Histoire

Les chemins des Petauton… quelques pistes (2)

Ecrit par Patrick Petauton le 04 mars 2017. dans Souvenirs, La une, Histoire

Les chemins des Petauton… quelques pistes (2)

Origines géographiques et mouvements

On peut distinguer deux zones : ancienne et récente

Ancienne

Bien qu’ils furent assez disséminés dans l’Allier et le Puy-de-Dôme (on en retrouve des traces jusqu’aux confins de la Montagne Bourbonnaise et jusqu’à Riom pour le Puy-de-Dôme), une zone où les Petauton furent plus nombreux apparaît cependant. Elle concerne un territoire de l’Allier et du Puy-de-Dôme allant en ligne droite et sur une distance de 40 km de Saint- Agoulin (63) à Hyds (03), la largeur n’excède pas 10 km.

Les principaux villages où on retrouve trace de la famille sont :

St Agoulin (63) : Quintien Petauton décédé avant 1750.

St Hilaire la croix(63).

Moureuille (63) : Magdelet Petauton témoin d’un mariage en 1757.

Hyds (03) : y fut présent le plus lointain ancêtre connu Gilbert Petauton décédé en 1666.

La chronologie d’occupation de cette zone probablement assez ancienne n’a pas pu être établie.

Récente (Montluçon)

Elle est la conséquence d’un mouvement migratoire partant de Hyds vers la fin du 18ème siècle et qui se termine sur le bassin montluçonnais.

Les lieux concernés sont par ordre chronologique :

Hyds : François Petauton, laboureur, né à Hyds en 1690, et meurt à Arpheuilles en 1748.

Arpheuilles : simple étape. François Petauton y travaille (Château de la Mothe).

Villebret : François frère d’Antoine et fils de François d’Arpheuilles s’y installera à la fin du XVIIIe siècle.

Saint-Genest : lieu important. Antoine (1738-1782) y aura dix enfants. Jean Petauton partira à Lignerolles et fondera une famille, alors que François prendra la direction de Montluçon (certains de ses descendants occuperont les villages de Saint-Victor et Vernay) et les autres fils resteront sur Saint-Genest.

Lignerolles : premier Petauton dans le village, Jean, fils d’Antoine de Saint-Genest y meurt à 32 ans en 1792, plusieurs générations succéderont et Mireille Schurch Petauton y habite toujours. De Lignerolles, partiront à la fin du 19ème siècle Antoine et son cousin André attirés par l’influence de la ville de Montluçon en plein essor industriel.

Montluçon : on peut considérer que tous les Petauton ayant vécu dans cette ville sont des descendants d’Antoine, de Saint-Genest, arrivés directement ou plus tardivement en ayant transité par Lignerolles.

Migration vers la Bretagne

Le bassin montluçonnais ne sera pas la fin du voyage, Antoine Léon (1831-1892), arrière-petit-fils d’Antoine de Saint-Genest (1738-1782) deviendra commerçant et partira vers Saint-Brieuc, où il épousera Louise Eleonore Maheut, d’origine bretonne, en 1861. Autrefois présents sur deux départements (Cotes d’Armor, Morbihan), les Petauton ne sont plus retrouvés aujourd’hui en Bretagne.

Certains partirent pour Paris.

Macron et la colonisation

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 25 février 2017. dans La une, Actualité, Histoire

Macron et la colonisation

Dans le contexte global de la campagne des élections présidentielles d’avril-mai 2017, les propos tenus par Emmanuel Macron lors d’une visite de président de la République française potentiel possible ont suscité – à tort ou à raison – un tollé dans certains milieux précis ; ainsi, les rapatriés d’Algérie, les harkis, le Front National, et au niveau de la droite classique, même si les attaques de celle-ci (justifiées ou non) n’ont pas eu la portée qu’elles auraient eues si la campagne électorale de son candidat François Fillon était audible, en raison du Pénélopegate et du Fillongate. Je ne reviendrai pas ici sur le contenu précis des déclarations d’Emmanuel Macron. Ce que je vais tenter de faire, comme professeur d’Histoire, ayant enseigné essentiellement la période contemporaine au sens large – et surtout celle du XXe siècle – c’est de démêler, par rapport à des mémoires brûlantes, concernant la Colonisation en général et la Guerre d’Algérie en particulier, ce qu’il y avait, dans ce qu’a dit Emmanuel Macron, ce que l’on pouvait trouver de juste historiquement, mais également en quoi il força le trait au niveau des termes qu’il employa pour qualifier la question coloniale. Je ne prendrai bien évidemment que l’exemple de l’Algérie.

