Histoire

1960, la guerre des Manifestes

Ecrit par Farid Namane le 12 décembre 2015. dans La une, Histoire

Du Manifeste des 121 (1) au Manifeste des intellectuels français (2)

1960, la guerre des Manifestes

« La guerre d’Algérie n’appartient pas tout entière à la presse, mais des épisodes particuliers, comme le problème des tortures ou le récit des négociations, lui demeurent spécialement attachés » (3),Pierre Nora.

En 1960, deux ans avant la fin de la guerre d’indépendance algérienne on voit en France une mobilisation sans précédant dans le milieu intellectuel qui commençait à intervenir et à pendre position publiquement vis-à-vis de la « guerre d’Algérie ». Certains intellectuels n’ont pas attendu l’année 1960 pour prendre position, comme Pierre Vidal-Naquet qui dénonça la torture après la « mort » de Maurice Audin en 1957. Henri Alleg aussi, de son côté, dénonça la torture qu’il a subie pour avoir été soupçonné d’aide au FLN ; son livre La Question (1958) a suscité une vive polémique et fut saisi après sa publication. Dans ce climat, certains ont vu dans le retour du Général De Gaulle au pouvoir une aubaine pour la réconciliation et la paix en Algérie ; cela n’avait pas été le cas puisque ce dernier ne répondait pas aux exigences et aux revendications du peuple algérien. Face à la recrudescence de la violence et des massacres, notamment suite à l’affaiblissement de l’ALN après l’installation des lignes Morice et Challe en 1959, la guerre a atteint son dernier virage et la France a tout fait pour précipiter la défaite de l’ALN, surtout avec l’enrôlement d’un nombre en nette recrudescence de jeunes soldats de la métropole venus renforcer l’armée française en Algérie. C’était dans tout ce climat qu’un groupe d’intellectuels français a pris la parole, dans Le Manifeste des 121, pour dénoncer les horreurs de la guerre, leur soutien au FLN mais aussi revendiquer « le droit à l’insoumission » pour les jeunes français appelés à rejoindre l’armée en Algérie. Quel est donc le contenu de ce Manifeste et pourquoi a-t-il suscité autant de polémique dans le milieu intellectuel français ?

Le droit à l’insoumission

Rédigé par Maurice Blanchot et Dionys Mascolo, Le Manifeste des 121 a pour titre « Déclaration sur le droit à l’insoumission durant la guerre d’Algérie »(4)et fut publié le 6 septembre 1960, et fut aussitôt censuré. Parmi les principales thèses défendues, on retient le soutien direct et déclaré au peuple algérien qui aspire à sa libération ainsi que la justification du « droit » à la désobéissance militaire pour les soldats français. Pour ces intellectuels, la « guerre d’Algérie » est une guerre juste qui a pour but l’indépendance d’un peuple tandis que la France ou le territoire français n’est à aucun moment menacé : « Pour les algériens, la lutte poursuivie, soit par des moyens militaires, soit par des moyens diplomatiques, ne comporte aucune équivoque. C’est une guerre d’indépendance nationale. Mais, pour les Français, quelle en est la nature ? Ce n’est pas une guerre étrangère. Jamais le territoire de la France n’a été menacé. Il y’a plus : elle est menée contre des hommes que l’Etat affecte de considérer comme français, mais qui, eux, luttent précisément pour cesser de l’être. Il ne suffirait même pas de dire qu’il s’agit d’une guerre de conquête, guerre impérialiste, accompagnée de surcroît de racisme. Il y’a de cela dans toute guerre, et l’équivoque persiste ». Ce Manifeste a eu le « mérite » de relancer le débat intellectuel concernant la « guerre d’Algérie », ce qui se faisait avant mais à travers quelques livres rares et censurés ou à travers des lettres privées entres écrivains. Les décisions des signataires ont poussé les partisans de l’Algérie française à prendre position et à répondre, notamment pour dénoncer les déclarations qu’on peut lire dans le Manifeste des 121 notamment cet extrait : « Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment que leur devoir d’apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français. La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres ». Ce Manifeste avait relancé le débat entre, d’un côté la gauche et l’extrême-gauche qui étaient « pour » l’indépendance de l’Algérie, et de l’autre les partisans de l’Algérie française et le maintien de l’armée en Algérie ainsi que la poursuite des combats.

