L'ombre de Colette dans un coin d'assiette...

Ecrit par Martine L. Petauton le 22 septembre 2012. dans La une, Gastronomie, Culture, Notre monde, Littérature

L'ombre de Colette dans un coin d'assiette...

Castel Novel… « au printemps, – écrivait-elle, avec cette coiffure ébouriffée, ces curieux chapeaux, ce visage que n’importe qui reconnaît sur la couverture du livre de poche ; irremplaçable Colette ! – les murs pétillent de lézards et sont blonds d’abeilles »… Nous en revenons, par un de ces derniers dimanches d’été. Début septembre ; calme après la vague touristique. Encore caniculaire, au mitan du jour, mais, par moments, le vent dans les grands arbres centenaires, qui ont vu la dame jouer à la fermière, agite la promesse de cet automne corrézien, habituellement « indien », et, pour tout dire, somptueux.

« Le rosier blanc de la façade est si blanc de fleurs qu’il trace la nuit sur la maison une voie lactée »… A l’ombre de quel grand arbre de la terrasse, écrivait-elle ça, dans les années qui finissaient la Belle Epoque ? Entendait-on déjà les bruits sourds, partout en Europe, de la boucherie à venir ? Son « amour », Henri De Jouvenel – le journaliste du Matin, le futur ministre – se penchait-il sur les nouvelles, assis, lui, sous cet autre arbre, à moins, si le vent soufflait, qu’il ne se fût réfugié au coin de la grande cheminée, et son « cantou », comme on dit ici…

Quand on arrive devant ce grand château – pierres roses du bas pays – mi La Pena du Portugal, mi Viollet Leduc, pétant de restaurations successives, c’est son chapeau, à elle, qu’on cherche, sa voix, aussi, aux teintes bourguignonnes, et, bien entendu, ses chats !! elle a épousé Castel Novel, en même temps que Jouvenel ; elle l’aimera plus durablement ! « il faut venir ; personne – mille bêtes – un beau pays, du silence… »

Je n’ai pas remarqué s’il y avait autant de roses, ici, qu’en son temps à elle ! Ne pleurait-elle pas sur le fait qu’elle ne pourrait jamais les compter ! Mais, dedans – chambres de rêve ! Dehors, à l’abri des velums de la terrasse, on est reçu, comme au château, par des propriétaires attentionnés, et un personnel impeccable ; rien de clinquant, d’ostentatoire ; rien qui pourrait déplaire à l’ombre de Colette… un respect, un salut discret, un déjeuner presque « littéraire »… un bonheur marié à toutes ses couleurs… qui bruisse des livres de sa période « campagne », celle, que je préfère depuis… loin, dans mon adolescence.

Nicolas Soulié est aux fourneaux. 1 étoile-Michelin, « jeune talent » de la région dans le Gault et Millau. Faut-il vous dire qu’on ne regrette pas !

Nous avons opté pour le menu « Bel Gazou » – Colette De Jouvenel, la fille très aimée ; celle qui passa son enfance dans les allées de Castel, plus corrézienne que sa mère, sans doute, puisque pendant l’Occupation, elle habita les châteaux médiévaux de Curemonte, à trois vols d’oiseaux…

Grande cuisine, fine ; parfaite maîtrise des harmonies de saveurs ; mélanges inventifs, mais jamais hasardeux, comme à tant d’autres tables. Parti pris d’honorer les productions locales, des foies au vin, en passant, aussi, par une bière rousse, remarquable.

Merveilles, dès l’entrée : « foie de canard en chaud et froid, croustillant, sauce aux câpres ; mi-cuit, au naturel, et à la moutarde violette de Brive ». De mémoire de Corréziens, habitués aux bons fois gras, nous sommes tombés d’accord pour convenir qu’on avait là, le meilleur en la matière ! Prix particulier, quant à moi, pour le délicat fruité de la moutarde violette…

Suivait « Un filet d’agneau, ses légumes de printemps, parmi lesquels le radis cueilli, sans doute à grands cris joyeux, par Bel Gazou elle-même ; tomate farcie d’épaule au citron, jus infusé de romarin ». On pourrait faire la liste des pièges dans lesquels serait tombé plus d’un cuisinier ! Trop acide, là, trop filandreux, ici, à la fois trop prétentieux et trop simple. A Castel Novel, c’est, tout simplement « exactement ça ! ».

J’hésite à vous faire craquer avec la fin du repas : « fraises et framboises en millefeuille craquant ; crème légère vanillée ; sorbet fraise ; émulsion campari ».

Comment vous dire ? « le dessert », tout simplement ; royal.

L’après-midi, déjà bien engagé, invitait à flâner dans les allées du parc. Au détour de ces bosquets, on entendait encore Colette ; Bel Gazou s’envolait droit devant : « fruit de la terre limousine ! Quatre étés et trois hivers l’ont peinte aux couleurs de son pays ! »…

J’ai eu beau chercher ! Je n’ai pas vu les chats !

 

Relais-Château de Castel Novel - Varetz 19240 (à quelques kms de Brive)

www.castelnovel.com

 

Martine L. Petauton

 


A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (2)

  • Diégo De La Vega

    Diégo De La Vega

    27 septembre 2012 à 12:18 |
    Votre chronique m'aurait donné envie d'aller à Castel Novel, dans la région de Brive, sur la route menant en Dordogne, dans le Périgord, si je ne connaissais pas déjà cet établissement. Il se trouve en effet que j'habite dans le Limousin et que je connais bien la Corrèze et son "Eté indien" automnal - dont vous parlez -, le plus souvent superbe. Je suis allé à Castel Novel pour les mêmes raisons que vous, bien sûr : Colette et ses chats, Colette et Henri de Jouvenel, le "château" - en fait pas très beau, car restauré "à l'anglaise", ce qui n'est généralement pas un gage architectural de restauration réussie.
    Enfin, n'oublions pas, effectivement, l'essentiel, pour de nombreux visiteurs : le restaurant de Castel Novel, avec sa cuisine extrêmement fine, faite de produits des terroirs proches - et particulièrement de la région de Brive. A propos de cuisine et de ces régions allant de la Corrèze (la "Hollandie", à présent, après avoir été la "chiraquie"...) jusqu'au Périgord, un conseil donné aux lecteurs de votre chronique : aller voir en salle, ou, s'ils l'ont raté, acheter plus tard le DVD du film "Les saveurs du palais" (sorti en septembre 2012), avec Catherine Frot et Jean d'Ormesson. Ils comprendront alors le lien direct entre votre chronique et ce très bon moment cinématographique...

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    22 septembre 2012 à 21:32 |
    La prochaine fois que je fais en voiture le trajet Hautes-Pyrénées Belgique, je m'arrête au Castel Novel, c'est promis...Une étoile? D'autres suivront,à n'en pas douter.

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