Histoire

Montpellier au Moyen Age et à la Renaissance, carrefour des connaissances médicales (1)

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 mai 2016. dans La une, Sciences, Histoire

Montpellier au Moyen Age et à la Renaissance, carrefour des connaissances médicales (1)

Montpellier fut une des plus anciennes universités médiévales en Occident, et la Médecine sa branche la plus prestigieuse ; 1130 en étant la date de naissance.

La bibliothèque de la faculté de médecine, dans les anciens bâtiments à l’ombre des pierres blondes de la cathédrale, conserve plus de 1000 volumes manuscrits dont « les 2/3 sont antérieurs à l’imprimerie, et 59 carolingiens ». Fonds rare et particulièrement riche, mis en place surtout grâce à Chaptal, le ministre de Bonaparte, à Prunelle, médecin et bien autant bibliophile, à Barthes, un des auteurs de l’Encyclopédie.

Une précieuse exposition en 2012 organisée autour du thème du « Livre de médecine, Le Bistouri et la Plume », offrit au public à la fois le fond – contenu, dessins, modernité des recherches et démarches – et la forme – magnifiques manuscrits incunables enluminés et tous premiers ouvrages imprimés, sur le thème du corps humain et de son soignant à ces époques anciennes.

Les seigneurs de Montpellier du Moyen Age occidental d’après l’An Mille, les Guilhem, recherchaient pour leur territoire les débouchés maritimes du commerce proche et lointain. Contacts, donc, avec les autres mondes d’alors, Byzance, héritière des savoirs antiques, la Sicile de Salerne, interface de toutes les modernités médiévales, et bien entendu le magnifique monde arabo-musulman, dont le Royaume El Andalous débutait quasi à nos portes, quand au XIIIème siècle Montpellier releva du royaume d’Aragon, de ce roi Jacques adepte de novelletés et de sciences, comme Frédéric II le grand sicilien. Pas bien loin, au bord du Rhône, la papauté installera un peu plus tard, en Avignon, des quartiers, certes éphémères, mais entourés d’une cour savante et ouverte sur le monde. Car, la chance de Montpellier fut bien de saisir et d’exploiter un monde « ouvert », opposé aux fermetures féodales, et à leur morcellement, une mondialisation des savoirs et des techniques, irriguant une Europe en partance pour de « nouveaux mondes ».

Spécificité de l’école de Montpellier, ses professeurs produisirent de très nombreux écrits (d’où les manuscrits) et son aura fut internationale ; élèves venant des Flandres ou des Allemagne ; certaines années, les originaires français étaient même minoritaires.

Carrefour des connaissances des écrits antiques, juifs, arabo-musulmans, les manuscrits médicaux de Montpellier recensent alors Hippocrate ( ainsi, celui qui illustre cette chronique) et Galien, déjà traduits en latin dès l’Antiquité, puis transmis par des copies monastiques. Un recueil du XIème siècle regroupe ainsi des aphorismes d’Hippocrate antérieurs à l’apport arabe. C’est du reste, un de ces aphorismes qui resta la devise de l’école de Montpellier : « L’Art est long ». Mais c’est avec les traductions de l’arabe au latin – considérable mine – que les savoirs se multiplièrent. Travaux de traduction venus de Salerne, en Sicile, dont l’école de médecine était de tout premier plan, et de Tolède, avec Gérard de Crémone qui apporta en plus les textes originaux, savants, des médecins arabo-andalous, lesquels appuyaient leurs recherches sur les savoirs antiques, en les poursuivant. De même, les traductions d’arabe en Hébreu, de sommités juives, permirent d’utiles croisements, quand – du moins – les persécutions se faisaient plus rares. Les Tibbonides de Montpellier, au XIIIème siècle, n’écrivaient-ils pas : « respecter les sciences et ceux qui en sont maîtres… peu importe de quelle croyance ils sont ». Formidable positionnement philosophique que celui de ces chercheurs penchés sur les écrits des autres – Anciens, et Étrangers à leur culture, à leur religion ; mutualisation hautement émouvante qui résonne du reste particulièrement en notre temps où reviennent si fortement l’intégrisme et l’intolérance.

Racines d’actu : le Premier Mai ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 30 avril 2016. dans La une, Actualité, Histoire

Racines d’actu : le Premier Mai ?

Lorsqu’on pense « 1er mai » aujourd’hui, cela évoque bien sûr pour nous au moins deux choses. D’abord, les débuts potentiels de l’affirmation (plus ou moins nette) du printemps, avec ses marchands de muguet souvent à la sauvette. Ajoutons à ce niveau que le 1er mai était célébré par les coutumes de l’arbre de mai (un rite de fécondité lié au retour de la frondaison et jadis répandu dans toute l’Europe occidentale). Ensuite, la « Fête du Travail », débouchant à la fois vers un jour de congé (et même souvent à la possibilité de « faire le pont » grâce à l’arrivée d’un week-end ou à la prise d’un ou plusieurs jours de RTT) et le maintien d’une « tradition », avec les défilés des syndicats. Et puis, il y a aussi ce Front National, qui célèbre, lui aussi, et ceci depuis les années 1980, son « 1er mai », en l’honneur de « Jeanne d’Arc », comme « protectrice » de la « patrie », et – en fait – en tant qu’affirmation (récupérée) du patriotisme, voire du nationalisme. Par rapport à tout ce que je viens d’écrire, quel serait le % de jeunes (notamment) qui connaîtrait vraiment les origines du 1er mai en rapport avec l’histoire du mouvement ouvrier  français et surtout sur le plan international ?

