Antisémitisme : Conférence du Pr Franklin Rausky

Ecrit par Maurice Lévy le 06 décembre 2010. dans Racisme, xénophobie, La une, Histoire

Antisémitisme : Conférence du Pr Franklin Rausky


J’ai beaucoup apprécié la question posée ici de Daniel Sibony : « La shoah pourquoi ? » ainsi que les réflexions très opportunes qu’il énonce.

J’ai récemment assisté à une conférence du Pr. Franklin Rausky. Lui remonte bien avant la Shoah et en quelques 55 minutes, il a réussi à nous fournir, dans un langage fort simple, les éléments historiques permettant de remonter vers l’origine, voire une des causes, de l’antisémitisme.

Or cette intervention n’étant pas prévue au programme. A l’annonce de l’objectif que se fixait l’orateur, j’ai bondi sur carnet et stylo pour prendre note. Enfin quelqu’un, que je savais sérieux, s’attaquait à traquer l’origine de cette gangrène qu’est l’antisémitisme

Il commence par remonter aux Pharaons, lesquels, peu intéressés par les rites des Hébreux, les considéraient comme une force de travail sans plus. Cela dura quelque quatre cents ans …

Pour les Phéniciens, plus tard, les Hébreux constituaient un peuple sympathique : leur grande qualité de marchands suffisait pour leur permettre de les embarquer sur leurs navires.

Avec Nabuchodonosor, a priori aucune hostilité de type religieux vis-à-vis de cette population ; il dût détruire leur temple pour mater leur révolte. Il n’empêcha nullement les Juifs, une fois encadrés, d’ouvrir des synagogues et de vivre selon leurs rites propres.

A l’époque de l’Empire perse, Cyrus arriva jusqu’à entretenir avec eux une certaine complicité : les Judéens furent même autorisés à rentrer dans leur pays et y reconstruire leur Temple. Il leur accorda la liberté de culte tout en exigeant une totale soumission à son pouvoir. Il fut même considéré comme le Machiah Hachem, le Messie de Dieu.

Il faudra attendre le règne du roi Assuérus – Xerxès - et de son grand Vizir Aman pour assister à un épisode proprement antisémite (Cf. l’histoire de la reine Esther).

Dès cette époque, les Judéens commencent à paraître différents et sont perçus comme dotés d’une « altérité propre ».

En 333, arrive au pouvoir Alexandre le Grand, lequel va pratiquer une politique différente vis-à-vis des barbares, politique fondée sur la formule « plus de vainqueur plus de vaincus », prenant ainsi exemple sur la politique pharaonique. Il va jusqu’à épouser la fille du roi Darius, qu’il vient de vaincre ! Il encourage le système des alliances matrimoniales, afin de ramener à lui, sans guerre, toutes les petites entités nationales alentour. Le grec devient la langue de communication.

Son dessein ? Créer une unité spirituelle, une sorte de religion mixte en y incluant toutes les religions. Il édifie à Athènes un sanctuaire, y réservant une place propre à chaque rite. Toutes les religions répondent positivement à cette offre et y déposent la statue ou la relique de leur choix, à l’exception d’Israël, dont le concept était non matérialisable.

C’est là que commença la période d’hostilité ouverte envers les Judéens, qu’on perçoit comme un peuple misanthrope, refusant d’épouser les membres des nations voisines …

Telle sera donc la conclusion de ce raccourci historique, qui se découperait en trois périodes :

-       celle où les Juifs étaient perçus comme un peuple accueillant, pacifique, cultivé ;

-       puis celle où ils éveillèrent de la méfiance, passant pour des gens étranges, disposant de dieux cachés ;

-       et enfin celle des Juifs catalogués comme un peuple misanthrope, refusant les mariages mixtes etc.

Que l’on me pardonne les erreurs éventuelles de ma prise de notes. Je vous livre l’essentiel de l’exposé de notre grand ami dont nous avons apprécié la simplicité toute pédagogique.

