La vie en grand

Ecrit par Pierre Windecker le 29 juin 2013. dans La une, Education, Culture

A propos de l’exposition du Museum consacrée aux grands dinosaures

La vie en grand

Se livrer à une critique négative n’est pas seulement désagréable : cela crée aussi une dette. Ce petit billet est une manière de m’acquitter de celle que j’ai contractée en exerçant dans Reflets du temps une critique suspicieuse à propos de l’exposition du Museum Au fil des araignées.

Pour résumer d’un mot, je m’y inquiétais d’une débauche d’interactivité ludique qui faisait de l’ombre à des explications déjà par elles-mêmes trop dispersées et, par-là, trop fuyantes. Un processus anti-didactique me paraissait travailler dangereusement le dispositif et l’itinéraire de l’exposition et en subvertir en partie l’intention.

La visite de l’exposition La Vie en grand – à l’intention des mêmes petits-enfants, n’ayant grandi depuis que d’un an – me donne cette chance : pouvoir parler favorablement cette fois du travail du Muséum, tout en ayant le sentiment de lui rendre justice.

Je conserve intacts mes doutes à propos des écueils sur lesquels butait l’exposition précédente. Mais la nouvelle exposition permet de replacer l’autre dans la continuité d’un effort didactique et muséal qui, malgré des erreurs toujours possibles, peut mériter approbation et, pourquoi pas aussi, quelque admiration.

On doit d’abord reconnaître un mérite partagé en fait par les deux expositions (et par bien d’autres antérieures), mais qu’il m’avait paru hors de propos de signaler dès lors que c’était la pertinence didactique elle-même qui faisait problème : ces expositions sont en soi de pures réussites esthétiques, tant par leur art de « l’installation » que par celui dont elles font preuve dans l’utilisation des ressources techniques classiques (mécaniques) ou technologiques récentes (numériques).

Pour le reste – c’est-à-dire la visée et les moyens didactiques –, sans doute n’y a-t-il pas, d’une exposition à l’autre, de rupture radicale apparente. Mais beaucoup de déplacements simultanés, parfois peu évidents au premier regard, parfois seulement quantitatifs, mais qui, pris ensemble, font sens.

D’abord s’affirme une plus grande unité de problématique. Une force de l’exposition « dinosaure » est de s’en tenir à une question unique : comment peut-on vivre (au sens de l’exercice des fonctions biologiques) quand on est si grand ? Comment peut-on s’alimenter ? Respirer ? Résoudre ses problèmes de pression et de circulation sanguines ?

Ensuite, on trouve dans cette exposition beaucoup moins de dispositifs de visualisation simplement presse-bouton. Or, ce sont ceux devant lesquels les enfants se précipitent, s’agglutinent, peu soucieux de savoir vraiment de quoi il s’agit, mais porteurs de cette exigence unique mais absolue et non négociable : guetter un créneau de passage, appuyer personnellement sur le bouton pour déclencher l’effet attendu, et déguerpir aussitôt pour laisser la place au suivant qui attend. Question : Et si on supprimait tous les dispositifs qui se réduisent à ce schéma, qui induit la précipitation et l’inattention ? Il y en a d’autres, plus réellement interactifs et mobilisant davantage les supports audio-visuels pour une réelle explication…

Précisément et pour finir, il y a dans l’exposition « dinosaure » une beaucoup plus forte présence des explications. Au centre de l’installation, il est même impossible d’y couper : les fonctions biologiques apparaissent en grandeur réelle sur la représentation en 3 D d’une énorme bestiole, leur explication est diffusée suffisamment fort par des haut-parleurs à des spectateurs qui ont toute la place nécessaire pour demeurer assis en rond autour du géant, et elle s’écrit en grandes lettres lumineuses sur ce qui lui sert de socle.

De petits changements, donc, en apparence, mais qui donnent à l’ensemble un autre rythme et une autre orientation.

A propos de l'auteur

Pierre Windecker

Rédacteur

Agrégé de philosophie


Commentaires (3)

  • Witlich

    Witlich

    18 février 2014 à 14:18 |
    L'adjudant Maindret était un dinosaure ;-)

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    • Windecker

      Windecker

      11 mai 2014 à 14:02 |
      Bonjour,
      Comment ai-je pu ne pas reconnaître l'allusion à Wittlich ? Défaut de connexion, Alzheimer ?? Qui que tu sois, ami, si tu lis cette réponse si tardive, cherche mon n° de téléphone (à Paris) et contacte-moi.
      Pierre

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  • Martine L

    Martine L

    30 juin 2013 à 14:29 |
    en fait, professionnellement, j'ai au bout pris la position d'utiliser - en expos diverses, TOUT, et , le matériel sous le bras, d'agencer le retour-élèves selon les besoins...

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