Les derniers jours d'Hitler

Ecrit par Jean-François Vernay le 06 juin 2015. dans La une, Histoire, Littérature

« les 100 derniers jours d'Hitler » Jean Lopez / ed Perrin

Les  derniers jours d'Hitler

En refermant Écrire, à l’heure du tout-message de Jean-Claude Monod, je décidais d’un même élan de mettre un terme à ma vie hyper-connectée en pratiquant l’abstinence numérique et technologique. J’arrivais certes un peu après la guerre, puisque la journée nationale des déconnexionnistes (National Day of Unplugging) était en mars dernier mais, comme on dit, mieux vaut tard que jamais !

Dans les jours qui suivirent ma cure de désintoxication, je recevais en livraison DHL Les cent derniers jours d’Hitler de Jean Lopez, tel un retour au papier qui m’aiderait à me sevrer du tout-numérique et des messages pléthoriques qui envahissent notre quotidien. Ce « beau-livre » (1), le bien nommé en l’occurrence puisqu’il est richement documenté (témoignages, archives, journaux intimes, mémoires, etc.) et illustré avec des images pour la plupart monochromes, revient sur les 106 derniers jours du Kaiser, à savoir la période de son retour à Berlin jusqu’à son auto-extermination le 30 avril. Le soixante-dixième anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie (en date du 8 mai 1945) est l’occasion pour Jean Lopez, grand passionné d’histoire militaire, de faire la chronique de cette descente crescendo aux enfers si proche et si lointaine à la fois. Pourquoi Les cent derniers jours d’Hitler ? Car les trois derniers mois sont « la période la plus sanglante et la plus destructrice de tout le conflit ; ils sont aussi les plus confus, les moins bien connus » (p.9). En couvrant un grand pan de la documentation sur la Seconde Guerre mondiale publiée en allemand, anglais et français, Lopez joue la carte de l’exhaustivité, abordant ainsi certains aspects méconnus et pour ainsi dire négligés dans l’espace francophone comme la « chorégraphie de l’effondrement ».

Ce n’est pas tant la fascination qu’exerce le mal absolu qu’une tentative de compréhension de la logique du pervers qui poussera le lecteur à compulser ce livre. Comme le rappelle Patrick Vignoles, « Pervertir » vient du latin pervertere qui signifie « renverser ». L’être pervers n’est pas l’être qui ignore la loi mais celui qui veut l’ignorer, ou plutôt qui, sachant très bien (d’un savoir de sentiment ou de raison) quelle est, donc en toute connaissance de cause, accomplit systématiquement le mal au lieu de faire le bien, pose le mal comme un bien pour lui. Le pervers méprise la loi dont il renverse sciemment et […] savamment les Tables (2).

Cherchant à occulter un surplus indigeste de messages dans mon quotidien, je me suis concentré dans un premier temps sur l’iconographie, mais c’était oublier la sagesse de bons vieux proverbes anglais, selon laquelle une image vaut mieux qu’un long discours (Every picture tells a story ; a picture tells a thousand words). Mon regard s’est donc posé avec effroi sur ces corps suppliciés, pendus, suicidés, fusillés, faméliques, rongés par les maladies tel le typhus, ces corps en décomposition dont la monochromie accentuait la tragédie (à l’instar des films d’Alfred Hitchcock) et le caractère insoutenable de la plus sordide invention de l’humanité que l’on doit malheureusement au IIIème Reich – le meurtre à l’échelle industrielle. Cette documentation historique est quelque peu problématique à mon sens. Certes, le droit français ne protège pas la dignité des défunts, notamment lorsqu’ils n’ont aucune renommée, mais il est légitime de poser le débat du respect des morts. Comme le note Emmanuel Pierrat, avocat au barreau de Paris, « l’article 9 du Code civil, sur lequel repose à la fois le droit au respect de la vie privée et le droit à l’image, dispose que “chacun a droit au respect de sa vie privée” », cependant « la loi reste muette sur ce respect après le décès de la personne visée ». A quelques exceptions près : Le 20 décembre 1999, la Cour de cassation s’est prononcée sur la publication de la photographie du cadavre du préfet Claude Erignac. Elle a considéré que : « la photographie publiée représentait distinctement le corps et le visage du préfet assassiné, gisant sur la chaussée d’une rue », cette image étant dès lors « attentatoire à la dignité humaine » (3).

Pour en revenir au livre de Jean Lopez, j’étais ravi de pouvoir découvrir l’excellent ensemble vocal « Cinq de Cœur » au Conservatoire de musique et de danse de la Nouvelle-Calédonie le soir même où j’ai achevé la lecture des Cent derniers jours d’Hitler. Comme il était rassurant de prendre la mesure de la part du bien dont est aussi capable l’humanité et de ses triomphes sur la barbarie !

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Commentaires (2)

  • Jean-François Vernay

    Jean-François Vernay

    13 juin 2015 à 01:25 |
    Pour les notes infrapaginales omises 1) Terminologie éditoriale: Livre, généralement de grand format, comportant des illustrations de grande taille imprimées avec soin.
    2) Patrick Vignoles, La Perversité (Paris, Hatier, 2000),19.
    3) http://www.lagbd.org/index.php/Les_morts_ont-ils_tous_les_droits_%3F_(fr) consulté le 23 mai 2015.

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  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    12 juin 2015 à 10:51 |
    Ce qui m'a intéressé dans cette recension du livre de Jean Lopez, c'est d'abord le rapport à l'image (étant donné l'importance qu'elle a prise dans nos sociétés), mais aussi les aspects psycho-historiques montrant à la fois ce qu'est le mal absolu (à travers ce que fut le nazisme) et l'attitude du pervers en ce qui concerne les rapports entre le bien et le mal ! De quoi avoir envie, c'est certain, d'acquérir cet ouvrage...

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