Je vais donc commencer par montrer l’importance – dans leurs aspects justes historiquement – des déclarations d’Emmanuel Macron. En mettant en cause les responsabilités historiques de la France par rapport à la Colonisation, et avant tout la Guerre d’Algérie, il a permis (du moins espérons-le) de contribuer à mettre notre pays face à une période assez sombre de son passé. Il est incontestable qu’il y eut de nombreux crimes commis notamment par l’armée française sans oublier d’autres formes d’abus extrêmement graves. D’abord, dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, en ce qui concerne l’Algérie, alors que de très nombreux « français musulmans » demandaient des réformes profondes (après avoir combattu pour défendre « la mère patrie »), ce furent les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata (dans le Constantinois), en 1945, perpétrés par l’armée et les forces de l’ordre françaises. Les indépendantistes algériens avaient organisé, pour le 8 mai 1945 (fin de la guerre), afin de fêter la victoire des Alliés sur les puissances de l’Axe, un défilé, pendant lequel des revendications très fortes furent lancées. La situation dégénéra jusqu’au 28 mai et, même s’il y eut des morts parmi la partie de la population de type européenne (environ une centaine), on compta – selon certains historiens – entre 3.000 et 8.000 victimes au sein des algériens ; d’autres chercheurs évoquent des chiffres beaucoup plus importants, situés entre 20.000 et 30.000. Il y eut aussi d’autres massacres, notamment dans le Constantinois, du 20 au 26 août 1955 : à la suite d’attaques de 300 combattants de l’ALN (Armée de Libération Nationale) sur des postes de police et de gendarmerie (d’ailleurs assez infructueuses) les autorités françaises répliquèrent d’une manière disproportionnée, en bombardant, par l’intermédiaire de l’aviation, des populations algériennes entièrement innocentes, faisant ainsi entre 3.000 et 8.000 morts.

Généalogie, quand tu nous tiens…

Ecrit par Patrick Petauton le 25 février 2017. dans Souvenirs, La une, Histoire

Généalogie, quand tu nous tiens…

Un sport, bien autant qu’une passion. Bien française, dit-on. Passés les 60, on généalogise – parallèlement souvent à quelque rituel de rando – presque automatiquement comme en se retournant sur le chemin, tendant le cou pour en voir le début : déjà, tout ça !

Je me souviens que chaque fois que j’ai fréquenté les Archives – mémoire de maîtrise universitaire, quelques menus recherches en vue d’architecturer de petits livres sur la Corrèze – bruissait, telle ruche en pleine activité, le petit peuple génélogisant en salle de travail, ouvrant avec un respect sacré le grimoire poussiéreux derrière lequel se cachaient quelques-uns des siens. Que seraient les Archives sans ces amateurs passionnés, me confiait récemment l’issu de l’école des Chartes de mon coin. Quoique, là comme ailleurs, la dure concurrence du net se fasse sentir. Sites dévolus à la généalogie foisonnent sur la toile ; certains de haut niveau – on y perd vite son enthousiasme – d’autres, plus pédagogiques, vous guident comme recette de cuisine – d’abord, ensuite, enfin – images et schéma à l’appui. Et puis – pièges d’Internet – là-aussi, il y a les fausses pistes, les arnaques, les rêves… Il en sera question, vous verrez.

Comme un peu tout le monde, mais à la mesure de compétences informatiques, qui ne sont pas celles du chacun de base, ce Patrick, que je connais un peu, enfourcha lui aussi les chemins de qui est derrière qui, aboutissant à des paysans-vignerons aux très petits biens, sautant d’une rive à l’autre du Cher, avant que d’aller épauler en Montluçon l’ouvrière, les débuts de la grande industrie, et même – fleuron ! – de marcher aux côtés de Jean Dormoy aux temps du premier socialisme. Dans cette randonnée, de saison en saison – de pépite, disait-il, en chou blanc – la poursuite, non du diamant vert, mais du nom de Petauton, le tint sur le métier un grand pan d’heures. C’est de cela qu’il vous entretient ici, en deux ou trois tours de Reflets du Temps.

