Histoire

Reflets des Arts Traité des divers arts par le moine Théophile

Ecrit par Johann Lefebvre le 07 novembre 2015. dans La une, Arts graphiques, Histoire, Littérature

Reflets des Arts Traité des divers arts par le moine Théophile

Rédigé en latin au XIIe siècle, le « Schedula diversum artium », signé par le moine Théophile (Theophilus Presbyter), né vers 1070 et mort en 1125, se présente sous une forme encyclopédique et technique ; il demeure l’un des plus importants écrits sur l’art du Haut Moyen Âge. Il est prétendu par certains, sans que ce soit démontré formellement – les chapitres consacrés à l’art de la forge et des métaux en général étant fort bien documentés – que Théophile serait le pseudonyme utilisé par un moine bénédictin originaire de Saxe, Rugerus. L’ouvrage est décomposé en trois parties, partant d’une base historique et multiculturelle, grecque, byzantine, arabe jusqu’à l’art roman de son temps : la première partie est consacrée à la peinture murale et à l’art de la miniature, la deuxième s’intéresse à la manufacture verrière et à la peinture sur cette matière, la troisième et dernière explore les techniques de la fonte, le travail des métaux, de l’ivoire, des pierres précieuses et de l’or.

C’est à l’aube de la Renaissance, en 1477, que le livre de Théophile est recensé par le carme Matthias Farinator, de Vienne, dans son vaste recueil – un incunable – « Lumen animæ », puis en 1530 par Cornélius Agrippa dans son livre « Sur l’incertitude et la vanité des sciences » (1). Dans le recueil de Farinator, on relève quarante-deux passages extraits du « Traité des divers arts », appelé alors « Brevarium diversarum artium » ; l’auteur y précise la provenance allemande du texte, et les études philologiques confirmeront cette origine par l’utilisation de vocables germaniques latinisés ou d’expression idiomatiques typiques. C’est Lessing (2) qui entame le premier la publication du Traité, celle-ci étant achevée par Christian Leiste en 1781, suivie par de nombreuses autres éditions enrichies (en particulier en Angleterre). Le texte apparaît aujourd’hui sous la forme que j’ai résumée plus haut. Dans le prologue du premier chapitre, Théophile écrit « […] saisis avec des regards avides ce Traité de la Peinture ; lis-le avec une mémoire fidèle ; embrasse-le avec un amour ardent. Si tu l’approfondis attentivement, tu trouveras là tout ce que possède la Grèce sur les espèces et les mélanges des diverses couleurs. […] ». Cette référence nous indique clairement que Théophile connaît bien l’art(isanat) byzantin, et ce n’est pas hasard si l’on retrouve, dès les siècles précédents, une nette influence byzantine dans les arts d’outre-Rhin, comme par exemple dans les miniatures qui sortent des ateliers de Trèves, dans l’Évangélistaire de Géréon à Cologne ou encore le Sacramentaire d’Henri II. Par ailleurs, on détecte chez Théophile l’influence des livres d’Héraclius sur les arts des Romains (« Libri Eraclii, de coloribus et artibus Romanorum »), des « Mappae clavicula » ou du Papyrus de Leyde…

Il est important de garder à l’esprit que Théophile est un moine, pas un artiste. S’il compile avec une certaine érudition les techniques artistiques et artisanales (hormis la sculpture), ce n’est pas pour en faire spécialement un manuel pour artiste ou artisan, puisque ce qui lui importe est avant tout la transmission de ces savoirs à destination des autres moines et d’expliquer, de comprendre les moyens à disposition pour embellir la maison de Dieu, l’église : conformément à l’esprit de son temps, l’art pour lui ne peut être qu’au service de la parole de Dieu et n’est possible que par la foi dont fait preuve l’artiste dont la main, finalement, est guidée par l’esprit divin. Il n’y a évidemment dans ce Traité aucune réflexion concernant l’origine de l’art, indiscutablement lié, pour lui, au péché originel ou la fonction de l’art comme imitation (copie simple) de la nature. Il s’agirait plutôt d’une représentation de l’œuvre de Dieu, mais à rebours de la narration de la Genèse puisque dans la composition d’une peinture, par exemple, c’est l’homme qui doit apparaître en premier, et surtout son visage – ad imaginem et similitudinem Dei.

1. L’art de la peinture (De temperamentis colorum) en 38 chapitres. Théophile s’attache d’abord à décrire la réalisation picturale, avant que d’expliquer les recettes pour obtenir telle ou telle couleur. Comme dit plus haut, la représentation de l’être humain est primordiale : il consacre une bonne part de ce thème au travail des tons pour créer la couleur de chair des corps nus et particulièrement, les détails du visage, pour dessiner et colorer les drapés des vêtements, les décors. Suivent les chapitres consacrés à l’or et l’argent, à l’étain coloré, au safran, au cinabre, à la céruse, au folium, et au blanc d’œuf – fixatif et vernis –, et aux principaux procédés d’enluminure et de peinture sur les livres, aux colles (de fromage, de peau, de corne), à la technique dite flamande concernant la manière de moudre l’or, aux métaux divers et à leur encollage.

