Paradis judéo-chrétien et utopie socialiste

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 novembre 2010. dans La une, Religions, Histoire

Paradis judéo-chrétien et utopie socialiste

La révélation juive puis chrétienne révolutionna  la notion de temps : à un temps circulaire, cyclique, elle substitua un temps linéaire, un temps pourvu d’un commencement absolu, d’un déroulement non pas infini mais indéfini, et d’une fin : la fin des temps. La création ex nihilo, à partir de rien, est aussi une création du temps. A un disciple qui lui demande ce que faisait Dieu avant la création du monde, saint Augustin répond (Confessions, XIII,15) : « il ne pouvait y avoir d’avant, là où il n’y avait point de temps ».

La ronde rassurante des âges d’or sans cesse  ré-inaugurés par les saturnales, les ludi saeculares et les cérémonies festives accompagnant l’investiture de chaque nouvel empereur – renovatio temporum, gages elles-mêmes de la renovatio imperii garantissant la Roma aeterna – cède la place à l’horreur d’un terme ultime, définitif, irrémédiable, porteur, en même temps, de l’espoir que les délices qui suivront, seront, à la différence des paradis périodiques mais éphémères de jadis, permanents et durables.

Dans le Judaïsme, le olam habba, le monde futur, est un malkhut ha-shamayim, domination complète de Dieu sur ses créatures, mais aussi proximité de Dieu avec son peuple. Berechit Rabba 98, 2 dit que la Shekinah, la gloire insoutenable du créateur, habitera à nouveau Israël. Dans la Jérusalem d’en haut, faite de saphir, Dieu en personne enseignera la Thorah à ses élus dans une mechiza a laquelle même les anges n’auront pas accès (Shemoth Rabba, 15).

Le Christianisme n’est pas en reste pour décrire le Royaume qui fait suite au Jugement dernier, et sa cité, la Jérusalem céleste. « La cité était d’or pur, semblable au cristal » (Ap 21,18). Elle « n’a besoin ni du soleil, ni de la lune, car la gloire de Dieu l’illumine » (Ap 21,23). La finale de l’Apocalypse de Jean vaut d’être citée intégralement, car elle résume, à elle seule, la félicité promise aux bienheureux (Ap 24, 3-5) : « le trône de Dieu et de l’agneau seront dans la cité, et ses serviteurs lui rendront un culte, ils verront son visage, son nom sera sur leurs fronts. Il n’y aura plus de nuit, nul n’aura besoin de la lumière du flambeau ni de la lumière du soleil ; car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils règneront aux siècles des siècles ».

Cette félicité, bien sûr, fait suite aux évènements terribles qui viennent clore la temporalité et ouvrir une ère nouvelle que la mystique chrétienne nomme le huitième Jour, l’ère qui succède au septième Jour de la création, où nous nous trouvons. L’acteur unique cette métahistoire, au-delà de l’Histoire est Dieu seul : l’homme impuissant – terrifié ou fortifié par sa foi – assiste à la réalisation du plan divin en spectateur, il n’a pas prise sur lui.

Il a fallu de nombreux siècles pour que la béatitude céleste se transforme en bonheur terrestre, et que l’apocalypse se change en révolution. Le temps, à l’époque des Lumières, reste linéaire ; mais l’agent de l’évolution est l’humanité en marche vers son progrès, technique mais aussi politique et social, grâce à un concept nouveau : l’égalité.  Condorcet, dans son livre, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, écrit : « nos espérances, sur l’état à venir de l’espèce humaine, peuvent se réduire à ces trois points importants : la destruction de l’inégalité entre les nations, les progrès de l’égalité dans un même peuple ; enfin, le perfectionnement réel de l’homme ». Condorcet, le girondin, ne préconisait pas le grand soir ; mais les jacobins eux , Saint Just, Robespierre et surtout Gracchus Babeuf, le premier socialiste, n’hésitèrent pas à franchir le pas. L’auteur du Manifeste de égaux écrit, dès 1791, avec des accents pauliniens : « Frère ! Le précepte de la loi ancienne : Aime ton prochain comme toi-même, la sublime maxime du Christ : Faites à autrui ce que vous voudriez qui vous fût fait, tout cela part d’un point commun et va encore aboutir à un même centre : le saint nom d’égalité (…) de là l’âge d’or et la félicité sociale au lieu de la dissolution de la société, de là un état de quiétude sur l’avenir, un fortune durable perpétuellement à l’abri des caprices du sort ». Ce passage illustre la généalogie de l’utopie : le nouvel âge d’or tire son origine intellectuelle dans la révélation judéo-chrétienne et tend vers la « sainte » égalité. Babeuf fut d’ailleurs jugé si subversif par le très modéré Directoire qu’il fut incarcéré et condamné à mort.