C’est aux États-Unis qu’apparut pour la première fois l’idée d’une journée de lutte des ouvriers, et ceci n’avait rien d’une fête chômée. Il s’agissait prioritairement d’une exigence de la réduction du temps de travail par jour. C’est à la fin du XIXe siècle que les syndicats américains, dans le cadre de leur congrès de l’année 1884, se donnèrent pour objectif d’imposer au patronat une journée de travail à huit heures. Et ils choisirent justement de lancer leur lutte pour cette revendication un 1er mai… En effet, la première grande action de ce type eut lieu le 1er mai 1886, sous l’influence des courants syndicalistes anarchistes ; et elle fut d’ailleurs assez largement suivie. Des morts étant tombés le 3 mai parmi les travailleurs, à Chicago, une marche de protestation se produisit à Haymarket Square, suivie de graves troubles entre manifestants et forces de l’ordre, aboutissant à un massacre. Puis, cinq syndicalistes anarchistes furent condamnés à mort et trois à l’emprisonnement à perpétuité.

En France, trois hommes furent à l’origine du 1er mai conçu comme journée de lutte, en hommage aux terribles événements de Haymarket Square. Il y eut d’abord le rôle de Jean Dormoy, socialiste et syndicaliste (qui devint maire de la ville de Montluçon dans l’Allier, l’une des premières municipalités socialistes de l’Histoire). Jean Dormoy, ami de Paul Lafargue (gendre de Karl Marx) et de Jules Guesde, fut d’ailleurs surnommé « Le forgeron du premier mai ». C’est en effet durant l’année 1888 qu’il lança – au niveau syndical – le projet d’organiser une grande manifestation populaire des travailleurs sur le plan international. Il y eut aussi l’action de Raymond Lavigne, un autre militant socialiste et syndicaliste, d’origine bordelaise, également ami de Jules Guesde, qui proposa à la IIème Internationale socialiste, en 1889 (dans le contexte du centenaire de la Révolution française et de l’exposition universelle), de faire désormais de chaque 1er mai une grande journée de manifestation destinée à obtenir les 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé. Il y eut enfin le rôle d’impulsion que joua le leader du POF (Parti Ouvrier Français), Jules Guesde, marxiste orthodoxe, qui poussa la IIème Internationale à entériner cette proposition, le 20 juillet 1889 ; c’est par ailleurs Jules Guesde qui, le premier, inventa le terme de « fêtes du travail », en 1890. Le 1er mai 1890 fut ainsi célébré pour la première fois internationalement, mais avec des niveaux de participation très divers. Comment ne pas signaler au passage les terribles événements qui se déroulèrent le 1er mai 1891 lorsqu’à Fourmies (commune du département du Nord) la manifestation aboutit à un drame, avec une fusillade, la troupe ayant tiré sur la foule, ce qui occasionna la mort de dix personnes.

La communication présidentielle depuis 1958

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 26 mars 2016. dans La une, France, Politique, Histoire

La communication présidentielle depuis 1958

De nos jours, la communication politique, notamment auprès des chefs d’État, est devenue un métier à part entière, les présidents s’entourant de conseillers très particuliers et ayant pris une importance extrême pour mettre en valeur leur « image » auprès de l’opinion publique. Il n’en fut pourtant pas toujours ainsi, tout au moins par rapport au niveau où nous en sommes arrivés depuis quelques décennies. En se limitant à l’exemple de la France depuis 1958, c’est-à-dire depuis les débuts de la Vème République, nous allons voir comment et pourquoi la façon de communiquer de nos différents présidents depuis l’époque du Général de Gaulle a évolué, voire s’est révolutionnée – tout en ayant conscience du fait que ce phénomène a concerné un nombre considérable de pays dans le monde, et pas seulement en ce qui concerne les systèmes démocratiques occidentaux.