2. L’art du verre peint (De arte vitriaria) en 31 chapitres. Là encore, ce qui importe, c’est la création des couleurs dans cette matière qui, à l’époque, est vert, et en général assez opaque. Les techniques décrites vont de la création du fourneau pour faire le verre, les façons de le travailler, de le couper et de le colorer, coloration principalement obtenue grâce à des additifs comme l’oxyde de fer et de cuivre, ou le cobalt, utilisé depuis l’antiquité pour donner au verre une teinte bleue. On y découvre même la façon de faire les fenêtres de verre, on y apprend le moyen de poser les pierres précieuses sur le verre peint, dont la méthode est inédite voire contraire à celle utilisée communément à cette époque : « Lorsqu’elles seront peintes suivant les règles de l’atelier, préparez les places où vous voudrez poser les pierres ; et prenant des parcelles de saphir clair, formez-en des hyacinthes en proportion avec le nombre des places auxquelles vous les destinez, puis avec du verre vert des émeraudes ; faites en sorte qu’il y ait toujours une émeraude entre deux hyacinthes. Les ayant jointes et consolidées soigneusement à leurs places, entourez-les au moyen du pinceau d’une couleur épaisse, afin que rien ne puisse couler entre deux verres : dans cet état, cuisez les autres parties dans le fourneau, et elles adhéreront entre elles au point de ne jamais tomber » (Chap. XXVIII).

« Ni oubli, ni pardon » ou l’imprescriptibilité banalisée

Ecrit par Jean-François Vincent le 31 octobre 2015. dans Philosophie, La une, Histoire

« Ni oubli, ni pardon » ou l’imprescriptibilité banalisée

A l’occasion de l’anniversaire de la mort du jeune Rémi Fraisse, tué par une grenade dans la « zad » du barrage de Sivens, on a vu refleurir ce curieux slogan qu’on avait déjà entendu lors du décès de Clément Méric, au détour d’une rixe avec l’extrême droite : « ni oubli, ni pardon ! » clamait, par exemple, le site du NPA (Nouveau Part Anticapitaliste) sur son site, le 21 octobre dernier. Et le groupe Cutter & le Druide d’entonner :

« Le meilleur hommage, c’est de continuer le combat.

Ni oubli, ni pardon, devant les assassinats.

Face aux abus de la police, face aux crimes fascistes,

Jamais, jamais on baissera les bras,

Notre haine n’est pas factice ! »

Alors quoi ? Haine éternelle ? Imprescriptibilité ? Il est intéressant de se pencher sur ce mot d’ordre bizarrement augustinien…

« Never forgive » apparut lors du procès de Nuremberg ; et c’est en 1979, à l’occasion de la création d’un mémorial, dédié par Jimmy Carter au six millions de victimes de Shoah que l’hebdomadaire Time titra : « The holocaust : never forget, never forgive ». Normal ! Les crimes contre l’humanité – eux – sont, en effet, imprescriptibles. En France, ce fut la loi du 26 décembre 1964 qui institua cette règle de droit : « Les crimes contre l’humanité, tels qu’ils sont définis par la résolution des Nations Unies du 13 février 1946, telle qu’elle figure dans la charte du tribunal international du 8 août 1945, sont imprescriptibles par leur nature. La présente loi sera exécutée comme loi de l’État ».

En 1971, le philosophe Vladimir Jankélévitch fit paraître un petit ouvrage, intitulé L’imprescriptible, dans lequel il développe la notion : « Le vote du Parlement français énonce à bon droit un principe et, en quelque sorte, une impossibilité a priori : les crimes contre l’humanité son imprescriptibles, c’est-à-dire ne peuvent pas être prescrits ; le temps n’a pas de prise sur eux. Non point même qu’une prorogation de dix ans serait nécessaire pour punir les derniers coupables. Il est en général incompréhensible que le temps, processus naturel sans valeur nominative, puisse exercer une action atténuante sur l’insoutenable horreur d’Auschwitz ».

La prescription, cependant, en droit pénal comme en droit civil, a une fonction indispensable : elle vaut grâce. L’a-mnistie, à laquelle elle s’apparente, suppose une a-mnésie, un oubli ; sans quoi la réintégration dans la société, le Vivre ensemble, bref, le vivre tout court, devient impossible. La prescription demeure, par conséquent, la norme universelle, et l’imprescriptibilité l’exception. Exception incontournable pour les crimes contre l’humanité, mais quid des crimes « ordinaires » ?

« Une jeunesse allemande »

Ecrit par Martine L. Petauton le 31 octobre 2015. dans La une, Cinéma, Histoire

Jean Gabriel Périot, France, 2015, documentaire en salles actuellement

« Une jeunesse allemande »

De la violence collective…

Tout en noir et blanc, balayé d’extraits de sujets TV de cette époque, loin comme un drôle de Moyen âge qui serait le nôtre, le documentaire serré et éloigné de tout délayage, Une jeunesse allemande, est un moment d’Histoire, certes, mais sans doute encore plus un miroir interface entre ce temps-là et celui d’aujourd’hui. Remarquablement utile.