Je t’interdis d’aller faire la guerre…

Ecrit par Sabine Aussenac le 14 novembre 2015. dans La une, Ecrits, Actualité, Histoire

Je t’interdis d’aller faire la guerre…

Chaque fois que je descends du 16, je jette un coup d’œil au Monument aux Morts de l’avenue Camille Pujol, dont les discrètes mosaïques ornent la façade de l’école primaire…

Souvent, je ne vois rien, un peu courbée par une journée ordinaire, ou pressée de rentrer vers le calme de notre écrin de verdure de la Place Pinel. Mais parfois je prends le temps de conscientiser ce lieu de mémoire et de lire quelques noms, qui, soudain, quittent le marbre éternel et l’anonymat de l’Histoire… Une lecture silencieuse qui, entre un caddy chargé de cours ou de courses, un repas à préparer, des copies à corriger, un texte à écrire, des parents à appeler, se fait mémorielle, comme si cette seconde de lettres assemblées permettait la corporéité fugace d’un nom oublié depuis des lustres…

Hier, j’ai prêté une attention particulière à Pierre Montels, disparu le 20 août 1918, à Arthur Bourgail, tombé le 5 novembre, et aux huit autres noms dont les propriétaires ont été fauchés par la Grande Guerre dans les toutes dernières semaines de barbarie… Ces dix pauvres garçons, qui, par un clair matin d’été ou par une soirée embrumée d’octobre, si près de cette journée où un wagon devint symbole de paix retrouvée après l’armistice, ont succombé à quelques encablures de la délivrance, comme, bien des années plus tard, ma petite Anne disparut peu avant la libération du camp de Bergen-Belsen.

En Allemagne, justement, en cette année 1918, de tout jeunes gens tombèrent, eux aussi ; au hasard du net je trouve ce Philipp Süglein ou ce August Schmäling, âgés de 19 ans à peine… Et je ne doute pas que des centaines de tirailleurs sénégalais et de combattants nord-africains soient tombés, de la même façon, dans les dernières heures des combats, puisque 63000 hommes avaient encore été recrutés en Afrique Occidentale pour la seule année 1918, malgré l’hécatombe du Chemin des Dames où certains « bataillons noirs » avaient pourtant perdu plus de trois-quarts de leurs effectifs…

Hier, me figeant un moment devant le Monument aux Morts de mon quartier, avant les commémorations officielles, je me la suis imaginée, la jeune fiancée de Pierre Montels, qui habitait peut-être une petite « Toulousaine » dans quelque village aux briques roses, effondrée de douleur en ce 11 novembre 1918, quand les cloches de l’église sonneront d’allégresse alors qu’elle hurlera sa douleur non tarie depuis l’été, quand le glas avait résonné pour Pierre… S’appelait-elle Augustine ? Ou Victorine, ou Marie-Louise ? Elle se souviendra longtemps de l’unique baiser échangé sous le pommier du verger de son père, quand le beau Pierre lui avait juré qu’il resterait en vie, avant que la boue ne recouvre son cadavre mutilé en quelque baie de Somme…

Le camp de Rivesaltes, mémoire des camps français

Ecrit par Sabine Vaillant le 14 novembre 2015. dans La une, Histoire

Le camp de Rivesaltes, mémoire des camps français

« Un peuple est fort lorsqu’il ose regarder en face sa pire histoire. Ça n’arrive pas qu’à l’autre bout du monde, c’est arrivé ici. Que ce travail de mémoire serve à notre jeunesse, à tous, à l’humanité » (Christian Bourquin).

Le ciel d’un gris entêtant couvrait le camp de Rivesaltes ce dernier dimanche d’octobre 2015. A portée d’ailes, les Corbières restaient en retrait et le Canigou drapé dans les plis et replis de sa couverture d’automne se faisait petit. L’air doux et humide de la mer empaquetait le plat de la plaine du Roussillon aux allures désertiques, laissant immobiles les éoliennes. A quelques centaines de mètres, l’autoroute déroulait sans fin son asphalte ton sur ton avec le ciel. Seul le sol réfléchissait la lumière laissant l’œil découvrir l’étendue des 620 hectares du camp de Rivesaltes recouvrant trois guerres : une guerre civile, une guerre coloniale, une guerre mondiale. Ancien camp militaire Joffre, plus grand camp d’Europe occidentale où furent internés : juifs étrangers, républicains espagnols, tziganes à partir du 14 janvier 1941, et qui servit de centre de rétention administrative jusqu’en 2007.

De fragiles baraquements de béton en ruine, alignés parfaitement, ouverts à tous les vents, entourés d’une corde au ras du sol, surplombés à intervalles réguliers de poteaux électriques récents aux ampoules allumées, émergent dans leur solitude et le silence glaçants. Au centre sur l’ancienne place d’armes, le Mémorial de l’architecte Rudy Ricciotti, long monolithe de béton couleur sable, dont l’arrête la plus haute s’aligne sur le point le plus haut des baraquements, sans fenêtres avec pour seule ouverture le ciel.

Le chemin en pente et souterrain jusqu’au patio de l’entrée du mémorial matérialise la plongée dans « la mémoire enfouie » que va effectuer le visiteur. Le long couloir d’accès à la grande salle d’exposition en est une autre rappelant les files d’attente de ceux qui ont été forcés de survivre ici, avant, pour les Juifs, d’être embarqués dans des wagons à bestiaux vers Drancy puis Auschwitz ou Dachau où 2500 d’entre eux sont morts.