C’était pour moi la première fois que quelqu’un m’offrait enfin un essai d’explication historique sur l’origine de l’antisémitisme …

A propos de l'auteur

Maurice Lévy

Maurice Lévy

Auteur

Grammairien

Spécialiste de linguistique de l'énonciation, disciple du Professeur Antoine Culioli

Principal honoraire

Commentaires (6)

  • Lamouché Jean-Luc

    Lamouché Jean-Luc

    10 décembre 2010 à 12:02 |
    En tant qu'historien, j'ai été très intéressé par les informations explicatives sur les origines de l'antisémitisme dans l'Antiquité précoce, des Pharaons d'Egypte jusqu'à Alexandre Le Grand.
    Sans oublier la domination romaine (Titus), j'ajouterais qu'il est connu que l'antijudaïsme chrétien (qui n'était pas à proprement parler « antisémite ») a nourri ce qui deviendra ultérieurement le véritable antisémitisme idéologique (né en France vers la fin du XIXe siècle, à l'époque de l'Affaire Dreyfus et d'Edouard Drumont).
    Pour les chrétiens, pendant longtemps, les juifs étaient le peuple « déicide », car jugés responsables de la mort du Christ. C'était, bien-sûr, faire l'impasse (incroyable !) sur le fait que Jésus lui-même était juif (qualifié de « Rabi » dans les « Evangiles » !).
    Je voudrais aussi ajouter que – assez rapidement – de nombreux peuples, ainsi que les chrétiens encore (dont la conception divine se voulait universelle), considéraient avec beaucoup de méfiance le peuple juif, qui se voyait « élu », « Jahvé » étant perçu par lui comme une sorte de Dieu « national ».

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  • Martine L

    Martine L

    07 décembre 2010 à 11:53 |
    Interessant de balayer la représentation du peuple ( des ? ) juif dans l'Antiquité - et de façon pédagogique - Où l'on voit qu'il y a de fortes représentations ; racisme et antisémitisme en sont nourris.La conférence ne l'abordait peut-être pas, mais la Diaspora n'est-elle pas, dans l'Antiquité,une faille décisive qui marque l'accélération de cet antisémitisme ( peuple nomade, non fixé, donc évidemment dangereux )

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  • Monika Berger

    Monika Berger

    06 décembre 2010 à 20:26 |
    Je ne suis pas sûre que des faits historiques puissent expliquer l'antisémitisme. Ils sont des exemples de l'antisémitisme mais ne l'expliquent pas. La nature de l'antisémitisme va bien au-delà me semble-t-il des événements.

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    • SL

      SL

      06 décembre 2010 à 21:11 |
      Les faits historiques ne fondent bien sûr pas l'antisémitisme mais en tant que manifestations ils nous donnent des éléments pour le comprendre. La manifestation d'un phénomène ne constitue pas sa nature mais ce n'est qu'à partir de son observation que l'on peut essayer de l'expliquer!

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    06 décembre 2010 à 19:58 |
    Aman, l’épouvantail de la fête de Pourim, serait le père fondateur de l’antisémitisme ? Aggravé encore par Alexandre ? Voire ! Les monarchies hellénistiques, qui se partagèrent l’empire du macédonien, réservèrent un sort très différencié aux communautés juives. Si les séleucides, sous le règne d’Antiochus Epiphane, profanèrent le Temple, les lagides, par contre, furent très judéophiles. Les juifs, a Alexandrie, jouissaient des mêmes droits que les égyptiens ; et Ptolémée II réunit 70 sages d’Israël pour traduire la Thorah en grec, comprenant ainsi le caractère universel du Judaïsme : 70, le nombre des membres du sanhédrin, symbolise, en effet, la totalité des peuple du monde. Il s’agissait donc de dispenser au monde entier le bénéfice de la Révélation.

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  • SL

    SL

    06 décembre 2010 à 19:04 |
    Le projet d'apporter une explication historique au phénomène antisémite est tout aussi intéressant qu'ambitieux. Merci pour les éléments de réponse que vous nous apportez ici ! Il me semble qu'il existe bel et bien une spécificité de l'antisémitisme. Peut-elle s'expliquer par le fait qu'il se nourrit de tous les ingrédients (conscients ou non) dont peuvent naître le racisme? Autrement dit les Juifs cumuleraient-ils tous les handicaps qui peuvent attirer la haine des autres? Ou bien est-ce un seul ingrédient qu'ils sont seuls à posséder? La question reste pour moi entière.

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