Monté nerveusement ; phases plus lentes des « paroles » des principaux acteurs ; gros plans sur regards, mains, visages ; images, sans fioriture, de prisons, attentats, une de journaux ; on ressort du film (1h30), informés pour les plus jeunes, ayant révisé pour nous, entrés dans l’âge adulte avec ces faits, mais surtout emportant une réflexion à mener sur la violence collective, ici, en Europe, et à ce moment-là, à deux jets de pavé de Mai 68, et pas si loin de la fin de l’Europe Nazie. C’est à nous, dans l’Histoire, que parlent ces images et surtout ces mots. Tellement plus que le lisse du document, ce film ; un coup de poing : – voilà, d’où vous venez, vous les jeunes ; voilà ce que vous étiez aussi, ce que vous avez côtoyé, à tout le moins, vous, les aînés…

Le film est centré sur l’itinéraire de la Fraction Armée rouge allemande (RAF) 1ère époque, celle des « années de plomb ». On peut sans aucun doute y associer les Brigades Rouges italiennes, l’opposition marxiste d’un Rudi Dutschke, qui fut, à Berlin, on s’en souvient, au mois précédent Mai, l’étincelle qu’il fallut aux Mouvements de France. On ne peut que se souvenir des remous plutôt hard de notre après Mai, à nous, de la Gauche prolétarienne et sa Cause du peuple auréolée du prestige des intellectuels, des Vive la révolution des Mao-Spontex ; de Krivine arrêté, sa Ligue dissoute… De tant d’autres. Même chanson – musique, paroles, de ce temps-là, partout en Europe occidentale – France, RFA, Italie, plus que Royaume Uni. Débordements d’une jeunesse-baby boom, ou un peu avant, née juste après la guerre, regardant un mode de vie Trente glorieuses/ultra société de consommation – que ne l’a-t-on dit ! Mais plus encore, demandant à la génération précédente les comptes qui s’imposaient sur la période de la guerre, du nazisme, de la Collaboration (Le chagrin et la pitié, chez nous, voisine avec le livre Vichy années 40 de l’américain R. Paxton). Comptes, ou à tout le moins, questions. Inévitable et douloureux syndrome – dirait la grande Dolto – du homard, où toute une génération tente d’émerger, de planter des valeurs qui lui sont propres, dans un mouvement de libération, voire de résistance – eux aussi. Est-il besoin de rappeler qu’on se construit toujours en miroir des autres, et notamment des précédents. S’il y avait un seul thème à retenir du film, ce serait celui-là.

Le fantôme d’Inès… pôvre !

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 septembre 2015. dans La une, Education, Voyages, Histoire

Le fantôme d’Inès… pôvre !

Peut-être êtes-vous quelques-uns à revenir du Portugal. A défaut de l’Afrique du nord, où rampent les attentats, de la Grèce, où votre carte bleue, et ce qu’on peut en faire, vous semblait vacillable – ces gauchistes, tu sais ! Tu vois où ça nous mène… Ou bien alors – j’espère – par choix, pour ce rectangle de merveilles posé au ponant de l’Europe ; pour son art, le Manuélin unique, ses maisons habillées de chauds azulejos,  sa langue, la plus belle à l’oreille ! sa bacalhau-morue aux 360 recettes, et ce vent d’Atlantique qui, définitivement, part avec les caravelles découvrir d’autres mondes...

Si vous venez de ce pays, alors, vous connaissez Inès…

Je l’ai écrit, ici, sans doute ; j’ai « dans une autre vie » enseigné – une bonne dizaine d’années – à de petits Portugais d’origine, posés en Corrèze profonde (Portos, disait le passant de base, nourri au racisme rural, qui vaut bien les autres, hélas), quelques heures par mois, l’Histoire et la géographie du Portugal ; des bribes. Eux, ignoraient tout ou presque – troisième génération d’immigrés – du fastueux passé de chez leurs grands-parents ; moi, j’ignorais la langue et sa prononciation casse-gueule. La mutualisation fut notre façon – fort heureuse – d’être ensemble.

Inès fut un de leurs personnages « historico-légendaire » préférés ; le mien aussi sans doute, passant sans plus d’états d’âme sur le vrai de l’Histoire – qui me faisait, comme à eux, trop d’ombre ! Quand on en venait à cette infante, portugaise de sinistre adoption, le silence accompagnait les bouches bées. C’est que tous les pays n’ont pas un tel ragout d’Histoire ; une série haletante, où pleurs, angoisses et peurs cohabitaient avec une compassion de mémère au mouchoir et pas mal de transferts !

