La Tencin

Ecrit par Patryck Froissart le 29 septembre 2012. dans La une, Culture, Histoire, Littérature

(La scandaleuse baronne du Siècle des Lumières), Daniel Bernard, Editions L’Harmattan, 2012, 196 pages, 19 €

La Tencin

Quel destin! Quel personnage!

Placée au couvent dès l’âge de huit ans par ses parents, Alexandrine de Tencin y découvre, très précocement, le charme qu’exercent sur les hommes et les femmes qui l’approchent sa beauté et sa grâce naturelle, y expérimente et y développe la puissance de son pouvoir de séduction, et s’y imprègne des vertus du libertinage que prônent, dès la fin du XVIIe siècle, les philosophes qui commencent à projeter leurs lumières sur le siècle qui suit.

Elle en usera et en abusera pour effectuer une ascension fulgurante, de sa lointaine province jusqu’à la chambre, jusqu’au lit même du dauphin, le futur Louis XV, pour ouvrir un premier salon parisien, puis un second qui sera considéré, durant plusieurs décades, comme un des cercles littéraires des plus brillants de l’époque, fréquenté, tenez-vous bien, par Crébillon, Fontenelle, Marivaux, Montesquieu, qui constituent ce qu’elle appelle sans vergogne sa « Ménagerie »…

En multipliant les liaisons amoureuses, les intrigues politiques et les montages financiers douteux, Alexandrine placera ses amants et les membres de sa famille à de prestigieuses positions, fera d’un de ses frères, par exemple, rien de moins qu’un cardinal, fera élire Marivaux à l’Académie, entretiendra une relation épistolaire amicale avec le pape en personne, et finira, en se livrant à d’habiles manigances plus ou moins malhonnêtes, par hériter de la baronnie de l’île de Ré.

Daniel Bernard s’est, d’évidence, abondamment documenté sur la vie de son héroïne. Son écriture, le plus souvent sobre et précise, faite d’un flot de phrases courtes rapportant le cours précipité des évènements, des actions, des faits concrets et datés de la vie de notre intrigante et du contexte historique dans lequel elle joue son rôle, donne au récit un rythme rapide qui exprime parfaitement ce qu’a dû être l’existence trépidante de cette croqueuse d’hommes, la course incessante et effrénée de cette courtisane sans scrupule vers toujours plus de pouvoir, toujours plus d’argent, toujours plus de relations influentes.

Ce faisant, l’auteur, qui par ailleurs a publié dans le genre poétique, ne s’interdit pas d’introduire ponctuellement dans cette cascade d’aventures à la fois réelles et rocambolesques de jolies touches métaphoriques.

« Alors la Biche, cloîtrée dans son enclos, tout en ruminant son dépit, s’inocule lentement, avec ferveur, la haine des hommes… »

Le lecteur ne pourra éviter de projeter sur notre « propre » époque, et c’est la leçon à retenir de cette biographie à peine romancée, la relation étroite qui unit depuis toujours, en ce personnage d’Alexandrine de Tencin, le sexe, l’argent, la politique et… certains philosophes qui gravitent autour de la sphère du pouvoir.

Détail étonnant : La Tencin n’a été engrossée qu’une fois, accidentellement, par un des ses amants, le chevalier Destouches-Canon. Le fruit de cette liaison, le fils dont elle n’a jamais voulu s’occuper, a bénéficié d’une célébrité beaucoup plus durable que la sienne, sous le nom de… d’Alembert !

L’ouvrage de Daniel Bernard passionnera tous ceux qui s’intéressent aux petites histoires qui ont souvent fait l’Histoire.

 

Patryck Froissart

 

Daniel Bernard, auteur rétais, signe ici son cinquième livre. Tous ses écrits évoquent l’île de Ré, dont il est inconditionnellement amoureux. Le livre présenté ici se rattache à l’ensemble de son œuvre par le fait qu’Alexandrine de Tencin est devenue baronne de Ré.

Bibliographie : Comment c’était avant, l’île de Ré ; Le saunier de Saint-Clément ; Une île bien plus loin que le vent ; Les magayantes. Tous ces livres ont été publiés par les éditions L’Harmattan.

A propos de l'auteur

Patryck Froissart

Patryck Froissart

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Ecrivain

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    29 septembre 2012 à 19:05 |
    "Cruauté, quel mot a autant de noblesse que celui-là?", dit la marquise de Merteuil dans "les liaisons dangereuses. "Cruauté", "haine", autant d'attitudes et de sentiments très réprouvés de nos jours, alors qu'ils se donnaient libre cours au siècles des Lumières...Alexandrine est proche d'un Sade ou d'un Choderlos de Laclos. Serait-ce nous qui serions "coincés" dans un conformisme bien pensant?

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