Billet fou : Patrimoine humain entre trois marques de café

Ecrit par Luce Caggini le 22 septembre 2012. dans La une, Culture

Billet fou : Patrimoine humain entre trois marques de café

Ma chanson a déjà un passé de 300 ans, donc un rondeau de ma part ne saurait que magnifier un chant de mondiale renommée dans les cours royales du Palais Matignon, mais vu le monde nomadant sur le tarmac et margaritant à la crème de cacao, je me dédouane d’une nostalgie d’un passé digne des richesses d’une société monarchique enchâssée dans une montagne de dorures.

Donc, je me suis acheminée vers la rue de Varenne dans l’espoir de mettre mes pas dans ceux des hommes qui ont donné à ce pays les marches en pair ou en impair de cette cité internationale dans le monde de Mars à moins que ce soit celui de Vénus.

Donner le sens de la visite, c’est déjà donner le la à un douanier de la pensée unique mais c’est aussi être dans le ton de la montée d’adréna­line du grand argentier de la République Française.

Dans mes rêves les plus glorieux, rien n’avait généré une aussi monumentale argentalerie de marbres et de nougats de mauvais goût avec autant de reflets dans l’eau sans être pour autant doué du génie de Mon­sieur Claude de France.

De mon point de vue, rien ne fut plus compact que cet amas de plafonds marmoréens de l’entrée au point d’en être visuellement étouffée.

Rien de plus boulimique que ces rouges sangre et ces noirs mortifères de la meilleure perfection des maîtres du genre dans le monde du dix-huitième.

Mais en élisant Harpagon au Bal des Maudits, un danseur de haute voltige est venu me dire que bien des martyrs de la République ont su en cer­tains temps ne pas céder à l’artificielle loi des hommes et soulager le sort des travailleurs en signant le fameux accord de 1936.

Fin d’un parcours d’une médiocre moraliste marginale et d’un artistico arpentage du Nabuchodonosor de pacotille que je fus dans cette fin de magnifique journée du Patrimoine.

Me donnant un amical signal, le pendant du marbre me fit un petit signe et m’indiqua le chemin de la vallée des monarques du dix-huitième siècle.

Me déplaçant vers le trottoir de la partie gauche en montant vers la Seine, j’entrai dans l’hôtel du marquis de la Vrillière plus connu sous le nom de centre Georges. C. Marshall.

Ma soumission amoureuse au marquis Charles Maurice de Talleyrand­Périgord me conduisit à la monumentale montée due à l’artiste de gé­nie que fut Chalgrin. Rien ne me fit autant de plaisir que d’imiter la marche claudicante d’un orpailleur de génie dont les manières et les mots furent autant d’artisteries que de modèles de murailles de Chine en art d’unir les ors et les humains dans un même bas de soie.

En méditant sur la valeur des mondes des marquis et des monarques, à ma grande stupéfaction, je fus à même de musarder dans la mer­veilleuse royale présence muranisée par les lambris bleu-magique du ciel-des anges menant un pas de deux entre jeux interdits et Marie-Madeleine reine des putes radicalisant la vie des seigneurs en réalisant le monde des Lumières à moi toute seule sans perdre la moindre pépite de son sourire amoureux de lui-même.

Rire et sourire fut son mal et son bonheur, car rien ne lui fut plus cher que le pays de France dont la rue de la Paix sonna le clairon de sa renommée.

Maurice de Talleyrand, maître des lieux, usa de son pouvoir comme de son sourire en lui demandant de ne trahir que son magique gant de velours.

Une amertume de ne pas en avoir été me saisit.

Ma visite ne fit que monopoliser mon attention sur les mondes uniformes imitant à en mourir Uranus et Jupiter, laissant un vide sidéral dans le siècle de la consommation.

 

Luce Caggini

A propos de l'auteur

Luce Caggini

Luce Caggini

Peintre. Ecrivain

Histoire  de  Luce  Caggini

Ma  biographie  c’est  l ‘histoire d’ un  pays, l’Algérie  coloniale qui m’a vue naître où j’ai grandi, l’Algérie indépendante qui m’a déconstruite.

Au fil du  temps s’est  édifiée en moi cette force  grandissante, réparatrice , bienfaisante qui me  nourrit d’ un  nouveau  sens de mon histoire.

Toutes ces années passées entre deux  rives, sans jamais accoster.

Dieu  merci, on avait des photos.

Le  moindre détail revenait réveiller la mémoire dont on ne savait plus si on voulait la garder ou l’expulser.

Je vis aujourd’hui dans une maison confortable, entre des murs épais, « Ma terre dans la tête  »  dans un lieu sans nom, peuplé d’ombres.

Un souffle d’air chaud me transporte mieux  que  ne le ferait un « Mystère-Falcon 20 »

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