Il était une fois… loin en Castille – plus tôt, mais plus sûrement caniculaire que nos coins actuels – une Infante, au doux nom – pôvre ! – de Constance. Laquelle partit pour le Portugal voisin en vue d’épouser un dauphin qu’elle ne connaissait miette. Dans son carrosse crapahutant sur les « cacos dromos » qu’on connaît tous, une suivante, vaguement noble par la jambe gauche, au doux (pôvre !!!) nom d’Inès. La mi-XIVème siècle sonnait aux clochers des monastères... Une fois les dames en sol portugais, le prince tomba amoureux – fou – non de la Castillane qu’il épousa pourtant – bah ! – mais de sa suivante. Débuts des séquences-mouchoirs. Arrivée en fanfare de la légende. Acte I : Passion façon Iseult et son Tristan, en « doublure » de la vie officielle. Refus tonitruant du Paternel du prince ! Exil de la damoiselle. Foin ! ils s’écrivent. Mort de la reine Constance – pôvre ! Le prétendant à la couronne représente le projet-Inès. Re-refus du vieux monarque. Foin ! Ils vivent ensemble et font quatre petits bâtards – en pleine forme, comme le veut le genre. Acte II - buccins ronflants : le père refuse toujours. Pierre et Inès maintiennent leur point de vue (ah !!!), s’installent à Coimbra, la plus belle ville du Portugal (sinon du monde, ça, je l’ajoute) dans le monastère de Santa Clara, sans se douter… (pôvres !!). Acte III :(les personnes sensibles sont averties que…) un jour de grande froidure, en même temps que de chasse pour le Prince – le piège ! , le vieux roi fit assassiner la douce Inès, en catimini, parce qu’à cette époque, on ne barguignait point (pôvreeeeeeeeee !). Devenu monarque lusitanien – non, mais, enfin ! – le gars Pierre, qui savait cuisiner ce qu’il faut comme vengeance, fit exhumer le cadavre de son aimée, la fit parer d’un manteau pourpre et d’une couronne, assise sur le trône ; chaque Grand du Portugal – qui valaient bien ceux d’Espagne – dut (ah!!!) lui baiser la main. C’est moi qui ajoute : pôvres !!

Encore Waterloo ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 septembre 2015. dans La une, Histoire, Littérature

Recension/commentaire du livre d’Yves van der Cruysen, Waterloo démythifié, Paris, éditions Jourdan, 2015

Encore Waterloo ?

Que dire de nouveau sur Waterloo – fut-ce à l’occasion de son bicentenaire – quand déjà tout – ou presque ! – a été dit ? Yves van der Cruysen, échevin de la commune qui porte ce nom, s’y est essayé… avec un bonheur très relatif. Faute d’expliquer, pour une énième fois, les mobiles de ce coup de dé désespéré d’un dictateur qui s’obstine à croire à sa bonne étoile – analogie troublante avec l’ultime offensive d’Hitler dans les Ardennes, jetant ses dernières divisions de panzers SS sur la route de Bruxelles – van der Cruysen nous propose un florilège d’anecdotes, divertissantes mais superficielles. Bref un livre d’histoires plus que d’Histoire.

L’auteur fait certes justice aux clichés qui encombrent la légende de la bataille : les fraises de Grouchy censées être à l’origine de la défaite, la « morne » plaine de Victor Hugo (qui n’avait rien de morne), le « mot » de Cambronne qui ne fut jamais prononcé…

En fait, le principal intérêt de l’ouvrage est de présenter l’évènement du point de vue anglais. Qui a jamais entendu parler du caporal John Shaw, géant de 1m90 et champion de boxe, tombé au champ d’honneur le 17 juin 1815 ? Ou de Lord Uxbridge, incarnation du flegme britannique, touché par une balle de mitraille, et s’adressant ainsi à Wellington : « par dieu, Sir, j’ai l’impression que j’ai perdu ma jambe ». Réponse de Wellington : « c’est exact, Sir ».

Seule « révélation » de van der Cruysen : le nom même de « Waterloo », qui ne vient pas du lieu où se déroulèrent les combats, mais de l’endroit où Wellington envoya la dépêche annonçant sa victoire. Un peu court, non ?

Une fois de plus, il faut laisser à Henri Guillemin – le meilleur et très polémique historiographe de Napoléon – le soin de résumer toute l’affaire : « une guerre de quatre jours, et c’est la déroute. Napoléon s’enfuit à cheval, sans même pouvoir sauver cette berline qui l’avait amené à Waterloo et dans laquelle il avait caché, à toutes fins utiles, des sacs d’or et pour 800.000 francs de diamants. Il aura le temps, néanmoins, avant de quitter son palais, de se faire remettre 180 actions de 10.000 francs sur les canaux d’Orléans et du Loing et de placer, chez Lafitte, 5.300.000 francs ».