L’humanité, pour progresser, peut également se passer de révolution : pour Fourier, c’est par le bas, par l’ordre associatif, par « contagion du bonheur » que se construira graduellement l’Harmonie. Dans un texte dont le titre est déjà tout un programme, Le Nouveau Monde Amoureux, le père des phalanstères écrit : « peut-on douter que ce nœud de sentiment pur ne s’établisse au plus haut degré chez les harmoniens, puisqu’ils jouiront, dans ce lien, d’une entière liberté, sans perdre pour cela les fruits de leurs travaux philanthropiques ». Le stade ultime de l’évolution humaine est ici ce que les anciens auraient nomme philia, l’amitié altruiste. Point donc d’apocalypse pour le gentil Fourier, seulement une extension de la philanthropie.

Il appartiendra au marxisme de rejeter définitivement le socialisme utopique pour fonder une véritable science de la transformation sociale : l’acteur de cette transformation est toujours l’homme ; mais un déterminisme, hérité de la philosophie hégélienne de l’histoire, pèse sur lui. Une force, qui le dépasse, résultant de la logique des rapports de production, avatar de l’Esprit selon Hegel, le pousse inexorablement à passer d’un type de société à l’autre. Lénine, dans un texte de 1913, décrira parfaitement ce qu’on a appelé le matérialisme historique :

« approfondissant et développant le matérialisme philosophique, Marx le fit aboutir à son terme logique, et il l'étendit de la connaissance de la nature à la connaissance de la société humaine. Le matérialisme historique de Marx fut la plus grande conquête de la pensée scientifique. Au chaos et à l'arbitraire qui régnaient jusque-là dans les conceptions de l'histoire et de la politique, succéda une théorie scientifique remarquablement cohérente et harmonieuse, qui montre comment, d'une forme d'organisation sociale, surgit et se développe, par suite de la croissance des forces productives, une autre forme, plus élevée, comment par exemple le capitalisme naît du féodalisme ».

Il nous reste à examiner la doctrine de ceux qui firent la synthèse de l’eschatologie judéo-chrétienne et de l’utopie socialiste ; je veux parler des « juifs hétérodoxes », comme les nomme Michael Löwy : Walter Benjamin, Martin Buber, mais surtout le plus mystique d’entre eux, Franz Rosenzweig, dans son ouvrage majeur, Der Stern der Erlösung (l’étoile de la rédemption). C’est nourri à la fois du romantisme allemand et de la tradition rabbinique que Rosenzweig imagine qu’en priant, on peut hâter la venue du malkhut ha-shamayim , du Royaume, son irruption  pouvant – mais non obligatoirement – prendre la forme d’une révolution politique. « Sans cette tension interne vers l’anticipation », lit-on dans Der Stern der Erlösung , «  sans cette volonté de précipiter l’avènement du  Messie avant son heure, sans cette tentative de faire violence au Royaume des cieux, l’avenir n’est pas l’avenir, mais le passé qui s’étire à l’infini en se projetant en avant. ». Toutefois la prière n’est efficace, révolutionnaire au sens propre du terme, que si elle est altruiste et non égoïste. « Es gibt keine Tat der Nächstenliebe, die ins Leere fällt », dit  Rosenzweig, il n’est aucun acte d’amour du  prochain qui soit fait en vain (litt, qui tombe dans le vide). Cette prière « révolutionnaire » vise, en effet, à « tenter » Dieu, à susciter l’impatience - « Kurzmut » - divine par son désintéressement, par son orientation vers le prochain, « Nächste ». « Ce qui importe dans la prière », dit encore Rosenzweig, « c’est ce que fait le faisceau de lumière que celle-ci projette dans les ténèbres du futur jusqu’à ses confins les plus extrêmes : ou bien ce faisceau, à l’endroit qu’il frappe et illumine en premier, grâce à celui qui prie, devance ou suit l’Amour ; ou bien il avance à l’unisson avec Lui. Ce n’est que dans ce dernier cas que la prière sera exaucée ». L’ oraison altruiste et efficace pour le dévoilement du siècle à venir doit aller de pair avec l’amour du prochain, qui se confond avec l’amour du « Surprochain », l’« Übernachste ».