Le Général de Gaulle, entre 1958 et 1969, avait une communication très personnelle, de type quasi « bonapartiste » – notamment au moment des référendums qu’il proposait aux Français (tradition de « l’appel au peuple »). Il intervint souvent, dans ce cadre, à la télévision (une seule chaîne en noir et blanc, à l’origine). Pour ses discours télévisés, il apprenait ses propres textes par cœur, mais sans que cela ne puisse apparaître comme non naturel (il se les appropriait). Il ne faudrait pas oublier ses entretiens télévisés avec le journaliste Michel Droit, en direct du palais de l’Élysée (en 1965, 1968 et 1969). A côté de la télévision, le Général de Gaulle continua d’utiliser la radio, comme à l’époque de la Résistance : ainsi en 1961 (pendant la fin de la crise algérienne) et en 1968, au moment crucial des « événements » de mai. Jérôme Bourdon, historien et sociologue des médias français, n’hésite pas à qualifier De Gaulle de « 1ère star politique de la télévision française » ; il relève même une sorte « d’harmonie presque naturelle » entre le Général et la télévision. Il y avait aussi ses célèbres « conférences de presse », pendant lesquelles il se trouvait juché sur un grand bureau, avec les ministres de son gouvernement dans la salle devant sur la droite et les journalistes – dont il sélectionnait soigneusement à la fois les noms et le contenu (au préalable) des questions. Pensons aussi, lors de ses voyages présidentiels à l’étranger, à ses formules à l’emporte-pièce, qui, parfois, posèrent des problèmes à son propre parti (l’UNR, puis UD-Vème, et enfin UDR) ; deux exemples, avec son « Marchemos la mano en la mano » – marcher « la main dans la main » (prononcé lors de son voyage officiel au Mexique, le 16 mars 1963) – et le « Vive le Québec libre ! » (lancé lors d’un discours public à Montréal le 24 juillet 1967 alors qu’il était en visite officielle au Canada).

Avec Georges Pompidou, de 1969 à 1974, ces aspects personnels de type quasi bonapartiste s’atténuèrent et furent très largement remplacés par une autre vision, que le nouveau président instaura très vite afin de bien montrer que son « néo-gaullisme » ne tolérerait pas plus que le Général l’accès de (ou des) opposition(s) aux médias publics. Sa formule fut très claire lorsqu’il affirma que la radio et la télévision françaises seraient (ou plutôt continueraient d’être) « la voix de la France ». Contre son premier ministre réformateur Jacques Chaban-Delmas, qui souhaitait une certaine libéralisation de l’ORTF (créée en 1964 pour remplacer la RTF, instituée en 1949), il n’était pas question que la « petite lucarne » permette la présence de journalistes ayant une sensibilité proche de celle des opposants dans le service public de l’audiovisuel. A côté de cela, la tradition des « conférences de presse » continua, avec un verrouillage relativement comparable à celui qui existait à l’époque du Général de Gaulle, mais avec un style plus décontracté.

Union Sacrée… Voie Sacrée…

Ecrit par Vincent Robin le 05 mars 2016. dans La une, Histoire

Avec l'autorisation de la Cause Littéraire

Union Sacrée… Voie Sacrée…

Au bout de la route… : massacrés gisant partout dans une fétide gangue de terre fangeuse à jamais délavée par les brouillards. Des cadavres sont agglutinés là, prostrés et figés, enfouis en unités disparates et confuses dans des substrats de glaises ténébreuses. Sous les couches spongieuses de ce terreau partout chamboulé et recouvert de répétitifs leurres sédimentaires, s’entassent ou s’entrecroisent parmi les éclats d’acier indestructibles leurs restes humains entrechoqués, disloqués, éparpillés. Les têtes ne sont plus que des morceaux de crânes démolis, les bras et les jambes, des tibias et des fémurs aux délirantes fractures. Les chairs ne collent plus à eux. En cet état, leur nation, leurs proches ni même leur mère n’auraient pu les reconnaître.

Comme révulsée par leurs enfouissements indus dans sa matière putride et après cent ans encore, la terre indocile continue de les rejeter vers la lumière. Ne serait-ce pas d’ailleurs plutôt leur irréductible attirance vers les souffles de l’air libre qui les pousse obstinément à s’en extraire ? Ils refusent de dormir et leurs insomnies bruyantes perturbent notre sommeil. Pourquoi refusent-ils de se taire malgré tous nos efforts d’apaisement ? Une grande quantité de ces individus morts fut ré-enterrée en lignes sous de longs tabliers d’argile aplanis, sur des longueurs de terrains agencées en vastes parcelles de gazon verdoyant. L’une de ces aires, la plus longue, s’étire toujours à l’infini autour d’un poteau droit, blanc et fier. Mât sacré qui élève à jamais les âmes innombrables des ensevelis à son pied. Elles épient grâce à lui et à n’en point douter les étendues balbutiantes de l’environ définitivement résorbées en successions de bosses et cratères.