A l’intérieur tout autour de la salle, l’espace scande les temps du camp en six modules avec des films et des panneaux sobres, reprenant le contexte historique français et mondial : montée des fascismes en Europe et politique d’internement, guerre d’Espagne, Seconde Guerre mondiale, guerre d’Algérie. Ils racontent les Espagnols fuyant les troupes franquistes en janvier et février 1939, le premier convoi de déportation des juifs de Rivesaltes pour Drancy puis Auschwitz le 11 août 1942, les Tziganes, et les Harkis à partir du 12 septembre 1962 et jusqu’à sa fermeture en 1964.

Mais aussi un espace plus grand où des films, cartes à l’appui, expliquent le poids de l’histoire : guerre des Balkans, Première Guerre mondiale, colonisation, sur le camp de Rivesaltes mais aussi sur les autres camps en France.

Reflets des Arts Traité des divers arts par le moine Théophile

Ecrit par Johann Lefebvre le 07 novembre 2015. dans La une, Arts graphiques, Histoire, Littérature

Reflets des Arts Traité des divers arts par le moine Théophile

Rédigé en latin au XIIe siècle, le « Schedula diversum artium », signé par le moine Théophile (Theophilus Presbyter), né vers 1070 et mort en 1125, se présente sous une forme encyclopédique et technique ; il demeure l’un des plus importants écrits sur l’art du Haut Moyen Âge. Il est prétendu par certains, sans que ce soit démontré formellement – les chapitres consacrés à l’art de la forge et des métaux en général étant fort bien documentés – que Théophile serait le pseudonyme utilisé par un moine bénédictin originaire de Saxe, Rugerus. L’ouvrage est décomposé en trois parties, partant d’une base historique et multiculturelle, grecque, byzantine, arabe jusqu’à l’art roman de son temps : la première partie est consacrée à la peinture murale et à l’art de la miniature, la deuxième s’intéresse à la manufacture verrière et à la peinture sur cette matière, la troisième et dernière explore les techniques de la fonte, le travail des métaux, de l’ivoire, des pierres précieuses et de l’or.

C’est à l’aube de la Renaissance, en 1477, que le livre de Théophile est recensé par le carme Matthias Farinator, de Vienne, dans son vaste recueil – un incunable – « Lumen animæ », puis en 1530 par Cornélius Agrippa dans son livre « Sur l’incertitude et la vanité des sciences » (1). Dans le recueil de Farinator, on relève quarante-deux passages extraits du « Traité des divers arts », appelé alors « Brevarium diversarum artium » ; l’auteur y précise la provenance allemande du texte, et les études philologiques confirmeront cette origine par l’utilisation de vocables germaniques latinisés ou d’expression idiomatiques typiques. C’est Lessing (2) qui entame le premier la publication du Traité, celle-ci étant achevée par Christian Leiste en 1781, suivie par de nombreuses autres éditions enrichies (en particulier en Angleterre). Le texte apparaît aujourd’hui sous la forme que j’ai résumée plus haut. Dans le prologue du premier chapitre, Théophile écrit « […] saisis avec des regards avides ce Traité de la Peinture ; lis-le avec une mémoire fidèle ; embrasse-le avec un amour ardent. Si tu l’approfondis attentivement, tu trouveras là tout ce que possède la Grèce sur les espèces et les mélanges des diverses couleurs. […] ». Cette référence nous indique clairement que Théophile connaît bien l’art(isanat) byzantin, et ce n’est pas hasard si l’on retrouve, dès les siècles précédents, une nette influence byzantine dans les arts d’outre-Rhin, comme par exemple dans les miniatures qui sortent des ateliers de Trèves, dans l’Évangélistaire de Géréon à Cologne ou encore le Sacramentaire d’Henri II. Par ailleurs, on détecte chez Théophile l’influence des livres d’Héraclius sur les arts des Romains (« Libri Eraclii, de coloribus et artibus Romanorum »), des « Mappae clavicula » ou du Papyrus de Leyde…

Il est important de garder à l’esprit que Théophile est un moine, pas un artiste. S’il compile avec une certaine érudition les techniques artistiques et artisanales (hormis la sculpture), ce n’est pas pour en faire spécialement un manuel pour artiste ou artisan, puisque ce qui lui importe est avant tout la transmission de ces savoirs à destination des autres moines et d’expliquer, de comprendre les moyens à disposition pour embellir la maison de Dieu, l’église : conformément à l’esprit de son temps, l’art pour lui ne peut être qu’au service de la parole de Dieu et n’est possible que par la foi dont fait preuve l’artiste dont la main, finalement, est guidée par l’esprit divin. Il n’y a évidemment dans ce Traité aucune réflexion concernant l’origine de l’art, indiscutablement lié, pour lui, au péché originel ou la fonction de l’art comme imitation (copie simple) de la nature. Il s’agirait plutôt d’une représentation de l’œuvre de Dieu, mais à rebours de la narration de la Genèse puisque dans la composition d’une peinture, par exemple, c’est l’homme qui doit apparaître en premier, et surtout son visage – ad imaginem et similitudinem Dei.