Martine L Petauton /RDT

 

Petauton, quel drôle de nom ! (1)

Patrick Petauton

 

« Le nom du père » a dit un Lacan…

Rare, presque inconnu, d’origine incertaine, quasi louche, ce nom posait problèmes, à moi, d’abord, à mes camarades d’école ravis d’une telle aubaine de récré méchantisante.

Ingrate ou simplement négligente, ma marraine la fée avait oublié de se pencher sur mon berceau pour me renommer ; j’aurais pourtant donné n’importe quoi pour être débarrassé de ce fardeau ; mon fidèle canif, mon lance-boulettes préféré et même beaucoup de ces savoureux caramels qui faisaient mon bonheur, mais hélas je dus faire avec.

J’eus droit à toutes les déclinaisons possibles ignorées de la grammaire latine : Peton, Petanton, Pito, Petiteton,sans parler du terrifiant et incontournable Peticon qui revenait bien trop souvent, et l’instituteur lui-même ne voulant pas demeurer en reste en rajoutait parfois, et de meilleures. J’étais l’unique gamin de l’école et même du quartier à porter ce nom maudit et sans doute étais-je moi-même maudit.

CONCEPTS - Une petite histoire du mot CADEAU

Ecrit par Johann Lefebvre le 17 décembre 2016. dans La une, Histoire, Linguistique

CONCEPTS - Une petite histoire du mot CADEAU

« Le dernier Carnaval (nous avions le cœur bien en joye) je donnai les Violons aux Dames de ma cotterie ; d’une maniere aussi galante que chose qui se fût passée de tout l’Hiver. Je commençai par un Souper-Collation, qui étoit un ambigu ; où il n’y avoit pas l’abondance des cadeaux ; mais tout y étoit excellent ; des viandes prises si à propos, qu’un quart-d’heure plutôt elles eussent été un peu dures ; un quart d’heure plus tard, elles auroient commencé à se passer : on n’en trouve point de même ailleurs ; & mon Mari & moi les avions fait apprêter devant nous ».

Saint Evremond, « Sir Politik Would-Be. Comédie à la manière des Anglois », 1662

 

Le sens que l’on donne aujourd’hui au mot « cadeau » est le résultat d’une longue migration. C’est au début du XVe siècle que l’on voit apparaître le vocable, souvent sous la forme cadel, qui serait le dérivé de l’ancien provençal « capdel » : personnage placé en tête – capitaine, mot lui-même issu du latin capitellum (1). On considère que le terme provençal, repris donc par l’ancien français, désignait, par métaphore, la grande initiale ornementale (parce que souvent une figure de personnage) placée en tête d’un alinéa. Le cadeau fut donc d’abord et avant tout cette lettre capitale ornée, à la façon de la lettrine richement habillée, une ornementation de fantaisie, décorative. On lit par exemple, dans « Les Faictz et dictz » de Jean Molinet (1435-1507) :

F. tu as, entre plusseurs postilles,

Ton C. real noblement couronné,

Plaisans cadiaux, flourettes fort subtilles,

Textes, caïers, gloses de divers stilles

Sy que tu es livre bien fortuné (2).