Waterloo ? En fin de compte, une question de gros sous…

Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 27 juin 2015. dans La une, Actualité, Histoire

Racines d’actu : Les « affaires » Jean Zay

On se souvient que tout récemment les cendres de Jean Zay ont été transférées au Panthéon. La décision fut prise par François Hollande le 21 février 2014 et la cérémonie eut lieu le 27 mai. On se rappelle aussi de la polémique lancée à cette occasion par l’extrême-droite française – concernant le soi-disant « antipatriotisme » de ce grand ministre radical-socialiste de la fin de la IIIe République ! Enfin, nous ne sommes actuellement qu’à une semaine de la commémoration du terrible assassinat dont il fut la victime en ce jour horrible du 20 juin 1944… Je vais donc revenir ici sur les différents aspects des « affaires » Jean Zay, et avant tout, bien sûr, en ce qui concerne le contexte et les méthodes employées pour l’assassiner lâchement… !

La première affaire est celle de la polémique déchaînée par l’extrême-droite contre celui – avocat et homme politique de gauche – qui fut l’ancien ministre visionnaire de l’Éducation nationale du Front Populaire (et même au-delà, jusqu’en septembre 1939) et député du Loiret. Un peu comme pour Roger Salengro (accusé de « désertion face à l’ennemi » pendant la Guerre de 14), Jean Zay eut à subir une campagne de dénigrement concernant son « pacifisme antipatriotique » ; tout cela parce qu’il avait rédigé dans sa jeunesse un poème (Le drapeau) ayant une teneur hostile à ce qu’avait été « la Grande Guerre ». Deux points importants à ce sujet : fut-il le seul à avoir été ainsi traumatisé par cette « boucherie nationaliste » ? Fut-il le seul à avoir des réactions « pacifistes » ? Doit-on considérer le « pacifisme » de cette époque-là comme une trahison « antipatriote » ou bien plutôt simplement comme une réaction normale par rapport à ce qui s’était passé dans les tranchées ?! De toute façon, c’est tout de même fort d’entendre les héritiers de ceux qui acceptèrent de se coucher devant Hitler et de collaborer avec l’Allemagne nazie accuser cet homme d’antipatriotisme, lui qui, justement, fut – par la suite – un anti-munichois notoire ! La vérité, c’est que ce que l’extrême-droite française de l’époque (et encore de nos jours, dans ses strates archéologiques) reprochait à Jean Zay, c’était d’être « un juif » ; donc, pas vraiment « Français »… ! D’ailleurs, il fut victime par la suite d’une très violente campagne antisémite, dans ces moments où les nationalistes faisaient leurs choux gras de « l’idéologie antisémite » ! De nombreux leaders d’extrême-droite s’étaient ainsi lancés contre lui.

Pour la seconde affaire, c’est-à-dire celle des conditions et la façon dont Jean Zay fut éliminé, le récit qui doit être fait apparaît comme plutôt terrifiant ! Ce sont en effet des miliciens au service des basses besognes du régime de Vichy (« L’État Français de Pétain »), et en liaison directe avec des hommes de Joseph Darnand, qui le massacrèrent au lieu-dit Les Malavaux, dans la faille du Puy du diable à Molles (dans l’Allier). Les assassins traitèrent son corps (avec des grenades et en jetant sa dépouille dans une crevasse… !) d’une manière ignominieuse, tellement chargée de haine… ! Ce n’est que vers la fin du mois de septembre 1946 que son corps fut retrouvé et enterré, sur ordre de la municipalité de Cusset (près de Vichy)… Jean Zay avait été mis en prison militaire près de Clermont-Ferrand, dès août 1940, sur ordre du régime de Vichy, avec une accélération scandaleuse de la campagne antisémite qu’il avait déjà commencé de subir auparavant (comme cela a déjà été dit). Philippe Henriot, le trop célèbre ministre de l’information des vichystes, réclama très tôt la condamnation à mort du « juif Jean Zay », comme juif, franc-maçon, anti-munichois, anti-hitlérien et ministre du Front Populaire… A propos des accusations « d’antipatriotisme », le 5 juillet 1945 la cour d’appel de Riom (ville située près de Clermont-Ferrand) réexamina les faits reprochés au sous-lieutenant Jean Zay, et constata qu’à aucun moment il ne s’était soustrait à l’autorité militaire, et que « les poursuites intentées contre /lui/ ne peuvent s’expliquer que par le désir qu’a eu le gouvernement /de Vichy/ d’atteindre un parlementaire dont les opinions politiques lui étaient opposées et qu’il importait de discréditer en raison de la haute autorité attachée à sa personnalité ». Elle annula donc le jugement du 4 octobre 1940, Jean Zay étant alors pleinement réhabilité à titre posthume.

 

Jean Zay, un républicain, François Marlin, Infimes Éditions, 2015, 208 pages

Jean Zay, le ministre assassiné 1904-1944, Antoine Prost et Pascal Ory, Tallandier, 2015, 160 pages

Napoléon, on a été mené en bateau par l’État !

Ecrit par Luce Caggini le 20 juin 2015. dans Ecrits, La une, Histoire

Napoléon, on a été mené en bateau par l’État !