Ici les déluges bruyants du ciel ont répandu le chaos silencieux sur terre. Ils ont couché les hommes tout en prenant la peine de creuser sommairement leur cimetière. Mais par-dessus ces sépultures finement recouvertes d’espérance vitale et déjà longuement foulées ou profanées par les pas déboussolés de la continuité humaine, s’agite et se drape comme une flamme de vie ardente et insubmersible le linge flamboyant des couleurs du sacrifice sanglant et glorieux. Pourrions-nous le saluer comme l’avaient fait ceux qui gisent là ? Puissant bâtiment remontant des profondes entrailles de la terre, un gigantesque navire de béton émerge à son tour à la crête du lieu, cales et soutes remplies de ces masses âcres et imputrescibles que ne seront jamais parvenus à digérer les sols du secteur. Sans fin alors, le haut périscope érigé sur lui guette tout autour, grâce à son œil rotatif en permanente alerte, les inépuisables remontées en surface des naufragés terrestres de l’incurie…

Verdun, où est ta victoire ?

Ecrit par Lilou le 20 février 2016. dans Ecrits, La une, Histoire

Verdun, où est ta victoire ?

Le 21 février 1916, il y a tout juste un siècle, commençait l’affrontement le plus emblématique de la première guerre mondiale : la bataille de Verdun. Qu’avons-nous retenu de ses quelques 300.000 morts et de ses centaines de milliers de brouettes remplies d’amputés de la vie ?

La guerre de ce début de 1916 s’est enlisée depuis plus d’une année. Dans les boues de l’Artois et les craies de Champagne, nulle armée n’a réussi en 1915 à colmater la longue balafre du front qui serpente vilainement les champs de blé et les forêts de la mer du Nord aux frontières de la Suisse.

L’espoir de la Marne des premières semaines est déjà un lointain souvenir à l’image des promesses des plus anciens soldats de l’été 14 de fêter le début des vendanges depuis Berlin. Le compteur des morts français s’affole chaque jour de plus de 800 soldats qui ont tout juste le temps d’étrenner leur nouvelle tenue bleu horizon… Dans la campagne de Lacarre, plus personne ne chante les bonheurs à boire de ce pays basque, y a plus d’hommes mon bon Monsieur, y sont tous partis au front et ceux qui sont revn’us sont devenus branques, Jean Baptiste Lartigau, 37 ans et plus aucune illusion, ne sait pas encore qu’il ne reverra ni Noël et ni les siens. Sur l’autre rive de la Méditerranée, c’est un hiver doux mais pluvieux. Vincent Ambit, ouvrier agricole de Mers El Kebir et 36 ans de soleil dans ses artères stationne à Verdun avec son régiment de tirailleurs algériens. Il a bien écrit à ses parents comme tous les jours, ne t’inquiète pas maman, un jour calme de plus, les Boches n’ont aucun courage. Mais comment peut-on rassurer une mère qui sait parce que seule une maman sent ces choses-là que son fils est plongé dans la géhenne ? Comment peut-on rassurer une mère dont le cœur ne bat plus qu’un coup d’amour sur deux et qui sait combien les combats en Artois avaient été aléatoires parce que là-bas aussi, à cours de munitions, les soldats pour ne pas dire son fils, avaient terminé la sale besogne de la guerre à coups de pioches, de cailloux et probablement aussi de poings décharnés et guidés par l’énergie de la haine et de la survivance.

21 février 1916. Il est 7h15 dans le petit matin gelé des forêts des hauts de Meuse. Un peu plus bas, à une poignée de battements d’ailes de corbeaux, c’est une ville de garnison vieille comme la France qui se réveille en gardant jalousement le passé fondateur de son traité de 843 scellant au passage les premières affaires de familles entre ces peuples des deux côtés du Rhin. Les petits-fils de Charlemagne se disputent les bijoux de la couronne… Et l’avenir appartient à ceux qui luttent, qui futuri sunt moliti. En 843, qu’importe l’avenir, il est si lointain… Le 21 février 1916 à 7h15, 1200 canons allemands rassemblés derrière les crêtes à une petite vingtaine de kilomètres pilonnent pour faire mal tout ce qui bouge. 1200 canons de 77 mm, de 150, de 210, de 305 ou de 420. Cette autre version de l’apocalypse traduit la tactique du Kronprinz allemand qui croit plus que tout dans les valeurs du trommelfeuer, le feu roulant ! On dit qu’au même moment, à Mers El Kébir, Madame Ambit perdit l’équilibre sur ses épluchures de pommes de terre qui étaient pourtant posées sur la table, et qu’au pays basque un vol de palombes, les larmes aux yeux, s’enfuit d’un coup d’ailes tout droit vers l’Espagne… 2 millions d’obus s’écrasent en une longue journée sur une poche de France d’à peine 10 kilomètres de long, un obus de gros calibre toutes les deux secondes, les autres plus petits empêchant de compter le temps suspendu à l’effroi. On a entendu la canonnade jusque dans les Vosges à 150 kilomètres de là. Et le pire reste à venir. A 16h45, 60.000 fantassins allemands, abrutis par cette incroyable fureur et gorgés de mitrailleuses lancent l’assaut sur 6 kilomètres de large. Et ce n’est pas tout… Dans son génie absolu, l’armée allemande teste ce jour-là et à grande échelle le petit nouveau de ses inventions : le flammenwerfer, les lance-flammes qui brûlent tout, souvenirs et corbeaux compris.

