LES DURIN, LA SAGA 2

Ecrit par Patrick Petauton le 03 février 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

LES DURIN, LA SAGA 2

Avant La Garde, les origines

Encore bien présent de nos jours dans les régions de Montluçon et Commentry, le nom fut extrêmement répandu, et on en compte dans de nombreuses branches et familles.

Déjà au XVe siècle, des Durin sont présents dans les Combrailles, comme l’atteste un document signalé par Perrot des Gozis, dans lequel Gilbert Durin en 1494 reconnaît devoir un cens annuel au Duc de Bourbon comme copropriétaire d’une terre située à La Celle sous Montaigut. Raison pour laquelle il ne faut peut-être pas sous-estimer un arbre généalogique, un peu fantaisiste, présenté sur Internet, nous révélant entre autres un Jehan Petauton décédé durant la guerre de cent ans (1390) dont le petit fils Pierre aurait épousé une Pasquette de Montendraud (famille peu connue de noblesse incertaine retrouvée au XVIIIe dans le village de Montvicq, et qualifiée à cette époque de bourgeoise). Malheureusement ces éléments, dénués de sources précises, ne peuvent être retenus de façon objective et nous appellent à la plus grande prudence.

Nous nous bornerons donc à retenir comme notre plus lointain ancêtre Blaize dit l’Ancien, né vers 1540 et décédé en 1622 dans le village de Beaune d’Allier. Nous ne possédons aucun renseignement concernant Marie Beaune, son épouse.

Vers la même époque, des Durin sont également présents dans d’autres villages proches, dont La Celle et Hyds ; Beaune ne fut donc pas le seul berceau des ancêtres. Le couple Blaize/Marie aura deux fils connus : Sylvain né en 1622 et décédé en septembre 1692 à Louroux-de-Beaune, et Blaize le jeune (1590-1654) qui sera maréchal-ferrant à Beaune. Il faut noter que cette profession sera reprise par de nombreux fils et petits-fils, véritable dynastie de taillandiers jusqu’au XIXe, et que ceux qui ne l’exercent pas sont le plus souvent laboureurs. Les nombreux descendants donneront naissance à de multiples branches car les familles de huit enfants ou plus ne sont pas rares à l’époque.

Concernant Gabriel, petit-fils de Blaize le Jeune, nous savons seulement qu’il fut laboureur et épousa Marguerite Dubeuf née en 1677 et décédée en 1722 à Chamblet. Le couple aura trois fils, dont Jacques, né vers 1707 à Louroux-de-Beaune, marié avec Marie Boudignon (1707-1787) à Hyds en 1736. Jacques meurt jeune à quarante ans et Marie épouse en secondes noces la même année Jacques Saunier. C’est donc en compagnie de son beau-père et de sa mère que son fils Gilbert Durin partira à Prémilhat vers 1750 pour y être laboureur ; son frère Antoine quant à lui fondera une famille à Saint Victor.

François Durin, un cousin, les rejoindra quelques années plus tard, fils – encore ! – d’un maréchal-ferrant, il apportera son savoir-faire et s’installera dans le village de Ouches ; un second François, son fils, lui succédera à la forge.

Nous ignorons en quelle année Gilbert prend possession du domaine de La Garde, sans doute longtemps après son mariage à Ouches (1774) avec Catherine André, car Marguerite son dernier enfant naît à Prémilhat en 1787.

 

L’arrivée à La Garde

Situé à 2 km du bourg de Lignerolles, dominant la rivière Le Cher, qui à cet endroit précis se resserre pour former des gorges sauvages et d’accès difficile, le vaste domaine agricole de La Garde se compose principalement de deux fermes construites à des niveaux différents sur la colline ; raison pour laquelle on les nomme ferme d’en haut et ferme d’en bas. On y remarque aussi une maison bourgeoise relativement récente, probablement édifiée sur l’emplacement d’une ancienne tour de surveillance. Nommée « Le Château », cette construction fut la résidence des propriétaires successifs du domaine.

Sur la rive opposée, à la confluence d’un ruisseau, dressée sur un éperon rocheux, la tour ruinée du donjon médiéval de l’Ours garde toujours l’accès de la vallée du haut Cher.

C’est dans ce décor, qu’en ce matin du 18 vendémiaire de l’an V,on procède à l’exécution du séquestre du domaine. Propriétaire, la noble famille de Ligondeix a préféré choisir l’exil, plutôt que d’affronter les bonnets phrygiens, et conformément à la loi, ce bien abandonné revient de droit à la jeune République.

La procédure sera longue et fastidieuse car il convient de dresser un inventaire précis et d’indemniser les fermiers ou métayers.

En présence du citoyen Lougnon, alors officier d’état-civil, et de plusieurs témoins, une liste est dressée. Mobilier, outils, bestiaux, récoltes, tout sera répertorié jusqu’à la moindre volaille.

Bientôt vendu comme bien national, le domaine sera acquis par la riche famille Lougnon, originaire de Lignerolles. La vente des biens nationaux n’eut rien d’une redistribution et ne profita qu’à une minorité de Bourgeois déjà très aisés ; certains allaient s’enrichir de façon considérable.

C’est en ce début de siècle que s’installent à la ferme du bas, comme métayers, Gilbert et son épouse Catherine André, venus du proche village de Prémilhat ; ils ont cinq enfants.

Les Durin demeureront plus d’un siècle sur cette terre, cinq générations se succéderont accomplissant les mêmes gestes, utilisant les mêmes outils car il faudra attendre le début du XXe siècle pour que des changements sensibles se produisent au niveau agricole.

Quels furent leur vie, leur travail, leurs loisirs ? C’est ce à quoi, à la lumière de quelques documents retrouvés, nous allons tenter de répondre ; nous évoquerons également le témoignage oral de Jean Durin aujourd’hui disparu et dernier héritier de cette tradition paysanne et quelques rares souvenirs personnels.

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