« To eschaton », les fins dernières, ne peuvent que situer hors du temps, dans une dimension autre, autant spatiale que supra temporelle, et dont l’ambiguïté est parfaitement rendue par le terme hébreu, olam qui se traduit aussi bien par « monde » que par « éternité ». Le drame de l’eschatologie séculière des utopies socialistes est d’avoir voulu réintroduire dans l’ici-bas ce qui fondamentalement ne lui appartient pas. L’U-topos est  un nulle part qui se situe au-delà de tout.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (15)

  • Vaillant Sabine

    Vaillant Sabine

    21 novembre 2010 à 12:43 |
    Hier mes enfants participaient à des ateliers sur le big bang et donc nous parlions du temps. Le plus jeune sur le chemin du retour, me dit "tu sais... Sacha-Anna m'a dit que Dieu avait un peu aidé pour le big bang"" ...

    Sabine

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    • Jean Le Mosellan

      Jean Le Mosellan

      21 novembre 2010 à 14:08 |
      Les enfants intègrent,chère Sabine, très bien la notion de Big Bang. Mon petit-fils Arthur,7 ans m’en a parlé il y a 2 ans. Conversation en tête à tête : Tu crois,toi, au Big Bang ? Interrogation surprenante de sa part,à laquelle j’ai répondu :Bien sûr ! Il continue :Alors tu ne crois pas en Dieu ? Je n’ai pu m’empêcher d’éclater de rire. Le pauvre petit a été endoctriné par l’autre grand-père, athée convaincu,pour qui cela tombait sous le sens.

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  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    21 novembre 2010 à 10:12 |
    Remarquable chronique, cher monsieur ! Je voudrais juste reprendre, en insistant, quelques points qui me semblent fondamentaux.
    D'abord les liens évidents – au niveau du fonctionnement psycho-politique de l'être humain – entre les religions de salut céleste (le judaïsme, le christianisme, l'islam) et celles de salut terrestre (le socialisme, puis le communisme essentiellement).
    Ensuite, la notion "d'âge d'or" (qui sous-entend par opposition celle "d'âge de fer" !), aussi bien au niveau religieux (avant la Création, la Création, le "Royaume" d'après la Création), qu'au niveau politique (avant le socialisme, le socialisme, "Les Lendemains qui chantent", avec le passage au COMMUNISME, sorte de "Paradis" sur Terre).
    Enfin, je suis bien évidemment d'accord avec vous pour citer comme exemples de précurseurs des liens entre religion du "salut" et politique "révolutionnaire" Babeuf et Fourier (principes "d'égalité" sociale pour le premier, et concept grec du "philia"-"phalanstère" pour le second). Il faudrait sans doute aussi remonter – à propos de "l'U-topos" (dont vous parlez) – à Thomas More (chancelier du roi d'Angleterre Henri VIII) et à son célèbre "Utopia" (livre paru à Louvain, en Flandre, en 1516).
    Un dernier mot, politiquement prophétique : nous connaissons tous la phrase de Blaise Pascal, disant avec force, "L'Homme n'est ni Ange ni Bête et le malheur veut que qui veut faire l'Ange fait la Bête". Le stalinisme ne l'a-t-il pas historiquement montré ?