Racines d'Actu : Février 1934

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 13 février 2016. dans La une, Histoire

Racines d'Actu : Février 1934

Février, ce moment où la France connut – les 6 et 7 février 1934 –, à la suite de l’affaire Stavisky et d’un contexte de crise globale, des émeutes d’extrême droite très violentes faites d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. C’est avant tout une occasion de faire le point sur ces événements importants de notre histoire politique. Cela dit, je vais aussi vous proposer ici d’ajouter à cet aspect purement historique des éléments liés à l’actualité que nous vivons, puisqu’un certain nombre d’observateurs ont pu comparer les années 1930 à des caractères actuels, avec certes de très grandes différences, mais aussi des points communs.

Le contexte général de ce qui se passa en France en février 1934 se situa dans le cadre d’une crise multiforme. D’abord, bien sûr, celui d’une crise économique et sociale, puisqu’à partir de la « Grande Dépression » qui frappa les États-Unis dès octobre 1929 notre pays fut touché en 1932, soit un an après l’Autriche et l’Allemagne, et également en fonction du rapatriement des capitaux américains par les grands organismes financiers étasuniens. Ensuite, celui d’une crise morale, qui fut révélée par des scandales politico-financiers, et notamment « l’affaire Stavisky », cet escroc de haut vol, particulièrement doué pour la mise en place de montages complexes, et qui, en ayant créé par exemple le Crédit Municipal de Bayonne, « au service de » différents types d’épargnants (y compris de petits porteurs), provoqua un scandale retentissant lorsque l’on sut que des hommes politiques de la IIIème République avaient trempé dans ses combines plus que louches. J’ajoute qu’étant juif (d’origine ukrainienne), donc considéré par l’extrême-droite comme pas réellement « français », Stavisky devint un symbole de ce qu’il fallait exécrer dans la « Finance ». Le fait qu’il se suicida, ou qu’il fut assassiné (afin d’éviter les révélations qu’il aurait pu faire), jeta une suspicion sur le régime. Enfin, par voie de conséquence, celui d’une grave crise politique, dans la mesure où, malgré la victoire électorale des gauches lors des élections législatives de 1932, aucun gouvernement stable ne put se mettre en place, bien que le radical Édouard Daladier fût investi comme Président du Conseil le jour même du 6 février 1934. En effet, les gauches étaient profondément divisées depuis 1920, avec la rupture entre socialistes et communistes à Tours.

En ce qui concerne les événements des 6 et 7 février eux-mêmes, on assista à Paris, Place de la Concorde, à de très importantes manifestations de rues suivies d’une répression, cela tournant à l’émeute après l’annonce par le gouvernement Daladier du départ du préfet de police Jean Chiappe qui avait les sympathies de la droite et de l’extrême-droite. Ces troubles furent organisés par les différentes ligues et partis d’extrême droite nationalistes, antiparlementaires et souvent antisémites, tels que L’Action Française (de Charles Maurras) avec ses Camelots du roi, les Jeunesses Patriotes (de Pierre Taittinger), les Croix-de-Feu (du colonel de La Rocque), etc. De violents heurts eurent lieu avec les cavaliers de la garde républicaine mobile. Ces ligues allaient-elles marcher sur le Palais Bourbon, bâtiment abritant l’Assemblée nationale ?! On compta de nombreux morts et blessés parmi les manifestants, et pratiquement pas au sein des forces de l’ordre. La République vacilla puisque le gouvernement de centre-gauche dirigé par le radical Édouard Daladier dut immédiatement démissionner. Un nouveau président du conseil considéré comme ayant plus d’autorité fut alors nommé par l’Assemblée des députés, Gaston Doumergue, qui prit la tête d’un gouvernement d’union nationale pour faire face à cette crise de février. Cela dit, et après la manifestation isolée du Parti Communiste Français dès les jours suivants – le 9 février –, une contre-manifestation eut lieu le 12 février. Deux cortèges de gauche se faisaient face, celui du Parti Communiste Français et des syndicalistes de la Confédération Générale Unitaire du Travail d’un côté, et celui de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (les socialistes) accompagnée de la Confédération Générale du Travail ; on pouvait craindre des affrontements, car les communistes et les socialistes avaient alors des relations extrêmement conflictuelles. Et pourtant, les deux foules se mêlèrent d’un coup, au cri de « Unité ! Unité ! », les militants se jetant dans les bras les uns des autres… ! Le catalyseur de « l’antifascisme » (le « fascisme » étant d’ailleurs un terme impropre pour les ligues d’extrême-droite françaises à ce moment-là, sauf pour le francisme de Marcel Bucard et Solidarité française du riche parfumeur François Coty) avait fonctionné pour les anciens frères ennemis. Et tout ceci allait déboucher progressivement sur les étapes qui mèneraient à la constitution du Front Populaire, encouragé, pour les communistes français, par le célèbre « télégramme » qui leur fut envoyé par Staline en 1935 leur intimant l’ordre de constituer des fronts populaires étant donné la menace que faisait peser Hitler en rapport avec une attaque possible des nazis contre l’Union Soviétique…

Les Etrusques : écriture et société dans l'Italie antique

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 30 janvier 2016. dans La une, Histoire

Musée Henri Prades – Lattes – 34

Les Etrusques : écriture et société dans l'Italie antique

Le Site archéologique Lattara, Musée Henri Prades de Montpellier Méditerranée, nous a habitués depuis des années, à côté de son exposition permanente – en rapport avec le site de la cité antique de Lattara –, à présenter de très belles expositions temporaires.

