Histoire

Peut-on "dire" un génocide ? (7)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 15 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Politique, Histoire

Peut-on

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Alors je dois dire la violence, laquelle ne « consiste pas tant à blesser et à anéantir » (80) (rendant ainsi notamment noir fragmentaire « la belle lumière de la santé » (81)) « qu’à interrompre la continuité » (82) des êtres, laquelle consiste à accomplir ou faire accomplir des actes qui sont à même de « détruire toute possibilité d’acte » (83) : la finalité de la violence est l’absence de violence, de toute possibilité de violence (c’est-à-dire, intrinsèquement, de rébellion) pour le sujet victime.
En effet, la torture « n’est pas réductible au catalogue des violences et agressions physiques et psychologiques. Celles-ci ne sont que les moyens et les instruments d’un système lucide et bien articulé qui tend à détruire les croyances de la victime, à la dépouiller, en tant que sujet, de la relation à soi-même, à ses idéaux, à sa mémoire » (84). Tout rescapé est un Ulysse, « sans autre Ithaque qu’intérieure » (85), mais une Ithaque qui soit à ce point intérieure qu’il ne la retrouvera sans doute jamais. Et quand il revient, on ne l’attend pas, on ne le reconnaît pas. Quand il revient, c’est « avec les vêtements d’un autre, le nom d’un autre » (86). Alors, quand il revient, il ne peut que chuchoter, en pleurs : « Si tu me regardes, incrédule et dis : Tu n’es pas lui, je te montrerai des signes et tu me croiras » (87).

Peut-on "dire" un génocide ? (6)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 08 avril 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, France, Histoire

Peut-on

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Mais dans quelle mesure la parole du rescapé, qui est entrelacée à l’écoute de l’auditeur, laquelle est davantage parole que la parole du rescapé, car cette écoute est parole intimant à la parole d’être parole, dans quelle mesure cette parole du rescapé (parce qu’elle n’est jamais – pour nous qui ne l’avons pas recueillie – qu’une seule trace) peut-elle être rapprochée de l’image ? Dans quelle mesure est-elle signe ?
Tout d’abord, me semble-t-il, il est utile de rappeler (tant ce qui est manifeste est souvent ce qui chemine invisiblement) que le « raconter » du témoignage suppose évidemment une prise d’écoute, laquelle est tout à la fois une captation de la parole et l’élan de cette dernière. L’écoute n’est en effet pas passive, comme nous l’avons déjà souligné, puisqu’elle fait advenir la parole et qu’elle la fait également advenir au présent dans le futur indéfini, c’est une écoute qui est ainsi génératrice du présent de la parole, à l’infini – un infini évidemment indéterminé.

Peut-on "dire" un génocide ? (5)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 01 avril 2011. dans Monde, La une, Média/Web, Histoire

Peut-on

Suite de l'étude (lire la partie 4)


Mais ce dispositif de regard est nécessaire, me direz-vous, nécessaire car c’est le seul possible. C’est le seul qui soit à même de susciter des images, et les images sont indispensables pour montrer l’horreur, et possiblement faire réagir (que les images ne fassent pas réagir dans telle ou telle situation ne signifie évidemment pas que c’est et ce sera toujours le cas).
Mais à quoi bon montrer la violence, à quoi bon montrer l’horreur ? Nous détournons les yeux à chaque instant. Rien ne nous « intéresse à l’origine en chaque chose que son rapport avec nous quant au plaisir et à la douleur » (52), et nous sommes uniquement soucieux de bonheur (53), de ce bonheur qui « hante la civilisation moderne » avec une « force idéologique » (54) telle que nous ne saurions la mesurer. Et quand nous sommes intéressés par la douleur, c’est uniquement parce qu’elle renvoie à la nôtre (55). « L’homme ne veut pas regarder la douleur de l’autre, à moins que cela soit la sienne. Il ne veut plus rien voir. Il ne voit plus le monde » (56).