Au XVIe siècle, Geoffroy Tory, dans son « Champ Fleury (de la supériorité de la lettre romaine sur la gothique) », que j’avais évoqué rapidement dans le texte « Une querelle & quelques figures mancelles », écrit : « Nous avons en notre usage commun de France plusieurs manières et façons de lettres. Nous avons cadeaux qui servent à être mis au commencement des Livres écrits à la main et au commencement des versets aussi écrits a la main… Les maîtres d’écriture les agencent et enrichissent de feuillages, de visages, d’oiseaux, et de mille belles choses à leur plaisir pour en faire leurs monstres ». Aussi, le cadeau – on trouve parfois « cadelure » (sic) – dispose ici d’une dimension gestuelle, le trait de plume qui enjolive la première lettre d’un paragraphe, et qui appartient à l’art d’écrire, comme nous l’indique l’Encyclopédie de Diderot au XVIIIe siècle : « Grand trait de plume, dont les maîtres d’Ecriture embellissent les marges, & le haut & le bas des pages, & qu’ils font exécuter à leurs élèves pour leur donner de la fermeté & de la hardiesse dans la main », une définition en tout point identique à celle que donne Trévoux au même siècle, qui parle de « Grand trait de plume & fort hardi, que font les Maîtres Écrivains pour orner leurs écritures, pour remplir les marges, & le haut & le bas des pages. Les Écoliers s’enhardissent la main à faire des cadeaux. On le dit aussi des figures qu’on trace sur les cendres, ou sur le sable, quand on rêve, ou quand on badine ». Pourtant, le mot s’est vu prendre un autre chemin, traversant la Renaissance et arrivant aux Temps Modernes, puisque le même Trévoux nous précise par ailleurs qu’il « se dit figurément des choses qu’on fait mal, ou pour lesquelles on fait trop de frais. Si vous donnez un plein pouvoir à ce chicaneur d’agir à vos affaires, il vous fera de beaux cadeaux, c’est-à-dire, il vous mettra dans de grands embarras, il vous donnera de grands cahiers de frais. On dit aussi d’un Auteur, d’un Avocat, qui ont dit beaucoup de choses inutiles dans un ouvrage, dans un plaidoyer, qu’ils ont fait de beaux cadeaux ». Ce qui implique un troisième sens, encore tout jeune à l’époque mais qui est déjà suffisamment inscrit dans l’usage pour que Trévoux nous en informe : « Se dit aussi des repas qu’on donne hors de chez soi, & particulièrement à la campagne. Donner un grand cadeau », et citant Molière : « Le mari, dans les cadeaux qu’on donne à sa femme, est toujours celui à qui il en coûte le plus ». Cette nouvelle dimension que le mot a conquise est déjà identifiée en 1694 dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie Française : « Repas, feste que l’on donne principalement à des Dames. Donner un grand cadeau ».

Racines d'Actu : Le populisme en France

le 10 décembre 2016. dans La une, France, Politique, Histoire

Racines d'Actu : Le populisme en France

Le terme de « populisme » est de plus en plus utilisé aujourd’hui, aussi bien chez les sociologues et les politologues que dans le domaine médiatique. Ajoutons que cela ne concerne pas uniquement la France, mais la plupart des pays européens et même occidentaux depuis la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines et les menaces sur les démocraties autrichienne et italienne, même si le danger extrémiste vient d’être endigué (provisoirement ?) dimanche dernier en Autriche. Je verrai d’abord – en me limitant donc à l’exemple français – en quoi cette expression est bien différente de celle de « populaire » et par quoi elle se manifeste (ses causes) ; puis quelles furent les différentes vagues de populismes dans l’histoire de notre pays depuis le XIXe siècle ; ensuite, pour terminer, je serai amené à me demander si populisme et extrême droite sont des concepts entièrement synonymes et s’il n’y a pas également, de plus en plus, la montée d’une forme de populisme issue de l’extrême gauche.
En France, quand on pense à populaire, la première référence qui vient à l’esprit est celle du Front populaire. Or, le populisme, même s’il contient le terme de « peuple », ne correspond absolument pas à l’essor d’un mouvement de revendications populaires comme le furent celles des années 1936-1938. En effet, politiquement, alors que le Front populaire était issu de ce que l’on appela plus tard « le peuple de gauche », le populisme est un phénomène beaucoup moins identifiable politiquement, même s’il fut essentiellement capté par l’extrême droite frontiste de Jean-Marie Le Pen puis par sa fille Marine. Ce que l’on trouve à la base du populisme, c’est le rejet global des « élites » politico-médiatiques et accessoirement d’ailleurs (car on ne les perçoit pas bien par des noms incarnés) financières, fondé sur le « Tous pourris » (slogan qui fut l’un des éléments phares du Front National) et l’idée que les « politiciens » ne s’occupent pas des « vrais problèmes des vrais gens » (traduisez : les miens… !), en liaison avec l’essor de l’individualisme. Cette vision désabusée et bien trop généralisatrice concernant la corruption (qui a toujours existé et existera toujours, tout en nécessitant une lutte acharnée contre elle), entraîne, sur le plan politique, soit l’abstention lors des élections (par désenchantement), soit avant tout la montée de l’extrême droite. Ce rejet des élites s’incarne – en les court-circuitant – dans la recherche d’un « homme providentiel » rejetant toutes les structures intermédiaires de la société républicaine, à travers ce que l’on nomme la demande expresse de « verticalité » (en fonction de peurs multiples), faisant ressortir une tradition politique française liée à ce que furent le bonapartisme et le gaullisme – à partir de 1958.

