Histoire

"Le Judaïsme et l'Esprit du monde" de Shmuel Trigano

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 mars 2011. dans La une, Religions, Histoire

Dieu comme oxymore : la dualité de la Présence/Absence

Un concept revient sans cesse tout au long de ce colossal ouvrage : la notion, forgée par le rav Isaac ben Solomon Louria (XVIème siècle), de tsimtsum, cette « contraction », cette concentration de Dieu en Lui-même, qui est à l’origine du monde. Au départ, il n’y avait que Dieu, que l’Etre, et rien d’autre ; pour qu’un autre soit, il fallut d’abord que Dieu suscitât en son sein le rien ontologique, la place vide, dans  laquelle – à partir de laquelle – la creatio ex nihilo fût possible. Cette vacuité se nomme, en hébreu, makom, le lieu, l’espace où une créature, une chose distincte de Dieu peut apparaître. Makom est un des noms divins, vertigineuse intuition : Dieu « s’absente » de lui-même, afin de « créer » le néant, le non-être d’où surgiront les êtres. Les Pères grecs  déjà avaient pensé la ktisis, la création, comme une diastasis, un espacement, une distanciation ; mais ils n’avaient pas été jusqu’à introduire cette distanciation à l’intérieur même de Dieu. Trigano rappelle, à cet égard, une métaphore obstétricale : Dieu compense cette « perte » en Lui par un surcroît de vie, à l’image de la matrice, rehem, qui « se retire pour faire place à un embryon, un être de plus qui surgit dans le vide fait en la mère » dit Trigano.

Peut-on "dire" un génocide ? (4)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 25 mars 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Histoire

Peut-on

Pour se poser la question du voyeurisme supposément intrinsèquement constitutif de la photographie de guerre (47) (ainsi évidemment que du reportage filmé), il est nécessaire de se figurer un instant la dynamique regardant-regardé, avec au centre l’appareil photographique ou filmique, et de s’y arrêter (48). Il est nécessaire, en théorisant, de s’interroger sur la légitimité de cette dynamique (propre à ces situations extrêmes que seuls – quasiment – connaissent les reporters de guerre).
Ce qui me semble ici extrêmement problématique, c’est que le regard devenu vérité du regard par la preuve qu’il fabriquera (la photographie ou l’image animée) conforte autrui, même à son insu (la personne souffrante est d’emblée autrui, puisque l’appareil enregistreur fonde de facto cette distance : il trace une ligne infranchissable entre deux mondes, celui des vivants – qui reviendront intacts avec leurs images – et celui des presque-morts) dans le rôle que les circonstances lui font prendre, et en quelque sorte légitime ce rôle de souffrant, de mourant. Prendre une photo devient l’inverse d’une main tendue, laquelle a pour force première d’être cela même qui peut changer, même à un degré infinitésimal, la situation présente, la renverser.

"Après nous vivez" de Didier Bazy

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 mars 2011. dans La une, Histoire, Littérature


Tout petit livre serti, comme un bijou étrange, mais ô combien précieux. Il fallait ça. On n'écrit pas sur un tel sujet avec un support banal. Il faut en remercier l'éditeur qui a trouvé l'écrin qu'il fallait : papier épais, soigné, comme une édition d'art ; quelques pages dessinées, à la fois sobres et prenantes ; un ton grège / gris noirci  panaché de bronze. Vous entrez dans l'univers unique des Sonderkommandos, ceux qui, dans le camp d'Auschwitz-Birkenau, déshumanisés parmi tous les déshumanisés, doivent vider les chambres à gaz, puis les crématoires …

« Je n'ai plus d'âge. Et, déjà la tête dans les cendres » dit l'anonyme sous sa cagoule. «  Mine de rien, on ne sait jamais … il enterre ses bouts de papier griffonnés à la mine » ...