Souveraine Ghiuventù Indipendentista

Un moment paradoxal ce samedi 13 juin 2015. Dans une conférence à l’Espace Diamant à Ajaccio, deux cents ans après Waterloo…

Au jour et à l’heure où la Ghjuventù indipendentis­ta a rassemblé tous les mouvements des nationalistes et des élus de la majorité territoriale. Tous ont défilé. Trois mille personnes pour le « res­pect de l’État » sur le Cours Napoléon derrière une grande ban­derole « soluzione politica ». Maria Giudicelli, que j’avais soutenue récemment dans son action civique, en tête de la manifestation.

Dans mon fauteuil du troisième rang, l’assistance est très clairsemée, je comprends que je suis en état de manquement poli­tique mais je veux savoir « L’histoire des Corses face aux chutes de Napoléon ».L’historien Raphael Lahloul’évoque prodigieuse­ment mêlant un talent de conteur à un art du fait historique avec humour et bonne humeur.

En fin de séance une experte savante sur Les îles prison de Napo­léon « de l’île d’Elbe à l’île de Sainte-Hélène » nous balade dans des statistiques et des zones concentrationnaires sans jamais pro­noncer le mot insularité. Experte sur Tristan da Cunha au Nord des Quarantièmes rugissants elle noie notre intérêt dans une chute fadasse. Ennuyeuse avec un savoir particulièrement dé­faillant quand il s’agit de parler des Corses : Vous vouliez dire que la Corse n’est pas une île véritable « pour n’avoir pas de volcan » Ma­dame la Docteur d’État ? Mais l’île de beauté est peuplée de volcans, petits moyens et grands, tous en état d’activité !

Corsicotante engagée, je demande en aparté au souverain maître des lieux son avis sur la question : « Mon empire fut mené impé­tueusement mais en musardant de temps en temps dans ma chère ville d’Ajaccio. Ma crucifixion fut l’amateurisme de la poli­tique des corses de mon époque exception faite du génie de Pascal Paoli. Laetitia, ma mère, eut un rôle particulièrement éminent. Ce fut une meneuse de combat empreinte de vision, avec une juste unicité de vue depuis le début de ma vie jusqu’à la fin de mon règne. A mamma qui fait naître avec la vertu et le bon sens d’une mère corse la marche ardente d’une République en gestation, mère vulnérable et menaçante à la fois, mais mon soutien éternel.

« Le fermier fut étonné par l’exactitude du calcul et, revenu en ville avec Napoléon, il me dit que si Dieu accordait longue vie au petit monsieur, il ne manquerait pas de devenir le premier homme du monde » écrivait Laetitia dans ses mémoires.

Et à bien y penser, il a fallu un sacré coup de pouce divin pour unir trois îles, un trône, quatre frères de la même famille à parcou­rir les pays de l’Europe dans les plus grandes parures de la royauté.

Dans cette île captivante, beauté et réalité des jeux du monde poli­tique sont pareils à une prison et un exil mais virtuel car rien n’est plus rare que la liberté dans les montagnes du Kyrie Eleison.

Enhardie par le souffle napoléonien, je risque un petite question : « Nicolas Sarkozy est-il plus dans la filiation politique de Bona­parte, premier consul » ? Réaction rapide comme un boulet : Sarkozy un petit amateur de pouvoir.

Le modèle allemand et sa face cachée

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 06 juin 2015. dans Economie, Monde, La une, Politique, Histoire

Le modèle allemand et sa face cachée

Les médias – surtout télévisuels, et tout particulièrement lors des JT – ne nous présentent en général que les aspects montrant la réussite du « modèle allemand », par opposition à ce que seraient les insuffisances notoires et les blocages du « système français ». Je vais donctenter de montrer, dans cette chronique, à la fois les aspects positifs de ce modèle allemand, mais aussi sa face cachée. Bien sûr, je serai amené à me concentrer prioritairement sur la situation actuelle, mais aussi à remonter aux sources historiques de ce qui contribua à mettre en place un modèle allemand et ce que certains ont même pu appeler « le miracle économique allemand ».

Les sources historiques des réussites allemandes proviennent d’abord de la fin du XIXe siècle et au début du XXe. En effet, l’Allemagne connut sa première unité politique très tardivement ; précisément en 1870-1871. Sous le régime impérial du Deuxième Reich, deux points très importants se firent jour : les mesures sociales prises par le chancelier Bismarck durant la décennie 1870et l’essor de la puissance économique allemande (avec le fameux « made in Germany », marque de fabrique et gage de qualité). Le Deuxième Reich profita d’une grande prospérité, allant jusqu’à développer une colonisation en Afrique noire(notamment au Cameroun, au Togo, dans le Sud-Ouest africain et en Afrique Orientale) ; ceci jusqu’à ce que sa défaite de 1918 le privât de ses colonies lors du traité de Versailles.

Pendant la République de Weimar (1918-1933), une organisation économique et sociale assez avancée pour l’époque fut mise en place grâce à la politique établie par « La coalition de Weimar » (SPD ou Sociaux-démocrates, Zentrum – parti catholique centriste – et Démocrates). Des droits importants furent donnés aux travailleurs dans les entreprises, après l’écrasement de la tentative révolutionnaire des Spartakistes (Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht) ; ainsi, avec les conventions collectives (dès 1919) et les comités d’entreprises (en 1920). Le patronat allemand prit dès lors l’habitude du dialogue socialavec les syndicalistes. Mais cela fut stoppé avec l’arrivée au pouvoir des nazis, qui interdirent les syndicats en 1934.