 La dernière, qui commença le 17 octobre 2015 et se terminera le 29 février 2016, est consacrée à l’une des plus énigmatiques civilisations de l’Antiquité : celle des Étrusques, dont le cœur historique se situait en Italie centrale. Il s’agissait précisément de la Toscane, autour des cités telles que Véies, Vulci, Volterra, Cortone, etc. La visite que je viens de faire m’a incité à rédiger cette chronique afin de préciser un peu où l’on en est actuellement en ce qui concerne la civilisation étrusque, concurrente de celle des Romains des premiers siècles et des Grecs installés en Italie du Sud et en Sicile. L’exposition est ciblée sur l’écriture étrusque et la société de l’Italie antique. Ajoutons que cette leçon d’archéologie et d’Histoire est co-produite par le Musée de Lattes et le Musée archéologique étrusque de Cortone, avec le partenariat – pour l’épigraphie – d’institutions telles que le Musée du Louvre et les Musées archéologiques de Florence et de Zagreb.

L’écriture étrusque (plus de 12.000 inscriptions, en général courtes et fragmentaires), orientée généralement de droite à gauche, fut pendant longtemps une sorte de mystère, en dehors du fait que l’on savait qu’elle correspondait à une adaptation de l’alphabet grec et qu’elle fit son apparition vers 700 avant J-C à partir des cités helléniques d’Italie du Sud Cumes et Ischia (colons grecs venus de Chalcis et d’Erétrie). Les Étrusques n’étant pas un peuple utilisant une langue indo-européenne, ce qui rajoute un élément à l’énigme qui les entoure, on pouvait certes déchiffrer leur langue, mais elle restait – et demeure encore au moins en partie – largement incompréhensible. Cela dit, des progrès ont été accomplis dans le domaine de la langue étrusque. On arrive ainsi à identifier, sur des inscriptions, des noms d’artisans et d’artistes, précisant « untel a fait ceci », soit l’affirmation d’une sorte de possession, ou bien des dons du type « untel à donné à telle personne ». On a aussi des documents exceptionnels comme celui de Cortone, datant du IIe siècle avant notre ère, se présentant sous la forme d’une plaque en bronze faite de plusieurs parties, et toutes sortes d’écrits en rapport avec le culte des morts (dans les tombes, les Étrusques mentionnèrent de plus en plus l’identité du défunt), et même la vie quotidienne. Il se produisit donc une réelle démocratisation de l’utilisation de l’écriture, et ceci à partir des VIe-Ve siècles. Mais, il faut dire que tout cela ne nous permet pas d’avancer énormément – malgré la grande quantité d’inscriptions en notre possession – dans la connaissance du fonctionnement en profondeur de la civilisation de ce peuple. En fait, on sait juste un peu plus se repérer dans cette écriture que pour celle des minoens utilisant le linéaire A, restant toujours impossible à déchiffrer et à comprendre – contrairement au linéaire B mycénien. Il faut signaler au passage que, pour l’aristocratie étrusque, l’écriture revêtait un aspect fondamental en tant que signe de culture et de pouvoir, surtout au cours du VIIe siècle de notre ère.

Le Front National, quelles extrêmes-droites ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 23 janvier 2016. dans La une, France, Politique, Histoire

Le Front National, quelles extrêmes-droites ?

De nombreux historiens et politologues se sont penchés sur ce que serait censé représenter le Front National aujourd’hui en tant que phénomène politique, sachant que nous sommes en 2016 et que tout le monde sait – parmi ces experts – que Marine Le Pen n’est pas une sorte d’Hitler en jupons ! Cela dit, même si l’essor de ce parti d’extrême-droite en France (comme pour ses équivalents extrémistes ou populistes en Europe) correspond bien à un phénomène nouveau, il ne s’en rattache pas moins à des racines historiques très profondes, qui ont connu des résurgences à plusieurs époques de notre Histoire, dans des contextes économiques, sociaux et autres, bien particuliers.

Un préalable : quels sont les ingrédients pérennes de la montée de l’extrême-droite dans notre pays ? Depuis le Boulangisme, ce sont en fait toujours les mêmes : un contexte de crise multiforme, une coupure entre le peuple et les élites, une volonté de « renverser la table » (comme on dit), des slogans de type démagogique, la prétention à aller au-delà de l’opposition droite/gauche (dans une situation de brouillage des repères) et un leader (ou une cheffe) charismatique.