Tout petit livre aux couleurs de là - bas ; neige grise sur les barbelés - dessinés, ça et là dans le texte, à moins que ce ne soient aussi les silhouettes furtives de ceux qui vont partir, qui n'existent déjà plus, flocons salis, fumée, cendre à venir -

Peut-on "dire" un génocide ?

Ecrit par Matthieu Gosztola le 04 mars 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Histoire

Peut-on


« Reflets du Temps » commence ici la publication d’une étude et d’une réflexion saisissantes de Matthieu Gosztola sur le génocide de 1994 au Rwanda. Ce travail sera présenté en douze parties s’étalant sur douze semaines.


L’Afrique. Ses paysages qui n’ont pas leur « égal sur la Terre entière » (1), offrant luxuriance et beauté infinie modélisée par les cris des animaux, leurs mouvements furtifs ainsi que ceux de la flore commandés par le vent, ou la pluie, offrant également, à chacun d’entre nous, la possibilité de constater le bonheur, à chaque fois, et c’est souvent, que nos yeux cherchent à reprendre souffle (2).

"AUDIN, La Disparition"

Ecrit par La Rédaction le 07 février 2011. dans France, La une, Histoire

"Reflet du jour"


Télévision : Chaîne LCP-Public Sénat

Lundi 07/02 22h30, samedi 12/02 22h, dimanche 13/02 18h, lundi 14/02 17h, vendredi 18/02 16h45


Le 11 juin 1957, Maurice Audin, jeune mathématicien et militant anticolonialiste, est arrêté à Alger par des parachutistes français. Les officiers qui les encadrent assurent à sa femme, Josette Audin, qu’elle le reverra bientôt. Le lendemain, Henri Alleg, directeur du quotidien alors interdit « Alger républicain » est arrêté aussi. Hormis les soldats et les tortionnaires, il est le dernier à avoir vu Maurice Audin vivant. Le 1er juillet (soit 3 semaines plus tard !), Josette Audin est informée par les autorités militaires de « l’évasion » de son mari lors d’un transfert.

Un Souvenir à jamais vivace !

Ecrit par Jean Estager le 07 février 2011. dans France, La une, Histoire

Un Souvenir à jamais vivace !

Hommage aux victimes du métro Charonne le 8/02/1962

Le 8 Février 1962, au métro Charonne, neuf camarades ont été sauvagement massacrés par la police du sinistre Papon, alors Préfet de la République. Leurs seuls torts ?.. Avoir dans le plus grand calme et la dignité oser manifester contre les fascistes de l'OAS et pour la paix en Algérie.

Ce jour-là , avec des camarades et collègues postiers du Centre de tri postal de la gare Montparnasse, nous avons répondu à l'appel de nos instances syndicales régionales, afin de participer à la manifestation prévue Place de la Bastille et interdite par le gouvernement. J'ai vingt sept ans, et la guerre d'Algérie entre dans sa huitième année. Les négociations avec le FLN sont au point mort depuis six mois et l'OAS (Organisation de l'armée secrète) très fascisante, multiplie les actes de terrorisme tant en Algérie qu'en Métropole ; ainsi, la veille du 7 Février dans Paris, une grenade lancée contre le domicile d'André Malraux explose à côté d'une gamine de cinq ans qui restera atrocement défigurée et perdra un oeil. L'écrivain Vladimir Pozner auteur d'un ouvrage « Le lever de rideau » qui dénonçait la torture dont ont été victimes de nombreux algériens, est l'objet d'un attentat et blessé grièvement.

Antisémitisme : Conférence du Pr Franklin Rausky

Ecrit par Maurice Lévy le 06 décembre 2010. dans Racisme, xénophobie, La une, Histoire

Antisémitisme : Conférence du Pr Franklin Rausky


J’ai beaucoup apprécié la question posée ici de Daniel Sibony : « La shoah pourquoi ? » ainsi que les réflexions très opportunes qu’il énonce.