1. L’art de la peinture (De temperamentis colorum) en 38 chapitres. Théophile s’attache d’abord à décrire la réalisation picturale, avant que d’expliquer les recettes pour obtenir telle ou telle couleur. Comme dit plus haut, la représentation de l’être humain est primordiale : il consacre une bonne part de ce thème au travail des tons pour créer la couleur de chair des corps nus et particulièrement, les détails du visage, pour dessiner et colorer les drapés des vêtements, les décors. Suivent les chapitres consacrés à l’or et l’argent, à l’étain coloré, au safran, au cinabre, à la céruse, au folium, et au blanc d’œuf – fixatif et vernis –, et aux principaux procédés d’enluminure et de peinture sur les livres, aux colles (de fromage, de peau, de corne), à la technique dite flamande concernant la manière de moudre l’or, aux métaux divers et à leur encollage.

2. L’art du verre peint (De arte vitriaria) en 31 chapitres. Là encore, ce qui importe, c’est la création des couleurs dans cette matière qui, à l’époque, est vert, et en général assez opaque. Les techniques décrites vont de la création du fourneau pour faire le verre, les façons de le travailler, de le couper et de le colorer, coloration principalement obtenue grâce à des additifs comme l’oxyde de fer et de cuivre, ou le cobalt, utilisé depuis l’antiquité pour donner au verre une teinte bleue. On y découvre même la façon de faire les fenêtres de verre, on y apprend le moyen de poser les pierres précieuses sur le verre peint, dont la méthode est inédite voire contraire à celle utilisée communément à cette époque : « Lorsqu’elles seront peintes suivant les règles de l’atelier, préparez les places où vous voudrez poser les pierres ; et prenant des parcelles de saphir clair, formez-en des hyacinthes en proportion avec le nombre des places auxquelles vous les destinez, puis avec du verre vert des émeraudes ; faites en sorte qu’il y ait toujours une émeraude entre deux hyacinthes. Les ayant jointes et consolidées soigneusement à leurs places, entourez-les au moyen du pinceau d’une couleur épaisse, afin que rien ne puisse couler entre deux verres : dans cet état, cuisez les autres parties dans le fourneau, et elles adhéreront entre elles au point de ne jamais tomber » (Chap. XXVIII).

« Ni oubli, ni pardon » ou l’imprescriptibilité banalisée

Ecrit par Jean-François Vincent le 31 octobre 2015. dans Philosophie, La une, Histoire

« Ni oubli, ni pardon » ou l’imprescriptibilité banalisée

A l’occasion de l’anniversaire de la mort du jeune Rémi Fraisse, tué par une grenade dans la « zad » du barrage de Sivens, on a vu refleurir ce curieux slogan qu’on avait déjà entendu lors du décès de Clément Méric, au détour d’une rixe avec l’extrême droite : « ni oubli, ni pardon ! » clamait, par exemple, le site du NPA (Nouveau Part Anticapitaliste) sur son site, le 21 octobre dernier. Et le groupe Cutter & le Druide d’entonner :

« Le meilleur hommage, c’est de continuer le combat.

Ni oubli, ni pardon, devant les assassinats.

Face aux abus de la police, face aux crimes fascistes,

Jamais, jamais on baissera les bras,

Notre haine n’est pas factice ! »

Alors quoi ? Haine éternelle ? Imprescriptibilité ? Il est intéressant de se pencher sur ce mot d’ordre bizarrement augustinien…

« Never forgive » apparut lors du procès de Nuremberg ; et c’est en 1979, à l’occasion de la création d’un mémorial, dédié par Jimmy Carter au six millions de victimes de Shoah que l’hebdomadaire Time titra : « The holocaust : never forget, never forgive ». Normal ! Les crimes contre l’humanité – eux – sont, en effet, imprescriptibles. En France, ce fut la loi du 26 décembre 1964 qui institua cette règle de droit : « Les crimes contre l’humanité, tels qu’ils sont définis par la résolution des Nations Unies du 13 février 1946, telle qu’elle figure dans la charte du tribunal international du 8 août 1945, sont imprescriptibles par leur nature. La présente loi sera exécutée comme loi de l’État ».