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  • Eric Thuillier

    Eric Thuillier

    21 novembre 2010 à 06:54 |
    L’existence est un chat au fond d’un aquarium rempli de champagne

    J'ai lu votre texte hier à la fraîche et gardé avec moi tout au long du jour le rai de lumière qu'il avait introduit, empruntant la juste seringue, dans mon bocal pour y faire briller mes poissons.

    Voilà un texte dans le genre de ceux que j'aime comme on aime un visage inconnu dont on perçoit la force la faiblesse la joie la détresse n'importe dont on perçoit une vérité sans la connaître, sans la comprendre, qui ouvrent sous nos yeux la connaissance comme un paysage. On ne peut discuter de l'essence des arbres et des roches qui le compose mais le paysage est somptueux.

    Je ne peux entrer dans les analyses et les citations que vous faites de personnages que je ne connais pas, mais je peux me laisser subjuguer par le spectacle du temps circulaire devenu linéaire, du temps roulé en boule comme un chat au temps allongé comme un homme.

    Il me semble que le temps d'un homme est circulaire, une bulle qui n'est complètement fermé qu'à l'instant même ou elle éclate. Votre texte m'a donné l'idée de l'existence comme une bulle de champagne, une bulle qui achève sa clôture au moment de toucher la surface et dont l'explosion provoque un éclair de lumière sur le temps. Un éclair qui se confond avec l'éternité et le paradis parce qu'il injecte la connaissance dans un être qui n'est venu au monde que pour elle. Une petite bulle de temps circulaire qui fait l'ascension du temps linéaire à une vitesse inconnue et pourtant fixe, fixée par la moment de joindre la surface et qui me fait penser que les hommes vivent tous le même temps puisque ils ne vivent que pour atteindre à la connaissance de la mort. Un temps relatif, plus ou moins rapide, dont la pulsation n’est donné qu’à la fin du morceau.

    Soyons raisonnable, je ne peux vous faire l’inventaire des poissons qui sont passés sous votre lumière. Encore celui ci : l’image du temps qui se redresse se confond avec l’homme qui conquiert la position verticale. Il a fallu beaucoup de temps pour çà et votre texte me souffle l’image du temps lui même, non comme quantité mais comme substance, qui cherche et trouve un être à redresser pour faire passer par lui sa linéarité et se projeter dans l’infini.

    Le hasard m’a amené à voir hier soir le film Biutiful qui emploie un motif circulaire pour parler de la mort. Une journée qui fait douter du hasard. Grand merci à vous.

    J’ajoute un verset à ma bible personnelle semi ésotérique : l’existence est un chat au fond d’un aquarium rempli de champagne.

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      21 novembre 2010 à 12:20 |
      Personne ne m'a jamais fait un aussi beau compliment : comparer mon texte à un rai de lumière! Vous savez que pour moi, comme pour saint Grégoire Palamas, Dieu est lumière!...Je me sens donc devenir Dieu, comme dit jadis un empereur romain juste avant de mourir.
      Mais à compliment compliment et demi : vous expimez d'une manière beaucoup plus poétique une des principales intuitions d'un grand philosophes allemand : Leibniz. Il compare les âmes à des monades, pour vous, ce sont des bulles de champagne, n'est-ce pas encore mieux?
      Au fond, nous sommes peut-être tous au fond d'un aquarium...Mais qu'importe! Si nous sommes dans un mouvement ascentionnel!