J’ai récemment assisté à une conférence du Pr. Franklin Rausky. Lui remonte bien avant la Shoah et en quelques 55 minutes, il a réussi à nous fournir, dans un langage fort simple, les éléments historiques permettant de remonter vers l’origine, voire une des causes, de l’antisémitisme.

Or cette intervention n’étant pas prévue au programme. A l’annonce de l’objectif que se fixait l’orateur, j’ai bondi sur carnet et stylo pour prendre note. Enfin quelqu’un, que je savais sérieux, s’attaquait à traquer l’origine de cette gangrène qu’est l’antisémitisme

Karen Blixen, échec à la dame

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 décembre 2010. dans La une, Histoire, Littérature

Karen Blixen, échec à la dame

 

«  J'avais une ferme en Afrique, au pied des collines du Ngong ». Et le charme unique de Meryl Streep, sa voix rauque, le sourire de Robert Redford, les images magiques du film de Sidney Pollack, l'envoûtement de la musique de John Barry,  défilent, d'un coup, dans ma mémoire ; Karen l'Africaine,  peut revenir !

Comme vous, peut-être, j'ai noué des liens forts, mais tardifs avec Karen Blixen - cet auteur majeur, écrivant en danois et en anglais - et le film aux 6 oscars de Sidney Pollack : « Out of Africa », n'y est pas pour rien !

C'est quand même rare, qu'un film, puisse - tout ensemble - vous donner un pays (deux voyages dans l'Afrique des hauts plateaux, odeurs, couleurs, langues, bruits de bêtes, font désormais partie de moi), une musique, un auteur de première importance qui m'était inconnu, et surtout une femme et sa drôle d'histoire.

Paradis judéo-chrétien et utopie socialiste

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 novembre 2010. dans La une, Religions, Histoire

Paradis judéo-chrétien et utopie socialiste

La révélation juive puis chrétienne révolutionna  la notion de temps : à un temps circulaire, cyclique, elle substitua un temps linéaire, un temps pourvu d’un commencement absolu, d’un déroulement non pas infini mais indéfini, et d’une fin : la fin des temps. La création ex nihilo, à partir de rien, est aussi une création du temps. A un disciple qui lui demande ce que faisait Dieu avant la création du monde, saint Augustin répond (Confessions, XIII,15) : « il ne pouvait y avoir d’avant, là où il n’y avait point de temps ».

La ronde rassurante des âges d’or sans cesse  ré-inaugurés par les saturnales, les ludi saeculares et les cérémonies festives accompagnant l’investiture de chaque nouvel empereur – renovatio temporum, gages elles-mêmes de la renovatio imperii garantissant la Roma aeterna – cède la place à l’horreur d’un terme ultime, définitif, irrémédiable, porteur, en même temps, de l’espoir que les délices qui suivront, seront, à la différence des paradis périodiques mais éphémères de jadis, permanents et durables.

Le Manifeste ou quand la bouche crache sur sa propre langue

Ecrit par Kamel Daoud le 17 novembre 2010. dans Monde, La une, Société, Histoire

Le Manifeste ou quand la bouche crache sur sa propre langue

Un peuple qui n'a pas le droit à sa propre langue, qui ne peut pas la parler, qui est poussé à la traiter comme un cri de singe et à la dévaloriser comme un bégaiement, est un peuple malade, pas un peuple muet.

Car un peuple qui ne parle pas sa propre langue quand il s'adresse à lui-même, ne pourra pas saisir les objets, faire plier le réel à son désir, nommer, donner une géographie à son histoire, et l'inverse. Et lorsqu'un peuple ne peut pas nommer les choses, il ne peut pas les réinventer, transformer les cycles des saisons en roues, la pesanteur en vapeur. C'est-à-dire quand un être vit chez lui comme un muet, le monde lui est sourd. Car quand un peuple traite sa langue comme un dialecte, il se traite lui-même comme un second personnage dans une histoire qu'il cède à quelqu'un de plus fort. On abdique par la langue et c'est dans la langue que l'identité se réfugie quand elle n'a plus de terre.

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