En 1971, le philosophe Vladimir Jankélévitch fit paraître un petit ouvrage, intitulé L’imprescriptible, dans lequel il développe la notion : « Le vote du Parlement français énonce à bon droit un principe et, en quelque sorte, une impossibilité a priori : les crimes contre l’humanité son imprescriptibles, c’est-à-dire ne peuvent pas être prescrits ; le temps n’a pas de prise sur eux. Non point même qu’une prorogation de dix ans serait nécessaire pour punir les derniers coupables. Il est en général incompréhensible que le temps, processus naturel sans valeur nominative, puisse exercer une action atténuante sur l’insoutenable horreur d’Auschwitz ».

La prescription, cependant, en droit pénal comme en droit civil, a une fonction indispensable : elle vaut grâce. L’a-mnistie, à laquelle elle s’apparente, suppose une a-mnésie, un oubli ; sans quoi la réintégration dans la société, le Vivre ensemble, bref, le vivre tout court, devient impossible. La prescription demeure, par conséquent, la norme universelle, et l’imprescriptibilité l’exception. Exception incontournable pour les crimes contre l’humanité, mais quid des crimes « ordinaires » ?

« Une jeunesse allemande »

Ecrit par Martine L. Petauton le 31 octobre 2015. dans La une, Cinéma, Histoire

Jean Gabriel Périot, France, 2015, documentaire en salles actuellement

« Une jeunesse allemande »

De la violence collective…

Tout en noir et blanc, balayé d’extraits de sujets TV de cette époque, loin comme un drôle de Moyen âge qui serait le nôtre, le documentaire serré et éloigné de tout délayage, Une jeunesse allemande, est un moment d’Histoire, certes, mais sans doute encore plus un miroir interface entre ce temps-là et celui d’aujourd’hui. Remarquablement utile.

Monté nerveusement ; phases plus lentes des « paroles » des principaux acteurs ; gros plans sur regards, mains, visages ; images, sans fioriture, de prisons, attentats, une de journaux ; on ressort du film (1h30), informés pour les plus jeunes, ayant révisé pour nous, entrés dans l’âge adulte avec ces faits, mais surtout emportant une réflexion à mener sur la violence collective, ici, en Europe, et à ce moment-là, à deux jets de pavé de Mai 68, et pas si loin de la fin de l’Europe Nazie. C’est à nous, dans l’Histoire, que parlent ces images et surtout ces mots. Tellement plus que le lisse du document, ce film ; un coup de poing : – voilà, d’où vous venez, vous les jeunes ; voilà ce que vous étiez aussi, ce que vous avez côtoyé, à tout le moins, vous, les aînés…

Le film est centré sur l’itinéraire de la Fraction Armée rouge allemande (RAF) 1ère époque, celle des « années de plomb ». On peut sans aucun doute y associer les Brigades Rouges italiennes, l’opposition marxiste d’un Rudi Dutschke, qui fut, à Berlin, on s’en souvient, au mois précédent Mai, l’étincelle qu’il fallut aux Mouvements de France. On ne peut que se souvenir des remous plutôt hard de notre après Mai, à nous, de la Gauche prolétarienne et sa Cause du peuple auréolée du prestige des intellectuels, des Vive la révolution des Mao-Spontex ; de Krivine arrêté, sa Ligue dissoute… De tant d’autres. Même chanson – musique, paroles, de ce temps-là, partout en Europe occidentale – France, RFA, Italie, plus que Royaume Uni. Débordements d’une jeunesse-baby boom, ou un peu avant, née juste après la guerre, regardant un mode de vie Trente glorieuses/ultra société de consommation – que ne l’a-t-on dit ! Mais plus encore, demandant à la génération précédente les comptes qui s’imposaient sur la période de la guerre, du nazisme, de la Collaboration (Le chagrin et la pitié, chez nous, voisine avec le livre Vichy années 40 de l’américain R. Paxton). Comptes, ou à tout le moins, questions. Inévitable et douloureux syndrome – dirait la grande Dolto – du homard, où toute une génération tente d’émerger, de planter des valeurs qui lui sont propres, dans un mouvement de libération, voire de résistance – eux aussi. Est-il besoin de rappeler qu’on se construit toujours en miroir des autres, et notamment des précédents. S’il y avait un seul thème à retenir du film, ce serait celui-là.

Le fantôme d’Inès… pôvre !

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 septembre 2015. dans La une, Education, Voyages, Histoire

Le fantôme d’Inès… pôvre !

Peut-être êtes-vous quelques-uns à revenir du Portugal. A défaut de l’Afrique du nord, où rampent les attentats, de la Grèce, où votre carte bleue, et ce qu’on peut en faire, vous semblait vacillable – ces gauchistes, tu sais ! Tu vois où ça nous mène… Ou bien alors – j’espère – par choix, pour ce rectangle de merveilles posé au ponant de l’Europe ; pour son art, le Manuélin unique, ses maisons habillées de chauds azulejos,  sa langue, la plus belle à l’oreille ! sa bacalhau-morue aux 360 recettes, et ce vent d’Atlantique qui, définitivement, part avec les caravelles découvrir d’autres mondes...