Mitterrand, la passion de l’ultime

Ecrit par Jean-François Vincent le 22 octobre 2016. dans La une, Politique, Histoire

Mitterrand, la passion de l’ultime

Loin de moi l’idée de faire ici une énième biographie de François Mitterrand, qui aurait eu 90 ans mercredi prochain ; d’autres l’ont fait, mieux et plus en détails. Je voudrais simplement évoquer quelques-uns des traits caractéristiques du personnage, que m’inspire une relation très particulière – empathique, sympathique (au sens étymologique), télépathique ? – avec un homme que je n’ai jamais approché, grâce à laquelle je crois comprendre intimement ce qui, pour beaucoup, reste difficilement compréhensible.

Mitterrand aimait le secret, les secrets. Pas uniquement pour dissimuler certaines choses, mais, plus profondément, d’une manière quasi ontologique : la transparence relevait pour lui de l’obscénité, d’une exposition impudique de son for intérieur ; en bref, une sorte de viol. D’où la structure de sa personnalité, compartimentée en tiroirs mystérieux, que lui seul pouvait ouvrir, à l’image de ces pièces d’ébénisterie en forme de labyrinthe. Sa vérité ultime, nul ne pouvait la connaître. Transcendance de l’égo, dirait Sartre.

Mitterrand aimait le jeu, et, son corollaire, les enjeux. Frisson du risque assumé ; saveur infinie du gain, quand on a frisé la perte.

1986, son cancer est stabilisé, presque oublié. Sa défaite aux législatives l’enrage : celui qui l’a battu et qui maintenant gouverne, Chirac, va-t-il l’emporter, en 88, et lui succéder ? Ses médecins cherchent à le raisonner : c’est déjà miraculeux d’avoir résisté aussi longtemps, vous représenter serait une folie, arrêtez-vous là ! Qu’importe. Il relèvera le gant et tiendra… tout au long d’un second mandat de sept ans.

1992, référendum de Maastricht. Depuis le tournant de la rigueur, en 83, son horizon politique s’est reporté sur l’Europe. Acte unique, symbole de Verdun – main dans la main avec Kohl – et désormais monnaie unique. Mitterrand va alors utiliser sa maladie pour vaincre, vaincre la montée en puissance du sentiment antieuropéen qui menace le « oui ». Révélation du diagnostic, soigneusement caché depuis dix ans, organisation du débat avec Seguin. Et quel débat ! A la Sorbonne, où il se déroulait, on avait installé une infirmerie, où Mitterrand revenait périodiquement, lors de brèves pauses, pour se faire soigner, sous le regard – interdit et admiratif – de Guillaume Durand, le modérateur, et de Philippe Seguin, l’adversaire, hypnotisé par une telle endurance, au point d’en perdre ses moyens et d’apparaître tel un petit garçon face au maître, le président, martyr et imperator à la fois…

Mitterrand aimait la mort. Vigie, inquiet mais résolu, de l’Au-Delà, il scrutait les signes et demandait des augures. Arpenteur infatigable des cimetières, il consultait un philosophe – Jean Guitton – pour la théologie, et une astrologue – Elisabeth Tessier – pour la divination. Il supplia cette dernière de lui révéler la date de son trépas. « Je ne sais pas grand-chose aurait-il pu murmurer, en pastichant Borges, je ne sais même pas la date de ma mort ». Malheureusement pour lui, les astrologues d’aujourd’hui ne font plus comme ceux de l’antiquité, qui analysaient la maison huit de la carte du ciel natal, afin qu’elle leur livre les modalités et surtout le moment du décès du consultant. Tout pronostic astrologique se veut actuellement virtuel, le futur demeurant contingent et non pas fatal.