Même si le Front National n’est pas structuré – à la différence des partis politiques démocratiques traditionnels – en tendances, on peut toutefois y trouver plus que des sensibilités illustrant des fondements brassant toute l’Histoire de l’extrême-droite française depuis la période contre-révolutionnaire des années 1815-1830 – lorsque le régime de la Restauration se mit en place (le légitimisme). Au sein du parti d’extrême-droite français actuel on trouve des monarchistes autoritaires, des bonapartistes et des néo-gaullistes également autoritaires, des boulangistes (au sens de ce que fut la célèbre tentative du Général Boulanger vers la fin du XIXe siècle), des souverainistes, des intégristes catholiques, des antisémites et des islamophobes (avant tout), des néo-fascistes et des néo-nazis, etc…

Marine Le Pen elle-même, tout en concentrant son ciblage contre l’islam (pas seulement face au djihadisme), m’apparaît comme devant être rattachée historiquement (au moins indirectement) à ce que j’appellerais un boulangisme mâtiné de néo-mussolinisme. En effet, à la dénonciation de l’immigration, qu’elle lie à l’insécurité, elle a ajouté, contrairement à son père (qui était économiquement un ultra-libéral), des thèmes venus de la gauche et même de la gauche de la gauche : « l’État Providence », mais réservé aux seuls nationaux. Nous savons que cette technique de manipulation et de communication est appelée « triangulation » par les « spin doctors » américains, conseillers en marketing politique. En liaison avec ce que Marine Le Pen nomme la « dédiabolisation », il est certain qu’un homme tel que Florian Philippot – venu du chevènementisme, puis des périphéries du Front De Gauche – lui apporte beaucoup comme « gourou social » et inspirateur d’un parti qui voudrait réellement transcender l’opposition traditionnelle droite/gauche. Par ses slogans beaucoup plus nationaux et sociaux que ceux employés par son père (qui savait par ailleurs qu’il ne pourrait jamais gouverner et n’envisageait donc qu’une augmentation de sa capacité de nuisance pour « l’establishment » ou « le système de l’UMPS »), la cheffe du Front National se rapproche nettement plus sur le plan historique d’un certain fascisme italien – comme annoncé déjà plus haut.

Racines d’actu : Le Congrès de Tours, 1920

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 04 janvier 2016. dans La une, Histoire

Racines d’actu : Le Congrès de Tours, 1920

Quand la Gauche débattait déjà de sa refondation…

Nous venons tout juste de quitter l’année 2015. Or, il se trouve que c’est exactement il y a 95 ans, entre le 25 et le 30 décembre 1920 qu’eut lieu, salle du Manège à Tours, le congrès qui allait mettre fin à l’unité du mouvement socialiste français. En effet, la minorité des mandatés, sous l’égide de Léon Blum, décidèrent de maintenir le Parti Socialiste Unifié SFIO (Section Française de la IIème Internationale), tandis que la majorité créa le futur Parti Communiste Français sous le nom de SFIC (Section Française de la IIIème Internationale). Lors de la fin des débats, les socialistes s’écrièrent Vive Jaurès ! et les communistes Vive Jaurès ! Vive Lénine !). Je rappelle que cette division au sein du mouvement ouvrier ne concerna pas que la France, puisqu’elle eut une dimension internationale, à la suite de ce que l’on appela bien à tort La Révolution d’Octobre, et qui n’était qu’un coup d’État.

Pourquoi cette rupture et qui la provoqua vraiment ? Pendant la Grande Guerre déjà (14-18), la SFIO avait connu des divisions par rapport à l’Union sacrée. Mais, c’est ce qui se passa en Russie après octobre 1917 (tous les socialistes ayant salué la chute du régime tsariste en février et même ce qui semblait être une révolution en octobre) qui amena progressivement à la scission. La grande question qui se posa fut celle de savoir s’il fallait ou non faire partie de la IIIème Internationale (inféodée à Lénine et aux Bolcheviks), créée à Moscou en mars 1919, c’est-à-dire accepter les 21 conditions imposées pour pouvoir y adhérer. Il s’agissait en fait de transformer en profondeur la SFIO en l’amenant à devenir un parti de révolutionnaires professionnels ! Trois tendances se firent jour pendant le Congrès de Tours. D’abord, une aile modérée, regroupée autour de Léon Blum, et qui refusa dès le départ l’idée de l’acceptation des 21 conditions. Ensuite, une aile centrale ou centriste, avec Jean Longuet et Paul Faure, qui voulait négocier certaines de ces conditions, ceci pour pouvoir adhérer à cette nouvelle Internationale, et qui essayait en réalité, d’une certaine façon, de maintenir l’unité du parti. Enfin, une tendance radicale, autour d’hommes tels que Marcel Cachin, qui acceptaient en bloc les 21 conditions, parlant même d’en exiger mille… !

