizaine, triés sur le volet parmi les élèves de l’Ecole d’Enfants de Troupe de Dalat, dont le commandant du poste était justement un ancien, déjà remarqué par la hiérarchie. Lui-même n’était qu’adjudant-chef pour diriger une centaine de supplétifs recrutés quasiment sur place.

Eclairé à la lampe à acétylène, le couloir, qui menait à ce qui allait être notre dortoir, restait plutôt dans la pénombre. Avant d’y arriver, mon attention était attirée par un objet blanchâtre ayant traversé selon toute vraisemblance la couverture jetée sur un tas de quatre ou cinq corps, dont les pieds chaussés de pataugas dépassaient.

Le problème du Mal dans l'Europe d'Après-Guerre (Traduction du texte de Tony Judt par LML)

Ecrit par Tony Judt, Léon-Marc Levy le 13 juillet 2010. dans Histoire

Le problème du Mal dans l'Europe d'Après-Guerre (Traduction du texte de Tony Judt par LML)

Loin de réfléchir au problème du mal, la plupart des Européens en détournèrent résolument leur pensée dans les années qui suivirent la fin de la seconde guerre mondiale. Cela nous paraît difficile à comprendre aujourd’hui, mais le fait est que, pendant de nombreuses années, la Shoah — le génocide des Juifs d’Europe — n’a en aucune façon été une question fondamentale dans la vie intellectuelle de l’après-guerre, pas plus en Europe qu’aux Etats-Unis. La majorité des gens, penseurs et autres, firent en effet de leur mieux pour l’ignorer.

Pourquoi ? En Europe de l’Est, il y eut quatre raisons à cela.

- Premièrement, c’est là que furent commis les pires crimes contre les Juifs pendant la guerre ; et, bien que ces crimes eussent été commandités par des Allemands, les collaborateurs de bonne volonté ne manquèrent pas dans les nations occupées : Polonais, Ukrainiens, Lettons, Croates et autres. Dans beaucoup de pays, le besoin se fit fortement sentir d’oublier ce qui était arrivé, de jeter un voile sur les pires horreurs.

The problem of Evil in Post war Europe

Ecrit par Tony Judt le 13 juillet 2010. dans Histoire

The problem of Evil in Post war Europe

Far from reflecting upon the problem of evil in the years that followed the end of World War II, most Europeans turned their heads resolutely away from it. Today we find this difficult to understand, but the fact is that the Shoah—the attempted genocide of the Jews of Europe—was for many years by no means the fundamental question of postwar intellectual life in Europe (or the United States). Indeed, most people—intellectuals and others—ignored it as much as they could. Why ?

In Eastern Europe there were four reasons. In the first place, the worst wartime crimes against the Jews were committed there; and although those crimes were sponsored by Germans, there was no shortage of willing collaborators among the local occupied nations: Poles, Ukrainians, Latvians, Croats, and others. There was a powerful incentive in many places to forget what had happened, to draw a veil over the worst horrors. Secondly, many non-Jewish East Europeans were themselves victims of atrocities (at the hands of Germans, Russians, and others) and when they remembered the war they did not typically think of the agony of their Jewish neighbors but of their own suffering and losses.

 

Espagne/Pays-Bas : la mère et sa fille rebelle

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 juillet 2010. dans Histoire, Sports

Espagne/Pays-Bas : la mère et sa fille rebelle

Dimanche, la finale de foot oppose les Pays-Bas à l’Espagne… banal ! Un pays contre un autre, direz-vous; pas si vite ! et si l’on allait voir, du côté de l’ Histoire !
16ème siècle : l’ Europe de Charles Quint ; la grande puissance, c’est l’Espagne , auréolée   de  ses Grandes Découvertes – sur «  son Empire, le soleil ne se couchait jamais… «  -  ; de l’Amérique centrale et Andine, aux confins du monde Ottoman ( la Bohême , l ‘Autriche), l’ empire d’ Espagne – on ne disait plus : les Espagnes, depuis les Rois catholiques -  avait dans son bouquet – lointain héritage Bourguignon -  la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg actuels, plus, quelques arpents français… C’est ainsi que Bruxelles, Anvers, brillaient des  mille feux de l’architecture, bavarde et baroque, toute hispanique , en sorte , qu’on admire  encore aujourd’hui , sur « la grand’ place «  de  la capitale belge…

Le Temps change

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 juillet 2010. dans Environnement, Culture, Notre monde, Histoire

Le Temps change

Hier, dans l’herbe haute – couleur vert-trempé -, j’ai trouvé un petit cèpe, frais, joufflu, mais un peu pâle. Ma petite chatte ne comprend plus ; elle sort en fronçant le nez : l’été serait-il déjà fini ? Ce matin, l’aube était cotonneuse, presque froide ; le brouillard, sauce chrysanthèmes, n’a cédé qu’autour de midi. Denise, ma voisine, s’interroge : ” c’est quand, qu’il va faire beau ? Dans le jardin, rien ne pousse! A part, l’herbe!”, rigole son Raymond de mari… (“a marié la Denise…” chantait Brel).

Soixante-dix-huit ans, aux châtaignes; intarissable, sur les choses du jardin, experte, à la façon de ceux qu’on voit, dans les émissions du petit écran, voilà Denise.

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