Ainsi, le 31 décembre 1995, au cours de son dernier réveillon (où, contrairement à la légende, il ne dégusta pas des ortolans entiers en les gobant d’un coup !) il lâcha, comme il se retirait de la fête : « maintenant, je sais ». Quoi ? Personne ne le sut. Mitterrand se fit euthanasier le 8 janvier 1996, non sans avoir procédé la veille à une cérémonie des adieux en présence de Mazarine, sa fille adorée.

A présent, il sait. A bientôt, François.

Reflets du temps a lu : Une éducation algérienne, Wassyla Tamzali

Ecrit par Gilberte Benayoun le 08 octobre 2016. dans La une, Histoire

Folio histoire, 2007

Reflets du temps a lu : Une éducation algérienne, Wassyla Tamzali

Un très beau livre de l’écrivaine Wassyla Tamzali, empli d’émotions poignantes, passant des joies de la vie algérienne aux douleurs des jours endeuillés… Un livre empli d’Histoire, celle de ma fameuse Algérie, ce merveilleux pays de ma naissance et de mon enfance.

Grande militante féministe algérienne, Wassyla Tamzali est née à Béjaïa en Algérie, le 10 Juillet 1941, d’un père Algérien et d’une mère Espagnole. Elle fut, le 8 mars 2012, à l’initiative, avec 7 autres femmes arabes, de « L’appel des femmes arabes pour la dignité et l’égalité ».

 

Extraits :

« Le 11 décembre 1957, tout fut emporté par le souffle puissant du meurtre. Un jour dans la longue guerre d’Algérie, le jour où mon père a été assassiné par un homme de sa ville, à 4 heures de l’après-midi. La nouvelle se propagea très vite. […] ».

(…)

« J’ai quitté Alger le Premier Mai 1979. Ce n’était pas le “grand voyage”, juste un voyage qui a duré plus longtemps que prévu. J’avais décidé de prendre du recul avec l’Algérie, la grande affaire de ma vie, une histoire d’amour tenace, de plus en plus névrotique à mesure que les années passaient et que le pays prenait des airs que je ne voulais pas voir, que nous ne voulions pas voir. Nous ? Tous ceux avec qui j’avais partagé tant d’heures à la Cinémathèque, au café Le Novelty, sur la place Emir Abd el-Kader, dans les restaurants de la rue de Tanger. […] ».

(…)

« La grande marche de 1992

Etais-je d’ailleurs à Paris, le 2 janvier 1992, quand je pleurais doucement sur le trottoir de la rue Monge, assommée par l’annonce de la funeste victoire des islamistes aux élections du 26 décembre 1991, alors que je me rendais au local du FFS, le Front des forces socialistes ? Une longue nuit s’annonçait ».

(…)

« Ceux qui venaient de l’est

Mon roman familial a des airs de saga. De l’est, sont arrivés les pères d’Ismaël et ceux de ma mère, Kholiya, née dans la ville de Smyrne, dont elle porte le nom. Le père d’Ismaël, le raïs Ali, venait-il d’Istanbul comme le racontait mon grand-père débonnaire, Ahmed le fabuleux, celui qui m’apprit à regarder les étoiles ? […] »

Les origines romaines de la révolution française

Ecrit par Jean-François Vincent le 17 septembre 2016. dans La une, Histoire

Les origines romaines de la révolution française

Tout le monde connaît le bonnet phrygien des sans-culotte, symbole de la condition d’affranchi à Rome, on y reviendra ; mais sait-on que le slogan révolutionnaire « rois, tyrans vaincrons ! » n’est que le décalque de l’équation – si banale dans l’occident antique – rex-tyrannus ? Et que dire du serment que le Directoire imposa à tous les fonctionnaires civils et militaires, le 10 mars 1796 : « Je jure haine à la royauté, attachement à la République et à la constitution de l’an III » ? Cette détestation fait écho à l’odium regni de la ville éternelle. C’est ce que je me propose d’étudier ici.