Si vous venez de ce pays, alors, vous connaissez Inès…

Je l’ai écrit, ici, sans doute ; j’ai « dans une autre vie » enseigné – une bonne dizaine d’années – à de petits Portugais d’origine, posés en Corrèze profonde (Portos, disait le passant de base, nourri au racisme rural, qui vaut bien les autres, hélas), quelques heures par mois, l’Histoire et la géographie du Portugal ; des bribes. Eux, ignoraient tout ou presque – troisième génération d’immigrés – du fastueux passé de chez leurs grands-parents ; moi, j’ignorais la langue et sa prononciation casse-gueule. La mutualisation fut notre façon – fort heureuse – d’être ensemble.

Inès fut un de leurs personnages « historico-légendaire » préférés ; le mien aussi sans doute, passant sans plus d’états d’âme sur le vrai de l’Histoire – qui me faisait, comme à eux, trop d’ombre ! Quand on en venait à cette infante, portugaise de sinistre adoption, le silence accompagnait les bouches bées. C’est que tous les pays n’ont pas un tel ragout d’Histoire ; une série haletante, où pleurs, angoisses et peurs cohabitaient avec une compassion de mémère au mouchoir et pas mal de transferts !

Il était une fois… loin en Castille – plus tôt, mais plus sûrement caniculaire que nos coins actuels – une Infante, au doux nom – pôvre ! – de Constance. Laquelle partit pour le Portugal voisin en vue d’épouser un dauphin qu’elle ne connaissait miette. Dans son carrosse crapahutant sur les « cacos dromos » qu’on connaît tous, une suivante, vaguement noble par la jambe gauche, au doux (pôvre !!!) nom d’Inès. La mi-XIVème siècle sonnait aux clochers des monastères... Une fois les dames en sol portugais, le prince tomba amoureux – fou – non de la Castillane qu’il épousa pourtant – bah ! – mais de sa suivante. Débuts des séquences-mouchoirs. Arrivée en fanfare de la légende. Acte I : Passion façon Iseult et son Tristan, en « doublure » de la vie officielle. Refus tonitruant du Paternel du prince ! Exil de la damoiselle. Foin ! ils s’écrivent. Mort de la reine Constance – pôvre ! Le prétendant à la couronne représente le projet-Inès. Re-refus du vieux monarque. Foin ! Ils vivent ensemble et font quatre petits bâtards – en pleine forme, comme le veut le genre. Acte II - buccins ronflants : le père refuse toujours. Pierre et Inès maintiennent leur point de vue (ah !!!), s’installent à Coimbra, la plus belle ville du Portugal (sinon du monde, ça, je l’ajoute) dans le monastère de Santa Clara, sans se douter… (pôvres !!). Acte III :(les personnes sensibles sont averties que…) un jour de grande froidure, en même temps que de chasse pour le Prince – le piège ! , le vieux roi fit assassiner la douce Inès, en catimini, parce qu’à cette époque, on ne barguignait point (pôvreeeeeeeeee !). Devenu monarque lusitanien – non, mais, enfin ! – le gars Pierre, qui savait cuisiner ce qu’il faut comme vengeance, fit exhumer le cadavre de son aimée, la fit parer d’un manteau pourpre et d’une couronne, assise sur le trône ; chaque Grand du Portugal – qui valaient bien ceux d’Espagne – dut (ah!!!) lui baiser la main. C’est moi qui ajoute : pôvres !!

Encore Waterloo ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 septembre 2015. dans La une, Histoire, Littérature

Recension/commentaire du livre d’Yves van der Cruysen, Waterloo démythifié, Paris, éditions Jourdan, 2015

Encore Waterloo ?

Que dire de nouveau sur Waterloo – fut-ce à l’occasion de son bicentenaire – quand déjà tout – ou presque ! – a été dit ? Yves van der Cruysen, échevin de la commune qui porte ce nom, s’y est essayé… avec un bonheur très relatif. Faute d’expliquer, pour une énième fois, les mobiles de ce coup de dé désespéré d’un dictateur qui s’obstine à croire à sa bonne étoile – analogie troublante avec l’ultime offensive d’Hitler dans les Ardennes, jetant ses dernières divisions de panzers SS sur la route de Bruxelles – van der Cruysen nous propose un florilège d’anecdotes, divertissantes mais superficielles. Bref un livre d’histoires plus que d’Histoire.

L’auteur fait certes justice aux clichés qui encombrent la légende de la bataille : les fraises de Grouchy censées être à l’origine de la défaite, la « morne » plaine de Victor Hugo (qui n’avait rien de morne), le « mot » de Cambronne qui ne fut jamais prononcé…

En fait, le principal intérêt de l’ouvrage est de présenter l’évènement du point de vue anglais. Qui a jamais entendu parler du caporal John Shaw, géant de 1m90 et champion de boxe, tombé au champ d’honneur le 17 juin 1815 ? Ou de Lord Uxbridge, incarnation du flegme britannique, touché par une balle de mitraille, et s’adressant ainsi à Wellington : « par dieu, Sir, j’ai l’impression que j’ai perdu ma jambe ». Réponse de Wellington : « c’est exact, Sir ».

