LES DURIN, LA SAGA 7

Ecrit par Patrick Petauton le 10 mars 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

Le Cher, un allié dont il faut se méfier

LES DURIN, LA SAGA 7

L’actuel randonneur qui chemine sur les chemins escarpés des Gorges du Cher, pourrait penser que la rivière que n’enjambait aucun pont fut une barrière presque infranchissable entre les villages des deux rives, et limita fortement les contacts entre leurs habitants. Cela serait une grossière erreur, comme le prouvent les mariages assez fréquents par le passé entre les Lignerollais et les habitants de Saint-Genest ou de Sainte-Thérence qui n’eurent jamais peur de se mouiller les pieds…

Ainsi Jean Petauton, mon lointain ancêtre, venu de Saint-Genest un peu après la Révolution, franchit la rivière pour épouser Elisabeth Chicoix et s’installer à Lignerolles comme vigneron.

Semblablement, les ravins du Cher qui nous semblent de nos jours sauvages et déserts représentaient autrefois des lieux d’activité et de passage importants et fréquentés. Chaque parcelle était cultivée et de nombreux chemins serpentaient dans les côtes et longeaient le cours d’eau.

Indispensable, cette rivière, car les hommes de la terre devaient passer par elle pour transformer les céréales en farine dans les moulins hydrauliques installés sur ses berges, et la profession de meunier souvent héréditaire et très ancienne fut longtemps présente à Lignerolles comme l’atteste son blason représentant trois roues à aube.

L’ancien cadastre de 1814 mentionne sept moulins sur la commune de Lignerolles. Tous disparaîtront, concurrencés par les grandes minoteries électriques du début du XXe siècle.

Si les premiers Durin confient le grain au proche moulin de Labique pourtant situé à Sainte-Thérence sur la rive opposée, mais dont un batelier assure le transport de la marchandise vers l’autre berge ; leurs descendants doivent se rendre au moulin de Prat un peu plus en amont, car le meunier de Labique a réduit sa pratique à la seule commune de Sainte-Thérence.

Emportant tout dans leur colère, soudaines et parfois imprévisibles, elles font trembler les riverains, ces crues du Haut Cher, tant elles peuvent être terribles. Malheur aux bestiaux trop près du cours d’eau, ils seront emportés par le courant. Une passerelle construite dans le méandre de Labique se révéla très pratique mais n’eut qu’une durée très éphémère, la première crue la détruisit sans merci, ne laissant que quelques traces encore visibles de nos jours.

Il faudra attendre la construction du Barrage de Rochebut en 1906 dont Jean Durin vit le très important chantier, qui dura quatre ans pour que la rivière s’assagisse quelque peu.

Traverser la rivière pour se rendre en visite chez des parents à Saint-Genest n’est pas sans risques. On utilise des gués et lorsque le niveau des eaux le permet, on s’aventure sur les digues en pierre des moulins. Il est fortement conseillé de se placer par une courte prière sous la protection de Sainte-Thérence ou de Saint-Marien, protecteurs des lieux, car l’entreprise peut s’avérer fatale. Peu de personnes savent nager, il vaut mieux choisir les bons endroits pour placer ses pieds sur les dalles glissantes ; un faux pas et c’est la noyade assurée dans une eau très profonde, et souvent glaciale.

Du temps de mon enfance, ma grand-mère Marie-Louise Petauton, voulant me faire une démonstration de passage à gué du Cher, sur la digue déjà bien délabrée du moulin Des Coux, exécuta une magnifique pirouette et fut contrainte à faire sécher ses « gounelles »* au chaud soleil de juillet…

Pourtant très poissonneuses à cette époque, les eaux de la rivière n’intéressèrent pas les habitants de La Garde qui ne furent jamais pécheurs. Atypique, car sachant très bien nager, d’après Jean Durin, un parent de Mazirat nommé Bourgeon et souvent présent à la ferme, plongeait comme une loutre sous les rochers pour remonter souvent avec deux poissons, un dans chaque main…

 

* Gounelles : ensemble de vêtements féminins comprenant généralement la robe et le jupon

A propos de l'auteur

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.