A propos de la guerre de Fronts

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 novembre 2010. dans La une, Histoire

A propos de la guerre de Fronts

"Reflet du jour". Jean-François VINCENT

Anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918

De 1914 au 11 septembre 2001 : apparition et disparition de la guerre de fronts

 

Une des nouveautés, souvent passée inaperçue de la guerre 14-18, fut l’apparition de la guerre de fronts continus. Fin 1914, deux immenses fronts de plusieurs centaines de kilomètres, s’étendent, à l’ouest de la mer du Nord à la Suisse, et à l’est de la Baltique aux Carpates. Chose inouïe jusqu’alors ! Les armées dans les guerres du XIXème  siècle et des siècles précédents se courent après, se cherchent, parfois se ratent dans une extraordinaire partie de cache-cache. Un exemple emblématique de ce manège est fourni par la bataille d’Austerlitz ; les austro-russes et les français se guettent sans savoir au juste où se trouve l’adversaire ni quelle est l’importance  des forces en présence.

A ce jeu de la devinette, Napoléon est le plus habile : il arrive à persuader Koutousov, le généralissime allié, que ses troupes sont faibles en nombre, et qu’elles battent en pleine retraite ; ce faisant, il l’attire dans un piège en étau. En un seul jour, en une seule bataille, tout est dit, une des parties belligérantes est détruite ou presque et la guerre est finie.

Clausewitz, dans son ouvrage le plus célèbre, Vom Kriege, en tirera le principe de la concentration des armées en un point : « le rassemblement des forces en un grand tout, ce qui se produit, plus ou moins dans toutes guerres, indique l’intention de porter un coup décisif grâce à ce tout » (Vom Kriege, chap XI).

A partir de 1914, et à l’opposé, le principe du front continu ne sera jamais démenti, même dans la guerre de mouvement de 1940 : le front s’étire indéfiniment, et, même percé, il se reconstitue ou tente de le faire. En juin 1940, lors de l’armistice, il existe toujours, fût-ce symboliquement.

Tout change depuis la guerre débutée en 2001, le 11 septembre : plus de front ! L’ennemi terroriste n’est nulle part et partout à la fois ; il frappe où et quand bon lui semble. On n’est même pas renvoyé aux conflits d’antan, dans un affrontement unique en rase campagne. La guerre de fronts a été phénomène éphémère : cent ans à peine, autrement dit rien à l’échelle de l’Histoire.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (6)

  • PETIT

    PETIT

    12 novembre 2010 à 12:14 |
    Dira-t-on toujours : Mort au front pour la Patrie ?

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  • Martine L

    Martine L

    11 novembre 2010 à 16:51 |
    Très bienvenu rappel, en ce jour gris de novembre, cher JF,ce n'est pas souvent qu'on aborde ce sujet ; vous le faites fort bien . C'est vrai, diraient mes petits collégiens, que dans nos représentations, la guerre, c'est le ou les fronts! vrai, aussi que depuis 2001, il faut parler de nébuleuse!!

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  • Saskia Vincent-Symens

    Saskia Vincent-Symens

    11 novembre 2010 à 13:52 |
    L'ennemi partout et nulle part. Egalement pas de front, et en même temps le front est mondial, ainsi que le spectacle: Si on touche une centrale électrique, 5 autres se plantent en succession parce qu'il n'arrivent plus à satisfaire la demande. On peut ainsi mettre un pays entier à plat en deux heures (en hiver, au moins), comme on a vu aux Etats Unis il y a quelques années. Et en 30 minutes, grâce aux média, tout le monde (ceux qui ont encore de l'électricité, bien sûr) est au courant.
    Le monde en 2010 n'a plus grand chose à voir avec celui de 1914...

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  • Matthieu Delorme

    Matthieu Delorme

    11 novembre 2010 à 12:48 |
    "L"ennemi partout et nulle part à la fois", c'est plus la guerre révolutionnaire que le terrorisme non ?

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  • Isabelle Blavet

    Isabelle Blavet

    11 novembre 2010 à 12:44 |
    Avant le 11 septembre et le terrorisme, il y a eu surtout le concept de "guerre populaire", développé en particulier par Mao puis Ho Chi Minh, qui remettait complètement en cause la notion de "guerre de fronts". En fait, il n'y a eu qu'un seule "vraie" guerre de front, c'est la "boucherie" de 14-18.

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      11 novembre 2010 à 14:16 |
      Il y eut tout de même aussi la guerre 39-45, même si les fronts étaient en mouvement, et la guerre de Corée! Là encore, fronts en mouvement, mais fronts quand même..

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