Après la défaite du régime hitlérien en 1945, le SPD, mais même la CDU/CSU (Démocrates-chrétiens), mirent en place, par étapes, l’économie sociale de marché et la co-gestion, à l’intérieur des entreprises. Ce système, au sein duquel patronat et syndicats ouvriers collaboraient pour la reconstruction puis l’essor économique du pays, fut théorisé par le libéral Démocrate-chrétien et ministre de l’économie Ludwig Erhard – ceci en tant que troisième voie entre le capitalisme pur et dur et le socialisme démocratique ; nous dirions aujourd’hui une politique de « social-libéralisme ».

Les derniers jours d'Hitler

Ecrit par Jean-François Vernay le 06 juin 2015. dans La une, Histoire, Littérature

« les 100 derniers jours d'Hitler » Jean Lopez / ed Perrin

Les  derniers jours d'Hitler

En refermant Écrire, à l’heure du tout-message de Jean-Claude Monod, je décidais d’un même élan de mettre un terme à ma vie hyper-connectée en pratiquant l’abstinence numérique et technologique. J’arrivais certes un peu après la guerre, puisque la journée nationale des déconnexionnistes (National Day of Unplugging) était en mars dernier mais, comme on dit, mieux vaut tard que jamais !

Dans les jours qui suivirent ma cure de désintoxication, je recevais en livraison DHL Les cent derniers jours d’Hitler de Jean Lopez, tel un retour au papier qui m’aiderait à me sevrer du tout-numérique et des messages pléthoriques qui envahissent notre quotidien. Ce « beau-livre » (1), le bien nommé en l’occurrence puisqu’il est richement documenté (témoignages, archives, journaux intimes, mémoires, etc.) et illustré avec des images pour la plupart monochromes, revient sur les 106 derniers jours du Kaiser, à savoir la période de son retour à Berlin jusqu’à son auto-extermination le 30 avril. Le soixante-dixième anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie (en date du 8 mai 1945) est l’occasion pour Jean Lopez, grand passionné d’histoire militaire, de faire la chronique de cette descente crescendo aux enfers si proche et si lointaine à la fois. Pourquoi Les cent derniers jours d’Hitler ? Car les trois derniers mois sont « la période la plus sanglante et la plus destructrice de tout le conflit ; ils sont aussi les plus confus, les moins bien connus » (p.9). En couvrant un grand pan de la documentation sur la Seconde Guerre mondiale publiée en allemand, anglais et français, Lopez joue la carte de l’exhaustivité, abordant ainsi certains aspects méconnus et pour ainsi dire négligés dans l’espace francophone comme la « chorégraphie de l’effondrement ».

Ce n’est pas tant la fascination qu’exerce le mal absolu qu’une tentative de compréhension de la logique du pervers qui poussera le lecteur à compulser ce livre. Comme le rappelle Patrick Vignoles, « Pervertir » vient du latin pervertere qui signifie « renverser ». L’être pervers n’est pas l’être qui ignore la loi mais celui qui veut l’ignorer, ou plutôt qui, sachant très bien (d’un savoir de sentiment ou de raison) quelle est, donc en toute connaissance de cause, accomplit systématiquement le mal au lieu de faire le bien, pose le mal comme un bien pour lui. Le pervers méprise la loi dont il renverse sciemment et […] savamment les Tables (2).

Cherchant à occulter un surplus indigeste de messages dans mon quotidien, je me suis concentré dans un premier temps sur l’iconographie, mais c’était oublier la sagesse de bons vieux proverbes anglais, selon laquelle une image vaut mieux qu’un long discours (Every picture tells a story ; a picture tells a thousand words). Mon regard s’est donc posé avec effroi sur ces corps suppliciés, pendus, suicidés, fusillés, faméliques, rongés par les maladies tel le typhus, ces corps en décomposition dont la monochromie accentuait la tragédie (à l’instar des films d’Alfred Hitchcock) et le caractère insoutenable de la plus sordide invention de l’humanité que l’on doit malheureusement au IIIème Reich – le meurtre à l’échelle industrielle. Cette documentation historique est quelque peu problématique à mon sens. Certes, le droit français ne protège pas la dignité des défunts, notamment lorsqu’ils n’ont aucune renommée, mais il est légitime de poser le débat du respect des morts. Comme le note Emmanuel Pierrat, avocat au barreau de Paris, « l’article 9 du Code civil, sur lequel repose à la fois le droit au respect de la vie privée et le droit à l’image, dispose que “chacun a droit au respect de sa vie privée” », cependant « la loi reste muette sur ce respect après le décès de la personne visée ». A quelques exceptions près : Le 20 décembre 1999, la Cour de cassation s’est prononcée sur la publication de la photographie du cadavre du préfet Claude Erignac. Elle a considéré que : « la photographie publiée représentait distinctement le corps et le visage du préfet assassiné, gisant sur la chaussée d’une rue », cette image étant dès lors « attentatoire à la dignité humaine » (3).

