Fais pas ci ! Fais pas ça !

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 septembre 2012. dans La une, Education, Actualité, Culture, Société

Fais pas ci ! Fais pas ça !

 

Fin d’été oscillant entre duveteux du ciel du soir et piquant de l’air du matin ; vacuité si particulière à ces journées précédant la rentrée… Bruits, tout soudain !! on va – figurez-vous – (mon voisin, bien à droite, n’en finit pas de rouler de rire avec les reines-claudes, sous son prunier surchargé) « réintroduire la morale à l’école »… et feu Luc Chatel, l’oint de L’Oréal, de se voiler la face : Peillon, ce serait pas un peu Pétain, des fois ? Quant aux dames de la PEEP (association de parents d’élèves, cuisinant plutôt à droite), coiffées comme des patronnesses du 16ème, de mugir, quant à elles : la morale ! C’est du ressort de la famille ! pas d’endoctrinement socialiste à la soviétique pour nos têtes-blondes tellement plus influençables par leurs enseignants, comme chacun sait, que par les ragots galopant de page Orange en page Facebook…

Nos minots manquent par trop de « civilité ». Nul n’en doute (incivilité est le mot qu’on emploie quand l’animal de fin de 5ème rentre en mâchant son chewing-gum en classe, beugle un « hein ? » quand vous l’interrogez, castagne une fille à la récré, en confondant avec le ring voisin)… bref, il y a du mal élevé dans l’air ; « racailles des quartiers » colorés, grandes gueules aux poches souvent retournées et spécimen goûteux de ces odieux gosses de la bourgeoisie, blanche et bien à l’aise. Tout enseignant l’a constaté ; il serait un peu rapide de faire coïncider collège en Zep et doigts dans le nez à longueur de cours.

Nos élites gouvernementales ont repéré le problème depuis pas mal de temps ; 2012 n’inaugure certes pas la page ! Les sarkozystes, notamment ne furent pas en reste, humant remarquablement le moindre remous de la société, et se haussant du col d’un « vous allez voir ! » qu’on attend encore. Maintes banderilles ont été plantées – à tout le moins, lancées : pourquoi ne pas honorer le tableau blanc d’une petite maxime, à potron-minet ? Fais ci, pas ça, sois bon camarade, respecte ton voisin noir, rejoignant à l’autre bout de l’Histoire de notre Éducation les chères écritures, au tableau noir, alors, à la gloire de la Nation d’un Jules Ferry ? Il y a eu plus « culotté » : apprendre, en un insatiable catéchisme républicain, des « formules », auraient doctement dit certains de mes petits collégiens : « bien mal acquis ne profite jamais »… (pour les Banquiers voyous, peut-être ?) ; Ferry le petit (Luc, si ! Il fut un temps ministre !) qui pense – le pauvre homme ! – que tout élève sait lire, s’enthousiasme actuellement sur nos écrans, autour du projet de lecture docte des saintes écritures de la République…

Ségo, en son temps – ça ne pouvait pas échapper à son caractère trempé – fut la madone des chartes de classe, considérant, et moi, avec elle, qu’éduquer fait bien partie de la mission d’enseignement.

Alors, de quoi veut nous parler notre Peillon, futé ministre s’il en fût, plutôt mieux équipé pour le voyage, que pas mal de ses prédécesseurs ?

Redire d’abord que tout, ou presque, s’apprend ; la grande cuisine, le saut à la perche qui fait les champions olympiques, les grandes dates de l’Histoire de France, Thalès et l’accord du participe passé (liste destinée à amadouer certains collègues dits traditionnels !)… donc, pourquoi fonctionner, quand on a 12 ans, en groupe-classe, groupe-collège, sans oublier le groupe-récré si formateur, ne passerait-il pas par des apprentissages ? Car, en matière d’enseignement – tant l’ont dit – il y a le champ du : apprendre, réciter, mémoriser ; le cognitif, va-t-on dire, et le champ du réfléchir, raisonner, expérimenter, pratiquer ; le savoir être et faire.

Or, si, c’est entendu, on voit mal une heure, dûment balisée dans l’emploi du temps, entre maths et SVT, interro en fin de séquence, qui se nommerait « cours de morale ; fais pas ci, fais pas ça », la transversalité sur le terrain de la classe, « in vivo », de pratiques, principes, valeurs – oui, allons jusque là ! – ne serait-elle pas de nature à ranimer ce « vivre ensemble », bel objectif républicain ; ce « rassembler » qu’on a entendu dans la campagne du président ?

De même, s’approprier des notions qui nous semblent tellement banales : la dignité, la responsabilité ! Cela va-t-il de soi pour des têtes, au demeurant intelligentes, de 4ème ou de seconde ? Pratiquer, apprendre à faire fonctionner – il n’y a pas que les TIC ! – les valeurs d’une démocratie harmonieuse, ça pourrait bien outiller utilement le déboussolé de demain !

Oui, vivre en société, ne déboule pas par la cheminée, ou, dans la hotte de je ne sais quelle fée ! L’école, là, comme dans tant de domaines, a quelque chose à dire ; tuteurer n’est pas un vilain mot ! « fais pas ci, fais pas ça » à l’école, j’y cours…

 

Martine L. Petauton

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    08 septembre 2012 à 14:32 |
    « Catéchisme républicain », « saintes écritures de République » comme vous avez raison de fustiger ce qui est à peine une caricature…Il existe, en effet, une religion, ou plus exactement, une pseudo-religion républicaine, dont la laïcité « à la française » est la triste illustration. Sur un mode plus burlesque, il existait, à certaine époque, le baptême « républicain » ; nul doute que le cours de morale, intercalé entre les sciences nat et les maths, n’aurait un parfum très « catéchétique ».
    Plus sérieusement, on peut s’interroger sur la possibilité même d’une morale « non religieuse » - qu’elle soit « laïque » ou « confessionnelle» - c’est-à-dire une morale sans attitude « religieuse », une morale sans tabous, ni anathèmes, ni excommunication d’office, comme c’est souvent – et de plus en plus ! – le cas. Bref une exploration rationnelle et non émotionnelle de l’éthique. Il est vrai que ce ne serait plus alors un cours de « morale », mais bien de…Philo !

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