Seule « révélation » de van der Cruysen : le nom même de « Waterloo », qui ne vient pas du lieu où se déroulèrent les combats, mais de l’endroit où Wellington envoya la dépêche annonçant sa victoire. Un peu court, non ?

Une fois de plus, il faut laisser à Henri Guillemin – le meilleur et très polémique historiographe de Napoléon – le soin de résumer toute l’affaire : « une guerre de quatre jours, et c’est la déroute. Napoléon s’enfuit à cheval, sans même pouvoir sauver cette berline qui l’avait amené à Waterloo et dans laquelle il avait caché, à toutes fins utiles, des sacs d’or et pour 800.000 francs de diamants. Il aura le temps, néanmoins, avant de quitter son palais, de se faire remettre 180 actions de 10.000 francs sur les canaux d’Orléans et du Loing et de placer, chez Lafitte, 5.300.000 francs ».

Waterloo ? En fin de compte, une question de gros sous…

Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 27 juin 2015. dans La une, Actualité, Histoire

Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

On se souvient que tout récemment les cendres de Jean Zay ont été transférées au Panthéon. La décision fut prise par François Hollande le 21 février 2014 et la cérémonie eut lieu le 27 mai. On se rappelle aussi de la polémique lancée à cette occasion par l’extrême-droite française – concernant le soi-disant « antipatriotisme » de ce grand ministre radical-socialiste de la fin de la IIIe République ! Enfin, nous ne sommes actuellement qu’à une semaine de la commémoration du terrible assassinat dont il fut la victime en ce jour horrible du 20 juin 1944… Je vais donc revenir ici sur les différents aspects des « affaires » Jean Zay, et avant tout, bien sûr, en ce qui concerne le contexte et les méthodes employées pour l’assassiner lâchement… !

La première affaire est celle de la polémique déchaînée par l’extrême-droite contre celui – avocat et homme politique de gauche – qui fut l’ancien ministre visionnaire de l’Éducation nationale du Front Populaire (et même au-delà, jusqu’en septembre 1939) et député du Loiret. Un peu comme pour Roger Salengro (accusé de « désertion face à l’ennemi » pendant la Guerre de 14), Jean Zay eut à subir une campagne de dénigrement concernant son « pacifisme antipatriotique » ; tout cela parce qu’il avait rédigé dans sa jeunesse un poème (Le drapeau) ayant une teneur hostile à ce qu’avait été « la Grande Guerre ». Deux points importants à ce sujet : fut-il le seul à avoir été ainsi traumatisé par cette « boucherie nationaliste » ? Fut-il le seul à avoir des réactions « pacifistes » ? Doit-on considérer le « pacifisme » de cette époque-là comme une trahison « antipatriote » ou bien plutôt simplement comme une réaction normale par rapport à ce qui s’était passé dans les tranchées ?! De toute façon, c’est tout de même fort d’entendre les héritiers de ceux qui acceptèrent de se coucher devant Hitler et de collaborer avec l’Allemagne nazie accuser cet homme d’antipatriotisme, lui qui, justement, fut – par la suite – un anti-munichois notoire ! La vérité, c’est que ce que l’extrême-droite française de l’époque (et encore de nos jours, dans ses strates archéologiques) reprochait à Jean Zay, c’était d’être « un juif » ; donc, pas vraiment « Français »… ! D’ailleurs, il fut victime par la suite d’une très violente campagne antisémite, dans ces moments où les nationalistes faisaient leurs choux gras de « l’idéologie antisémite » ! De nombreux leaders d’extrême-droite s’étaient ainsi lancés contre lui.

