La Bible ne serait qu'une métaphore

Ecrit par Jean Le Mosellan le 17 juillet 2010. dans Religions, Histoire

La Bible ne serait qu'une métaphore

L’Etat d’Israël est assez démocratique pour ne pas censurer des livres à succès qui portent gravement atteinte à son identité. Premier ouvrage de cette lame de fond, pas l’ampleur d’un tsunami mais de quoi contenter déjà beaucoup de surfeurs qui se satisfont par nature du  superficiel, La Bible dévoilée de Finkelstein et Silberman a aspiré dans ses remous Comment le Peuple juif fut inventé de Shlomo Sand, écrit en hébreu.

Bible dévoilée ? Pas du tout. Ce n’est pas ce qu’annonce a priori son titre original en anglais de New-York The Bible Unearthed. Littéralement La Bible déterrée. De déterrée on passe facilement à exhumée. Pour être exhumée il fallait au préalable être enterrée. Ensevelie donc. C’est une supposition nécessaire au dévoilement. Si on n’est pas pamphlétaire, on dirait révélation. Sans arrière-pensée d’enterrement.

 

C’est vrai que c’est une démolition à coups de pioche. Si l’archéologie est affaire de creusement, cela nécessite néanmoins réflexion voire méditation. Sur ce plan-là je crains qu’on ait eu recours aux bulldozers. Sans résultats, les sables du désert n’ayant livré aucun vestige de l’Exode du Peuple Elu. Pas de preuves trouvées dans le créneau fixé arbitrairement au règne de Ramsès II. Avant et après oui, on a trouvé des tracés de vie, d’un puits à l’autre.

Le bulldozer de Shlomo Sand est encore plus dévastateur. Son conducteur considère que la Bible est une métaphore. Pour ce chef de chantier c’est une chose qui n’a jamais existé que dans l’esprit des hommes. Sauf que cette chose est appréciée des lecteurs de par toutes les nations. Mais sans doute à la manière du rêveur de Borges qui se réveille avec une rose ramenée de son rêve.

Le Peuple juif a été carrément inventé, selon Shlomo Sand. Il parle de mythistoire et donne les secrets de Dieu dans sa création du Peuple Elu. Il dénonce l’Exil, surtout celui découlant de la destruction du Second Temple. La diaspora n’a pu se multiplier, déjà avant, que par la pratique du prosélytisme et de la conversion. Systématiques, semble-t-il, en direction des esclaves dans l’Empire romain.

La conversion, l’une des raisons de la remarquable croissance numérique des adeptes du judaïsme à travers le monde de l’Antiquité avant la destruction du Second Temple, apparaît bien dans presque tous les récits produits par les historiens présionistes et même sionistes.”

Cette tendance a pris parfois la tournure de conversion forcée, notée en son temps par Flavius Josèphe dans ses Antiquités judaïques, à propos d’Hyrcan 1er en campagne contre les Iduméens. Ce prosélytisme n’a cessé qu’à l’avènement  de Constantin, premier empereur romain chrétien.

Finkelstein et Silberman ont nié l’Exode pour absence, à l’heure actuelle, de preuve archéologique. Qu’en sera-t-il dans l’avenir ? Qu’ils lisent peut-être dans une boule de cristal. Personne n’a encore fouillé le Sinaï de fond en comble. Connaissent-ils l’histoire d’Akhenaton, pharaon monothéiste déclaré hérétique par ses successeurs, qui se sont acharnés à vouloir l’effacer de la mémoire des hommes, en détruisant ses effigies et son nom sur les cartouches en hiéroglyphe ? Sans la sagacité des égyptologues, sans doute serait-il resté aux oubliettes.

Les auteurs de la Bible dévoilée sont bien incapables d’expliquer comment les Israélites sont arrivés en pays de Canaan vers -1200, comme mentionné sur la Stèle de Mérenptah, fils de Ramsès II, opposé selon certains à Moïse lors de l’Exode : “Israël est détruit, sa semence même n’est plus” à la 27e ligne. Par ailleurs, les lettres d’Amara, messages diplomatiques aux souverains de Babylone, d’Assyrie notamment, et dont l’essentiel a été écrit sous Akhenaton faisaient état des Apirou peuplade du pays de Canaan, déclarés Proto-Israélites par Finkelstein et Silberman.

Bien mieux, William G Denver pense que l’Exode est un voyage immobile, simple “transition culturelle” aux dépens des premiers Cananéens tombés en décadence. Toutefois Christiane Desroches Noblecourt, autorité reconnue en égyptologie, admet qu’une fuite, à moindre échelle que l’Exode, ait pu se produire intéressant des travailleurs israélites, et non des esclaves qui n’existaient pas dans la société de Pharaon, mécontents de leur sort. Peut-être n’a-t-elle pas tort, dans le sens où les Hébreux de Moïse avaient suffisamment d’or pour couler le Veau d’Or.

Du reste, le Royaume d’Israël est né bien plus tard vers -1050. Saül devient roi en unifiant les 12 tribus d’Israël. Puis vient le règne de David (-1010 à -970) auteur des Psaumes. L’apogée du Royaume a eu lieu avec Salomon (-972 à -933) bâtisseur du Premier Temple. Après lui le Royaume d’Israël s’est amputé de ce qui deviendra le Royaume de Juda.

Tout cela c’est de l’histoire, qui, comme toutes les autres, l’égyptienne autant que la chinoise, débute dans la nuit des mythes. Mais Finkelstein et Silberman, comme Shlomo Sand ont une défiance extrême vis-à-vis de leurs racines. Ce courant du refus  participe en réalité d’un dessein d’injecter plus de matérialisme, voire d’athéisme dans la société juive.

A propos de l'auteur

Jean Le Mosellan

Jean Le Mosellan

Membre du Comité de rédaction et rédacteur

Médecin

Auteur de nombreuses chroniques au "Monde.fr"

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