Le 24 février de chaque année, en effet, l’on fêtait le regifugium, la fuite du roi. Oh, il ne s’agissait pas d’un Varennes à la romaine, mais de l’expulsion des Tarquins. Sextius Tarquinius, le fils de Tarquin le Superbe (mort en 495 avant notre ère), avait violenté puis tué la patricienne Lucrèce. Le ressentissent déjà accumulé sous le règne de son père se donna alors libre cours. Les Romains, sous la houlette de Lucius Brutus, chassèrent leurs oppresseurs, et le héros du jour auquel on érigea, vers 300 av JC, une statue sur le Capitole, fit le serment suivant : « Je vous jure que ni Tarquin le Superbe, ni quelque autre ne régnera jamais sur Rome » (Tite-Live Ab Urbe condita I,59,1). La double opposition – royauté/liberté (regnum/libertas) et monarchie/république – était née. Le lointain descendant de Lucius, Marcus Iunus Brutus, qui poignarda César, aux Ides de mars de l’an 44 av JC, en raison des velléités monarchiques supposées de ce dernier, exalta son « régicide » sur les monnaies qu’il fit frapper pour l’occasion : sur l’une d’elles, figure l’allégorie de libertas, et sur l’autre, l’on peut voir, à l’avers, l’effigie de Brutus et, au revers, deux poignards – celui qui assassina Lucrèce et celui avec lequel il tua César – avec entre les deux, le pileus libertatis, le bonnet de la liberté, la marque, pour les ex-esclaves, de leur liberté fraîchement acquise.

Comment, dès lors, est-on passé de la république à l’empire ?

Il faut se souvenir que déjà, dans la Rome républicaine, existaient des imperatores, des généraux au mandat renouvelé tous les ans. César fut l’un d’eux. Sur une terre cuite, exposée au Museo nazionale romano, Rome, agenouillée devant un imperator victorieux, dépose aux pieds de celui-ci un globe, symbolisant l’oikumene, l’ensemble du monde connu et habité. Cicéron, quant à lui, appela de ses vœux, au moment de la guerre civile, un rector rei publicae, « recteur de la République » (De republica, I,54), qu’il nomma le « super arbitre », superarbitrium.

Octave/Auguste, le premier empereur, d’ailleurs, se définit lui-même comme un princeps, un simple consul, mais un primus inter pares, le premier de tous, dépassant ses collègues, non en pouvoir (potestas), mais en autorité (auctoritas).

KI-C-KI

Ecrit par Gilberte Benayoun le 17 septembre 2016. dans La une, KI-C-KI, Histoire

KI-C-KI

Qui n’a pas eu dans sa bibliothèque d’adolescent(e) – Bibliothèque Verte ?… – ce beau et mémorable roman historique ? Ces morceaux choisis, ici, sont extraits d’un des plus beaux romans historiques, chef-d’œuvre d’un immense auteur européen du tout début du 20ème siècle, qui nous enchanta, dès nos premières grandes lectures, de son œuvre gigantesque ; il fut, et reste, un monument de la littérature, mondialement connu, incontournable pour les amoureux de la littérature, et si facile à deviner…

 

Extraits :

« Natacha, avec ses yeux noirs et sa bouche trop grande, semblait plutôt laide que jolie, mais, en revanche, elle était d’une vivacité sans pareille ; le mouvement de ses épaules, qui s’agitaient encore dans son corsage décolleté, attestait qu’elle venait de courir ; ses cheveux noirs, bouclés, et tout ébouriffés, retombaient en arrière ; ses bras nus étaient minces et grêles ; elle portait encore un pantalon garni de dentelle. En un mot, elle était dans cet âge plein d’espérances où la petite fille n’est plus une enfant, mais où l’enfant n’est pas encore une jeune fille. Echappant à son père, elle se jeta sur sa mère, sans prêter la moindre attention à sa réprimande, et, cachant sa figure en feu dans le fouillis de dentelle qui couvrait le mantelet de la comtesse, elle éclata de rire et se mis à conter à bâtons rompus une histoire sur sa poupée, qu’elle tira aussitôt de son jupon.