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  • Leon-Marc Levy

    Leon-Marc Levy

    20 novembre 2010 à 18:11 |
    Le champ lexical de la révolution pullule de références au paradis. A commencer par Marx et son célèbre : « c’est de la terre au ciel que l’on monte ici » (Marx/Engels : l’Idéologie allemande. Paris éditions sociales P. 51). Iconographie, métaphores, vocabulaire, tout dans les « paradis socialistes » s’est nourri et se nourrit encore (Corée du Nord…) de l’aspiration à une eschatologie rapportée à la vie terrestre. On lit dans le petit livre rouge : « pour faire lever les masses, il faut leur proposer le ciel ».?Votre texte est brillant sur le basculement sémantique vers le « paradis socialiste » : le temps d’après la mort promis dès cette vie. Le moment de "tension philosophique" extrême de ce basculement se fit en effet autour de Benjamin et Rosenzweig dont on peut (on doit ?) supposer le bon vouloir. Les politiques des socialismes du XXème siècle en ont fait un théâtre d'ombres beaucoup plus douteux dont le seul objet fut de "lever les masses" c’est-à-dire de trouver là un outil pour mobiliser (le paradis que les curés vous promettent pour après nous vous l’offrons dès ce monde).?Ecoutons un mot de Jaurès (affreusement déformé dans une citation récente par Ségolène Royal) : « Même si les socialistes éteignent un moment toutes les étoiles du ciel, je veux marcher avec eux dans le chemin sombre qui mène à la justice, étincelle divine qui suffira à rallumer tous les soleils dans toutes les hauteurs de l’espace. (discours sur la question religieuse et le socialisme. 1891)

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  • Martine L

    Martine L

    20 novembre 2010 à 11:33 |
    Grand merci, cher J.François, pour cette belle leçon ( philosophie, histoire, Humanisme tout simplement ) donnée de façon lumineuse, sans le moindre pédantisme . Un réel succès, donc, en pédagogie . Tout m'a intéressée, de ce temps, mis en place, dans l'imaginaire – ou la croyance – des gens, à ces juifs hétérodoxes que je ne connaissais pas!
    Votre propos dit que tout est « représentations », ce qui rejoint mes postures d'Historienne ! Ce n'était pas votre sujet, mais ne peut-on dire, aussi, qu'à la différence de ce que vous cernez, les pensées et religions orientales, elles, ont – via les cycles, mandra, et autres réincarnations, «  fait tourner » le temps ; vision autre que celles, laiques ou religieuses de l'occident.

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  • Jacques Chouraki

    Jacques Chouraki

    20 novembre 2010 à 01:20 |
    Vous avez raison, Rosenzweig est bien le penseur clé de l’affaire de l’état et du temps. Il considère le judaïsme comme une sorte d’instance critique à l’intérieur de l’histoire, une sorte de trace eschatologique.
    S’agissant plus généralement de l’histoire dans l’ensemble, l’oubli de l’éternité se manifeste à la façon d’un symptôme catastrophique. Dans l’oubli de cet oubli, les Etats, et là encore l’histoire des totalitarismes au XXème siècle, mais aussi celle des tentations de tout étatisme, de tous les étatismes, y compris démocratiques, les Etats, donc, se tiendraient dans une sorte de rivalité mimétique avec l’éternité oubliée, refoulée –contraints dès lors de construire des artefacts, des formes substitutives de transcendance, d’histoire étale, et de promouvoir toutes sortes de dispositifs cérémoniels censés faire oublier leur oubli de l’éternité, c’est-à- dire faire oublier leur caractère éphémère, leur mortalité. C’est évidemment la « légende » même inventée par les socialismes totalitaires.
    J’ai lu récemment ici que Platon eût été penseur d’un totalitarisme. C’est évidemment une radicale erreur de lecture. Platon ne pense que le temps fini. Il va de soi que cela exclut toute totalité.
    Bien à vous. Beau billet

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    • Jean Le Mosellan

      Jean Le Mosellan

      20 novembre 2010 à 11:48 |
      Merci d’avoir lu La République totalitaire. Mais dire que j’ai mal lu et pas compris la République de Platon,c’est vite aller en besogne. Votre position demanderait à être étayée livre par livre,et réfutée livre par livre. Mais vous ne pourrez pas dire que Platon n’a pas écrit tout cela. Enfin,c’est possible que des choses m’aient échappé encore faudrait-il les désigner. Merci de le faire.

