Histoire

Karen Blixen, échec à la dame

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 décembre 2010. dans La une, Histoire, Littérature

Karen Blixen, échec à la dame

 

«  J'avais une ferme en Afrique, au pied des collines du Ngong ». Et le charme unique de Meryl Streep, sa voix rauque, le sourire de Robert Redford, les images magiques du film de Sidney Pollack, l'envoûtement de la musique de John Barry,  défilent, d'un coup, dans ma mémoire ; Karen l'Africaine,  peut revenir !

Comme vous, peut-être, j'ai noué des liens forts, mais tardifs avec Karen Blixen - cet auteur majeur, écrivant en danois et en anglais - et le film aux 6 oscars de Sidney Pollack : « Out of Africa », n'y est pas pour rien !

C'est quand même rare, qu'un film, puisse - tout ensemble - vous donner un pays (deux voyages dans l'Afrique des hauts plateaux, odeurs, couleurs, langues, bruits de bêtes, font désormais partie de moi), une musique, un auteur de première importance qui m'était inconnu, et surtout une femme et sa drôle d'histoire.

Paradis judéo-chrétien et utopie socialiste

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 novembre 2010. dans La une, Religions, Histoire

Paradis judéo-chrétien et utopie socialiste

La révélation juive puis chrétienne révolutionna  la notion de temps : à un temps circulaire, cyclique, elle substitua un temps linéaire, un temps pourvu d’un commencement absolu, d’un déroulement non pas infini mais indéfini, et d’une fin : la fin des temps. La création ex nihilo, à partir de rien, est aussi une création du temps. A un disciple qui lui demande ce que faisait Dieu avant la création du monde, saint Augustin répond (Confessions, XIII,15) : « il ne pouvait y avoir d’avant, là où il n’y avait point de temps ».

La ronde rassurante des âges d’or sans cesse  ré-inaugurés par les saturnales, les ludi saeculares et les cérémonies festives accompagnant l’investiture de chaque nouvel empereur – renovatio temporum, gages elles-mêmes de la renovatio imperii garantissant la Roma aeterna – cède la place à l’horreur d’un terme ultime, définitif, irrémédiable, porteur, en même temps, de l’espoir que les délices qui suivront, seront, à la différence des paradis périodiques mais éphémères de jadis, permanents et durables.

Le Manifeste ou quand la bouche crache sur sa propre langue

Ecrit par Kamel Daoud le 17 novembre 2010. dans Monde, La une, Société, Histoire

Le Manifeste ou quand la bouche crache sur sa propre langue

Un peuple qui n'a pas le droit à sa propre langue, qui ne peut pas la parler, qui est poussé à la traiter comme un cri de singe et à la dévaloriser comme un bégaiement, est un peuple malade, pas un peuple muet.

Car un peuple qui ne parle pas sa propre langue quand il s'adresse à lui-même, ne pourra pas saisir les objets, faire plier le réel à son désir, nommer, donner une géographie à son histoire, et l'inverse. Et lorsqu'un peuple ne peut pas nommer les choses, il ne peut pas les réinventer, transformer les cycles des saisons en roues, la pesanteur en vapeur. C'est-à-dire quand un être vit chez lui comme un muet, le monde lui est sourd. Car quand un peuple traite sa langue comme un dialecte, il se traite lui-même comme un second personnage dans une histoire qu'il cède à quelqu'un de plus fort. On abdique par la langue et c'est dans la langue que l'identité se réfugie quand elle n'a plus de terre.