"Le Judaïsme et l'Esprit du monde" de Shmuel Trigano

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 mars 2011. dans La une, Religions, Histoire

Dieu comme oxymore : la dualité de la Présence/Absence

Un concept revient sans cesse tout au long de ce colossal ouvrage : la notion, forgée par le rav Isaac ben Solomon Louria (XVIème siècle), de tsimtsum, cette « contraction », cette concentration de Dieu en Lui-même, qui est à l’origine du monde. Au départ, il n’y avait que Dieu, que l’Etre, et rien d’autre ; pour qu’un autre soit, il fallut d’abord que Dieu suscitât en son sein le rien ontologique, la place vide, dans  laquelle – à partir de laquelle – la creatio ex nihilo fût possible. Cette vacuité se nomme, en hébreu, makom, le lieu, l’espace où une créature, une chose distincte de Dieu peut apparaître. Makom est un des noms divins, vertigineuse intuition : Dieu « s’absente » de lui-même, afin de « créer » le néant, le non-être d’où surgiront les êtres. Les Pères grecs  déjà avaient pensé la ktisis, la création, comme une diastasis, un espacement, une distanciation ; mais ils n’avaient pas été jusqu’à introduire cette distanciation à l’intérieur même de Dieu. Trigano rappelle, à cet égard, une métaphore obstétricale : Dieu compense cette « perte » en Lui par un surcroît de vie, à l’image de la matrice, rehem, qui « se retire pour faire place à un embryon, un être de plus qui surgit dans le vide fait en la mère » dit Trigano.

Peut-on "dire" un génocide ? (4)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 25 mars 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Histoire

Peut-on

Pour se poser la question du voyeurisme supposément intrinsèquement constitutif de la photographie de guerre (47) (ainsi évidemment que du reportage filmé), il est nécessaire de se figurer un instant la dynamique regardant-regardé, avec au centre l’appareil photographique ou filmique, et de s’y arrêter (48). Il est nécessaire, en théorisant, de s’interroger sur la légitimité de cette dynamique (propre à ces situations extrêmes que seuls – quasiment – connaissent les reporters de guerre).
Ce qui me semble ici extrêmement problématique, c’est que le regard devenu vérité du regard par la preuve qu’il fabriquera (la photographie ou l’image animée) conforte autrui, même à son insu (la personne souffrante est d’emblée autrui, puisque l’appareil enregistreur fonde de facto cette distance : il trace une ligne infranchissable entre deux mondes, celui des vivants – qui reviendront intacts avec leurs images – et celui des presque-morts) dans le rôle que les circonstances lui font prendre, et en quelque sorte légitime ce rôle de souffrant, de mourant. Prendre une photo devient l’inverse d’une main tendue, laquelle a pour force première d’être cela même qui peut changer, même à un degré infinitésimal, la situation présente, la renverser.

"Après nous vivez" de Didier Bazy

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 mars 2011. dans La une, Histoire, Littérature


Tout petit livre serti, comme un bijou étrange, mais ô combien précieux. Il fallait ça. On n'écrit pas sur un tel sujet avec un support banal. Il faut en remercier l'éditeur qui a trouvé l'écrin qu'il fallait : papier épais, soigné, comme une édition d'art ; quelques pages dessinées, à la fois sobres et prenantes ; un ton grège / gris noirci  panaché de bronze. Vous entrez dans l'univers unique des Sonderkommandos, ceux qui, dans le camp d'Auschwitz-Birkenau, déshumanisés parmi tous les déshumanisés, doivent vider les chambres à gaz, puis les crématoires …

« Je n'ai plus d'âge. Et, déjà la tête dans les cendres » dit l'anonyme sous sa cagoule. «  Mine de rien, on ne sait jamais … il enterre ses bouts de papier griffonnés à la mine » ...

Tout petit livre aux couleurs de là - bas ; neige grise sur les barbelés - dessinés, ça et là dans le texte, à moins que ce ne soient aussi les silhouettes furtives de ceux qui vont partir, qui n'existent déjà plus, flocons salis, fumée, cendre à venir -

Peut-on "dire" un génocide ?