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      • Luce  caggini

        Luce caggini

        20 novembre 2010 à 19:06 |
        Cher Jean
        Je reprends dans la même foulée ,votre réponse au Chapitre 10 de « Un sourire de mon ami le lion »et ce billet .Stephen Hawking,paradoxalement m ‘ invite à rêver sec et dur !
        Rachmaninov remplit l ‘espace , comme peuvent le faire les musiques , dans une fraction de seconde . Et me semble -t-il ?il y a là , configuration parfaite pour que l ‘artiste , l ‘écrivain , les « fous » trouvent leurs paramètres entre ciel et terre .de rêve et de pragmatisme pour être les révélateurs de leur engagement artistique .

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        • Jean Le Mosellan

          Jean Le Mosellan

          21 novembre 2010 à 12:46 |
          Le temps imaginaire est notre temps intérieur. Est-ce le temps du rêve ? Pas seulement car ce temps,chère Luce,a une présence extraordinaire dans la création artistique. Vous en êtes consciente,je crois. L’autre temps est extérieur à nous,c’est le temps prétendu réel,mais ce temps a une fin. Pour revenir au paradis judéo-chrétien,le temps de ce paradis est imaginaire. Et le temps du paradis matérialiste était réel. Et ce temps est périssable,comme chacun a pu le constater. Borges,agnostique mais pas athée,nous a conté dans une nouvelle,que son rêveur dont il narrait l’aventure,est revenu de son rêve une rose à la main. La rose du rêve

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    19 novembre 2010 à 22:37 |
    Avant de commencer le temps a été imaginé. Stephen Hawking,qui n’est pas théologien mais seulement physicien,dit qu’à ce stade il était imaginaire. Ce temps à trajectoire aléatoire,pouvait sans doute,avec une probabilité extrêmement faible mais pas nulle,être circulaire. En fait ce temps est doué d’un mouvement « brownien »,le futur revient sans cesse vers le passé,et vice versa. Notre temps à nous a une seule direction ,rectiligne certes mais pas droite,car la flèche du temps est courbe d’après la relativité. Reste à démontrer que la courbe est un segment du cercle. Qu’en pense le théologien ? Dira-t-il que le temps imaginé c’est un temps conçu ? Selon Hawking seul le temps imaginaire peut expliquer certaines défaillances des lois qui gouvernent l’Univers en des lieux appelés singularités. La grande singularité est évidemment située dans la fraction de seconde qui a précédé immédiatement le Big Bang. Mais d’autres singularités existent. Les trous noirs par exemple.

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    • Guerrier Elisabeth

      Guerrier Elisabeth

      20 novembre 2010 à 08:54 |
      Pas théologien mais " seulement" physicien ?

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      • Jean Le Mosellan

        Jean Le Mosellan

        20 novembre 2010 à 11:31 |
        La notion du temps est extrêmement complexe en physique théorique. Quand on lit Hawking, qui occupe quand même la chaire de Newton,on a l’impression que le temps imaginaire continue d’exister,et que notre temps n’a de réalité que par les désordres qui l’accompagnent. Une tasse de thé tombant d’une table par exemple. Dans la fuite du temps,il y a des remous et des résidus voire déchets,comme derrière un navire. Le retour en arrière est impossible. Hawking a même tendance à penser que le temps réel est imaginaire.

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      20 novembre 2010 à 08:20 |
      Saint Augustin - et d'autres - disent que tout ce qui existe a d'abord été "conçu" par Dieu. En ce sens le temps, comme le reste était, avant sa création, "imaginaire", idée parmi toutes les idées contenues dans le Mens Dei. Mais, en toute logique et dans la perspective de la création ex nihilo,une chose non encore créée n'est pas.

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