A propos de la guerre de Fronts

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 novembre 2010. dans La une, Histoire

A propos de la guerre de Fronts

"Reflet du jour". Jean-François VINCENT

Anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918

De 1914 au 11 septembre 2001 : apparition et disparition de la guerre de fronts

 

Une des nouveautés, souvent passée inaperçue de la guerre 14-18, fut l’apparition de la guerre de fronts continus. Fin 1914, deux immenses fronts de plusieurs centaines de kilomètres, s’étendent, à l’ouest de la mer du Nord à la Suisse, et à l’est de la Baltique aux Carpates. Chose inouïe jusqu’alors ! Les armées dans les guerres du XIXème  siècle et des siècles précédents se courent après, se cherchent, parfois se ratent dans une extraordinaire partie de cache-cache. Un exemple emblématique de ce manège est fourni par la bataille d’Austerlitz ; les austro-russes et les français se guettent sans savoir au juste où se trouve l’adversaire ni quelle est l’importance  des forces en présence.

Auschwitz. Reste la question essentielle : Pourquoi ?

Ecrit par Daniel Sibony le 05 novembre 2010. dans Racisme, xénophobie, La une, Histoire

Auschwitz. Reste la question essentielle : Pourquoi ?

(NDLR : Ce texte a été écrit à l’occasion des cérémonies du 60ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz)


Beaucoup se sont étonnés de l'ampleur prise par les commémorations d'Auschwitz. Certes, c'était le 60ème anniversaire, la solennité de la décennie ; ce ne sera pas pareil au 63ème, par exemple. Et puis, un homme qui serait né à cette libération prendrait aujourd'hui sa retraite et aurait de quoi réfléchir. Sur quoi ? Sur ce qu'on peut faire à des humains ? Mais ce qui m'étonne souvent dans toutes ces évocations, c'est l'étonnement : "Comment a-t-on pu faire ça à des humains ? Oui, par exemple, arracher les bébés à leur mère, les jeter en tas et faire passer la pelleteuse ...

Enseigner Auschwitz

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 octobre 2010. dans Racisme, xénophobie, La une, Education, Histoire

Enseigner Auschwitz

On en voit parfois, qui pensent qu’ "immerger" un jeune élève, d’un coup, dans un lieu où "passe" - dit-on - "l’Histoire", suffit pour, - miracle à trois sous - verser en lui le sens, et ce qui va avec… l’équiper pour la vie…"Ça imprègne !", disait, avec suffisance, une de mes collègues, insuffisante, il est vrai… alors, haro sur Versailles, le premier château de la Loire venu, et tant qu’à faire, Auschwitz…

Les avez-vous vues, ces hordes harassées, le coca à la main, errer dans les camps de Pologne, d’un baraquement à l’autre ; ciller quand même un peu devant la montagne de cheveux : " mais ! C’est quoi, ça ?" ; passer, assez vite, devant les ruines des crématoires… Peut-on en vouloir à ces gamins qui "font ça" en une journée : - Roissy - Cracovie - bus jusqu’ à Auschwitz… -, sans réel projet, privés d’étayage… ; contre-production assurée ! Mais, il y a aussi des classes, plus âgées, surtout mieux préparées : - amont, aval, projet - ; objectifs cernés, postures actives, qui en font - c’est sûr - un remarquable usage, et s’en reviennent, marquées, équipées pour longtemps…

"Vieux Papiers" : Louise Michel et "le Voleur"

Ecrit par Eric Thuillier le 08 octobre 2010. dans La une, Média/Web, Histoire

Au temps des décharges sauvages en bord de route, dont le contenu s’offrait au regard de cyclistes dans mon genre qui ne martyrisent pas trop les pédales, j’ai fait parfois des haltes pour ramasser quelques vieux pots, quelques vieux livres. Ma plus belle trouvaille, cela ne s’invente pas c’est pourquoi j’en fais part dans la série «Vieux papiers», a été celle d’une poignée de journaux publiés dans les années 1880 dont le numéro visible faisait sa une de la nomination du préfet Poubelle dans le département de la Seine.

Ce journal,  «LE VOLEUR», à 130 ans de distance, a quelques parentés avec le nôtre, il déclare en incipit : je compile. Dans son numéro du 29 juin 1883, il rend compte du procès de Louise Michel. Il marque assez nettement, mais sans effet de manche, son opinion négative face aux idées révolutionnaires mais prend la peine de citer très largement des propos qu’il condamne. C’est une leçon pour les journalistes de notre époque qui semblent essentiellement occupés à écouter aux portes, à décocher courageusement des coups de pieds aux gens qui sont à terre, à s’esbaudir (comme dans le Monde la semaine dernière à propos du procès Chirac) de leur merveilleuse audace, bien plus qu’à jouer un rôle de transmetteurs, de médiateurs, de révélateurs.