Pour en revenir au livre de Jean Lopez, j’étais ravi de pouvoir découvrir l’excellent ensemble vocal « Cinq de Cœur » au Conservatoire de musique et de danse de la Nouvelle-Calédonie le soir même où j’ai achevé la lecture des Cent derniers jours d’Hitler. Comme il était rassurant de prendre la mesure de la part du bien dont est aussi capable l’humanité et de ses triomphes sur la barbarie !

Noirs, l’autre traite

Ecrit par Martine L. Petauton le 30 mai 2015. dans La une, Histoire, Littérature

« L’Afrique perd son sang par tous ses pores… Le sang noir ruisselle vers le nord, l’Équateur sent le cadavre… »

Noirs, l’autre traite

L’autre traite. Énorme, celle qu’on appelle la Transsaharienne, ou la Traite intérieure. La honte de l’Afrique, de siècle lointain, en siècle tout près de nous : La traite des Noirs par les Arabes.

10 Mai, il y a quelques jours, François Hollande aux Antilles honore tout ces esclaves qui fondent l’étrange socle de la mémoire noire ; la nôtre aussi, bien sûr ; il martèle : la nôtre obligatoirement…

Traite négrière. Depuis longtemps – en tous cas, cela a fait partie de mes obligations de programme, en Histoire, tout au long de ma longue carrière – et je me souviens de l’émotion – terrible – de tous mes élèves, découvrant que « nous », les Bordelais, les Malouins, les « nôtres », on avait eu partie prenante avec ce scandale absolu de l’humain ; la mise en esclavage, le trafic d’hommes sur d’autres hommes. Ils avaient, mes élèves, autour de 13, 14 ans, l’âge où on ne badine pas avec les principes et la morale… le regard sans concession d’un enfant face à l’Histoire ; rien que ça, « tout » ça, vaut l’énergie, la passion d’enseigner le passé des hommes.

C’est de la traite d’Afrique vers l’Amérique, via les Européens, qu’on parle le plus souvent ; celle qui également surgit dans nos mémoires pour les commémorations du 10 Mai. La Transatlantique, celle qui, de la fin XVIème à la fin XVIIIème, a fait l’usage qu’on sait de millions de Noirs, souvent issus (attrapés) au large du Sahel, immortalisés dans cette île de Gorée, au Sénégal, d’où partaient les bateaux magnifiques et leur sinistre cargaison. Autour de 13 millions d’individus concernent le « solde négatif » des trafics transatlantiques, pour lesquels les Portugais, mais aussi la France, plus modestement, le Royaume d’Angleterre, ont établi quelques « beaux » records.

Ce n’est pas de celle-là, dont nous parle le solide, documenté, livre – essentiel – de Tidiane N’Diaye ; lui s’attaque à l’autre traite, la transsaharienne, qui s’abattit sur les peuples noirs, d’Est en Ouest, du VIIème siècle, arrivée en Afrique des Arabes, au XXème. Trajectoire continue et infernale, dont on parle ici ou là, plutôt moins que de l’autre – l’officielle en quelque sorte, mais, qui accoucha au minimum de plus de 8 Millions de victimes, à moins – comptabilité convaincante de l’auteur – qu’on puisse la chiffrer à plus de 17 Millions, en incluant tous les décédés de la mer Rouge et de l’Océan Indien, par exemple. L’Afrique tuée par l’Afrique…

Tout est examiné sous le microscope implacable de notre Historien sénégalais : ce qui existait avant même la conquête arabe, comme formes d’asservissements en Afrique, les éléments de la conquête, et la place du noir dans l’imaginaire arabe (« les noirs vivent dans des pays où la chaleur domine leur tempérament et leur formation, ce qui explique leur stupidité et leur degré d’infériorité »), l’Islamisation des territoires noirs, et la façon dont les Arabes ont contourné l’interdiction que fait le Coran d’asservir d’autres hommes, et en particulier la formelle interdiction qu’un musulman puisse mettre en esclavage un autre musulman (« en même temps qu’ils convertissaient, ils n’en rassemblaient pas moins des caravanes de captifs destinés à Djenné et à Tombouctou »). Les yeux seront ouverts aussi sur « ces noirs qui ont livré d’autres noirs », cette odieuse collaboration des notables locaux, et même de la population. Mais ne seront pas oubliés, à l’inverse, ces résistances souvent superbes du continent noir. L’analyse est également posée des croisements – subtilement pervers – entre les Européens – période de la Colonisation – et cette honte africaine. Ainsi des Anglais qui sur les principes se voulaient largement abolitionnistes, et, dans le même geste – schizophrénique – couvraient les manigances à Zanzibar, par exemple plaque tournante des trafics, où l’on vous fait visiter dans le Stone Town, l’église anglicane…

<<  1 2 3 4 [56 7 8 9  >>