Ecrit par Matthieu Gosztola le 04 mars 2011. dans Racisme, xénophobie, Monde, La une, Histoire

Peut-on


« Reflets du Temps » commence ici la publication d’une étude et d’une réflexion saisissantes de Matthieu Gosztola sur le génocide de 1994 au Rwanda. Ce travail sera présenté en douze parties s’étalant sur douze semaines.


L’Afrique. Ses paysages qui n’ont pas leur « égal sur la Terre entière » (1), offrant luxuriance et beauté infinie modélisée par les cris des animaux, leurs mouvements furtifs ainsi que ceux de la flore commandés par le vent, ou la pluie, offrant également, à chacun d’entre nous, la possibilité de constater le bonheur, à chaque fois, et c’est souvent, que nos yeux cherchent à reprendre souffle (2).

"AUDIN, La Disparition"

Ecrit par La Rédaction le 07 février 2011. dans France, La une, Histoire

"Reflet du jour"


Télévision : Chaîne LCP-Public Sénat

Lundi 07/02 22h30, samedi 12/02 22h, dimanche 13/02 18h, lundi 14/02 17h, vendredi 18/02 16h45


Le 11 juin 1957, Maurice Audin, jeune mathématicien et militant anticolonialiste, est arrêté à Alger par des parachutistes français. Les officiers qui les encadrent assurent à sa femme, Josette Audin, qu’elle le reverra bientôt. Le lendemain, Henri Alleg, directeur du quotidien alors interdit « Alger républicain » est arrêté aussi. Hormis les soldats et les tortionnaires, il est le dernier à avoir vu Maurice Audin vivant. Le 1er juillet (soit 3 semaines plus tard !), Josette Audin est informée par les autorités militaires de « l’évasion » de son mari lors d’un transfert.

Un Souvenir à jamais vivace !

Ecrit par Jean Estager le 07 février 2011. dans France, La une, Histoire

Un Souvenir à jamais vivace !

Hommage aux victimes du métro Charonne le 8/02/1962

Le 8 Février 1962, au métro Charonne, neuf camarades ont été sauvagement massacrés par la police du sinistre Papon, alors Préfet de la République. Leurs seuls torts ?.. Avoir dans le plus grand calme et la dignité oser manifester contre les fascistes de l'OAS et pour la paix en Algérie.

Ce jour-là , avec des camarades et collègues postiers du Centre de tri postal de la gare Montparnasse, nous avons répondu à l'appel de nos instances syndicales régionales, afin de participer à la manifestation prévue Place de la Bastille et interdite par le gouvernement. J'ai vingt sept ans, et la guerre d'Algérie entre dans sa huitième année. Les négociations avec le FLN sont au point mort depuis six mois et l'OAS (Organisation de l'armée secrète) très fascisante, multiplie les actes de terrorisme tant en Algérie qu'en Métropole ; ainsi, la veille du 7 Février dans Paris, une grenade lancée contre le domicile d'André Malraux explose à côté d'une gamine de cinq ans qui restera atrocement défigurée et perdra un oeil. L'écrivain Vladimir Pozner auteur d'un ouvrage « Le lever de rideau » qui dénonçait la torture dont ont été victimes de nombreux algériens, est l'objet d'un attentat et blessé grièvement.

Antisémitisme : Conférence du Pr Franklin Rausky

Ecrit par Maurice Lévy le 06 décembre 2010. dans Racisme, xénophobie, La une, Histoire

Antisémitisme : Conférence du Pr Franklin Rausky


J’ai beaucoup apprécié la question posée ici de Daniel Sibony : « La shoah pourquoi ? » ainsi que les réflexions très opportunes qu’il énonce.

J’ai récemment assisté à une conférence du Pr. Franklin Rausky. Lui remonte bien avant la Shoah et en quelques 55 minutes, il a réussi à nous fournir, dans un langage fort simple, les éléments historiques permettant de remonter vers l’origine, voire une des causes, de l’antisémitisme.

Or cette intervention n’étant pas prévue au programme. A l’annonce de l’objectif que se fixait l’orateur, j’ai bondi sur carnet et stylo pour prendre note. Enfin quelqu’un, que je savais sérieux, s’attaquait à traquer l’origine de cette gangrène qu’est l’antisémitisme

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