LES DURIN, LA SAGA – 6 -

Ecrit par Patrick Petauton le 03 mars 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

Et pourtant on se distrait...

LES DURIN, LA SAGA – 6 -

Si les journées de travail sont interminables, il demeure cependant un peu de temps pour le repos et les loisirs. Béni par l’Église, le dimanche est le jour de la détente bien méritée. Certes, quelques travaux sont néanmoins indispensables, les animaux ne connaissant pas la trêve dominicale et il faut bien les nourrir, mais du moins on s'abstiendra d'aller travailler dans les champs ce jour là.

       Les plus anciens prendront la direction du bourg pour vider une chopine dans un cabaret , et rencontrer les gens du village. On échangera de nombreuses paroles et les quelques récentes nouvelles de la paroisse : François Chicois serait à l’hôpital, le père Liconnet d'Argenty n'en aurait plus pour longtemps, trois vaches seraient  crevées au domaine des Barchauds et le jeune Antoine Chappy fréquenterait officiellement la Marie Gaume de Saint Genest. ..

        Le cabaret n'est pas le domaine des femmes , qui elles, ne disposeront que de peu de temps à la sortie de la messe pour obtenir les mêmes informations mais ne s'en priveront pas.   

       « Tu veilleras ben a surveiller ta sœur ,coquette comme elle est !dit Gilbert à son fils, et surtout revenez avant la nuit »

         Il faut bien que jeunesse se passe dans ce siècle comme dans un autre, et ce dimanche  de Juillet,  Antoine et Catherine sa sœur cadette partent au bal à Saint Genest. Ils danseront au son de la vielle et de la cabrette, Antoine boira quelques verres avec des connaissances, mais pas trop, car les chemins du retour sont escarpés, pourvu qu'un orage n’éclate pas, car alors franchir le Cher pourrait s’avérer dangereux, voir   impossible.

        Comme de tous temps, les grandes étapes de la vie sont l'occasion de réjouissances et réunissent les membres de la famille ; noces et baptêmes permettront d'oublier un peu le labeur et de rencontrer souvent quelques cousins venus d'autres villages. Selon un usage ancestral, même les funérailles pourtant tragiques  se clôturent par un repas ; il serait impensable et inconvenant  de laisser repartir   un parent ou un ami le ventre vide.

            Chaque année au mois d’Octobre le grand pèlerinage de Saint Marien en Creuse, mais très près de l'Allier offre de nombreuses réjouissances,et rassemble beaucoup de personnes ; on s'y rend à pied pour la journée et plus tard en chemin de fer .

        D'origine religieuse et très anciennes, les fêtes patronales disparues de nos jours sont très suivies ; on n’hésite pas à faire dix kilométrés à pied pour y participer.

        Je me souviens, pour y être allé à l'age de six ans, de celle de Lignerolles encore bien présente à cette époque. Ce jour de Saint Martin de Novembre, Grand mère très généreuse m'avait donné une petite somme d'argent destinée à la fête dont une grande partie fut vite investie dans l'achat de friandises qui eurent comme conséquence immédiate de me déclencher  une forte soif digne des déserts d'Arizona. Ne désirant pas retourner à la maison, et pourvu d'encore quelques pièces, je  pénétrai droit et fier comme un homme dans le proche débit de boissons et criai d'une voix forte et puissante  « Un canon, Patron ! »

         

        Un tonnerre de rires s’éleva de la salle comble et, généreusement offertes, ce ne fut pas une grenadine mais dix qui me furent servies, chacun, y  compris le mastroquet voulant participer à étancher  ma soif.

        L'anecdote allait faire le tour du village - il promettait le petit fils de Marie Louise !

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