– Vous voyez bien, c’est ma poupée, c’est Mimi, vous voyez !… »

[…]

« Natacha se calma lorsqu’on lui eut annoncé une glace à l’ananas. Un instant après, on versa le champagne ; la musique se remit à jouer ; le comte et sa femme s’embrassèrent, les convives se levèrent pour féliciter la comtesse et trinquer avec leurs hôtes, leurs vis-à-vis, leurs voisins et les enfants. Enfin les laquais retirèrent vivement les chaises et tous les convives, dont le vin et le dîner avaient légèrement coloré le visage, se remirent en file comme en entrant, et passèrent dans le même ordre de la salle à manger dans la salle de bal ».

[…]

De Bolivar à Mélenchon, une surprenante récupération

Ecrit par Alexis Brunet le 27 août 2016. dans La une, France, Politique, Histoire

De Bolivar à Mélenchon, une surprenante récupération

Le « Libertador » était-il vraiment un homme « de gauche » ?

Si Mélenchon a bien une qualité, c’est celle d’être un monsieur très cultivé. Du moins c’est ce qui se dit. Il détiendrait d’ailleurs 12000 livres. Enfin c’est ce qu’il prétend. On lui fait confiance. Sans doute de ses fastes et agréables lectures tient-il cette liste d’idoles dont il nous pioche des noms de temps en temps, notamment lors de ses tirades enflammées gargarisant sympathisants du Front de gauche mais aussi simples curieux.

Parmi ces idoles, Napoléon, Robespierre, Victor Hugo, Jean Jaurès, Che Guevara, Simon Bolivar, et j’en oublie certainement beaucoup, il me pardonnera, mais au moins ainsi je n’irai pas le calomnier (puisse le paranoïaque « Observatoire de la propagande et des inepties anti-Mélenchon » me faire grâce). Le premier on le comprend. Napoléon, quoi qu’on pense de sa conception du pouvoir, c’est la France du temps de sa grandeur, sans doute ce pourquoi la francophonie existe encore. A l’autre bout du monde, certains francophiles connaissent par cœur l’année de naissance de Bonaparte. Che Guevara, que voulez-vous, si on se prétend de la vraie gauche on passe difficilement outre, ou bien Mélenchon n’a plus qu’à retourner au Sénat sous des cieux moins rouges. Mais le dernier, Simon Bolivar, si on sait vaguement qu’il fut un important « Libertador » d’Amérique du Sud, et s’il a sa statue à Paris, on le connaît moins (1).

Le libérateur d’une Amérique

Aussi quand j’ai commencé à l’évoquer en Colombie comme un grand démocrate épris de liberté, un justicier, un vrai homme de gauche comme on dirait aussi, on m’a gentiment fait comprendre que j’étais un peu à côté de la plaque, que c’était un peu plus compliqué que ça. Quelle ne fut pas ma déception, moi alors sur la terre du « Libertador », de comprendre que ce monsieur mince aux longs bras et très élégamment vêtu que j’avais vu sur son cheval non loin du pont Alexandre III à Paris ne correspondait peut-être pas au grand démocrate dont Monsieur Mélenchon, en août 2012 sur son blog à travers un billet intitulé « Carte postale de retour », célébrait sans doute de bonne foi la lecture d’« une bonne grosse biographie » lors de ses vacances ensoleillées au Venezuela, contrée qui fut jadis le paradis terrestre de tout humaniste de la vraie gauche.

Simon Bolivar fut un « libertador ». Incontestablement. Suite à un voyage en Europe en 1801, le jeune aristocrate vénézuélien, admirateur de la Révolution française, décide qu’il libérera lui-même l’Amérique du joug du colonialisme. En à peine vingt ans, il boutera alors les Espagnols et leur empire hors du Venezuela, de Colombie, d’Equateur puis du Pérou ; et sera même à la base de la création d’un autre pays auquel il léguera son nom, la Bolivie. S’il échappa de peu à la mort à plusieurs reprises, il enchaîna les batailles victorieuses sur son cheval, il fut un militaire héroïque, et très logiquement également, un « napoléonophile » de premier cru.

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