Pour la seconde affaire, c’est-à-dire celle des conditions et la façon dont Jean Zay fut éliminé, le récit qui doit être fait apparaît comme plutôt terrifiant ! Ce sont en effet des miliciens au service des basses besognes du régime de Vichy (« L’État Français de Pétain »), et en liaison directe avec des hommes de Joseph Darnand, qui le massacrèrent au lieu-dit Les Malavaux, dans la faille du Puy du diable à Molles (dans l’Allier). Les assassins traitèrent son corps (avec des grenades et en jetant sa dépouille dans une crevasse… !) d’une manière ignominieuse, tellement chargée de haine… ! Ce n’est que vers la fin du mois de septembre 1946 que son corps fut retrouvé et enterré, sur ordre de la municipalité de Cusset (près de Vichy)… Jean Zay avait été mis en prison militaire près de Clermont-Ferrand, dès août 1940, sur ordre du régime de Vichy, avec une accélération scandaleuse de la campagne antisémite qu’il avait déjà commencé de subir auparavant (comme cela a déjà été dit). Philippe Henriot, le trop célèbre ministre de l’information des vichystes, réclama très tôt la condamnation à mort du « juif Jean Zay », comme juif, franc-maçon, anti-munichois, anti-hitlérien et ministre du Front Populaire… A propos des accusations « d’antipatriotisme », le 5 juillet 1945 la cour d’appel de Riom (ville située près de Clermont-Ferrand) réexamina les faits reprochés au sous-lieutenant Jean Zay, et constata qu’à aucun moment il ne s’était soustrait à l’autorité militaire, et que « les poursuites intentées contre /lui/ ne peuvent s’expliquer que par le désir qu’a eu le gouvernement /de Vichy/ d’atteindre un parlementaire dont les opinions politiques lui étaient opposées et qu’il importait de discréditer en raison de la haute autorité attachée à sa personnalité ». Elle annula donc le jugement du 4 octobre 1940, Jean Zay étant alors pleinement réhabilité à titre posthume.

 

Jean Zay, un républicain, François Marlin, Infimes Éditions, 2015, 208 pages

Jean Zay, le ministre assassiné 1904-1944, Antoine Prost et Pascal Ory, Tallandier, 2015, 160 pages

Napoléon, on a été mené en bateau par l’État !

Ecrit par Luce Caggini le 20 juin 2015. dans Ecrits, La une, Histoire

Napoléon, on a été mené en bateau par l’État !

Souveraine Ghiuventù Indipendentista

Un moment paradoxal ce samedi 13 juin 2015. Dans une conférence à l’Espace Diamant à Ajaccio, deux cents ans après Waterloo…

Au jour et à l’heure où la Ghjuventù indipendentis­ta a rassemblé tous les mouvements des nationalistes et des élus de la majorité territoriale. Tous ont défilé. Trois mille personnes pour le « res­pect de l’État » sur le Cours Napoléon derrière une grande ban­derole « soluzione politica ». Maria Giudicelli, que j’avais soutenue récemment dans son action civique, en tête de la manifestation.

Dans mon fauteuil du troisième rang, l’assistance est très clairsemée, je comprends que je suis en état de manquement poli­tique mais je veux savoir « L’histoire des Corses face aux chutes de Napoléon ».L’historien Raphael Lahloul’évoque prodigieuse­ment mêlant un talent de conteur à un art du fait historique avec humour et bonne humeur.

En fin de séance une experte savante sur Les îles prison de Napo­léon « de l’île d’Elbe à l’île de Sainte-Hélène » nous balade dans des statistiques et des zones concentrationnaires sans jamais pro­noncer le mot insularité. Experte sur Tristan da Cunha au Nord des Quarantièmes rugissants elle noie notre intérêt dans une chute fadasse. Ennuyeuse avec un savoir particulièrement dé­faillant quand il s’agit de parler des Corses : Vous vouliez dire que la Corse n’est pas une île véritable « pour n’avoir pas de volcan » Ma­dame la Docteur d’État ? Mais l’île de beauté est peuplée de volcans, petits moyens et grands, tous en état d’activité !

Corsicotante engagée, je demande en aparté au souverain maître des lieux son avis sur la question : « Mon empire fut mené impé­tueusement mais en musardant de temps en temps dans ma chère ville d’Ajaccio. Ma crucifixion fut l’amateurisme de la poli­tique des corses de mon époque exception faite du génie de Pascal Paoli. Laetitia, ma mère, eut un rôle particulièrement éminent. Ce fut une meneuse de combat empreinte de vision, avec une juste unicité de vue depuis le début de ma vie jusqu’à la fin de mon règne. A mamma qui fait naître avec la vertu et le bon sens d’une mère corse la marche ardente d’une République en gestation, mère vulnérable et menaçante à la fois, mais mon soutien éternel.

« Le fermier fut étonné par l’exactitude du calcul et, revenu en ville avec Napoléon, il me dit que si Dieu accordait longue vie au petit monsieur, il ne manquerait pas de devenir le premier homme du monde » écrivait Laetitia dans ses mémoires.

Et à bien y penser, il a fallu un sacré coup de pouce divin pour unir trois îles, un trône, quatre frères de la même famille à parcou­rir les pays de l’Europe dans les plus grandes parures de la royauté.

Dans cette île captivante, beauté et réalité des jeux du monde poli­tique sont pareils à une prison et un exil mais virtuel car rien n’est plus rare que la liberté dans les montagnes du Kyrie Eleison.

Enhardie par le souffle napoléonien, je risque un petite question : « Nicolas Sarkozy est-il plus dans la filiation politique de Bona­parte, premier consul » ? Réaction rapide comme un boulet : Sarkozy un petit amateur de pouvoir.

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