"Reflets d'un temps révolu". Le Vel d'Hiv : histoires et histoire

Ecrit par Jacques Petit, La Rédaction le 08 octobre 2010. dans Racisme, xénophobie, La une, Histoire, Sports

Le vélodrome d’hiver de Paris a été érigé en 1909 et détruit en 1959.

UN demi-siècle d’existence seulement, et pourtant en ce demi-siècle, les petites histoires et la Grande HISTOIRE du Vel d’Hiv, ont été fort riches.

D’abord, revenons un tout petit peu en arrière : le vélodrome d’Hiver était appelé à avoir une histoire dense dès ses débuts. Au début du XXème siècle, le cyclisme, sous toutes ses formes, devenait un spectacle de masse prisé par les populations citadines.

Dès 1902, Henri Desgranges, un an avant le 1er Tour de France en 1903, dont le départ fut donné à Montgeron devant le café Le Réveil Matin, demande à l’architecte Lambert d’aménager la Galerie des Machines (vestige de l’Exposition Universelle de 1889, situé dans le quartier de Grenelle) pour y créer une piste cycliste inaugurée le 20 Décembre 1903. Le vélodrome connaît rapidement un vif succès.

La ville, les Clampes, la rumeur...

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 octobre 2010. dans La une, Humour, Société, Histoire

La ville, les Clampes, la rumeur...

A la fin du marché si coloré de T. on les voit, s'attardant, affairées, se rapprochant à la façon de certaines grues, à l'arrivée des "petits jours" ; non, elles ne négocient pas quelque fin de cageot (" vous en ferez  bien une compote, de ces pommes ! Et, tiens ! Je vous mets aussi un coing !")…

Elles démarrent, (finissent, en reprennent une cuillère pour la route ?) un ragot. Ici, dans ce Limousin, vert, bleu, gris, - selon le ciel - on dit joliment : "une clampade"…

C'est un mot presque poétique, consacré uniquement aux agissements féminins ; le ragot s'accorde - et, de tous temps - à la lavandière (une langue de laveuse), à la marchande, à la concierge ; tiens, on pourrait se demander si les Juifs, les Rroms ne seraient pas, de bons suspects ? On pourrait peut-être ajouter ça à leur besace déjà chargée, au motif, que "ça" vend et bouge !

La Place du Temps

Ecrit par Jean Le Mosellan le 27 août 2010. dans La une, Société, Histoire

La Place du Temps

Tous les ans, à la même date, la Braderie du Temps se tient avec exactitude sans faux bond Place du Temps, dont l’endroit est connu de tout amateur de brocante de la région messine et bien au-delà. Le nom de la Place vient de la présence d’un immense cadran solaire portant mention « Passant, prends le temps, sinon il te prend ». Ce nom n’existe en fait que dans l’esprit des passants, et de certains commerçants de la petite Rue de la Chèvre, qui donne dans la Place et en repart. On voit en effet dans cette rue des Galeries du Temps ou la Boutique de l’Air du Temps, en attendant sans doute un Salon du Temps, une Buvette du Temps, ou la Palette du Temps, salle d’exposition de peintures.

Quand vous sortez de la Boutique de l’Air du Temps rue de la Chèvre, vous trouvez à quelques pas sur votre droite l’Eglise Notre-Dame qui occupe tout le côté gauche, et dont le parvis pourrait en fait délimiter la Place. Votre cadran donne l’heure quand il fait beau, juste devant sur un grand mur exposé plein sud, mais l’heure vous intéresse moins que l’inscription. Je la lis chaque fois que j’y passe, comme un rappel à l’ordre.

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