Dès lors, la rupture ne pouvait pas être évitée. Les conséquences immédiates furent en effet les suivantes. D’abord, bien sûr, comme cela a déjà été dit en introduction, la naissance du communisme français, avec la création d’un nouveau parti, la SFIC (Section Française de l’Internationale Communiste), futur PCF, soutenu par une majorité des mandatés ; et le maintien d’une SFIO (membre de la IIème Internationale), avec une minorité des mandatés. Celle-ci se regroupa en fait autour de Léon Blum, de Jean Longuet et de Paul Faure, la tendance centrale ayant refusé le coup de knout de Moscou ! Comment ne pas rappeler ici le célèbre discours de Léon Blum parlant de frères qui allaient se séparer, et non pas comme des ennemis, et disant que pendant qu’ils partiraient à l’aventure, il fallait bien que quelqu’un gardât la vieille maison ? Ce que l’on connaît moins, par contre, c’est la description prophétique que celui-ci fit de ce qui allait aboutir, par le biais du communisme autoritaire de Lénine, au stalinisme : à partir de comités occultes, déclara-t-il, vous aboutirez non pas à la dictature impersonnelle du prolétariat, mais à une dictature tout court, qui ne pourra aboutir qu’à celle d’un homme… !

Glaciations… et Raspoutitsa

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 décembre 2015. dans La une, Histoire

Glaciations… et Raspoutitsa

Qui dit hiver, dit « vent d’hiver », mais le « vive le vent » de la chanson n’habite plus cet hiver-ci, semblant « ensilencé » pour si longtemps… Qui dit hiver, dit les brouillards (la brume, c’est trop romantique), où l’on se perd à la brune, « empeuré », sur des landes des « hauts-de-hurle-vent »… Qui dit hiver, dit cette tombée de la lumière (quand pour autant, elle s’est levée le matin), passé les 4 heures. Ici, quand je reviens de la mer, où il fait bon marcher pour soigner ce besoin de décompression qu’on a tous à présent, je quitte l’incomparable gris-bleu-vert des tableaux de Courbet et, 10 minutes après, entrant en ville, c’est le sombre qui noie les rues. Comme une chape, une angoisse à venir, que semblent ne pouvoir jamais plus chasser les illuminations des Fêtes.

Hiver. Cet hiver 2015, rejoignant – sinistre pont – l’autre Janvier. Englué (une de nos deux Sabine disait l’autre jour : la gangue brune) dans la marée noire, implacable et – on pourrait croire – inéluctable, de ces  dimanches d'urnes-yo-yo, un perdu, l'autre moins, pour le pays, l’homme et le citoyen. Oui, tout ça ; les attentats, l’état d’urgence, la guerre (asymétrique, mais…), le bruit de l’Extrême Droite couvrant nos territoires… Métaphore de l’hiver – à tête de mort.

Découragements, qu’on entend siffler dans la Tramontane ; gueule de bois avant le Réveillon – le contenu de ce qu’on se souhaitera au détour de l’An neuf, qu’on peut réciter à l’avance, à mi-chemin citoyenneté, mantra ; vœux pieux, disent déjà les bonnes gens. On sent le poids des neiges qui viendront, et bien plus le coupant de verre des glaciations de demain. Le temps des glaces – on en frissonne – jusqu’à quand ? 2016… en avant ! Croyez-vous… Là, on est mal, me dit ce voisin, bon citoyen de base, en recherche d’emploi, ayant résisté – le brave – aux sirènes frontistes, trouvant de temps à autre Hollande trop mou mais maintenant, plus silencieusement, ponctuant : faut se serrer les coudes… tout est dit, ou pas loin.

Film ; défilement en boucle de ce trop plein d’images propres aux cauchemars des enfants tapis au fond de nous. On hésite : science-fiction ? Fantastique ? Horreur ? Mais quand on dit film, on dit fin du film et pourquoi pas happy end, là, rien à faire, on sent qu’on est dans autre chose.

Alors, finalement, le livre d’Histoire et la mémoire des temps – pour faire reprendre au tissu sa vraie place et laisser à nos membres engourdis ce petit volant d’encore actif qui préserve la vie – il n’y a que ça pour moi. Vieux réflexe ; d’autres prieraient peut-être…

Être historienne m’a toujours semblé un bouclier contre les houles des peurs collectives qui de ci, de là, nous assaillent. Contre les peurs intimes, c’est autre chose, mais, s’adosser aux autres, via l’expérience de ceux d’avant ; ce qu’ils ont su faire, ce qu’ils ont raté, cette impasse-là, ce chemin-ci… Si l’Histoire ne repasse jamais les plats à l’identique – cette évidence ! – le déroulé des Histoires, celles des faits bruts, des guerres, des mentalités ; des représentations surtout, voyez-vous, ça aide. Ça débroussaille. Un très beau livre campe au mieux de ma bibliothèque ; son titre : « Les malheurs des temps »…

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